lundi, octobre 31, 2005

 

Weird tales of danse macabre.


 

Général Patton.

D’aucuns considèrent Mike Patton comme le chanteur le plus talentueux et le plus versatile du Rock moderne. Difficile de cerner ses influences au niveau vocal (Frank Zappa en est certainement une), par contre la liste de ses admirateurs / suiveurs est longue : la scène néo-metal américaine qu’il abhorre par-dessus tout...mais aussi System of a Down, Dillinger Escape Plan...Très tôt, il montre des aptitudes vocales surprenantes et ses débuts avec une bande de potes au sein de MR. BUNGLE le feront remarquer auprès de FAITH NO MORE, des métalleux alors moribonds. Il faut dire que ces derniers n’avaient plus trop la foi après le départ de leur brailleur de service Chuck Mosley. Sans abandonner ses amis, Mike Patton accepte l’offre de FNM et propulse rapidement le groupe au rang d’Icones du Metal. The Real Thing provoque un raz-de-marée à sa sortie en 1989, grâce à ses hits Epic et From out of Nowhere. Mais c’est Angel Dust (=PCP : Phencyclidine : un puissant dissociatif) - considéré comme un classique des 90s - qui les installe véritablement au sommet. Tous les registres y passent : voix de ténor, hurlements black metal, incantations vaudou... Un cours de chant en 14 leçons dont il est ardu et injuste de n’en citer que quelques-unes : Land of Sunshine, Caffeine, RV, Smaller and Smaller, Malpractice, ou Easy, la reprise-tube de Lionel Ritchie! Il faut dire également que les musiciens - Jim Martin, Bill Gould, Mike Bordin et Roddy Bottum - sont particulièrement inspirés. Entre deux tournées, Mike Patton retrouve son premier amour et fort du succès de FAITH NO MORE, le premier album de MR. BUNGLE bénéficie d’une sortie mondiale sur Warner. Le style est cependant très différent : rock, funk, ska et autres bizarreries parsèment le disque produit par John Zorn, dieu de la musique bruitiste. En 1995, on a droit à un album de chacun de ces deux groupes : tout d’abord King for a Day, Fool for a Lifetime de FNM, musicalement inférieur au précédent, peut-être en raison du départ du guitariste Jim Martin. Trey Spruance de MR. BUNGLE le remplace au pied levé même si c’est le bassiste Bill Gould qui compose les parties guitare. On retiendra The gentle Art of making Enemies, Star AD, Cuckoo for Caca et Digging the Grave. Disco Volante, le deuxième BUNGLE est quant à lui un pur chef-d’oeuvre bruitiste et expérimental ; preuves en sont Carry Stress in the Jaw et Desert Search for Techno Allah. Mais attardons-nous un instant sur le personnage de Mike Patton, véritable boulimique de la musique - il trouvera le temps d’enregistrer deux albums solos et des collaborations avec John Zorn et Sepultura - ainsi que scatophile averti : trouvant peut-être le temps long en tournée, il se serait amusé à déposer ses excréments dans des sèche-cheveux d’hôtel. Je vous laisse imaginer la tête du client suivant après avoir appuyé sur ON... Il serait cependant injuste de juger cet homme en raison de tels actes, aussi répréhensibles soient-ils, d’autant que 1997 voit la sortie du dernier FNM, modestement intitulé Album of the Year. Une certaine lassitude se faisait sentir depuis quelques mois et cela se ressent sur cet opus un peu plat. Patton ne se décourage pas et va pouvoir au contraire se consacrer à une ribambelle de projets hétéroclites ; il crée son propre label, IPECAC (en référence au nom d’un médicament émétique = vomitif) sur lequel il aura tout loisir d’exposer ses créations ainsi que de promouvoir de jeunes talents (ISIS, Kid 606). Eh oui, on n’est jamais mieux servi que par soi-même! TOMAHAWK est l’un des groupes que le touche-à-tout californien a formé ; ces comiques rock’n’roll ont déjà deux albums à leur actif : Tomahawk en 2000 et Mit Gas en 2003. De plus, Patton a collaboré avec Dan the Automator (le père de Gorillaz), DILLINGER ESCAPE PLAN et KAADA. Sans oublier MR. BUNGLE, dont le troisième et dernier album, California, est sorti en 1999. Mais le groupe-phare de Big Mike se nomme désormais FANTOMAS, en hommage à l’anti-héros créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain. Il fut interprété au cinéma par Jean Marais, poursuivi par Louis de Funès dans le rôle du détective Juve. Entouré de musiciens hors-pair - Buzz Osborne des MELVINS, Dave Lombardo (ex-SLAYER) et Trevor Dunn (ex-MR. BUNGLE) - ce super-groupe a brisé les conventions du genre (mais après tout, quel genre?) avec Amenaza al Mundo, premier effort de 43 minutes composé de 30 morceaux ; je vous laisse évaluer la durée moyenne d’un titre...Le mélange de metal et d’ambiances dark, bourré de contre-temps et de cassures de rythme, accompagne la voix de Mike Patton, qui ne prononce pas un seul mot intelligible de tout l’album ; il s’agit plutôt d’une succession de cris et de bruits hystériques. L’impression de bordel ambiant est vite dissipée si l’on peut se procurer une vidéo des concerts de FANTOMAS : chaque note est fidèlement restituée en live et ce qu’on prenait pour une bête improvisation se mue en une structure machiavélique car organisée.En 2001 sort la suite des aventures fantomatiques, The Director’s Cut. Cette fois, Patton et ses sbires reprennent des classiques du cinéma à la sauce métalloïde schizophrène ; on peut en effet savourer les thèmes musicaux du "Parrain", de "Rosemary’s Baby", "Twin Peaks" et d’autres grands compositeurs de thrillers des années 60-70 (Ennio Morricone, Henry Mancini, Bernard Hermann). Un exercice de style réussi! En 2004, c’est une nouvelle idée qui surgit du cerveau malade de Mike Patton. Pourquoi ne pas composer un énorme morceau instrumental de 74 minutes? Aussitôt dit, aussitôt fait : Delirium Cordia. Autant je considère les deux premiers albums comme très inventifs, autant le troisième opus s’apparente davantage à un foutage de gueule en règle...C’est donc une excitation mêlée à un sentiment de crainte (toutes proportions gardées) qui m’envahissent à la sortie de Suspended Animation, le quatrième album des crânes chauves verts. On l’annonce dans la même veine que le premier, mais agrémenté de samples à la Looney Tunes et autres comptines pour enfants. Aaarrrggghhh...30 morceaux encore une fois, intitulés 04.01.05, 04.02.05, 04.03.05... Soit tous les jours du mois d’avril 2005 (en notation américaine) qui, nous apprend-on, est le mois de l’Humour et de l’Anxiété...

 

Radiohead se mobilise contre la gastro.


 

C’est qui qui pue ? C’est le barbu !!

J’arrête pas d’en parler à la radio, j’ai jamais le temps de développer, alors si vous êtes ici c’est que 1- Vous avez eu le temps de noter l’adresse de ce putain de blog 2- vous avez du goût (hi hi) 3- Vous vous demandez qui est Alan Moore. "Sachez que ce cher barbu est considéré comme l’un des plus grands scénaristes de BD de ces vingt dernières années ; on lui doit notamment V for Vendetta, The Watchmen et From Hell. Né en 1953 à Northampton, Alan débute dans la bande dessinée vers vingt-cinq ans, d’abord comme dessinateur et plus tard comme scénariste. DC Comics le remarque grâce à sa collaboration dans des magazines tels que Doctor who weekly et Warrior avec les Miraclemen et V for Vendetta. DC Comics lui propose de reprendre Swamp Thing, un vieux classique qu’il remanie en ajoutant certains thèmes qui lui sont chers : le nucléaire et le racisme. Alan Moore crée en 1986 l’une de ses œuvres les plus abouties : les WATCHMEN. En un mot comme en cent, on peut dire que cette série, dessinée par Dave Gibbons, va révolutionner et enterrer le genre des super-héros. Laissez-moi préciser que je ne supporte pas les histoires de super-héros en général, mais avec Watchmen, on a une toute autre dimension de la chose, loin des vieux X-Men et autres Superman... Nous sommes en 1985, à New-York. Le Comédien, l’un des six super-héros dont le groupe est désormais dissous depuis l’entrée en vigueur de la Loi Keene, est assassiné dans son appartement. Rorschach et les autres membres du collectif Watchmen vont tenter de démasquer le responsable de ce crime qui semble vouloir les éliminer tous. Saga grandiloquante sur fond d’apocalypse, Watchmen sonne le glas des aventures de justiciers en collants en nous proposant une réflexion sur le rôle ambigu qu’ils jouent dans la société et en multipliant les allusions littéraires, comme il est souvent le cas avec Alan Moore. Les WATCHMEN sont un véritable succès et ceci permet à Moore de compléter sa série V for Vendetta, un autre grand classique des comic-books republié en 1989. Situé dans une Angleterre tombée au main du fascisme en cette fin de XXème siècle, V for Vendetta décrit la répression effectuée par le Système contre lequel plus personne n’ose protester. Un mystérieux homme masqué nommé V va donner une lueur d’espoir aux citoyens britanniques en assassinant l’un après l’autre les hauts dignitaires du régime. Mais qui est-il véritablement ? Moore va ensuite créer sa propre maison d’édition après s’être libéré du joug de la DC Comics et éditer notamment La Ligue des Gentlemen extraordinaires et Promethea. De plus, il réalise l’une des meilleures aventures de Batman contre son grand rival Le Joker : Killing Joke (Rire et mourir en français), ainsi que certains épisodes de Spawn, le personnage créé par Todd Mc Farlane. En 1999, Alan Moore a mis en images le plus célèbre tueur en série, Jack l’Eventreur, en reprenant l’hypothèse exprimée par Stephen Knight dans Jack the Ripper : The Final Solution. Knight développe l’idée selon laquelle le fameux serial killer ne serait autre que William Gull, le médecin de la reine. Le commissaire Abberline, doué malgré son penchant pour l’opium, va tenter de résoudre l’affaire avec l’aide de Mary Jane Kelly, une prostituée du quartier londonien de White Chapel où sévit l’Eventreur. Il faut un peu de patience pour s’impregner du style graphique de Eddie Campbell mais From Hell est une œuvre vraiment exceptionnelle que je vous conseille chaleureusement, malgré sa longueur et certaines scènes sans concessions.Parlons enfin des diverses adaptations cinématographiques déjà réalisées ou encore en projet. Il faut bien avouer que jusqu’à présent, le niveau des films est bien inférieur à celui de l’œuvre originale en comics : La Ligue des Gentlemen Extraordinaires est assez ridicule et ne mérite même pas qu’on en parle. Quant à From Hell, réalisé par les frères Hughes, avec Johnny Depp et Heather Graham, s’il parvient à restituer l’atmosphère sombre de Londres et l’esprit embué d’Abberline, manque de profondeur car les réalisateurs occultent certains passages comme la promenade de William Gull pendant laquelle il se lance dans une grande analyse de la pensée humaine et de la dualité des sexes. V for Vendetta, à l’heure qu’il est en cours de tournage, verra la présence de Natalie Portman et James Purefoy dans les rôles principaux. Il est réalisé par James Mc Teigue, assistant des frères Wachowski sur la trilogie Matrix… Autant dire qu’il vaut mieux rester prudent avant d’avoir davantage d’informations sur ce film par ailleurs produit par Joel Silver. Enfin, on projette depuis plusieurs années une adaptation des WATCHMEN et elle verra probablement le jour en 2006. Derrière la caméra Paul Greengrass, à qui l’on doit déjà La Mort dans la Peau, le deuxième volet des aventures de Jason Bourne avec Matt Damon." Alors c’est qui qui pue ?

 

On AIR.

Trop d’anonymat tue l’anonymat. Daft punk tourne en rond. AIR avance. "Tous deux nés en 1969, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin sont respectivement originaires de la très bourgeoise ville de Versailles près de Paris et de sa voisine, Le Chesnay. Ils se sont rencontrent sur les bancs du lycée Jules Ferry dans les années 1980. Déjà fous de musique, ils forment avec des amis le collectif Orange qui réunit d'autres futurs noms de l'électronique française des années 1990 tels Etienne de Crécy futur Motorbass ou Alex Gopher. Ils tentent ensemble de présenter quelques démos à des maisons de disques mais en vain. Un peu découragé, Nicolas se lance dans des études d'architecture tout en continuant de bidouiller assidûment ses petits synthés dans son salon. En 1995, il propose un titre instrumental, "Modulor", à la maison de disques Virgin pour sa très courue compilation "Source Lab vol1", recueil de compositions essentiellement instrumentales et mélangeant subtilement influences pop, trip hop, techno ou easy listening. Le titre de Nicolas, qui se fait appeler déjà Air, est un hommage à son idole l'architecte français Le Corbusier. Choisi pour figurer sur la compil qui sort en novembre 1995, ce titre se détache immédiatement du lot. A tel point qu'il ressortira en août 1996 sur le fameux label anglais trip hop de James Lavelle, Mo'Wax. "Modulor" séduit même la très classique BBC qui l'intègre à sa programmation. Entre temps, Nicolas a retrouvé son compère d'Orange, Jean-Benoît Dunckel, qui après l'expérience Orange est devenu prof de maths et à l'occasion, pianiste de bar. Riche d'une formation musicale plus classique - il a passé de nombreuses années dans les classes de piano du Conservatoire de Versailles à étudier le piano -, il apporte la touche mélodique au duo. Dès juillet 1996, ils sortent un second maxi CD, "Casanova 70". Très influencé par les années 1970, par la variété la plus mélodique et la plus populaire de Polnareff à Joe Dassin et par les premiers pas de la musique électronique française façon "Pop Corn", leur style plaît immédiatement aux anglo-saxons et en particulier, aux Anglais très friands de cette sauce musicale "frenchy". Un an plus tard, en juillet 1997, sort un troisième maxi CD, "le Soleil est près de moi". Toujours instrumental, il apparaît avec les deux premiers sur un CD 5 titres, "Premiers symptômes" qui sort au même moment. Le duo commence désormais sérieusement à faire parler de lui. L'enfilade de maxi CDs plus réussis les une que les autres, selon la critique, fait d'eux un duo fort recherché par le gotha du rock dont Depeche Mode ou Neneh Cherry ! Ils travaillent également avec un vétéran de la musique électronique en France, Jean-Jacques Perrey, sorte de savant fou, adepte du Moog, synthé préhistorique et légendaire. Du haut de ses 70 ans, Perrey participe jovialement à la création des titres "Cosmic Bird" et "Remember". Entre-temps, du 15 avril au 15 juillet 1997, Nicolas et Jean-Benoît ont commencé à enregistrer leur premier album dans un studio de la banlieue parisienne. C'est en janvier 1998 que sort "Moon Safari" dans 40 pays d'un coup ! Le CD réunit dix titres essentiellement instrumentaux. Trois titres seulement sont chantés : "All I need" et "You make it easy" par une jeune chanteuse américaine, Beth Hirsch, et "Sexy boy" par Air. Les cordes ont été enregistrées dans les légendaires studios d'Abbey Road et dirigées par le non moins légendaire David Whitaker. Très vite, la musique de Air est célébrée dans la presse. On loue sa légèreté pop, ses influences multiples, son côté à la fois populaire et très contemporain et surtout son excellente facture. L'album cartonne en Angleterre, et assez vite, aux Etats-Unis qui voient dans "Moon Safari" une production très élégante et terriblement "française". Le premier extrait, "Sexy Boy", tourne dans les play-lists de nombreux pays et se vend très bien, surtout hors de France. Même le musicien américain Beck décide de le remixer !Même schéma avec "Kelly watch the stars", deuxième extrait qui sort en mai 1998. L'engouement ne fait qu'augmenter et les éloges vont bon train. Ils sont partout. On les interviewe, on leur déplie le tapis rouge où qu'ils aillent. Françoise Hardy accepte même d'enregistrer un de leur titre, "Jeanne". En février 1998, ils passent dans la très célèbre émission britannique Top of the Pops. En automne, ils entament une longue tournée internationale qui démarre le 11 octobre dans la très rock cité américaine de Seattle. Ils disposent d'une promotion exceptionnelle et leur succès est d'autant plus phénoménal que le public est essentiellement composé d'Américains ce qui reste très rare lorsque que des Français tournent aux Etats-Unis où ils remplissent souvent les salles avec leurs compatriotes. A partir du 27 octobre, après huit dates nord-américaines, Air retrouve l'Europe pour une tournée qui sillonne huit pays avec une escale parisienne le 7 novembre à la Cigale. En France, Air se voit attribuer le 20 février 1999, la Victoire de la Musique de l'album techno/dance de l'année pour "Moon Safari". Comptabilisant quelques 900.000 albums vendus (dont les 9/10èmes hors des frontières hexagonales), Air se voit confier par la réalisatrice américaine Sofia Coppola la réalisation de la bande son de son premier film "the Virgin suicide" qui sort à l'automne 2000. Fort de ce succès, leur maison de disques, division de Virgin décide de ressortir "Premiers symptômes" en CD, vinyle et cassette en août 1999 alors que le titre "le Soleil est près de moi" est remixé par Money Mark, Buffalo Daughter et Heinrich Muller. En 2000, Air décide de créer son propre label pour y produire ses coups de cour. Au sein de cette nouvelle structure appelée "Record Makers", littéralement fabricants de disques, les deux musiciens s'attachent à travailler avec des artistes dits "alternatifs", quelque soit leur domaine de prédilection, de l'électronique à l'instar d'Arpanet, au hip hop comme le Klub des Loosers ou DSL. Trois ans après "Moon Safari", le duo annonce en janvier 2001 un deuxième opus pour le printemps, "10,000Hz Legend". Cet album sort en mai et marque une nouvelle étape dans le succès international du groupe. Cependant si certains crient au génie (intelligence des mariages sonores, érudition musicale, finesse des arrangements), d'autres y trouvent beaucoup d'emphase un peu vide, beaucoup d'effets prétentieux. Le duo fait appel pour ce disque à des collaborateurs de renom dont l'Américain Beck qui imprime clairement sa trace sur le titre "The Vagabond". Les influences sont d'ailleurs nombreuses : psychédélisme, disco, folk, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel puisent inlassablement, et à l'instar des Daft Punk, dans leurs souvenirs d'enfance et dans l'histoire musicale de ces quarante dernières années. Après un passage parisien juste avant l'été, Air est sur les scènes françaises à l'automne. En février 2002, le duo sort un album de remix, "Everybody hertz", dans la continuité de l'album. Une série d'artistes (Thomas Bangalter de Daft Punk, Mr Oizo, Modjo, pour les plus célèbres). L'année 2003 est l'année des expérimentations pour le groupe versaillais. En mars sort "City reading (tre storie western)", un disque de huit titres sur lequel l'écrivain italien Alessandro Barrico récite des passages de son livre "City". En mai, Jean-Benoît et Nicolas signent ensemble la musique d'un ballet conçu par le chorégraphe Angelin Prejlocaj "Near Life Experience". Entre deux disques, le groupe a quand même le temps de monter sur scène. Le 22 avril de la même année, ils rejoignent l'agitateur pop californien Beck pour deux morceaux lors de son concert au Grand Rex de Paris. Début 2004 sort enfin le tant attendu troisième opus du duo intitulé "Talkie-Walkie". Avec l'aide du producteur de Radiohead, Nigel Godrich et de l'arrangeur, Michel Colombier, les Versaillais font de cet album un petit chef d'oeuvre pop, à la fois mature et sensible, d'une grande clarté sonore. Suit alors une grande tournée française et internationale qui mène le duo en Angleterre, au Japon ou aux Etats-Unis." Musique d'ascenseur ?

 

Oxford killed the radio starz.

Voila un groupe que l’on ne peut aimer que pour sa musique. Thom Yorke, n’as pas vraiment le genre de gueule (version je-me-suis-fait-tout-seul-moi-monsieur !! et ca se voit) que l’on placarde sur le mur d’une chambre d’ado prépubère et que l’on regarde en revassant. Cette formation est aux antipodes des artistes "torsuels" et pourtant, Radiohead reste, à mon avis, à l’heure actuelle le groupe le plus influant et le plus novateur artistiquement parlant, de la scène musicale dite "indépendante". "Officiellement, le groupe Radiohead est né en mars 1992. Mais à cette date là, la formation de Oxford a déjà signé chez EMI, sous le nom de On a Friday. Un groupe de quatre amis de lycée (qui répétait... le vendredi soir) Thom Yorke (chant), Phil Selway (batterie), Colin Greenwood (basse) et Ed O'Brien (guitare)... rejoint très vite par le petit frère de Colin, Jonny. A l'époque, le groupe fait des concerts dans des pubs, mais tous les membres bossent à côté. Seul Jonny est encore étudiant. C'est Colin, alors vendeur chez un disquaire, qui ouvre les portes du succès en donnant une démo de son groupe à un représentant de Parlophone venu dans le magasin. Le groupe signe le 21 décembre 1991. Après quelques morceaux qui ne font pas l'unanimité (Drill, Inside my head et Lurgee), Radiohead casse la baraque avec Creep, sorti le 21 septembre 1992. Le phénomène Creep prend de l'ampleur. Le single ressort en Grande-Bretagne un an plus tard, il est diffusé en boucle sur toutes les ondes des radios universitaires aux Etats-Unis. Si l'album dont il est tiré, Pablo Honey, ne séduit pas les critiques (le groupe avouera plus tard avoir été très désappointé par la critique mitigée parue dans les Inrocks, dont l'avis importait pour eux), le groupe commence à subir les pressions de l'industrie du disque. Les concerts s'enchaînent. Le groupe se libère grâce aux répétitions du prochain album, The Bends, sorti en 1995. C'est ce second album qui révèlera vraiment Radiohead au public. Des titres comme Just ou My Iron Lung sont diffusés régulièrement à la radio. Et cette fois, la critique se réjouit. Le groupe a trouvé son rythme avec le producteur Nigel Godrich. L'album est beaucoup plus recherché musicalement, les mélodies sont moins redondantes. Bref, The Bendsest leur premier album abouti. Néanmoins, ce n'est que deux ans plus tard, avec Ok Computer, qu'ils explosent la baraque. Paranoid Android, morceau fleuve aux ruptures musicales multiples, est un carton, de même que le très bizarre et angoissant Karma Police. Là encore, Radiohead doit enchaîner les dates. Leur tournée durera plus d'un an et les entraînera partout dans le monde, des Etats-Unis au Japon, où ils sont idolatrés. Mais les cinq musiciens ne sont pas faits pour la vie de rock star et supportent mal leur nouveau statut. Le groupe est au bord de l'explosion. Thom Yorke porte un regard ironique sur cette carrière et le pouvoir qu'on voudrait leur conférer. Le groupe préfère garder la tête sur terre, quitte pour cela à se mettre en marge un certain temps. C'est l'heure du break pour Radiohead. Trois ans de silence radio avant la sortie de Kid A. Mais les cinq musiciens en ont profité pour s'épanouir, accepter la célébrité tout en restant eux-mêmes, des gars simples mais des purs génies de la musique. Ils maîtrisent tout. Leur perfectionnisme leur permet d'obtenir le meilleur d'eux-mêmes. Et si Kid A déstabilise le public, les fans et les curieux restent au rendez-vous. Kid A est l'album de l'ouverture à d'autres musiques, électro et jazz, mais surtout la volonté affichée du groupe de faire ce qui leur plait. Tous préférent faire la musique qu'ils aiment plutôt que de vendre des millions de disques. Neuf mois plus tard, en juin 2001, Amnesiac sort. Un album controversé, car issu des mêmes sessions d'enregistrement Kid A, et à ce titre considéré comme une suite plutôt que comme un nouveau travail de recherche musicale. Mais le groupe continue de faire ce qui lui plaît et de se produire sur scène à guichet fermé. La transformation est flagrante pour qui suit le groupe depuis ses débuts : sur scène, le groupe semble enfin prendre du plaisir. Des concerts comme ceux de Vaison la Romaine (2001) ou Arles (2000) sont chargés d'émotion et le groupe déborde de communicativité quand, en 1997, ils apparaissaient fermés et hermétiques à leur public. En 2001, le groupe a enfin trouvé son équilibre. La sérénité leur permet de sortir un album phare, Hail to the thief, qui assimile toutes leurs pérégrinations musicales depuis Pablo Honey : de la pop au jazz en passant par l'électro, tout leur va. Radiohead est désormais inscrit au panthéon du rock anglais et les médias non spécialisés leur foutent la paix. C'est le début d'un mythe ?"

 

American pas glop.

Ellis engagé, Ellis enragé, Ellis champagne, Ellis média, Ellis Ardisson, Ellis rock&roll, Ellis namedropping, Ellis on da lunar park, Ellis arty, Ellis couv branchouilles, Ellis party, Ellis fait l’Espagne, Ellis vendeur, Ellis bankable, mais Ellis c’est qui ? « Né à Los Angeles en 1964, Bret Easton Ellis a su s’imposer en quelques romans comme l’un des auteurs contemporains américains les plus médiatisés et dérangeants. Son premier essai, Less than Zero (Moins que zéro), écrit à l’âge de 20 ans pour un concours littéraire dans sa fac, attire bien vite l’attention de certains spécialistes qui voient en lui le leader d’une nouvelle génération d’écrivains. Les personnages chez Ellis sont souvent jeunes, beaux et riches, des étudiants ou golden boys défoncés et assoiffés de sexe. La plume agressive de Bret Easton Ellis se veut une arme contre la superficialité et l’auto-destruction de la jeunesse dorée occidentale, le tout dans un style très sobre, laconique et dénué de jugements. Dans Less than Zero, on suit Clay, un jeune homme de 18 ans qui a tout pour plaire : un beau minois et de l’argent. Il mettra ces caractéristiques à contribution en passant le plus clair de son temps à se droguer et à baiser. Construit comme un enchainement de saynètes voulant rappeler les clips MTV représentant le symbole de cette génération ennuyée et friquée, ce premier roman attire les foudres de certains critiques conservateurs. Mais également l’intérêt de plusieurs éditeurs, dont Simon & Schuster, qui fait signer un contrat de 300 000 USD à Ellis pour son troisième roman (American Psycho)…avant de refuser sa publication en raison de l’insurrection des ligues féministes. C’est alors Vintage qui reprend le flambeau… Le deuxième roman de Ellis, The Rules of Attraction (Les Lois de l’Attraction), reprend un thème semblable à Less than Zero dans la mesure où on suit la vie de campus de plusieurs étudiants, leur constante recherche de sensations fortes (drogues et sexe principalement) et la vacuité de leur personnalité. Cette œuvre sortie en 1987 a été adaptée au cinéma par Roger Avary en 2002 (James « Dawson » Van der Beek et Jessica Biel dans le cast…). En 1991 paraît le roman le plus célèbre et controversé de B.E. Ellis, American Psycho. Il narre les exploits de Patrick Bateman, un yuppie new-yorkais lisse et parfait. Beau gosse, sportif, il a tout pour lui. Et pourtant, son journal intime nous révèle bien des atrocités puisqu’il lui arrive de tuer des clochards, de violer et massacrer de jeunes femmes qu’il a attiré dans sa couche. Ces scènes sanglantes sont décrites avec la froideur du scalpel, avec une précision presque clinique, sans états d’âmes, et même parfois avec un humour cinglant. Bateman est séduisant malgré les crimes qu’il perpétue, et c’est justement cette attirance du lecteur pour cet homme qui montre bien le côté pervers de l’être humain. Perversion qui a valu à Ellis de nombreuses critiques ainsi que des menaces de mort, car Bateman est trop ambigu : à la fois attrayant et monstrueux, golden boy superficiel la journée et assassin sans scrupules la nuit. Cette perle noire de Ellis a également été adaptée sur le grand écran en 2000 : joué par Christian Bale, Willem Dafoe et Reese Witherspoon, film très moyen à mon goût, mal géré, et donne une idée assez superficielle de la violence du roman. Un coup dans l’eau. Quelques années plus tard, Zombies est publié : il s’agit d’un recueil de nouvelles très violentes et acerbes, toujours implantées dans le milieu de la hype américaine. Enfin, en 1999, c’est au tour de Glamorama, très attendu, de défrayer la chronique. Davantage construit que ces précédents travaux dans le sens où il y a une trame plus franche, il décrit les tribulations de Victor Ward, top model branché, survolté et plein de vide. Une fois n’est pas coutume, Ellis s’attaque à la notion d’image de soi, du paraître et de superficialité. Ainsi, on a droit à des descriptions à n’en plus finir des complets Gucci et du portable dernier cri de Ward. On notera une extension thématique chez Ellis, mais également une deuxième partie un peu bancale, ce qui donne une impression mitigée de ce Glamorama où l’on retrouve Patrick Bateman, le serial killer de American Psycho toujours en cavale, au détour d’un chapitre. Cette continuité des personnages et les liens que Ellis tisse entre eux (Sean, un des personnages principaux de The Rules of Attraction, est en fait le frère de Patrick) en font un panorama familial dérangeant. Les exploits d’une famille américaine lisse en surface mais dissimulant un mal-être profond. A noter qu'en tant que grand fan de rock, Ellis parsème ses chapitres de références musicales de l'époque. Ainsi, les jeunes gens décrits dans ses romans écoutent souvent de la musique : Led Zeppelin, Talking Heads, REM... Pour conclure, on citera encore le dernier effort de Bret Easton Ellis, Lunar Park, sorti en août 2005 aux Etats-Unis. Mêlant la réalité à la fiction, il retrace la vie d’un auteur qui, à vingt ans à peine, se retrouve propulsé au rang du plus grand écrivain de sa génération. S’ensuit une série de péripéties, de gloires en désillusions…entre meurtres, paranoia et horreur. On l'aura compris, Ellis se place comme l'un des écrivains américains les plus intéressants et lus, au même titre que Coupland, Ballard et Palahniuk. »

dimanche, octobre 30, 2005

 

On s'en bat les bollocks.

Sex Pistols, Quel petit crétin ce Sid, il était vicieux Il était punk il en est mort le con…à 21 ans. No future mon cul. L'histoire du groupe remonte à l'école secondaire à Shepherd en Angleterre en 1972 alors que Steve Jones (né le 3 septembre 1955 à Londres en Angleterre) et Paul Cook (né le 20 juillet 1956 à Londres en Angleterre) décident de former un groupe appelé The Strand avec leur compagnon de classe Warwick Nightingale comme chanteur. Jones joue la guitare et Cook la batterie. Jimmy Mackin et Steve Hayes allaient venir compléter l'alignement original. Les instruments et l'équipement étaient fournis, ou plus précisément volés par Jones, qui avait appris à voler par sa mère et son beau-père. Il passait beaucoup de temps au magasin "Let It Rock" que possédait Malcolm Mac Laren et Vivienne Westwood qui y vendaient entre autres de l'équipement sado-masochiste et des t-shirts pornographiques. Jones demande à McLaren de trouver un local pour que le groupe puisse répéter et celui-ci trouve le Covet Garden Community Centre. On peut alors dire que Malcolm McLaren est devenu officiellement le gérant du groupe.Glen Matlock (né le 27 août 1956 à Paddington en Angleterre), que connaissait McLaren, joint les rangs du groupe à la basse. La priorité pour le groupe selon McLaren était de trouver un chanteur et Nightingale est congédié. Un visiteur régulier du magasin de McLaren surnommé "Sex", John Lydon (né le 31 janvier 1956), venait de déménager dans un squat avec Sid Vicious (né John Simon Ritchie le 10 mai 1957 à Londres en Angleterre). Lydon qui avait les cheveux verts et portait un t-shirt avec l'écriteau "I Hate Pink Floyd" (je hais Pink Floyd), auditionne alors pour le groupe en accompagnant Alice Cooper sur le jukebox du magasin. Comme Jones ne cessait de passer des commentaires sur les dents pourries de Lydon, on le surnomme Johnny Rotten, nom qui lui resterait tout au long de sa carrière. C'est McLaren qui suggère au groupe le nom de Sex Pistols en empruntant un slogan sur un des t-shirts qu'il avait en magasin. Au début, ils reprennent essentiellement des succès des années 60, mais ils commencent rapidement à écrire leurs propres chansons. Leur premier spectacle est en support à Bazooka Joe (avec Adam Ant) en novembre 1975 au St. Martin's College de Londres. Ce premier spectacle plutôt court ne passerait pas à l'histoire. Les spectacles suivants commenceraient à attirer certains fans et leur réputation commencerait alors à s'étendre. De la violence lors d'un spectacle à Dingwalls force la sécurité à les expulser et leur réputation de fauteurs de troubles grandissant, ils sont bannis d'un festival punk en France, le Mont De Marson. Ils commencent à jouer tous les mardis soir au 100 Club de Londres. Suite à une tournée en Angleterre, qui inclut un spectacle à la prison Chelmsford, ils jouent au 100 Club en septembre 1976 dans le cadre d'un festival punk qui comprend aussi des artistes comme The Damned, The Clash, The Vibrators et Siouxsie & The Banshees avec Sid Vicious qui y jouait alors la batterie. Le 8 octobre, le groupe signe un contrat avec EMI et enregistre peu de temps après son premier simple, 'Anarchy In The UK'. Le 1er décembre, le groupe fait une apparition à la télévision en tant que remplaçant de dernière minute. Ils arrivent à peine 5 minutes avant d'entrer en onde en direct. L'intervieweur Bill Grundy, qui est ivre, tente de les provoquer et leur demande de dire quelque chose de vulgaire. Particulièrement pour Steve Jones, la porte étant grande ouverte, il en profite pour lancer une suite de vulgarités qui n'étaient pas nécessairement de circonstance pour une émission de début de soirée. Le jour suivant les pages frontispices de tous les quotidiens montraient des photos du groupe et on désirait que EMI laisse tomber les Sex Pistols. Anxieux, les promoteurs annulent tous les spectacles prévus pour décembre, sauf 3. En février 1977, Glen Matlock quitte le groupe et est remplacé par Sid Vicious qui ne sait pas du tout jouer de la basse. En mars, le groupe signe un nouveau contrat avec A&M Records. Comme le premier 45 tours qui devait sortir était 'God Save The Queen', on signe le contrat à l'extérieur de Buckingham Palace et on prend le tout en photo. À peine quelques jours plus tard, suite à un fracas de Sid, la maison de disques décide de jeter les Sex Pistols dehors prétextant la mauvaise foi de McLaren lors de la signature du contrat. En mai, ils signent leur 3è et dernier contrat de disques avec Virgin et 'God Save The Queen' est enfin mis sur le marché. On y trouvait une photo de la reine avec le nez épinglé, dans la plus pure tradition punk. C'est donc sans surprise que le simple se retrouve bannit à une très grande échelle. Lors du jubilée d'argent de la reine d'Angleterre, les Sex Pistols donnent une performance sur un bateau. Ils se font arrêter à leur arrivée sur la rive par des policiers pour désordre public et avoir été en état d'ébriété avancé. D'autres charges d'obstruction et d'injures à l'endroit des policiers s'ajouteront. Ils sont définitivement devenus les rois de la controverse. Deux nouveaux simples sont mis sur le marché: 'Pretty Vacant' (joué à l'émission "Top Of The Pops") et 'Holidays In The Sun'. Peu de temps après, en octobre 1977, le très attendu premier album du groupe "Never Mind The Bollocks, Here's The Sex Pistols" est mis sur le marché. Il se rend directement au sommet des palmarès, malgré que certains magasins de disques refusent de le mettre sur les tablettes. Après une tournée secrète pour éviter d'être bannis, ils font leur dernier spectacle en Angleterre au Ivanhoes à Huddersfield le jour de Noël 77, avant de partir aux États-Unis pour 8 spectacles. Au dernier spectacle en sol américain à San Francisco, Rotten qui en avait assez du groupe lance la phrase désormais célèbre "Avez-vous déjà eu le sentiment de vous être fait avoir?". Il serait congédié le lendemain et partirait former son propre groupe, Public Image Limited, avec qui il enregistrerait plusieurs albums. Quelques jours après le congédiement de Rotten, Cook, Jones et McLaren se rendent à Rio pour rencontrer et enregistrer avec Ronnie Biggs qui y est alors en exil. Déprimé, Sid Vicious enregistre de son côté une version de 'My Way' et donne son spectacle d'adieu au Camden's Electric Ballroom sous le nom de The Vicious White Kids avec l'ex-bassiste des Sex Pistols, Glen Matlock. En octobre 1978, l'amie de coeur de Sid, Nancy Spungen, est retrouvée morte dans leur chambre d'hôtel à New York. Sid est accusé du meurtre et se retrouve en prison. Il est relâché grâce à une caution de 50 000$ payée par McLaren. Il est à son tour retrouvé mort le 2 février 1979 d'une surdose d'héroïne, alors qu'il était en attente de son procès. Laissant une lettre de suicide "We had a Death pact, I have to keep my half of the bargain, please bury me next to my baby, bury me with my leather jacket, jeans and my motor boots. Good bye." (Pour les non-anglophones : Nous avions un pacte avec la Mort, je devais garder ma moitié hors de ce marché, s'il vous plait enterez moi aux cotés de mon amour avec mon blouson de cuir, mon jean et mes bottes de moto. Adieu.), il avait alors 21 ans 21 ans..putain, quel gachis…. Les Sex Pistols sont désormais officiellement du passé. En 1996, 20 ans après leurs débuts officiels, John Lydon (qui ne veut plus se faire appeler Johnny Rotten), Steve Jones, Paul Cook et Glen Matlock décident de reformer les Sex Pistols le temps d'une tournée, le Filthy Lucre Tour. La tournée connaît un succès incroyable alors qu'ils font le tour de la planète et terminent le tout à Santiago au Chili le 7 décembre 1996. Un album en concert allait être mis sur le marché suite à cette tournée, "Filthy Lucre Live". Enfin tout ca pour dire que les gentils libertines et le crétin bouffi de Pete "poupon" Doherty n’ont rien inventés…

 

Gondolier noir.

Hiver 1980, bloqué dans une clinique pour une putain d’appendicite, j’ouvre pour la première fois un Mustang et je découve le très intérressant petit microcosme kitchofranchouillard de John Milton a.k.a Jean Yves Mitton a.k.a le sosie de mon père. "Mustang est un mensuel des éditions Lug, qui connut 3 séries : Les n° 1 (août 1966) à 53 (mars 1980), en petit format (13 cm x 18 cm) noir et blanc, sont consacrés au Western et à des rééditions d'autres titres Lug, tels que Rodéo, Hondo, Spécial Kiwi..., les n° 54 (avril 1980) à 70 (octobre 1981), en format comics (17 cm x 24 cm) et en couleurs, présentent des super-héros à la française, entièrement réalisés par Lug, les n° 71 (février 1982) et suivants (au delà du n°200, fin 1992) est à nouveau en petit format (13 cm x 18 cm) noir et blanc et consacré au Western, présentant principalement des épisodes de Tex Willer déjà parus dans Rodéo. Toutes les couvertures de la seconde série sont de Jean-Yves Mitton. La seconde série n'a duré que 17 numéros, faute de succès, comme il est dit dans le courrier des lecteurs de Strange n°143 : "Les fans enthousiastes de Mustang n'ont pas été assez nombreux pour nous permettre de continuer à éditer un journal fait avec des originaux français et donc très coûteux ». Cosmo est alors abandonné, alors que Mikros se poursuit dans Titans et Photonik dans Spidey. Comme superviseur, Claude Navarro a été l'âme de ces 17 numéros, qui ont révélé deux jeunes dessinateurs de talents, Jean-Yves Mitton et Cyrus Tota. Mikros est l'histoire de trois entomologistes d'Harvard, également athlètes olympiques, Mike Ross (Mikros), Priscilla Conway (Saltarella) et Bobby Crabb (Crabb), qui, contre leur volonté, vont être mutés en insectes à taille huamine par une race d''aliens insectes appelés les Svizz. Les Svizz projettent de conquérir la terre en utilisant des armées d'insectes esclaves, mais Mikros et ses amis féjouent leurs plans et finissent par vaincre leur chef, Super-Termitor. Plus tard, les épisodes se succèdent dans des aventures de super-héros opposés à des super-vilains. Le trio est en particulier amené à venir en France, où ils affrontent Raoul de Roquemaure, Conte de Monségur, grand Maître du Psi, qui fera de Saltarella sa reine. De 1980 à 1986, cette série est parue dans la seconde série de Mustang (MU) (épisodes de 20 pages), puis dans Titans (TI) (épisodes de 16 pages), deux mensuels des éditions Lug. Les scénario et dessins sont de Naughton (Navarro) et Mitton, sauf Jack Nolez et André Amouriq pour les épisodes 15, 16 et 17. Première série : Mikros, titan microcosmique 1 (MU 54, 1980) , Mikros, titan microcosmique 2 (MU 55, 1980), Quelque part une Étoile (MU 56, 1980), Rush sur la Ruche (MU 57, 1980), Eternel retour (MU 58, 1980), Super-Termitor (MU 59, 1980), Le Grand Fleau (MU 60, 1980), Le Conte d'Hoffmann (MU 61, 1981), Terrific ! (MU 62, 1981),Alerte rouge ! (MU 63, 1981), IA, KGB and Co. (MU 64, 1981), Métamorphoses (MU 65, 1981), Le Vaudou ! (MU 66, 1981), Le Vaudou est toujours debout (MU 67, 1981), La Bête de nulle part (MU 68, 1981), Illitha joue et gagne (MU 69, 1981),Crabb écartelé (MU 70, 1981)
Seconde série : Voir Venise et mourir 0 (TI 35, 1982), Voir Venise et mourir 1 : Cagliostro le Demoniaque(TI 36, 1982), Voir Venise et mourir 2 : Duel sans Merci (TI 37, 1982), Voir Venise et mourir 3 : Mariage à la Vénitienne (TI 38, 1982), Voir Venise et mourir 4 : Cauchemar (TI 39, 1982), Voir Venise et mourir 5 : Dernier Round (TI 40, 1982), Microbios 1 : L'Anti-Mikros (TI 41, 1982), Microbios 2 : Terreur sur la 5ème avenue (TI 42, 1982), Microbios 3 : Voyage au bout de la peur (TI 43, 1982), Descente aux enfers 1 (TI 44, 1982), Descente aux enfers 2 (TI 45, 1982), Descente aux enfers 3 (TI 46, 1982), Peste noire 1 (TI 47, 1983), Peste noire 2 (TI 48, 1983), Peste noire 3 (TI 49, 1983), Adieux du troisième type 1 (TI 50, 1983), Adieux du troisième type 2 (TI 51, 1983), Adieux du troisième type 3 (TI 52, 1983), Pour que Règne le Mal (TI 53, 1983), Psi 1: Contact Psi (TI 54, 1983), Psi 2: Entre Dieu et Satan (TI 55, 1983), Psi 3: Duel sur Paris (TI 56, 1983), Psi, ou La beauté du Diable 1 (TI 57, 1983), Psi, ou La beauté du Diable 2(TI 58 1983), Le beau, la belle... et les bêtes 1 (TI 59, 1984), Le beau, la belle... et les bêtes 2 (TI 60, 1984), Le beau, la belle... et les bêtes 3 (TI 61, 1984), Destination Néant 1 (TI 62, 1984), Destination Néant 2 (TI 63, 1984), Destination Néant 3 (TI 64, 1984), Psiland 1 (TI 65, 1984), Psiland 2 (TI 66, 1984), Psiland 3 (TI 67, 1984), Psiland 4 (TI 68, 1984), Piège pour un insecte 1 (TI 69, 1984), Piège pour un insecte 2 (TI 70, 1984), Piège pour un insecte 3 (TI 71, 1984), Punch 1 (TI 72, 1985), Punch 2 (TI 73, 1985), Punch 3 (TI 74, 1985), Outre-Monde 1 : La porte de l'Enfer (TI 75, 1985), Outre-Monde 2 : Sans issue (TI 76, 1985), Outre-Monde 3 : Le cercle infernal (TI 77, 1985), Outre-Monde 4 : Opération Cerveau (TI 78, 1985), Le mur de la lumière 1 (TI 79, 1985), Le mur de la lumière 2 (TI 80, 1985), Le mur de la lumière 3 (TI 81, 1985), Passeport pour l'Infini 1 (TI 82, 1986), Passeport pour l'Infini 2 (TI 83, 1986), Passeport pour l'Infini 3 (TI 84, 1986), Passeport pour l'Infini 4 (TI 85, 1986), Passeport pour l'Infini 5 (TI 86, 1986), Passeport pour l'Infini 6 (TI 87, 1986), Mikros a été réédité en 1999 aux éditions Sang d'Encre, en noir et blanc. Deux volumes sont déjà parus.
Création : Marcel Navarro (1919 - ) est un lyonnais, journaliste et écrivain. Il a commencé sa carrière en travaillant pour la S.A.G.E. durant la seconde guerre mondiale. Il y rencontre Robert Bagage (le futur fondateur des éditions Imperia) et Pierre Mouchotte (qui publia Fantax). Ce sont ces trois hommes qui sont en grande partie responsables du succès qu'auront dans les années 50 à 70 les Petits Formats, ces BD au format de poche, 13 cm x 18 cm. Après guerre, Navarro crée le personnage de L'agent secret Z.302 (dessiné par Bagage) pour les éditions Sprint. En 1946, ils contribue aux épisodes du Fantax de Chott. Puis, il participe à la fondation des éditions Aventures & Voyages, qui diffusèrent de nombreux petits formats. En 1950, Marcel Navarro crée avec Auguste Vistel les éditions Lug, qui vont devenir éditer de nombreux Petits Formats et qui, à partir de 1969 vont développer les reprises de Comics américains (éditions Marvel). C'est dans cette fonction d'éditeur que Marcel Navarro (qui utilise les pseudonymes de "J. K. Melwyn-Nash" ou "Malcolm Naughton") co-crée et/ou édite de nombreux personnages populaires, tels qu'Ombrax (Alan Mistero en Italie), Zembla, Rakar, Dick Demon, Wampus et, plus tard, Mikros et Photonik. En 1989, Marcel Navarro s'est retiré et les éditions Lug ont été vendues à SEMIC. Une suite sera apportée à Mikros, dans une autre série des mêmes auteurs, Epsilon. Textes et dessins : Jean-Yves Mitton (1945) a débuté aux éditions Lug comme retoucheur en 1964 et après avoir travaillé sur différents titres, sur les couvertures et les dessins, notamment une célèbre reprise de Blek le roc, il écrit et dessine pour Lug Mikros, Epsilon, Photonik, Cosmo, Kronos, pour Le Journal de Mickey L'Archer Blanc, pour Glénat De Silence et de sang (scénario Corteggiani), pour Soleil Vae Victis, Les survivants de l'Atlantique etc. Ca se déroule en l'année 2086. A l'âge de 15 ans, Epsilon apprend qu'il est le fils de Psi, un vieil ennemi de Mikros, devenu un tyran despotique d'Eden, grande cité futuriste pan-européenne. Mais Epsilon se revolte contre Psi et devient un rebelle pourchassé. Il se met à la quête de sa mère, qu'il n'a pas connu. Aidé du robot Mentor, de son amie , de son copain Foxy, il va notamment parcourir les bas-fonds d'une banlieu parisienne déchirée par des guerres de clans. Il fera connaissance des mystérieux Anti-Psi, il sera partiellement robotisé... Finalement, il apprendra que sa mère est Sartarella, la compagne de Mikros, qui se révèle être son véritable père. Aidé des pouvoirs que lui avait donné Psi, soutenu par les Anti-Psi, renversera le tyran, avant de quitter involontairement ses amis pour un voyage inter-galactique, dans une fusée programmée qui l'amène vers Epsilon de Véga, à une date qui, par effet de relativité temporelle correspond au 30 janvier 1988 sur la terre... date de parution du dernier épisode... Parution dans Titans (TI), mensuel des éditions Lug, de novembre 1986 à janvier 1988, à raison de 20 pages par numéro, certains épisodes se suivant sur plusieurs numéros. Enfer en Eden 1/3 (TI 88), Enfer en Eden 2/3 (TI 89), Enfer en Eden 3/3 (TI 90), Evasion, ou Le secret d'Eden 1/3 (TI 91), Evasion, ou Le secret d'Eden 2/3 (TI 92), Evasion, ou Le secret d'Eden 3/3 (TI 93), Hors d'Eden, point de salut 1/2 (TI 94), Hors d'Eden, point de salut 2/2 (TI 95), Underground 1/4 (TI 96), Underground 2/4 (TI 97), Underground 3/4 (TI 98), Underground 4/4 (TI 99), Jeux Barbares (TI 100), Cité Haute 1/2 (TI 101), Cité Haute 2/2 (TI 102), 16 Zyklon (TI 103), 17 Déportation (TI 104), 18 Rebellion (TI 1987), Retour vers Eden 1/3 (TI 106), Retour vers Eden 2/3 (TI 107), Retour vers Eden 3/3 (TI 108) Cette série, sans doute la meilleure de Navarro et Mitton, n'a pas été rééditée. Epsilon a été imaginé par Marcel Navarro ("supervisé par Malcom Naughton") et Jean-Yves Mitton ("écrit et dessiné par"), qui avaient auparavant réalisé Mikros, de 1980 à 1986. Epsilon en est une suite indirecte, puisque la filation ne sera reconnue que dans le dernier épisode.
Photonik : Taddeus Tenterhook est un adolescent orphelin, solitaire, bossu, complexé. Accidentellement, par l'explosion d'un "luminotron", il est transformé en Photonik, un "homme de lumière", doré, aux supers-pouvoirs. Avec l'aide d'un neuropsychologiste aux super-pouvoirs mentaux, le docteur Nazel D. D. Ziegel et d'un garnement nommé Tom Pouce, Photonik combat toute une variété de super-villains hauts en couleurs, depuis le Minotaure, envahisseur venu de l'espace, jusqu'au Vampire de New York. Il est poursuivi par le lieutenant Wilcox, de la police New-Yorkaise, qui veut l'arrêter pour avoir enfreint la loi. De 1980 à 1986, cette série est parue dans la seconde série de Mustang (MU) (épisodes de 20 pages), puis dans Spidey (SP) (épisodes de 16 pages, sauf 20 pages pour le n°55)), deux mensuels des éditions Lug. Les textes et dessins sont Cyrus Tota, sauf contre-indications. Première série : Black Out (MU 54, 1980), La Nuit des Dupes (MU 55, 1980), David et Goliath (MU 56, 1980), Pièges (MU 57, 1980), Le Bulbe (MU 58, 1980), Panique à Central Park (MU 59, 1980), La Souricière (MU 60, 1980), Lachez les Fauves! (MU 61, 1981), Petit-Homme-Blanc (MU 62, 1981), Et l'Empire s'effondra !(MU 63, 1981), Cauchemar (MU 64, 1981), Résurrection ou La Fin d'une Saga (MU 65, 1981), African Devil (MU 66, 1981), Sur la piste du Sorcier (MU 67, 1981), À l'ombre des volcans (MU 68, 1981), Dans l'oeil du volcan (MU 69, 1981), Maelstrom (MU 70, 1981) (texte et dessin de John Milton (Jean-Yves Mitton)) Seconde série : Le veilleur de pierre (SP 22, 1981), La Malédiction (SP 23, 1982), Le Vampire de New-York (SP 24, 1982), Horreur à l'Aurore (SP 25, 1982), Echec et Supermat 1 : Enfer sur l'échiquier (SP 26, 1982), Echec et Supermat 2 : Contre-attaque (SP 27, 1982), Le hasard et la violence (SP 28, 1982), Photonik contre Photonik (SP 29, 1982), Le rachat (SP 30, 1982), La Gemme 1 : Les dents de la mer (SP 31, 1982), La Gemme 2 : Le monstre des abysses (SP 32, 1982), Prisonnier des Étoiles 1 (SP 33, 1982), Prisonnier des Étoiles 2 (SP 34, 1982), Le mystère du pueblo maudit 1 : Un aigle dans la nuit (SP 35, 1982), Le mystère du pueblo maudit 2 : Trésor aztèque (SP 36, 1983), Les origines du Docteur Ziegel 1 : Ombre du passé (SP 37, 1983), Les origines du Docteur Ziegel 2 : Projet Siegfried (SP 38, 1983), Les origines du Docteur Ziegel 3 : La révolte des damnés (SP 40, 1983), Le casse du millénaire 1 (SP 41, 1983) (textes et dessins Jean-Yves Mitton), Le casse du millénaire 2 (SP 42, 1983) (textes et dessins Jean-Yves Mitton), Bas les masques 1 : Chantage (SP 43, 1983), Bas les masques 2 : Bluff (SP 44, 1983), La saga de Photonik (SP 55, 1984), Descente aux abysses 1 : Une Ombre dans la nuit (SP 56, 1984), Descente aux abysses 2 : La proie du Vampire (SP 57, 1984), Descente aux abysses 3 : Duel aux Enfers (SP 58, 1984), Les Enfants de l'apocalypse 1 : L'énigme Alpha (SP 80, 1986), Les Enfants de l'apocalypse 2 : La menace Alpha (SP 81, 1986), Les Enfants de l'apocalypse 3 : L'ultimatum Alpha (SP 82, 1986), Les Enfants de l'apocalypse 4 : Le Piège Alpha (SP 83, 1986), L'Ombre 1 (SP 84, 1987) (textes et dessins Jean-Yves Mitton), L'Ombre 2 (SP 85, 1987) (textes et dessins Jean-Yves Mitton), L'Ombre 3 (SP 86, 1987) (textes et dessins Jean-Yves Mitton), L'Ombre 4 (SP 87, 1987) (textes et dessins Jean-Yves Mitton). In 1999, les épisodes 23 à 26 de la seconde série ont été réédités aux éditions Delcourt (couverture ci-contre). Le triple épisode Les origines du Docteur Ziegel, sans Photonik, montre la montée de la chasse aux juifs dans l'Allemagne des années 30. L'enfant puis le jeune homme Nazel Ziegel y découvre ses super-pouvoirs mentaux et les utilisent contre Hitler lui-même. Création : Marcel Navarro, Textes et dessins : Cyrus Tota (1954- ) est né en Italie. Il commence à travailler pour les éditions Lug dans les années 70, principaleemnt pour des retouches et des couvertures. Il participe notamment, de 1977 à 1980, à Blek le roc produit oar le studio italien Essegesse. C'est en 1980 qu'il réalise sa première oeuvre personnelle, Photonik. Plus tard, il a créé Fuzz et Fizzbi pour les éditions Glénat, et, pour Delcourt, il a repris la série Aquablue, sur scénario de Thierry Cailleteau." J'en étais sur !!! Mitterrand faisait partie du PSI !!!

samedi, octobre 29, 2005

 

Deux anges au petit jour.

Hier soir, j’ai découvert "le concert confortable". Le casino de Bordeaux c’est en quelque sorte la pantoufle de la salle de spectacle. Sièges, que dis-je, fauteuils matelassés pour le bien-être nos très chères petites fesses, climatisation juste comme il faut, délicates petites odeurs fruitées qui se diffusent dans l’air, interdiction de fumer bien entendu, une acoustique très acceptable, non vraiment très bien. Même si je sens relativement rapidement que ma voisine de gauche et moi-même ne sommes manifestement pas du même monde, et que sa connerie n’a d’égal que son poids en bijoux répartis sur l’ensemble de son corps lipidique. 20h00 pétantes (les concerts pour riches commencent donc très tôt et à l’heure), arrive l’artiste, Monsieur Marc Lavoine. Je me rends compte que je fais pas mal dans la variété ces temps ci, remarquez pour qualifier ces artistes je préfère le terme de pop (sans doute plus chic). Que dire du cas de Monsieur Lavoine, après les concerts de Calogero et celui d’Etienne Daho (et une rencontre mémorable avec Etienne où faisant preuve d’une courtoisie de tous les instants, il confiait à ma compagne que j’étais plus beau que lui, hum.) et avant celui de Raphaël (celui là je le redoute…), j’ai plutôt bien aimé. Etonnant non ? Moi qui pensais que j’allais m’ennuyer à mourir, et bien pas du tout. Ce mec là est un vrai robinet à tubes….Si certaines personnes sont insensibles à ses compositions, ben pas moi, je me souviens de 1984, de mon premier walkman de 17 kg, et d’une cassette que j’ai écoutée en boucle, celle d’un concert de Marc Lavoine. Hier soir aux premiers accords du "Parking des anges", c’est toute ma vie que j’ai vu défiler, puis suivirent "le monde est tellement con", "biguine avec toi », "les yeux revolvers", et des plus récentes "le pont Mirabeau", "chère amie", "Paris", "C’est ça la France", "les tournesols", "je ne veux qu’elle", "dis-moi que l’amour", "Je me sens si seul"...Enfin deux heures d’un spectacle où je ne me suis pas emmerdé une seule seconde….Ce mec me bluffe constamment, déjà j’étais sur le cul devant sa prestation dans le film "le cœur des hommes", et l’homme de scène est manifestement plus charismatique que jamais. Bonne expérience. Toujours quelques phrases qui me reviennent : "C’est la vie, la vie c’est du vent, qui souffle nos rêves d’enfant, c’est jamais comme avant, il ne faut plus faire semblant". Emission de la semaine, pas mal et Seb est peut-être un très bon remplaçant de Callahan, à méditer avec les autres. Fini les plans du direct de trois jours sur le Garorock 2006. Nous aurons un studio sécurisé avec diffusion des concerts en direct. Projet galère à gérer, mais je commence à voir le bout du tunnel. Au fur et à mesure que je découvre la programmation, je commence à sentir excitation à l’idée de les recevoir. En parlant d’association, Will et moi allons peut-être réaliser le plus gros "hold up" des tous les temps (H-4 heures). "Essayer d’autres lits, me perdre par hasard, oublier qui je suis...". Merci Marc.

vendredi, octobre 28, 2005

 

Des clous de neuf pouces.

Nine inch nails. Ce groupe, je l'ai écouté, réecouté, usé les cds jusqu'à la corde. Et puis saturation. "Michael Trent Reznor voit le jour le 17 mai 1965 dans la petite ville de Mercer, en Pennsylvanie. Très tôt il adopte le nom de Trent pour éviter la confusion avec son père qui se nomme également Michael. Alors qu’il est âgé de cinq ans, les parents de Reznor divorcent et il aboutit chez les parents de sa mère qui l’élèvent, ce qui ne l’empêche pas de connaître une enfance heureuse. Il canalise son énergie dans la musique et commence à jouer du piano à cinq ans. Il se penche par la suite sur le saxophone ténor et le tuba dans l’harmonie de son école. Il participe aussi à des spectacles musicaux tout en devenant un fervent fan de Kiss. Il passe ensuite une année à étudier la musique et l’électronique au Collège Allegheny, mais il décide d’abandonner ses études après seulement un an pour se consacrer complètement à la musique. Il décide de déménager et de s’installer à Cleveland en compagnie de son ami Chris Vrenna. C’est à cette époque qu’il découvre la new wave et la musique underground. Il est particulièrement fasciné par la musique industrielle qui offre une façon novatrice et puissante d’utiliser les instruments électroniques. À 19 ans, il passe une audition pour faire partie du groupe the Innocent et décroche le job. La formation enregistre l’album "Livin’ in the Streets" et Reznor quitte trois mois plus tard pour ensuite se produire avec différents groupes locaux. Il travaille également dans un magasin de claviers en plus d’agir comme concierge dans un studio d’enregistrement. Il finit par devenir ingénieur de studio, apprenant lui-même à utiliser de nombreux logiciels tout en créant son propre matériel pendant ses temps libres. En 1987, on peut le voir dans le film "Light of Day" dans lequel il joue du clavier avec un trio appelé the Problems. Le film met notamment en vedette Michael J. Fox et Joan Jett. Influencé par Ministry et Skinny Puppy, Reznor adopte le nom de scène Nine Inch Nails et commence à enregistrer ses propres compositions en 1988, jouant de tous les instruments. À l’origine, il espère seulement lancer un simple de 12 pouces sur une petite étiquette européenne, mais quand il envoie ses maquettes à une dizaine d’étiquettes américaines, elles lui offrent presque toutes un contrat. Il s’entend avec TVT qui lance "Pretty hate machine" en 1989. Le label avait au préalable rejeté l’effort "Industrial Nation". Reznor réunit ensuite un groupe pour partir en tournée en première partie de Skinny Puppy. Il se lasse cependant d’ouvrir pour des artistes strictement industriels. Avec un noyau plus défini comprenant Chris Vrenna à la batterie et Richard Patrick à la guitare, Reznor choisit volontairement de se produire en première partie de formations alternatives comme the Jesus & Mary Chain. Il voit là un défi intéressant pour attirer un groupe de fans qui n’auraient peut-être pas eu le réflexe de s’intéresser à sa musique. La stratégie porte fruit et le groupe augmente considérablement son auditoire. Par ailleurs, le simple "Down In It" tourne dans les bars et se trouve une place sur le palmarès dance de Billboard. De plus, MTV décide de faire tourner le clip du second extrait, "Head Like a Hole". En 1991, après avoir passé une ribambelle de claviéristes, Nine Inch Nails arrête son choix sur James Woolley et entreprend la toute première tournée Lollapalooza. La tournée de grande envergure ne fait qu’augmenter la popularité de la formation de sorte que "Pretty Hate Machine" remonte au palmarès sans toutefois dépasser le 75e rang. L’album passe tout de même deux ans dans le Top 200 et franchit le cap du million de disques vendus. Flairant la bonne affaire, TVT décide de s’assurer de la réussite du prochain album et tente d’en prendre le contrôle créatif. Non content de la situation, Reznor tente d’être libéré de son contrat, ce qui mène à une vicieuse lutte en cour. Il doit se rabattre sur d’autres groupes pour s’exprimer. En 1990, il co-écrit et chante sur la chanson "Suck" de Pigface et collabore avec Al Jourgensen de Ministry dans son autre formation 1000 Homo DJs. Il réussit finalement à se sortir d’impasse et s’entend avec Interscope qui lui permet de lancer sa propre étiquette, Nothing. Ayant continué d’enregistrer du nouveau matériel, Reznor propose le EP "Broken" en 1992 de même qu’une collection de remix des pièces intitulée "Fixed". "Broken" met de l’avant encore plus de guitares que "Pretty Hate Machine", une façon de refléter plus fidèlement l’approche live du groupe et de se défouler face aux embûches vécues au cours des mois précédents. Malgré plusieurs critiques mièvres, "Broken" entre dans le Top 10 et le simple "Wish" remporte le Grammy de la meilleure performance heavy metal. Reznor accroît sa réputation de provocateur avec le clip "Happiness Performance" qui banni et dans lequel on voit des scènes de sado-masochisme. Reznor déménage une nouvelle fois et élit domicile à Los Angeles afin de préparer le second effort de NIN. Il aménage un studio dans la maison où Sharon Tate a été assassinée par Charles Manson. C’est là qu’il enregistre "The downward spiral", un album concept très ambitieux flirtant avec le rock progressif. Il s’agit également de l’œuvre la plus travaillée de Nine Inch Nails. Fortement attendu, le disque entre au deuxième échelon à sa sortie et s’écoule à plusieurs millions d’exemplaires. Pour sa part, Richard Patrick quitte le groupe de tournée pour fonder Filter et Reznor remanie son alignement autour de Vrenna et Woolley et y ajoute le guitariste Robin Finck et le bassiste Danny Lohner. N.I.N fait sensation lors du concert célébrant le 25e anniversaire de Woodstock. Le groupe offre une prestation endiablée tout de suite après que chacun des membres se soit couvert de boue. De son côté, la chaîne M.T.V fait tourner abondamment une version censurée du simple "Closer". Toujours en 1994, Reznor supervise la bande originale du film "Natural Born Killers" d’Oliver Stone en plus de collaborer à une chanson sur l’album "Under the Pink" de Tori Amos. En 1995, N.I.N prend la route avec le nouveau claviériste Charlie Clouser et partage la scène avec David Bowie. Le groupe propose également l’album de remix "Further down the Spiral". Profitant des revenus astronomiques générés par "The Downward Spiral", Reznor achète une ancienne résidence funéraire de la Nouvelle-Orléans et y installe un studio à la fine pointe de la technologie. Tout en pensant à son avenir, Reznor réalise l’album "Antichrist Superstar" de Marilyn Manson. En 1997, l’amitié entre Vrenna et Reznor s’effrite et il décide de quitter pour être remplacé par Jerome Dillon. Comme un malheur n’arrive jamais seul, il perd la grand-mère qui l’a élevé et se brouille sérieusement avec Marilyn Manson. Cela ne l’empêche pas de produire une nouvelle bande originale, pour le film "Lost Highway" de David Lynch. Il y apporte d’ailleurs l'excellent morceaux "The Perfect Drug". Après l’immense succès remporté par "The Downward Spiral", Reznor souffre d’un sérieux cas du syndrome de la page blanche. Pendant ce temps, l’influence de Nin sur de nombreux jeunes groupes commence à se faire sentir chez Filter et Stabbing Westward. Nine Inch Nails refait finalement surface en 1999 avec l’album double "The Fragile" qui entre directement au premier rang avec des ventes importantes dans les premières semaines avant de redescendre rapidement dans le classement. L’album de remix "Things falling apart" paraît l’année suivante et en 2002, le groupe propose un live de la tournée "and all that could have been". Reznor sort un nouvel album en 2005, et même à grand renfort de promo et de clips dans le vent "made-in-Fincher", ce dernier opus, sonne le glas d’une génération et demeure, à mon avis, très en dessous du reste de sa disco. Comme quoi, faudrait jamais vieillir….

 

Contre tout chacal.

Entendu dans une émission à l’occasion de la sortie du film "boite noire" de Richard Berry, qu’il y a trois personnalités en chacun de nous : Il y a celui que l’on aimerait être, celui que l’on croit être et celui que l’on est vraiment. Ben moi, si je ne sais pas qui je suis, je sais que j’aurais aimé être Bob Morane (et je ne dois pas être le seul). Et puis, à force d’entendre Nicolas répéter sans cesse que le héros s’appelle Bob Morane, j’ai voulu le côtoyer, moi ce fichu héros. Ben pas déçu le Damoon. Bouquins pulps, Bd (du moins les six premiers tomes de l’intégrale par Vance) bien fichues. Alors veuillez décliner votre identité, jeune homme : "Nom : Morane : cela sonne bien (et évoque les célèbres avions Morane Saulnier). Prénom : Robert, dit Bob (pourquoi pas ?). État civil : célibataire (évidemment). Age : entre 20 et 30 ans (plus tard, et définitivement, 33). 1,85 mètre, 85 kilos, grand, beau, costaud, des yeux gris d'acier. Indépendant, un peu non conformiste, prêt à secourir la veuve et l'orphelin, l'orpheline, de préférence. Profession(s) : ancien pilote de la RAF (au début) - Ingénieur - chevalier des temps modernes - etc. Compagnon de toujours (et pour toujours) Bill Ballantine. ("Ne m'appelle plus Commandant Oui, Commandant"). Sports : ceinture noire de judo, boxe, parachutisme. Résidence : Paris (un bel appartement quai Voltaire). Mémoire, intelligence, attention, Connaissances : niveau supérieur (cela va de soi). Visage, silhouette, taille : viril, athlétique, cheveux en brosse, bref... ressemblant trait pour trait (quel hasard !) à un certain René Emery. Caractère : généreux, sûr de soi mais modeste. Décor de ses aventures : le vaste monde et, de préférence, des endroits et des circonstances réelles et vraisemblables qui ont été récemment dans l'actualité. Ce dernier point est évidemment essentiel et il constitue, une des bases du succès de Bob Morane. En articulant ses aventures et ses rebondissements sur des événements authentiques, Henri Vernes a réussi en effet à conférer à son héros une crédibilité exemplaire et qui lui a permis d'ailleurs ensuite de le faire vivre - avec l'Ombre jaune notamment - dans des mondes les plus étranges et même dans la quatrième dimension. Le "truc" consiste en fait à ancrer les aventures de Bob Morane dans des réalités ou des hypothèses scientifiques parfois très récentes comme : la fatigue de l'acier en aéronautique (Panique dans le ciel), la fonte des glaciers du pôle (Les Dents du Tigre), les dernières découvertes de l'archéologie (La Vallée des Brontosaures), ou de la vulcanologie (La Griffe de Feu), l'univers inconnu des barrages du Grand Nord (Terreur à la Manicouagan), au gré de l'imagination fertile d'Henri Vernes... et de sa documentation ! Mais j'anticipe car en octobre 1953, au moment où Henri Vernes bouclait son premier récit, "La Vallée infernale" située dans la jungle de Nouvelle-Guinée. A Verviers, apparaît la première représentation de Bob Morane par Pierre Joubert qui, selon nous ne ressemblait pas suffisamment à René Emery. On en voit encore la trace maladroite dans le visage quelque peu figé de ladite couverture. C'est le troisième mercredi de décembre 1953 que le premier Morane vit le jour. Puis, déjà le deuxième Morane, "La galère engloutie", c'est-à-dire cinq numéros et deux mois et demi après le premier. Contrairement au plan établi, qui prévoyait avec une rigueur absolue des intervalles de quatre numéros et de deux mois entre chaque nouveau titre, il avait fallu en effet accorder à Henri Vernes un délai supplémentaire et imprévu de quinze jours provoqué par une croisière dans les Antilles, programmée depuis longtemps, mais qui semait l'inquiétude à Bruxelles, et m'amenait, le 5 janvier 1954, à envoyer à notre futur grand auteur, à bord du paquebot "Colombie" un télégramme ("Attendons impatiemment fin Galère") qui fut le premier d'une longue série de rappels et de harcèlements qui contribuèrent, pendant de longues années, à maintenir le rythme et la régularité (commercialement essentielle !)' des rencontres avec le lecteur. Mais, si ce ne fut pas toujours simple de publier à 250 km/h, le moment vint pourtant vite - étonnamment - vite du premier millionième... Et puis le N°100 ...Et puis les mille personnages qui l'un après l'autre sont nés et vivent pour notre seule fascination, puis vint la télévision, les disques et le cinéma, où tant de tentatives se sont succédées... Et la chanson de Louiguy à "Indochine" dont "L'Aventurier" témoigne aujourd'hui de la quasi immortalité de Bob Morane. Et puis, encore les albums de B.D. Dans son salon bruxellois encombré par les poupées, statues, épées, tableaux médiévaux et autres bibelots exotiques rapportés de voyage ou achetés chez les antiquaires, Henri Vernes, caché derrière ses éternelles lunettes fumées, dressait le portrait de son héros de papier. «Bob Morane ? Ça fait quarante-huit ans qu'il m'enquiquine», lâchait-t-il avec un sourire amusé. Belle prestance, le papa peut être fier de son rejeton : 183 épisodes, une soixantaine de BD, 26 téléfilms en noir et blanc (avec Claude Titre dans la peau de Bob Morane), 26 dessins animés. Sa progéniture est devenue un mythe. Précurseur d'Indiana Jones, de James Bond, de Jurassic Park, distributeur de rêves et de voyages, il a pimenté la jeunesse de millions de quadras, quinquas et sexagénaires d'aujourd'hui. Parmi les lecteurs acharnés, Christophe Gans, réalisateur du Pacte des loups. Des aventures de Bob Morane il a toujours voulu faire un film. Un rêve de gosse. C'est désormais chose faite : L'Aventurier sera bientôt sur grand écran (1), incarné par Vincent Cassel, pour un épisode inédit, adapté des trois premières aventures de Bob Morane contre l'Ombre Jaune. Destination: Londres et la Birmanie, dans les années 1960. Voilà qui va donner un nouveau souffle au héros. Né le 16 octobre 1918 à Ath, en Belgique, Henri Vernes, de son vrai nom Charles-Henri Dewisme aime l'aventure, même s'il s'en défend. Après avoir grandi à Tournai, «dans l'ancienne Picardie française» «ça fait plaisir aux Français», précise-t-il - il débute ses vagabondages dès l'âge de 19 ans. Cap sur la Chine. «Une fugue, plus qu'autre chose», confiait le père de Bob Morane. D'autres voyages, Istanbul, Berlin, puis, pendant la guerre, les services secrets britanniques. «Rien de très dangereux, on se contentait de collecter des informations et de les communiquer.» Modeste, Henri Vernes: il est tout de même convoqué par le lieutenant Walter, chef de la Gestapo, pour fait de résistance. Heureusement, les deux hommes s'étaient rencontrés autour d'une coupe de champagne quelques jours auparavant, lors d'un cocktail. La Gestapo «oubliera» son dossier. Après la Libération, sa bougeotte le reprend. Amérique du Sud, Antilles, Venezuela, Colombie. Il devient journaliste, correspondant pour Nord-Matin et Nord-Soir, reporter pour quelques magazines. A l'époque, il habite quai Voltaire, à Paris, vit les folles nuits de Saint-Germain-des-Prés. Au petit matin, il court acheter le journal, choisit son sujet et dicte, de la poste de la rue du Louvre, son article pour le soir. L'envie de créer un personnage qui soit un aventurier, il l'a toujours eue. Le patron des éditions Marabout va lui donner l'occasion de passer à l'acte. Le défi : créer un héros pour la jeunesse, à raison d'un épisode tous les deux mois. Charles-Henri Dewisme se lance. Il devient Henri Vernes. Le 16 décembre 1953 naît Bob Morane. Pourquoi Morane ? Un «Morane» est un guerrier masai qui a tué son premier lion ; c'est aussi le pseudonyme d'un peintre du dimanche, ami d'Henri Vernes. Pour le premier épisode, Bob Morane part en Nouvelle-Guinée, dans La Vallée infernale. Succès immédiat. Henri Vernes se transforme alors en machine à cracher des Bob Morane. Certains épisodes sont bouclés en quelques jours. Mais où cette plume infatigable puise-t-elle son inspiration ? «Dans les faits divers, la politique mondiale, les découvertes scientifiques, les faits historiques.» Plus une grosse part d'imagination. Et Bob Morane, est-ce qu'il ressemble au papa? «Physiquement, non ! Mais il a mes goûts, mes réflexions philosophiques et écologiques. Comme moi, il aime le jazz, la peinture, les antiquités et les voyages.» Pour les nombreux fans, Vernes et Morane ont beaucoup plus en commun : même date de naissance (le 16 octobre), donc même signe astrologique (Balance), même attrait pour le sport - s'il n'a jamais piloté d'avion, Henri Vernes a pratiqué la boxe, le tennis, l'aviron, et fait toujours du vélo d'appartement... et, surtout, il a connu bien des aventures, avant d'en inventer ! Les yeux rieurs, il se souvient : «C'était dans les hautes sierras de Santa Marta, en Amérique du Sud. Avec des amis colombiens, on était à la recherche de l'homme-aux-pieds-à-l'envers, l'équivalent sud-américain de l'homme des neiges. Seulement, ce jour-là, il y avait une grande fête indienne dans la montagne, à laquelle les Blancs ne pouvaient pas assister. Les Indiens nous ont empêchés de passer, par des moyens plus ou moins pacifiques...» En Haïti, il est parrain de cérémonies vaudoues. Avec la Légion étrangère, il tombe sur des révolutionnaires de l'autre côté de la frontière du Surinam. Rien à voir avec les aventures extraordinaires de Bob Morane, bien sûr: Henri Vernes ne se décerne pas le titre de baroudeur. Les femmes, en revanche, ne l'ont jamais laissé indifférent. Et ce n'est pas un hasard s'il y a autant de créatures de rêve dans la vie de Bob Morane: Aïsha, devenue sur le tard la petite amie officielle du héros, Tania Orloff, nièce de l'Ombre Jaune, la belle Sophia Paramount, reporter de choc et de charme, championne de karaté, femme libérée, «copine d'aventure» et chouchoute de l'auteur... Pour autant, le héros ne s'est jamais marié, son papa y a veillé. Une épouse, des enfants, ça coupe un peu l'aventure. Ou alors faudrait-il y voir une inavouable relation entre Bob et l'indispensable Bill Ballantine, «le géant roux, aux poings gros comme des têtes d'enfant»? «Non!» se récrie avec horreur Henri Vernes, qui n'a d'ailleurs guère apprécié la BD parodique Bob Morane, faisant de Bob et Bill un couple digne de La Cage aux folles. En quarante-huit ans, Bob Morane n'a pas pris une ride. Eternellement âgé de 33 ans - une allusion à Blaise Cendrars, qui écrivait toujours 33 romans à paraître, même s'il n'en a jamais sorti autant - le héros évolue avec ses lecteurs. Au départ un peu boy-scout «Parce que c'était l'époque», expliquait Henri Vernes - toujours embarqué dans des histoires policières, d'espionnage ou de jungle, il s'est perfectionné. Dans les années 1970, c'était santiags et rouflaquettes, maintenant, il a un ordinateur et un téléphone portable. Bob Morane s'adapte à la mode, sans trop vraiment y coller. C'est peut-être ce qui explique son incroyable succès: 40 millions de lecteurs à travers le monde en près de cinquante ans, le public ne l'a pas lâché. Il écrit à la main, comme toujours Un public qui compte maintenant moitié d'adultes, et de plus en plus de femmes. Dans La Fille de l'anaconda, cette fois, Bob Morane est en Amérique du Sud, au secours d'une jeune fille tatouée d'un anaconda sur l'épaule et enlevée par une société secrète de révolutionnaires du Pérou. Henri Vernes n'excluait pas non plus qu'à sa disparition, un autre auteur prenne le relais. Un «beau-père», en somme. Car, expliquait-t-il, «ce n'est pas parce que les papas meurent que les fils doivent mourir aussi!» Bob Morane est déjà invincible. Serait-il immortel ? Bob est donc né un 16 Octobre (voir 'La nuit des Négriers'), et est donc du signe de la balance, ascendant Scorpion. Même s'il est acquis que notre héros ne vieillit pas, sa naissance est datée aux environs de 1925 : "Si je ne m'abuse, en 1945, vous comptiez cinquante-trois victoires homologuées, et vous aviez à peine vingt ans " (du "Maître du silence" -Lord Pernambouc, à propos des victoires militaires de Bob-) De manière générale, il a «trente-deux ans depuis six mois, douze jours et trois heures exactement» (voir «Les sortilèges de l'Ombre Jaune») , mais il se prend un coup de vieux (trente-cinq ans) dans «L'oeil de l'iguanodon». Ses parents, décédés, lui ont laissé un héritage coquet qui lui permet d'être à l'aise. Sa mère était bretonne : « En secouant la tête, Morane coupa :- Aucune crainte... Si tu veux tout savoir d'ailleurs, ce cimetière m'appartient, avec quelques centaines d'hectares qui se trouvent autour. Un bien familial, du côté de ma mère, qui était bretonne." (L'Ombre Jaune et l'héritage du Tigre) ». "L'immeuble appartenait à Bob Morane. Il l'avait hérité de ses parents -entre autres choses- et, tout d'abord, il n'y avait occupé qu'un modeste quatre pièces presque sous les combles." ('Rendez-vous à nulle part'). Bob est assez à l'aise pour pouvoir se permettre d'employer un majordome (Bertrand) à plein temps dans sa résidence secondaire, une ancienne abbaye en Auvergne, et pouvoir rouler en Jaguar ("Une rose pour l'Ombre Jaune"). Dans 'La prison de l'Ombre Jaune', Bob se rappelle un épisode de son enfance, avec son père. Son physique «Il se sentait en pleine forme, avec son mètre quatre-vingt-cinq de taille, ses quatre-vingt-cinq kilos et des poussières d'os et de muscles bien entraînés, ses nerfs d'une solidité à toute épreuve.» (Les papillons de l'Ombre Jaune). Sa taille est donc d'environ 1,85 mètre. Mais c'est variable : «Taille : 1 mètre 84, poids : 83 kilos 600» («Les sortilèges de l'Ombre Jaune»); 1,82 dans «L'ennemi invisible». Son point faible : les cauchemars «Une seule particularité le handicapait : il était sujet aux rêves, qui souvent tournaient au cauchemar.» ('Rendez-vous à Nulle part'). De la même façon que Bob, et le lecteur avec lui, se perd parfois dans les méandres du temps, il arrive que les frontières entre rêve et réalité se fassent floues, laissant entrevoir un passage vers un monde parallèle. Ainsi, le "démon Solitaire", s'ouvre sur cette étrange et troublante sensation de déja-vu que nous avons tous un jour ressenti : "Morane eut donc une impression de déjà vu. Pourtant, il ne chercha pas à travers ses rêves, ni ne fouilla sa mémoire héréditaire." Bob Morane reste un coureur de jupons impénitent et il assume, même si ça fait ricaner ses amis ! "On ne se refait pas, professeur, dit calmement Morane, on ne se refait pas... Mais je ne suis pas venu ici pour que vous me fassiez la morale sur ma façon d'organiser ma vie..."(du 'Réveil de Kukulkan'). Dialogue dans 'Les 1001 vies de l'Ombre Jaune' : Vous voilà enfin, Bob!... Où étiez-vous passé ? A Bruxelles, chez une amie. Une amie ! ricana l'archéologue, comme l'aurait fait Bill Ballantine. Les femmes vous perdront, Bob » Dans 'Les bulles de l'Ombre Jaune', Bob avait décidé de rester dans le passé, par amour pour une belle princesse blonde, Ethelweed...'Etait-ce de l'amour ? Plutôt de la magie'. Mais dès la page 60 : 'Malgré lui, il pensa à Ethelweed, mais il la chassa rapidement de son esprit'. Et à la page 148, adieu Ethelweed, bonjour Sheeba : J'ai l'impression, dit Ballantine avec un rire gras, qu'il va falloir de nouveau compter avec une "princesse de légende "... Bill flippe ! "Je vis dans une perpétuelle terreur à l'idée qu'un de ces jours une de ces adorables créatures se mette à vous dévorer le coeur par petites bouchées..." ("Les Papillons de l'Ombre Jaune"). Excellent combattant : «Vous possédez une connaissance parfaite des armes à feu, que vous maniez d'ailleurs avec une adresse rare. Avec le même succès, vous maniez les armes blanches, depuis l'escrime à l'épée et au sabre jusqu'au kendo japonais. Mais ce n'est pas tout. Les techniciens du combat au corps à corps n'ont pas davantage de secrets pour vous.» (Les damnés de l'or). Des talents insoupçonnés : Bob sait jouer du luth en chantant les chansons de Trénet et de Brassens (L'épée du paladin). Il sait faire la cuisine (La croisière du Mégophias). C'est le champion du noeud marin (La cité des rêves). Ses hobbies : Bob aime bien les voitures. Il collectionne les armes anciennes (L'épée du paladin) Il collectionne aussi les vieux bouquins, et lit beaucoup. De temps en temps, il bosse. Les langues que Bob connaît : Citons entre autres : le français et l'anglais bien sûr ; le japonais ("La bête hors des âges" et "L'oeil du samouraï"), le pidgin ("la croisière du Mégophias"), le papou ("La vallée infernale"), l'arabe ("Panique dans le ciel"), le patois bêche-de-mer (jargon anglais/malais) (voir "L'Orchidée noire"), le zoulou ("Mise en boîte maison") le malais (voir "L' île du passé"), le créole (voir "Snake") Mais ne parle pas un mot de flamand ! ("le sentier de la guerre"). Pourquoi le nom de 'Morane' ? Moi, j'aurais bien vu l'inspiration de l'avion 'Morane'. Le succès de cet avion est contemporain de la jeunesse d'Henry Vernes, et Bob Morane est d'abord et avant tout un pilote de chasse, ayant fait ses preuves pendant la seconde guerre mondiale. Mais l'illustrateur Pierre Joubert, dans le livre "A propos de Bob Morane et de Signe de Piste", paru aux éditions Nautus, raconte : «Le héros devait s'appeler Mallard. Je trouvais que l'idée était bonne, mais que ce nom de Mallard ne sonnait pas très bien.Ca me faisait penser au 'mollard'. Après discussion, nous sommes tombés sur le nom de Morane. Je ne me souviens plus lequel de nous trois (Vernes, Schellens ou moi-même) a trouvé ce nom.» Ses habitudes au quotidien Bob Morane boit son café noir. «Coinçant le combiné du téléphone entre le cou et l'épaule, il but une gorgée de café noir, frais et brûlant.» ('La malle à malices') «Morane s'habilla, tandis que son mini-percolateur lui préparait goutte à goutte une autre tasse de café fort et noir comme la nuit.» ('La malle à malices') Bob Morane dort en pyjama. «Il était en pyjama, dans son lit, à l'hôtel Presidio.» ('Les poupées de l'Ombre jaune') Bob Morane est crotopodomane. «Bob obéit, croisa les jambes : il était crotopodamane» ('Rendez-vous à Maripasoula') Un peu superstitieux. «En lui-même, Morane se livrait à un combat. Il s'étonnait. Le mystère du Serpent à Plumes - ou, mieux, des serpents à plumes - le fascinait. Il eût aimé le résoudre. Pourtant, cette fois, la sagesse l'emportait encore sur son goût immodéré pour le danger. Peut-être était-ce son signe Balance qui l'emportait sur son ascendant Scorpion, Pourtant, il n'en était pas certain. Il ne considérait pas l'astrologie comme une science exacte. » ('Le réveil de Kulkulkan') Quand il voyage, ses bagages ressemblent à ceux de ma mère. Aimant ses petites habitudes, Bob a du mal à se remettre de la destruction de ses valises dans «Menace sous la mer» : «Ses valises étaient depuis des années de fidèles compagnes de voyage, qui l'avaient accompagné sur les cinq continents, et c'était un peu comme s'il venait de perdre de tendres amis. Il serra les poings, ses mâchoires se durcirent, et il pensa que, vraiment, le Smog devrait payer tôt ou tard cet acte de vandalisme auquel il était bien près de donner le nom d'assassinat.» Quand Bob part en voyage, il emmène un bric-à-brac incroyable. Citons entre autres : un tas de médicaments ('Les larmes du soleil'), un miroir à pied escamotable ('Panique dans le ciel'), un compte-fils ('L'oeil d'émeraude'). Qui est Bill Ballantine ? Descendant du clan McGuiliguidi, Bill serait né à Edimbourg, dans l'entrepôt d'une grande distillerie. ('Les jardins de l'Ombre Jaune') à Perth, en Ecosse ('la bête hors des âges'). Bill fut mécano dans l'aviation de marine ('la vallée infernale). Dans les premières aventures, son nom s'écrit avec un seul 'L' : Balantine. Physiquement, Bill est un géant aux cheveux rouges, avec 'une trogne boucanée', 'un nez cassé' et de 'lourdes mâchoires'. Il présente également 'd'inattendues fossettes dans ses joues taillées à coups de hache et tannées ». Son poids est très variable : 100 kg dans 'Le retour de l'Ombre Jaune' ("Tout autre se serait écroulé sous le choc, car Ballantine pesait quelque cent kilos."), 110 kg (dans 'Le châtiment de l'Ombre Jaune'), 120 kg (dans 'Le trésor de l'Ombre Jaune') 130 kg (dans 'L'oeil du Samouraï' ou 'Les berges du Temps') et jusqu'à 140 kg (dans 'L'arbre de la vie'). Bill Ballantine et le Capitaine Haddock "Que le Cric me croque, commandant" sont les premiers mots de 'Les sept croix de plomb'. Hasard, coïncidences, ou influences entre grands auteurs belges ? De la même façon que le Capitaine Haddock n'est qu'une figure de second plan dans 'Le Crabe aux pinces d'or', avant de prendre un rôle prépondérant, dès 'L'Etoile mystérieuse', auprès du reporter Tintin, Bill Balantine, d'abord rencontre de hasard, s'impose rapidement auprès de Bob Morane, reporter occasionnel. Comme le Capitaine Haddock, Bill est un épicurien, qui se prend une cuite plus souvent qu'à son tour, et demande fréquemment à Bob "Quand est-ce qu'on mange ?". Tous deux sont des forces de la nature, qui ne reculent pas devant le danger, mais aiment également se retirer, l'un à Moulinsart, l'autre dans son manoir d'Ecosse, à pantoufler et cultiver le jardin et les poulets...Tous deux sont brocardés pour leur penchant pour la dive bouteille... Les plus beaux jurons et les réparties les plus drôles leur sont dûs. Comme le Capitaine Haddock encore, Bill joue le rôle du fou du roi auprès du héros. Jovials, bourrus, costauds et toujours partants, tous deux usent d'un franc-parler, parfois argotique, pour appuyer leur gros bon-sens, et ramener leurs preux compagnons à une réalité plus terre-à-terre. Même en amour, ils ont leur petit succès...même si ce n'est pas toujours auprès du premier choix...Boulot : éleveur de poulets en Ecosse, et fier de l'être ! "Et je veux bien parier que vous n'avez encore jamais vu des poulets comme comme les miens !" Petits défauts : Supertitieux "Une pie qui chante près de la maison, c'est signe de mort dans la saison." (Le masque du Crapaud), Bill ronfle («monstres de la nuit»), grosses qualités Mécanicien hors pair et pilote " - On prétend également que vous seriez capable de poser n'importe quel avion sur un mouchoir de poche, alors que tout autre que vous casserait du bois ..."('Les damnés de l'or') Infirmier (voir 'Les sept croix de plomb'). Dans les épisodes les plus récents, Bill parle argot. Le franc-parler, oui. Un Ecossais qui joue les titis parisiens des années cinquante, non. Monsieur Ming, alias L'ombre Jaune, est l'éternel ennemi de Bob Morane, son adversaire le plus coriace. À la tête d'une puissante organisation, le Shin-Tan, il a décidé de faire le bonheur de l'humanité malgré elle. D'une intelligence prodigieuse, il se joue du temps et de l'espace. Il se dit immortel, vieux de plusieurs milliers d'années. La première impression étant toujours la meilleure, le passage ci-dessous relate la première rencontre de Bob Morane avec Monsieur Ming, dans «La couronne de Golconde». «C'était un Asiatique (un Chinois ou plus probablement un Mongol) de haute taille, vêtu d'un costume noir au col fermé de clergyman. Des bras anormalement musclés, s'il fallait en juger par la façon dont il remplissait les manches du vêtement, et aussi les mains énormes, osseuses, avec des doigts pareils à des dents de fourche. Mais le visage plus encore retenait l'attention. Un visage d'un jaune un peu verdâtre, faisait songer à un citron pas tout à fait mûri. Le crâne était rasé et l'ensemble rappelait une lune. Entre les pommettes saillantes, le nez se révélait large, épaté. Quant à la bouche, fine mais aux lèvres parfaitement dessinées, elles s'ouvraient, quand l'homme parlait, sur des dents pointues, qui ne semblaient pas appartenir à un être humain, mais à une bête carnivore. Les yeux non plus n'étaient pas humains. Sous les paupières fendues obliquement, ils faisaient songer à deux pièces d'or ou, mieux encore, à deux morceaux d'ambre. Des yeux minéraux, sertis dans un visage de chair. Des yeux qui semblaient morts, sans regards mais d'où cependant émanait une extraordinaire puissance hypnotique». Bob lui donne une cinquantaine d'années. La main droite de Monsieur Ming est un postiche, prodige de micromécanique. Monsieur Ming représente la face obscure de l'humanité, usant de ses talents à mauvais escient. "Un de mes péchés mignons est de jouer les démiurges "('Les papillons de l'Ombre Jaune'). Prophétique, à l'heure des polémiques sur les manipulations génétiques... Les dieux n'existant que s'il y a quelqu'un pour y croire, l'Ombre Jaune a besoin de Bob Morane pour exister... "Il est probable que, sans lui, la lutte que j'ai engagée contre la civilisation moderne serait privée de tout piment." ('Les papillons de l'Ombre Jaune') En préface de la magnifique BD «Le châtiment de l'Ombre Jaune», Henri Vernes nous confie quelques souvenirs à propos de la naissance de l'Ombre Jaune : De cette époque, je gardais le souvenir d'un «Masque» intitulé le Magicien Noir. Le «méchant» y était la réincarnation d'un savant italien de la Renaissance, Jérôme Cardan, l'inventeur notamment de la suspension qui porte son nom. Je ne sais pourquoi R.T.M. Scott avait fait de ce pauvre Jérôme Cardan un être démoniaque, mais allez chercher ce qui se passe dans la tête d'un auteur. Surtout d'un auteur de romans policiers. Bref, mon Magicien Noir avait, dans le roman de R.T.M. Scott, le crâne chauve, le teint jaune et les yeux dotés de pouvoirs hypnotiques. Je tenais donc une partie de mon personnage de «mauvais». L'autre partie ? Pourquoi pas un Chinois, ou quelqu'un d'approchant. À cette époque régnait encore l'appréhension de ce qu'on appelait «le péril jaune». Et il y avait également cette légende raciste du Chinois «fourbe et cruel». Non...non...rassurez-vous, moi je n'y pensais pas vraiment, mais j'étais certain que mes lecteurs, eux, y penseraient. Peut-être inconsciemment, mais ils y penseraient quand même. Peu de temps auparavant, dans une aventure de Bob Morane intitulée «La couronne de Golconde», j'avais mis en scène un individu du nom de Monsieur Ming, personnage épisodique, mais qui cessa de le rester. Ce Monsieur ming avait lui aussi le crâne chauve, comme Cardan, et il était Chinois, ou Mongol. Bref, un double asiatique du personnage de R.T.M. Scott. Donc, je tenais mon «méchant». Restait à lui trouver un nom. Je décidai de garder Monsieur ming. Rien ne pouvait faire plus chinois. Ensuite, un surnom. J'optai pour l'Ombre Jaune. L'Ombre Jaune, puisqu'il s'agissait de quelqu'un se mouvant, justement, dans l'ombre. Jaune, parce qu'il s'agissait d'un Asiatique. C'est ainsi que j'écrivis le premier roman de la saga, qui enchaînait sur La couronne de Golconde par la suite, le personnage de Ming prit corps. Il dirigeait une société secrète, à laquelle je donnai le nom de Shin Tan. Un nom que je pêchai dans le Larousse du XIXe siècle, volume 4, page 128. L'un des anciens noms de la Chine qui, en réalité, signifiait «Aurore Orientale», mais que je traduisis, moi, par «Vieille Chine». Monsieur ming, alias l'ombre Jaune, était né, et il devait avoir une longue vie. Surtout qu'en cours de route, je n'arrêtais pas de le perfectionner. Il était plusieurs fois centenaire, pouvait même avoir connu l'époque des Pharaons et, grâce au «duplicateur», il devenait immortel. Par la suite, on m'accusa de m'être inspiré de Fu Manchu pour créer mon personnage. On sait maintenant, par ce qui précède, qu'il n'en est rien. Si Monsieur ming avait été un Européen, on aurait dit que je m'étais inspiré de Fantômas. Dans la collection Masque, «Le Magicien Noir», de Reginald T.M.Scott, porte le n°145, et est paru en 1933. Il est à noter que dans la même collection, les ouvrages de la série Fu-manchu, par Sax Rohmer, à savoir Le Docteur Fu-Manchu, Le diabolique Fu-Manchu, et Le masque de Fu-Manchu, portent respectivement les numéros 94, 107 et 139. Les nombreuses aventures de Fu-Manchu écrites par Sax Rohmer ont été à plusieurs reprises portées à l'écran. Myrna Loy dans le rôle de Fah Lo Suee la fille de Fu-Manchu, dans «Le masque de Fu-Manchu», porté à l'écran en 1932. Ses fidèles créatures Les whamps «Leurs corps avaient bien forme humaine sous ces sortes d'armures, paraissant taillées dans du cuir bouilli, qui les revêtaient. Mais les visages, informes, exsangues, possédaient quelque chose de monstrueux, tout comme les yeux ronds et rouges, la bouche sans lèvres, comme taillée d'un coup de rasoir. Quant à la chair de ces visages, elle faisait penser davantage à du caoutchouc qu'à de la vraie chair» ("Une rose pour l'Ombre Jaune") «Des visages à donner froid dans le dos, aux traits inconsistants, comme taillés dans la craie, dont ils avaient la couleur blafarde. Sous des arcades sourcilières proéminentes, en visière de casquette, brillaient des yeux sanglants, luminescents, empreints d'une férocité, d'une cruauté inouïe. La bouche paraissait avoir été taillée d'un seul coup de rasoir, et, quand elle s'ouvrait, c'était pour découvrir une denture acérée, pareille à un piège à loups» ("Une rose pour l'Ombre Jaune"). Comme si cela ne suffisait pas, les whamps se nourrissent de sang. Où la coquetterie va-t-elle se nicher ! Monsieur Ming a de multiples et terrifiants talents, dont il n'hésite pas à abuser : «Car peut-être l'ignorez-vous il n'y a au monde que peu de cuisiniers de ma valeur...» ('Les papillons de l'Ombre Jaune'). Une culture impressionnante... «Cette bibliothèque doit lui avoir appartenu. Les ouvrages latins sont annotés en latin, les hébreux en hébreu, les hindous en sanscrit, les chinois en chinois, les français en français, les anglais en anglais...et tous de la même main. Qui donc, à part Ming, aurait été capable d'un tel tour de force ? » ('Le retour de l'Ombre Jaune')

jeudi, octobre 27, 2005

 

Uaaarrgh !!


 

Le vrai Dylan Dog.

"D'amour et de mort". Y a vraiment des films qui ont de la tenue (comme dirait un ancien), une certain "je-ne-sais-quoi" (comme dirait Taylor), qui pêtent la classe (comme dirait Sami), moi je dis que les bonbons valent mieux que les leçons. "My name is Francesco Dellamorte. Weird name, isn't it ? Frances Of Death. Saint Frances Of Death. I've often thought of having it changed. Andre Dellamorte would be much better". ("Je m’appelle Francesco Dellamorte. Curieux comme nom, pas vrai ? François De La Mort. Saint François Des Morts. J’ai souvent pensé à en changer. André Dellamorte, ce serait bien mieux…") Francesco Dellamorte, le gardien-fossoyeur en charge du cimetière de la petite ville de Buffalora, mène une vie bien tranquille et réglée comme du papier à musique : 7 jours après leur enterrement, les morts sortent nuitamment de leurs tombes transformés en zombies et Francesco est là pour les renvoyer ad patres (et pour de bon cette fois ci…) d’une balle dans la tête. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes, et Francesco Dellamorte ne se pose surtout pas de question quant au sens de cette vie solitaire et répétitive. Pour lui, cette routine constitue un univers tout à fait rassurant. Malheureusement, tout s’effondre lorsqu’une jeune veuve éplorée débarque une jour au cimetière. Francesco Dellamorte tombe amoureux de la belle inconnue et son existence s’en trouve alors toute chamboulée… Lorsqu’il livre Dellamorte Dellamore en 1994, le réalisateur Michele Soavi n’est plus vraiment ce qu’on peut appeler un perdreau de l’année ou un "espoir du cinéma" : c’est son 4ème film et ses précédents opus avaient déjà attiré l’attention des cinéphiles : Bloody Bird (1987) est un slasher à l’originalité remarquée (il se déroule dans les coulisses d’un théatre et met en scène un tueur affublé d’un énorme masque de hiboux !) ; La chiesa (1989) et La setta (1991) se sont distingués par leur ambiance gothique très premier degré. De plus, Michele Soavi n’a pas été formé par des manchots puisqu’auparavant, il a exercé la fonction d’assistant réalisateur ou de réalisateur de 2ème équipe sur des films de Dario Argento (Tenebre, Phénomena) et même sur Les aventures du Baron de Munchausen de Terry Gilliam, ce qui n’est pas rien (relisez donc l’épatant texte de Manolito sur ce même site pour connaître les circonstances du tournage). Le gars Michele est également scénariste (principalement de productions TV) et acteur "occasionnel". Dellamorte Dellamore est donc bien pour Soavi le film de la confirmation. De plus, il se trouve que l’ambition de cette production n’est pas négligeable. Ce film est en effet l’adaptation d’un monument de la culture bis italienne, le roman éponyme de Tiziano Sclavi. Tiziano Sclavi est une sorte de légende en Italie (et également un mystère puisque il évite soigneusement toute apparition publique). Il est (entre autre) le scénariste-créateur de la série de bandes dessinées Dylan Dog internationalement reconnue. Dès son lancement en 1986, elle a en effet contribué à relancer la BD italienne (surtout diffusée dans des périodiques en noir et blanc vendus en kiosques, les « fumetti ») alors que celle ci commençait à décliner. Au début des années 80, le titre majeur était encore l’ancêtre TEX, une série lancée en 1948 (!) et qui narre les aventures d’un cow-boy, ce qui prouve qu’à l’époque, la production stagnait sérieusement en usant jusqu’à la corde des « concepts » déjà vieux de plusieurs décennies ... Heureusement, Tiziano Sclavi a dépoussiéré tout ceci en créant l’univers de Dylan Dog et en permettant à un nombre incalculable de scénaristes et de dessinateurs d’exploiter cette base excitante et originale, à savoir des enquêtes surnaturelles menées par un détective désinvolte et romantique (Dylan Dog tombe toujours amoureux de ses belles clientes) dans des ambiances fantaisistes et oniriques (voire carrément psychédéliques) avec en arrière plan un humour noir désabusé omniprésent. Dylan Dog devient alors la série vedette de l’éditeur Sergio Bonelli, le leader historique des publications hebdomadaires de "fumetti" en kiosque. Le retentissement et le succès de Dylan Dog chez les amateurs italiens de popculture sont tels que chaque année a lieu en Italie une grande convention de fans, la DylanFest, qui dépasse d’ailleurs largement le simple cadre de la BD Dylan Dog pour balayer tout les supports de la SF… A l’étranger, le succès de Dylan Dog est aussi bien réel : certaines couvertures de l’édition US assurée par la maison Dark Horse depuis 1999 sont dessinées par des pointures comme Mike Mignola (excusez du peu…). Il est nécessaire de parler de Dylan Dog pour évoquer Dellamorte Dellamore car le fossoyeur de Buffalora est tout simplement le « brouillon » du détective anglais. Il suffit de comparer leurs physiques pour s’en convaincre (ils sont quasiment jumeaux et s’habillent à l’identique) et de noter les similitudes de traitement de leurs univers. Michele Soavi et son scénariste Gianni Romoli (également co-producteurs du film) insistent lourdement sur leur volonté de restituer à l’écran l’univers très personnel et très original développé par Tiziano Sclavi dans Dylan dog. Gianni Romoli, pour évoquer son travail de scénariste, va même jusqu’à parler de "Sclavizzazione" ("Sclavisation"), ce qui établit sans ambiguité le respect apporté à l’œuvre génitrice et le parti pris d’imprégner le film Dellamorte Dellamore d’une ambiance "Sclavienne". Ce film n’est donc pas une amusante curiosité mais bel et bien une œuvre de premier plan qui porte en elle les espoirs de consécration (ou plutôt, si on veut être tout à fait honnête, de survie…) de tout un pan de la culture bis transalpine dont elle est de surcroît puissamment représentative. De plus, ce film tient tout entier sur une incroyable opportunité relative au casting : lorsque Tiziano Sclavi et son dessinateur de l’époque créent Dylan Dog (qui est donc, on l’aura compris, la version "évoluée" de Francesco Dellamorte), ils choisissent délibérément de lui attribuer les traits "byronnien" de l’acteur anglais Ruppert Everett. Quelques années plus tard, Soavi, lors de la préparation du film, est confronté à une évidence : l’adaptation ciné des aventures du fossoyeur de Buffalora ne se fera qu’avec cet acteur, et le contraire est impensable. Problème : Ruppert Everett n’a évidemment jamais entendu parler ni de Dylan Dog, ni de Francesco Dellamorte. Le miracle a pourtant lieu : contacté, Ruppert Everett accepte ce rôle d’un gardien de cimetière nihiliste et psychotique dans un obscur film de zombie italien (il était un peu au creux de la vague à l’époque, ceci expliquant cela…) mais en plus s’enthousiasme pour le projet dans lequel il s’investit à fond ! Le résultat à l’écran est estomaquant, et Ruppert Everett campe à la perfection un Dellamorte charismatique avec une "attitude" : Sclavi avait raison : Everett EST Dellamorte (même si il parle en anglais, sacrifice nécessaire !). L’équipe technique du film Dellamorte Dellamore, même si elle ne comprend aucun nom connu du grand public (exception faite bien sûr du célébrissime Sergio Stivalletti), est malgré tout une sorte de dream-team réunissant certains artistes majeurs qui ont marqué de leurs empreintes les productions italiennes des années 80. Sergio Stivalletti, en charge des effets spéciaux, réussit comme à son habitude des merveilles "à l’ancienne". Il n’y a dans ce film aucun truquage numérique et ce parti pris low-tech colle parfaitement à l’ambiance du film. On peut même dire qu’il lui confère un cachet romantico-onirique si particulier (on voit les fils suspendant les feux follets qui papillonnent autour des amants en pleine étreinte !) qui le distingue fortement des autres productions contemporaines. Un (ou plutôt Le) point remarquable du film est l’originalité et la richesse du travail effectué sur son design (en dépit d’un budget que l’on devine limité). C’est l’occasion de souligner le rôle pivot joué par le directeur artistique Massimo Antonello Geleng qui a œuvré sur les nanars de Bava junior (genre Apocalypse dans l'océan rouge, quand même, un spécimen de compétition), une brouettée de bis italiens des années 80 (il a notamment croisé les routes de Ruggero Deodato, Antonio Margheriti, Sergio Martino et autres Umberto Lenzi), les derniers Argento (à partir de Le Syndrome de Stendhal) mais aussi (en tant qu’assistant) sur Amarcord de Fellini : quelle carrière ! Geleng, avec les aides précieuses du responsable des décors Robert Caruso et du directeur de la photographie Mauro Marchetti, a imprimé au film Dellamorte Dellamore une personnalité et une signature visuelle romantico-poétique et qui est assurément une des causes majeures de sa réussite artistique. Original tout en restant subtilement référentiel par rapport aux joyaux de l’âge d’or du cinéma italien d’horreur, le film nous plonge inconsciemment dans un territoire connu qui rend hommage à Bava (Mario, pas Lamberto !) et peut-être même Fulci. Il en résulte une curieuse sensation de découvrir un univers complètement original qui a malgré tout une profondeur certaine induite par un background culturel solide, même si il n’est jamais envahissant. Par exemple, le décor principal du film est un cimetière méditerranéen avec une végétation luxuriante (composée d’arbres feuillus et épineux) qui fleurit au milieux de tombes de marbre laissées à l’abandon et de magnifiques statues gothiques d’anges ou de silhouettes fantomatiques. Absolument splendide, le cimetière de Buffalora (en fait un mélange de prises de vue dans 2 cimetières authentiques distincts) est une sorte de cimetière idéalisé (ou fantasmé) qu’on a presque l’impression de connaître ou d’avoir déjà visité. Cette impression de déjà-vu joue évidemment sur notre inconscient cinéphilique collectif (le fameux background culturel évoqué plus haut) et la création de Massimo Antonello Geleng et de son équipe possède donc, en plus d’une beauté troublante, une puissance évocatrice hors du commun. Ce décor naturel (quand même rehaussé d’éléments artificiels rajoutés pour lui donner un cachet gothique) est mis en valeur dans des ambiances diurne et nocturnes radicalement différentes. Le jour, on a dans la végétation une dominante chromatique de verts, de bruns et d’ocres contrastée par le blanc cassé du marbre des pierres tombales et des statues. Des nuages de feuilles mortes (dont le nettoyage constitue la seule activité de Gnaghi, l’assistant de Dellamorte) font le lien avec la netteté d’un ciel bleu s’étendant à perte de vue au delà des versants des montagnes. Tout ceci montre une nature florissante, presque sauvage, associée aux symboles mortuaires des existences passées : quasiment un sanctuaire zen… La nuit, le fantastique reprend ses droits et le cimetière de Buffalora se transforme en un jardin gothique où se déroulent les chasses aux zombies de Francesco Dellamorte. Ainsi, le gris clair ou métallique des tombes et surtout les noirs profonds des ombres ou de l’arrière plan dominent. Les silhouettes des arbres deviennent des blocs marrons et verts sombres et le tout est nimbé d’une brume fantasmagorique rehaussée des lumières vives bleues et rouges des veilleuses des tombes et où voltigent de jolis feux follets turquoises. Visuellement extrêmement élaboré grâce au concours de cette solide équipe, le film contient donc son lot de scènes superbes et marquantes qui illustrent à merveille son propos, comme celle qui montre par un joli travelling circulaire Francesco et la veuve s’embrasser dans un ossuaire alors qu’ils ont recouvert leurs têtes de foulards de soie respectivement rouge et noir (ce baiser dans un lieu funèbre et ces couleurs symboliques sont évidemment associés de manière appuyée à cette bonne vieille thématique à propos de l’Eros et du Thanatos). Accessoirement, ce plan fait directement référence à un tableau de Magritte, une citation graphique déjà présente dans une bd Dylan Dog, de l’aveu même de Soavi, qui enfonce ainsi le clou au sujet de sa passion pour l’œuvre de Sclavi… Soavi sait comment tenir une caméra et a su développer un style personnel (à défaut d’être révolutionnaire) : pour les scènes de dialogues, ses cadres découpent parfaitement des gros plans très picturaux sur les visages des protagonistes alors que lors des scènes dynamiques ou d’exposition, on a de jolis compositions qui mettent en valeurs les décors ou les paysages. Il y a dans ce film une épatante volonté de livrer tout un tas de magnifiques "tableaux" (formellement, c’est même sa caractéristique principale), et on est pas près d’oublier la beauté visuelle du cimetière de Buffalora ou de son ossuaire (un vrai ossuaire modifié par le maître Stivaletti !); ni le cachet romantique et jusqu’au boutiste de certaines séquences (la mise à mort du "cadavre" de la veuve dans l’ossuaire par exemple, où comble d’ironie tragique, Francesco Dellamorte tue celle qu’il croît être un zombie alors que la veuve revient justement miraculeusement à la vie après un coma). De temps en temps, la mise en scène et le montage s’affolent pour des petites "fantaisies" à l’italienne (rien de révolutionnaire ou d’avant gardiste ; même si ça fait toujours plaisir) comme lors de la séance de motocross zombiesque en plein cimetière ou du carnage final surréaliste dans l’hôpital. Globalement, Soavi reste pourtant sobre et sa virtuosité s’exerce surtout via des cadrages esthétisants (toujours dans l’idée de mettre en valeur le travail du directeur artistique et des décorateurs, mais aussi l’étonnante présence physique des acteurs, Ruppert Everett en tête) ou des travellings discrets mais nombreux et parfaitement appropriés. La musique elle aussi est marquante : les compositeurs Manuel De Sica & Riccardo Biseo font coller aux scènes du film des petites compositions simples mais entêtantes qui rappellent (par exemple) le travail d’un John Carpenter dans ce domaine. A l’oreille, il est amusant de constater que ces petites illustrations musicales ressemblent pas mal à celles qu’on peut entendre dans les premiers films de Peter Jackson (Brain Dead surtout). Impossible en tout cas de sortir du visionnage de Dellamorte Dellamore sans avoir envie de siffloter le thème de Gnaghi et de Valentina. L’angle d’attaque du film est évidemment le thème de l’Eros et du Thanatos, c’est d’ailleurs lourdement signifié dans toutes les composantes du film : le nom du personnage principal, sa profession, ses obsessions (la quête de la Femme idéale, l’impuissance) et les décors (cimetière, hôpital, scène d’enterrement, caveau, ossuaire, etc…). L’originalité, c’est que la fixation de Francesco Dellamorte pour les différentes incarnations de la femme idéale incarnée par Anna Falchi est en fait l’expression de sa peur d’affronter le monde et de la frustration qui en découle. Le fossoyeur de Buffalora est en effet un solitaire qui ne sort que très rarement de son cimetière et qui est clairement "absent au monde". Il fuit ouvertement tout contact avec ses compatriotes, se marginalise socialement en prétendant être impuissant (ce qui est faux) et s’interdit ainsi symboliquement toute place dans la société. Toujours symboliquement, il repousse les assauts de zombies qui viennent l’assaillir la septième nuit après leur enterrement : la référence religieuse est claire : conformément à la bible, après 7 jours (ou nuits), le monde est achevé, tape à la porte de Francesco Dellamorte et celui ci le repousse, le refuse à grand coup de balle explosive en pleine tronche… Pour figurer la personnalité déstructurée et névrosée (voire psychotique, on y arrivera rapidement) de Francesco Dellamorte, Michele Soavi adopte la métaphore classique "maison (ou lieu de vie) = psyché". Si Francesco Dellamorte tente tant bien que mal de faire bonne figure à la surface en essayant d’assurer sans conviction un simulacre de vie sociale avec 2 ou 3 représentants de la société extérieure (Madame Chiaromondo, le commissaire Staniero, son ami Franco); dans la cave délabrée de sa maison croupi son alter égo, un attardé muet nommé Gnaghi, qui représente sans fards la réalité du personnage "Francesco Dellamorte" : un associal autiste qui refuse de s’aventurer à la rencontre du monde et qui s’enterre dans son environnement le plus proche (un cimetière isolé et quasiment laissé à l’abandon) et peut être même dans un monde imaginaire. Comme dirait un certain Peav’ : glauque. (ndwm, huhu) Le film présente donc cette situation intenable et va montrer comment le fossoyeur va procéder pour sortir de cette marginalisation volontaire et maladive. La solution s’impose rapidement : Francesco Dellamorte choisit d’ "évoluer" en tombant amoureux d’un fantasme représentant la femme idéale en 3 incarnations, la veuve, l’amante et la putain. Le problème, c’est qu’au lieu de le "soigner", cette démarche va au contraire avoir comme conséquence de faire grandir ses frustrations : en effet, chacune des 3 romances vécues par Dellamorte s’acheminera vers un échec : la veuve mourra (à cause d’une cruelle farce du destin, il tuera en la prenant pour un zombie !), l’amante lui refusera le plaisir charnel en exigeant de lui qu’il soit impuissant (elle est peut être encore plus barrée que lui…) et lorsque le 3ème avatar de la femme idéale se révèlera être une putain réclamant espèces sonnantes et trébuchantes en rémunérations de ses services, Dellamorte explosera et la tuera par le feu (le châtiment d’une passion trahie selon Dellamorte, ça rigole pas…). Toutes les tentatives de Dellamorte pour "sortir de son cimetière" et se confronter au monde via des relations amoureuses avec une âme-sœur se solderont donc par de sévères échecs qui renforceront encore un peu plus ses frustrations et paradoxalement l’enfonceront dans sa solitude pathologique. Ce qui est franchement original dans Dellamorte Dellamore, c’est que dans sa 2ème moitié, le film montre de plus en plus violemment que l’univers personnel et "intime" de Francesco Dellamorte (fait de chasses aux zombies "dont il est le héros") semble incompatible avec un monde extérieur qui devient de plus en plus prédominant. Le moment charnière de l’histoire intervient d’ailleurs lorsque l’on se rend compte que le film ne traite plus du tout de la traque des morts vivants et que cet "enjeu" est caduque, remplacé par la quête amoureuse obsessionnelle du héros mais aussi par sa confrontation avec le monde extérieur qu’il craint tant (ses expéditions à Buffalora sont de plus en plus fréquentes au fur et à mesure du déroulement de l’histoire). Etant donné que ses actes ne semblent avoir aucune conséquence sur son environnement immédiat (il tue des personnes bien vivantes, d’abord par mégarde lors de ses chasses nocturnes aux zombies puis ensuite délibérément et en plein centre de Buffalora, et pourtant, il n’est jamais soupçonné par le commissaire Straniero) ; il apparaît de plus en plus flagrant que Francesco Dellamorte évolue en fait dans une réalité parallèle fantasmée et décalée alors qu’autour de lui, la normalité suit son cours : personne n’évoque cette histoire de zombies, ses crimes restent impunis malgré les preuves irréfutables qu’il sème derrière lui lors de ses carnages en centre-ville et le doute s’installe peu à peu : est-ce que les évènements vécus par Dellamorte sont vraiment réels ? Francesco Dellamorte serait-il ; tel Patrick Bateman dans American Psycho ou Buffy Summers dans 6-17 Normal again;-) ; un maboule fou-dans-sa-tête qui se contente de délirer sur une vie imaginaire (le fossoyeur qui sauve le monde en empêchant la résurrection des zombies à grands coups de balles doum-doum) sans passer à l’acte (heureusement pour les pauvres habitants de Buffalora, d’ailleurs !) ? Au lieu d’un film fantastique de zombie, ne serions-nous pas plutôt en train d’assister à la description ultraréaliste d’une psychose délirante vécue par un asocial complètement barge ? Dellamorte Dellamore est donc une œuvre d’une grande richesse qui mérite bien sa réputation de film culte "à clés". D’une poésie désabusée, visuellement magnifique (et c’est rien de le dire : c’est du gothique "à l’italienne", proche de ce qu’on peut trouver dans les meilleurs films de Lucio Fulci, le côté sordide en moins), surréaliste par exemple lorsque la tête zombifiée de la fille du maire de Buffalora improvise une chansonnette pour Gnaghi (WTF !?!) ou encore lorsque la Mort en personne se matérialise dans un nuage de cendre pour venir s’adresser au héros du film et juger ses actes et sa psyché, cruel lorsque Francesco annonce clairement le fond de ses pensées et qu’il balance que "Time goes by and things always change : they get worse" ("Le temps passe et les choses évoluent toujours : elles empirent »), romantique en diable et même « fantastrique » comme dirait Bigbonn (Soavi nous gratifie de plusieurs plans de folie où des amants s’envoient en l’air en pleine nuit sur des tombes de marbre sur fond de pleine lune) ; le film vaut aussi par son analyse complexe de la personnalité de son (anti)héros et par les métaphores zombiesques qui sont utilisées pour figurer ses frustrations et la lutte interne qu’il livre pour se libérer de ses blocages intimes vis à vis du monde extérieur et de sa solitude maladive. Son second niveau de lecture (les évènements décrits dans le film sont issus de l’imagination d’un psychotique qui refuse la réalité, et toute cette histoire de chasse aux zombies puis de meurtres dans Buffalora est un complet délire), en plus d’être un renversement de situation plutôt balaise, a le mérite de renverser radicalement le propos du film en le faisant passer d’un contexte fantastique romantico-décalé à un réalisme sans concession et en poussant à envisager une interprétation crue, psychiatrique, presque clinique. A ce sujet, le film est doté d’une fin schizophrène qu’il est délicat de se hasarder à essayer d’interpréter : lors d’une tentative de fuir Buffalora et d’enfin explorer le monde extérieur, Dellamorte et (son ami imaginaire ?) Gnaghi sont bloqués par une voie sans issue, une autoroute stoppé net par un à pic donnant dans le vide (dans tout les sens du terme…). Là, ils inversent leurs rôles : la personnalité de Francesco se retrouve dans le corps de Gnaghi et vice versa : tout change, mais on reste quand même bloqué au point de départ. A ce niveau, c’est carrément du "Dellamorte Revolutions" (laule). Le héros a réussi à "évoluer", mais est-il "guéri" ou s’est-il au contraire enfoncé encore un peu plus dans son délire ? Et quelle logique attribuer à cette surprenante sentence finale énoncée par Dellamorte ; "I should have known it : the rest of the world doesn’t exist !" ("J’aurai du le savoir : le reste du monde n’existe pas !") ? La délicieuse ironie distillée par Soavi tout au long du métrage explose lors de cette énigmatique conclusion, par ailleurs emblématique des thématiques de Tiziano Sclavi (romantisme morbide, fantaisies psychotiques, second degré poétique et pessimisme distancié). En DVD zone 2, le film est disponible en 3 éditions, allemande (la "Red édition"), espagnole et italienne (l’édition "Médusa"). La dernière est évidemment celle de référence, avec un petit making of, un commentaire audio de Soavi et Romoli et les habituelles fiches biographiques du casting et de l’équipe technique. Malheureusement, les sous titres français sont absents (vous les aurez uniquement en anglais et en italien). Des comparatifs techniques faits sur des sites spécialisés confirment que l’édition Médusa est la meilleure. Sinon, pour les plus patients, l’édition française (n’) est (pas) annoncée pour février 2025. Pour l’anecdote, soulignons que ce film a remporté en 1995 le prix du jury et du public du festival de Gérardmer. La même année, le grand prix du jury était attribué à Heavenly creatures de Peter Jackson. Une année de référence donc, d’autant plus que le président des délibérations était lors de cette édition un certain John Carpenter… Après le film, ses intervenants connurent des fortunes diverses : si Ruppert Everett a eu par la suite le succès hollywoodien que l’on sait, Michele Soavi est malheureusement devenu une victime collatérale de la déchéance du cinéma italien. Aux dernières nouvelles, il s’est reconverti dans les productions télévisuelles (comme un certain Lamberto Bava…). Il aurait des projets de retour au grand écran (un nouveau film de zombies, un autre d’héroic-fantasy) mais rien ne semble se concrétiser dans l’immédiat. Malgré cela, Dellamorte Dellamore s’est définitivement installé dans le panthéon des films cultes des cinéphiles bis du monde entier et les tourments nombrilistes du fossoyeur névrosé (ainsi que les courbes affolantes d’une certaine Anna Falchi) ne sont pas prêts d’être oubliés. Pour le plaisir, citons le beau poème en anglais qui conclue le film (et qu’il serait criminel de tenter de traduire !) : Death, death, death comes sweeping down, filthy death the leering clown, death on wings, death by surprise, failing evil from worldly eyes, death that spawns as life succumbs, while death and love, two kindred drums, beat the time till judgement day, an actor in a passion play, without beginning, without end, evermore, amen."

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