vendredi, novembre 25, 2005

 

Eye'm hungry (le rapport aux êtres).

Ron Mueck (prononcer Mou-ick) est un sculpteur australien au talent immense. L'hyperréalisme époustouflant de ses œuvres fascine et trouble à la fois. Ses sculptures donnent l'impression d'être vivantes… Ce sentiment de malaise est amplifié par un élément très important : elles ne sont jamais à taille humaine en dépit de leur aspect "plus vrai que nature ". Je ne sais pas si Ron Mueck a été influencé ou non par "Alice in Wonderland" mais le monde de l'enfance a toujours été très présent dans sa vie. Jetons un coup d'œil à son parcours. Il naît en 1958 à Melbourne en Australie. Ses parents sont fabricants de jouets. Son père s’adonne à la sculpture sur bois tandis que sa mère crée une entreprise artisanale de fabrication de poupées en chiffon. Ron crée lui aussi de son côté «J’ai passé toute mon enfance seul dans une pièce à fabriquer des trucs… C’est ce que je fais encore principalement» dit-il. Cette continuité s’exprime à l’âge adulte par la création de marionnettes. Il s’inspire pour cela de Sesame Street. Mueck travaille ensuite, pendant trois ans, comme étalagiste chez Myer avant de rejoindre, en 1979, l’émission pour enfants "Shirl’s Neighbourhood" où il crée et anime des marionnettes d’animaux. Cette aventure dure quinze ans. En 1983, Ron quitte l'Australie. Il s'installe à Londres où un nouveau contrat l'attend. En effet, Jim Henson l'engage dans son équipe de marionnettistes de Sesame Street et du Muppet Show. Leur collaboration se poursuit dans de nouveaux projets. Il s'agit des long-métrages Dreamchild et Ladyrinth. Jim Henson réalise et Ron Mueck est chargé des effets spéciaux. Les films terminés, Ron fonde sa propre société et se met à fabriquer des mannequins pour la publicité. La carrière de Mueck va changer brutalement de direction … En 1996, un évènement imprévu se produit et lui permet de se lancer, à 38 ans, dans une carrière véritablement artistique. Sa belle-mère anglaise, Paula Rego, peintre contemporaine renommée, d’origine portugaise, prépare à l’époque un travail en vue d’une exposition à la Galerie Hayward de Londres. Ce travail s’inspire des mythes et contes de fées. Paula éprouve des difficultés pour l’une de ses toiles dont le sujet est Pinocchio. Il lui faudrait un modèle. Elle demande alors à Ron de réaliser une sculpture de Pinocchio afin de lui venir en aide. Là, l’influent collectionneur d’art, Charles Saatchi, deuxième personnage important dans la réorientation professionnelle de Mueck, entre en scène. Il débarque dans le studio de Paula Rego et découvre le Pinocchio sculpté par Ron. Subjugué devant tant de talent, il lui commande quatre nouvelles œuvres. C’est le début de l’aventure artistique pour Ron ! Le succès ne tarde pas. Un an plus tard, la Royal Academy de Londres accueille les sculptures de Ron Mueck au côté des œuvres de Damien Hist, Tracey Emin, Sarah Lucas, les frères Chapman, Rachel Whitehead, etc. L'exposition s'intitule « Sensation : young artist from the Saatchi collection et fait beaucoup de bruit. Un scandale éclate à propos des œuvres présentées dont la plupart sont provocantes. Je pense notamment à Myra de Marcus Harvey (portrait de la tueuse d'enfant Myra Hindley réalisé par des empreintes de doigts d'enfants). Ron se fait surtout remarquer avec sa sculpture "Dead Dad". Il s’agit de la réplique parfaite de son père récemment décédé. Elle est saisissante de réalisme à une exception près : il mesure moins d’un mètre ! Certains se choquent de cette représentation. Comment peut-on donner à voir un père, son propre père, rétrécit, cadavérique et nu ? Loin d’être scandalisée, je trouve qu’il s’agit d’un magnifique hommage. Il ose immortaliser son père vaincu par la mort dans une société qui la refuse. Quand je pense à toutes ces heures que Mueck a dû passer à essayer de se remémorer, le plus fidèlement possible, la moindre parcelle du corps de son père... Ce travail de remémoration extrêmement minutieux est déjà un sublime hommage en soi.

"La Fondation Cartier pour l'art contemporain accueille jusqu'au 19 février 2006 à Paris des oeuvres inédites du sculpteur Ron Mueck et du designer numérique John Maeda, rapprochant deux artistes qui questionnent, chacun à leur manière, notre rapport au réel et à l'artificiel. Le travail de l'Australien Ron Mueck, 47 ans, célèbre pour sa sculpture monumentale représentant un enfant accroupi, "Boy", présentée à la Biennale de Venise en 2001, fascine par son mélange de réalisme et de troublante étrangeté. L'hyperréalisme de l'anatomie et de la carnation, avec rougeurs, veines, rides, poils et cheveux plantés un à un, est perturbée par la taille, plus petite où plus grande que nature, et par d'imperceptibles variations dans les proportions. Mueck, qui a d'abord créé des marionnettes, et travaillé notamment pour la télévision et le cinéma (aux côtés de Jim Henson pour "Sesame Street", le "Muppet Show" ou encore le long métrage "Labyrinth" avec David Bowie) puis la publicité, se consacre à la sculpture depuis 1996. Pour sa première exposition en France, il a spécialement créé cinq nouvelles pièces en fibre de verre et silicone, dans la continuité d'une oeuvre d'une grande puissance émotionnelle, qui explore l'intimité, l'ambiguité des sentiments et la relation à l'autre. Visible de la rue, l'immense "Wild Man", homme nu barbu et échevelé, recroquevillé sur son tabouret, jette un regard effrayé au visiteur du haut de ses 2,85 m. A quelques pas, un homme et une femme nus "miniaturisés" allongés l'un près de l'autre ("Spooning Couple"), sont surpris dans un demi-sommeil dont l'apparente intimité semble contredite par l'absence de tout contact entre les corps. La plus grande des sculptures présentées, "In Bed", représentant une quadragénaire de près de 7 m allongée dans son lit, perdue dans ses pensées, côtoie "Two woman", deux vieilles femmes en manteaux, ridées et voûtées de taille réduite, qui jettent un regard peu amène dans la même direction, vers quelque mystérieuse scène. Considéré comme un pionnier du graphisme digital, le designer numérique John Maeda, ingénieur informaticien et artiste, à la fois étudiant et professeur au prestigieux MIT (Massachussets Institute of Technology), s'attache à réconcilier l'être humain avec l'ordinateur, imaginant une ère "post-numérique" où l'ordinateur "sera devenu aussi humain que nous". Né à Seattle en 1966 dans une famille d'immigrés japonais, John Maeda, qui refuse d'être enfermé dans une discipline, a étudié les Beaux Arts au Japon après avoir satisfait la volonté paternelle qui le voulait ingénieur. "La technologie seule est extrêmement ennuyeuse", insiste l'artiste, qui travaille toujours à partir de croquis ou de photographies, avant de concevoir ses programmes. Pour sa série intitulée "Nature", Maeda a créé un programme reproduisant la gestuelle simple du peintre, donnant vie à sept "Motion Paintings" influencés par l'expressionnisme abstrait. Composées de courtes séquences représentant des motifs aux couleurs vives en perpertuelle mutation, ces "peintures en mouvement" sensuelles et hypnotiques, projetées sur des écrans translucides, évoquent des phénomènes naturels (herbe qui pousse, pluie...) tout en conférant une nature organique à l'ordinateur. Avec "Eye'm hungry", conçu pour les enfants, Maeda invite à un rapport encore plus "primal" à la machine : autour du thème de la nourriture, l'artiste a imaginé des programmes "réactifs" qui permettent aux enfants de créer des formes colorées à partir d'images d'aliments grâce au clavier ou simplement la voix.

Comments:
Le premier texte vient de là :
http://www.etrangedecake.com/mueck.html

Ce serait sympa de citer les sources !
 
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