mercredi, novembre 23, 2005

 

Star warz : Le montage perdu (2)

Le montage perdu comprend également un grand nombre de séquences nous présentant les personnages de manière plus profonde. Par exemple, alors que Ben Kenobi montre aux clients de la cantina pourquoi les Jedi peuvent se passer des blasters, Han Solo n’est pas en train de parler boutique avec Chewbacca ou de perdre son temps à boire tout seul. En effet, le montage perdu nous montre une jeune fille à ses côtés, nommée « Jenny » sur les listes de prises originales. Le navigateur corrélien et sa copine regardent avec amusement le vieux jedi et son arme démodée régler leur compte aux deux clients belliqueux. Déconcertés par tant de violence, Han et Jenny s’embrassent tandis que le membre coupé tombe à terre. La foule des malandrins de Mos Eisley nous paraît donc bien plus rude. En ne voyant que le montage final, on imagine bien que Han est un homme à femme, mais (ce qui encore une fois est caractéristique) le montage perdu ne laisse pas au spectateur le soin d’imaginer cet aspect du personnage. Lorsque Luke répare C3P0 chez Obiwan certains plans non dénués d’intérêt entre le garçon de ferme et le droid ont été coupés. Après avoir rattaché le bras de C3PO, Luke se prépare à remettre en place le bouchon d’entrave sur la poitrine du droid. Au moment où il se lève pour le fixer, C3PO a un léger mouvement de recul. Les deux échangent un regard sans rien dire, et Luke change alors d’avis et repose le bouchon (ce qui explique l’absence de ce dernier pendant le reste du film). Cette courte séquence révèle une évolution des rapports entre les deux personnages. Par ce geste, Luke choisit de considérer C3PO comme un ami ou un employé plutôt que comme un esclave ou une simple machine. Une autre scène comparable apparaît par la suite, juste après la bataille spatiale apposant le faucon millenium aux chasseurs TIE de l’étoile noire. Alors que Han et Luke s’extraient des postes de tirs en souriant, Han se tourne vers Luke et le félicité en lui envoyant une bourrade et en le secouant amicalement. Luke lui serre la main. Leur soulagement d’avoir gagné la bataille est mis en valeur par cette courte séquence, mais le plus important reste l’amitié qui, visiblement est en train de naître entre eux. Dans le cockpit du Faucon, quelques instants plus tard, Han et Luke ont leur première véritable conversation. Après la bataille contre les chasseurs de l’empire et l’indéniable habileté de Luke au tir, ce dernier est finalement devenu pour Han autre chose qu’un simple fermier. Après leur accolade, cette conversation semble se produire plus naturellement. Plus tard le refus de Han d’accompagner Luke et les pilotes rebelles dans leur attaque contre l’étoile noire en est d’autant plus douloureux. Cette scène de félicitations est certes très courte, mais elle semble très réaliste grâce aux développements relationnels qu’elle montre entre les personnages ; en outre, la fin du film lui fait également écho lorsque nos héros sont réunis sur le hangar d’envol de Massassi. Afin de réduire au maximum le volume de travail lié aux trucages, la production de Star wars essaya des solutions « live » à chaque fois que cela était possible, et le montage perdu montre toutes ces tentatives puisque aucun des effets spéciaux n’avait à l’époque encore été réalisé par la tout nouvelle société Industrial Light & Magic, installée en Californie. D’autres versions des scènes de cockpit du Faucon ont été filmées, dans lesquelles l’arrière plan était réalisé au moyen d’images rétroprojetées au lieu d’un fond bleu. Or dans la version en noir et blanc du montage perdu, le trucage fonctionne aussi bien que dans la version finale. D’autres plans contenant des effets spéciaux « matériel » apparaissent encore dans le montage perdu, tels que l’écran du pont supérieur de l’étoile noire. L’effet spécial de fortune le plus saisissant du montage perdu se trouve dans une séquence expérimentale (finalement coupée) montrant Luke et C3P0 filant à travers le désert à la recherche de R2D2 ; elle fut tournée sur un plateau comprenant le cockpit du landspeeder et un paysage tunisien retro-projeté en arrière plan. Dans le montage final, cette séquence est résumée en un long plan unique montrant le landspeeder lancé à toute allure. Mais dans le montage perdu, les deux personnages échangent quelques répliques. Luke se penche en arrière pour effectuer quelques réglages sur son véhicule pendant que C3PO pilote, et l’un et l’autre parlent des différents moyens de réparer les bêtises du petit droid astromech fugueur, comme dans le roman tiré du film. Le paysage en arrière plan montre les étendues salines du désert, puis des collines rocheuses pour parvenir finalement aux terres isolées habitées par les hommes des sables. Après une demi douzaine de voyages en Tunisie, je suis familiarisé avec les paysages qu’on voit dans cette séquence, et quelle ne fut pas ma surprise de réaliser que leur succession représente une véritable route reliant la ferme de Luke au canyon où ils retrouvent R2D2. On trouve même un plan subjectif (la caméra étant installée sur le landspeeder) montrant Luke et C3PO pénétrant dans le canyon, qui correspond exactement, dans le montage final, au plan des deux hommes des sables repérant le véhicule qui se déplace dans une vallée en contrebas. Les images du fond projeté semblent avoir été réalisées caméra sur l’épaule et sur un terrain accidenté, et l’effet produit est loin d’être convaincant – il n’y a rien d’étonnant à ce que cette séquence ait finalement été retirée ! Cependant, elle témoigne de manière fascinante des divers essais qui eurent lieu pendant le tournage pour déterminer quels types de trucages pouvaient fonctionner. Sans le miracle des effets spéciaux qui furent rajoutés ensuite, le montage perdu prend le temps de créer la tension, le suspense et l’intérêt chez le spectateur au moyen de plan plus longs ; il se concentre souvent sur les personnages principaux ou mêmes secondaires. Par exemple, le montage perdu ne contient aucun effet spécial lorsque Ben doit s’engager sur la passerelle pour atteindre la commande du rayon tracteur, effet qui aurait montré plus clairement les dangers d’une telle acrobatie. Ce dernier montage essaye au contraire de créer l’intérêt et le suspense au moyen des plans bruts disponibles alors. C’est pourquoi il nous montre quelques vues supplémentaires, sous des angles différents, de la zone de couplage du rayon tracteur – davantage de couloirs, de passerelles et de ponts. Ben apparaît ici et là, se cache, se faufile derrière les gardes dans un environnement sombre de tunnels et de plates formes étranges, se rapprochant toujours plus du rayon tracteur qui nous semble enfoui au plus profond des entrailles de l’étoile noire. Le sentiment produit par cette autre version de la scène est très intéressant – elle à l’air semblable à celle que nous connaissons, mais ces quelques nuances la différencient fortement. Comme c’est souvent le cas dans le montage perdu, l’accent est mis sur l’emplacement des différents endroits où se déroule l’action et sur l’exploitation maximale des véritables lieux de tournage. L’étoile noire semble alors plus grande et labyrinthique, une impression renforcée par les nombreux plans montrant Ben, Dark Vador et les rebelles qui traversent les sombres salles de la station spatiale. Leurs déplacements prennent plus de temps, et cette dernière semble donc plus vaste. Pour que le montage final puisse commencer au plus tôt, le montage perdu se devait de contenir tout ce qui avait été filmé. C’est ainsi que j’ai découverts quelques gags que je ne m’attendais pas du tout à voir dans Star Wars. Il s’agissait pour la plus part de gags improvisés lors du tournage, comme la scène où Chewbacca terrorise le petit robot roulant ; mais ceux-ci se révélèrent trop futiles pour le ton sérieux qui fut en fin de compte celui du film. Lors d’une de ces scènes, après leur évasion du broyeur de déchets, nos héros apparaissent (dans plusieurs plans inédits) en train de progresser dans les couloirs de l’étoile noire. Or, à chaque fois que les officiers impériaux passent devant les rebelles armés, alors qu’ils sont manifestement en fuite, Luke, Han, Leia, Chewie se comportent avec une totale nonchalance, font tourner leurs blasters dans leur mains de manière dégagée et sifflotent pour se donner un air innocent. Il ne subsistent de cette séquence un peu folle que quelques images à peines discernables, au tout début d’un plan du montage final, alors que nos héros parviennent à une fenêtre donnant sur un hangar où attend le faucon. Un autre gag coupé au montage final a leu à Mos Eisley, alors que les Stormtroopers fouillent la ville. Dans une allée secondaire, un petit personnage (nommée Flash Gordon dans la liste de plans réalisés lors du tournage) est poursuivi par un extraterrestre si grand que seules ses jambes d’échassier sont visibles à l’écran. « Flash » se dirige vers la caméra en passant sous les jambes de son poursuivant, qui chancelle avec confusion. Cette étrange séquence connut plus tard son heure de gloire – elle fut réutilisée dans le légendaire au temps de la guerre des étoiles, pour le documentaire intitulé « la vie sur Tatooine » Cette scène surréaliste, à la fois étrange et pourtant familière, est caractéristique des trésors que j’ai découverts dans le montage perdu. Alors que la dernière bobine arrivait à sa fin derrière moi, il me fallut réfléchir à cette vision d’un Star wars qui ne vit jamais le jour. Plutôt que de me donner un aperçu de l’ampleur du travail qui fut nécessaire à la réalisation de ce film, il m’a semblé que cette version rendait l’univers de Star Wars encore plus réel. Les mètres de pellicules que je visionnais pour la première fois me firent prendre conscience que ce monde allait au-delà de ce que je connaissais déjà, au-delà des limites de la version finale du film, qui étaient pour moi les véritables limites de Star wars. Le montage final a rendu le film tel qu’il devait être, c’est incontestable ; mais le montage perdu nous donne un aperçu de ce chef d’œuvre au plein cœur de sa création, ce qui constitue une chance unique de découvrir ses origines. Ce fut pour moi un merveilleux voyage, dans un pays familier où tout était pourtant différent. Les scènes coupées sont dispo sur Starwarsuniverse.com ou .fr je sais plus…

Comments:
Quels formidables témoignages !
Vous avez eu de la chance de voir ça... J'aurais aimé être à votre place !
 
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