mardi, septembre 20, 2005

 

Portrait d'un serial fucker

J’ai abordé à maintes reprises le problème du "relapse" et du "barebacking" dans "Lullaby". Avec notamment des psychologues, sociologues et politiques. J’aurais pu me fendre d’un post canon, fustigeant les "serial fuckers". Mais qui je suis, moi, pour donner des leçons de vie ? A suivre, des témoignages et articles sur le sujet : Point de vue : Choix de vie. Erik Rémès publie son troisième roman, "Serial Fucker", journal d’un "barebacker" aux Editions Blanche. L’ouvrage ne laissera pas insensibles les défenseurs de "la terrible liberté individuelle". Le roman est cynique, violent et extrémiste. Du Rémès comme on l’aime. "Si Je bande donc je suis" était le journal du sida, "Serial fucker"}est pour Rémès le "journal de l’après-sida et de l’après trithérapie". Fidèle à sa vérité, Rémès ne s’embarrasse d’aucun artifice " J’ai voulu témoigner du phénomène du bareback comme observateur mais aussi comme acteur ". La thématique, ambitieuse au regard des réactions de rejet, de haine et de violence qu’elle suscite, révèle pour Rémès " une crise existentielle actuelle, une perte de repères et une quête effrénée de la mort qui touche toute la société. Le "bareback" touche à la sexualité, à l’amour, à la mort, au respect de soi et des autres. Elle constitue donc une problématique essentielle pour la compréhension de la communauté gaie et des humains en général ". Après avoir évoqué en décembre 2000 le "No Kapote" dans la presse gaie, Rémès subit des attaques et des insultes d’une rare virulence. Certains vont même jusqu’à le traiter de criminel. Loin de le faire taire, le mépris le pousse à radicaliser sa position et à répondre aux sollicitations des médias généralistes. " {Le "bareback" correspond à ce qu’était la pédophilie dans les années 1970, le tabou ultime or le travail de l’écrivain consiste précisément à appuyer là où ça fait mal, à éclairer les phénomènes qui posent question car des extrêmes naît la vérité} ", témoigne-t-il. Rémès ne craint rien, sinon de ne pas vivre. Quand on lui parle de ses détracteurs, il répond, avec une légèreté malicieuse " la connerie humaine est insondable ". Et ses adversaires oublient un peu vite la légitimité qu’il possède pour affirmer une autre vérité, et témoigner d’une expérience qui dérange : " Serial Fucker est scandaleux car il va à l’encontre de l’hétéro-normativité des gays. C’est aussi un livre d’initiation métaphysique qui pose aussi la question de savoir ce que nous faisons sur terre. Il interroge chacun sur sa perception de la vie, de la mort et sur ses désirs d’avoir des pratiques à risque. Toute mon œuvre tourne autour du sexe et de l’amour parce qu’ils représentent les derniers espaces de liberté ". La liberté est d’ailleurs chez Rémès une valeur joliment définie : " agir en son âme et conscience indépendamment de tout désir et de toute peur ". "Serial Fucker" doit enfin être lu comme un livre sur le respect. Celui des faiblesses et des lâchetés, ou plus simplement celui du plaisir. Comment expliquer sinon cette démarche paradoxale, voire schizophrène entre le romancier barebaker et le journaliste essayiste qui va publier dans quelques mois le guide du "Safer Sex" ? Face à ceux qui n’assument pas leurs contradictions, Erik les revendique : " Le Guide du "safer sex gay" n’est pas une justification morale correspondant à un désir de me racheter. Je suis libre, j’écris pour poser des questions à la société. Ce n’est pas en refusant la folie qui est en soi que l’on trouve une réponse à sa propre existence ". La démarche plus qu’une provocation s’apparente à une victoire personnelle : " Il faut assumer d’être "barebacker". C’est un travail de libération personnelle. Assumer des pratiques sexuelles extrêmes dans un milieu aseptisé demande du courage, y compris vis-à-vis de son propre entourage. J’ai toujours témoigné à visage découvert, je n’ai jamais utilisé de pseudonymes. Ce souci de visibilité m’a libéré de la honte, cette injonction éducative et sociale dont il faut se défaire. La société est engoncée dans l’avilissement de ses désirs et d’elle-même. Malgré tout, je suis quelqu’un de moral. J’atteins une terrible liberté. J’ignore où elle va me mener. Je ne hais personne. Act Up est mort pour les pédés. Quelle importance s’ils me détestent ? ". Quelques semaines après la parution du roman, les attaques commencent. Le climat de censure s’y prête bien. Mais il est paradoxal de voir s’associer à la condamnation publique, des voix de militants de la lutte contre le sida. Jusqu’ici, ils n’avaient pourtant pas privilégié l’interdiction et la censure comme réponses politiques. Et ils ne sont pourtant pas les derniers à savoir que garantir sa prévention impose d’assumer sa sexualité. Alors au nom de quelle logique suffirait-il de désigner un coupable pour briser le cercle infernal des contaminations ? Baiser sans capote ne se pratiquerait-il pas, ou plus, à deux ? Pourquoi livrer Rémès à la vindicte populaire si ce n’est pour rappeler des méthodes de dénonciation condamnables et condamnées en leur temps et inciter ceux qui pensent qu’un bon séropo est un séropo mort à instituer un délit de contamination ? Ceux qui choisissent la position confortable d’adversaires de Rémès auraient-ils la prétention d’être parfaits et moralement irréprochables ? Combien sommes-nous à avoir la certitude de ne pas vouloir trahir après avoir été trahis ? Alors Messieurs, que celui qui n’a jamais "péché" lui jette la première capote… Avec respect. Hélène Delmotte.
Comment vivre ?
Face au soi-disant choix de vie qui consiste à vivre une sexualité "bareback", revendiqué par Erik Rémès, le problème n’est pas de pousser des cris d’orfraie, de le diaboliser. Il nous dit quelque chose de “la” sexualité et, à force de provocation, marché très couru depuis toujours, il nous oblige à réfléchir la prévention autrement qu’autrefois. Par exemple à tenter de faire une place au sujet, au lieu de se contenter de répéter inlassablement les mêmes messages d’informations, nécessaires mais bien insuffisants. Entre une prévention / information / injonction, qui ignore le fait que des milliers d’individus informés passent outre leur connaissance des risques, et des romans scandaleux qui dévoilent des réalités crues, une approche soucieuse des individus, mais la moins normalisatrice possible peut se faire jour. Il s’agit de permettre à chacun de faire les choix qui le concernent, ce qui suppose de mettre de côté les jugements moraux et autres anathèmes qui ne font que confirmer les déjà-convaincus dans leur croyance.
Erik Rémès, le héros Article paru dans ICI, vol. 6, n° 31, Montréal, Québec, 6 mai 2003.
Il faudrait remercier Erik Rémès pour son courage et l’opportunité qu’il nous donne. Il est avec Guillaume Dustan le premier et le seul observateur de la réalité du bareback. En écrivain scrupuleux et témoin de son temps, il rend compte dans ses livres de ce qu’il voit dans sa vie. Il nous informe. Il nous avise. Car ce qu’il dit n’est pas de la fiction. Le bareback existe. Il est partout. Chez les gais comme chez les hétéros. Aux États-Unis, en France, au Québec. Ce n’est pas un hasard si le taux de contamination par le vih a augmenté de 8% aux États-Unis dans les dernières années. Chez nous aussi, la tendance est à la hausse. Et ce n’est pas que dans la communauté gaie que ça se passe, loin de là ! En effet, selon les plus récentes données, la majorité des nouveaux cas de contamination se situe dans le groupe des jeunes femmes hétérosexuelles. Les organismes sida du Québec ne sont pas aussi audacieux qu’Act Up. Ils commencent à peine à parler du relapse - qui est un relâchement occasionel de la prévention - et ne considèrent toujours pas l’existence du bareback qui est un abandon volontaire du préservatif. Le nouveau directeur d’Action Séro Zéro est allé déclarer au Journal de Montréal que le bareback « reste un phénomène très marginal et underground ». C’est peut-être vrai, mais ce n’est pas une raison pour faire comme si ça n’existait pas. Bien des phénomènes qui commencent de façon « marginale et underground » finissent un beau jour par devenir énormes et par nous péter en pleine face. N’est-ce pas d’ailleurs le propre du sida ? On le croyait réservé à quelques « marginaux underground » autrefois, et regardons où on en est rendu aujourd’hui. Qu’est-ce qu’attend Action Séro Zéro pour tirer le signal d’alarme et ajuster son discours ? Combien d’années faudra-t-il encore ? Combien de personnes séropositives nouvellement infectées dans des circonstances troubles avant de parler sérieusement du bareback ? Pourquoi ne pas profiter de gens comme monsieur Rémès pour le faire ? Faut-il toujours tout sacrifier au politiquement correct ? Erik Rémès n’est pas la pour faire la promotion d’un genre de vie, pour prendre position contre ceci ou pour cela. Il raconte, c’est tout. Et il dit qu’il est bien placé pour parler puisqu’il vit lui-même de telles choses. Il ne dit à personne de faire comme lui. Il dit que ça existe. Grâce à lui, nous sommes avisés d’une nouvelle réalité. Si nous savons en tenir compte nous pourrons prendre des mesures pour corriger cette situation ou parer ses conséquences. Mais si nous faisons la sourde oreille, la situation va perdurer en silence et cette pratique ne manquera pas de se généraliser puisqu’elle n’est jamais évoquée, nullle part. Depuis la découverte du vih dans les années 80, tout a évolué dans le domaine du sida : le virus, les traitements, les soins, les effets secondaires, les mentalités, l’espérance de vie… Tout ! La seule chose qui n’a pas évolué, c’est le discours sur la prévention. Pas évolué d’un pouce ! On en est toujours aux mêmes vieilles peurs, aux mêmes vieux réflexes et aux mêmes vieux raisonnements. Ça ne se peut pas ! Les chiffres de la recrudescence des contaminations nous montrent que cette sorte de prévention est usée, qu’elle ne marche plus. Si tout a évolué dans le milieu du sida, il faut que la prévention évolue au même rythme. Peut-être serait-il temps d’aborder la question autrement, et d’arrêter de dire qu’on meurt encore du sida par exemple, puisque ce n’est plus tout à fait exact. Peut-être aussi serait-il temps d’arrêter d’associer la séropositivité à la « transmission de la mort » car ce n’est pas vrai non plus et les milliers de personnes vivant avec le vih au Québec en sont la preuve vivante depuis des années … Et puis, peut-être faudrait-il commencer à comprendre qu’après 20 ans d’épidémie, il y a des gens qui sont tannés du préservatif et qui ne sont tout simplement plus disposés à en mettre. Tout le monde n’a pas la même attitude face au risque. Aujourd’hui, certaines personnes préfèrent tout simplement avoir le vih une bonne fois pour toutes plutôt que de vivre en permanence dans la peur de l’attraper, d’autres enfin font confiance au développement de la science pour les garder en vie et diminuent leur niveau de vigilence. Ces attitudes peuvent nous choquer, nous surprendre, mais il ne sert à rien de les nier. Au contraire ! Pourquoi aucune mesure de prévention n’est-elle mise en place pour s’adresser particulièrement à ces gens-là et les encourager à rester safe ? Personnellement, je ne pratique pas le bareback et je n’ai aucune envie d’en faire la promotion. Mais je peux comprendre ceux qui en sont arrivés là, je peux m’imaginer facilement leurs raisons et je ne suis pas prêt à les lyncher sur la place publique. Si nous ne manifestons pas un peu plus d’ouverture, nous n’aurons jamais la force de relever les nouveaux défis de la prévention. La situation va perdurer en silence et cette pratique ne manquera pas de se généraliser puisqu’elle n’est jamais évoquée, nullle part. Erik Rémes doit être considéré comme un véritable héros pour avoir brisé la loi du silence et avoir accepté de s’offrir ainsi en pâture à la verdicte publique. Avec talent et diplomatie, il nous prouve qu’on peut aborder la question autrement, qu’il existe d’autres pistes de réflexion et que l’heure est à la renégociation de la protection dans les relations sexuelles. Au lieu de tout rejeter en bloc et de juger les autres, comme le font certains, mieux vaut regarder les choses en face, essayer de comprendre et de s’adapter. Si cela ne se fait pas dans un débat collectif, conscient, ouvert et à voix haute, cela se fera de toute façon en privé, dans l’anarchie et dans le noir des backrooms.
Serial fucker, journal d'un barebacker de Erik Rémès Article paru dans Le Point de vih + / printemps 2003 Dans la nuit du 13 au 14 avril 2003, les locaux des éditions Blanche, à Paris, ont été saccagés par des membres d’Act Up en réaction à la publication du nouveau roman de Erik Rémès : Serial Fucker, journal d’une barebacker. Des affiches où on pouvait lire "Les éditions Blanche veulent notre mort" et "Franck Spengler complice du sida" ont été placardées sur tous les murs. Une des personnes qui travaillait là a été prise à partie et il a fallu lui donner plusieurs jours d’arrêt pour se remettre. C’est dire la violence des réactions que peut provoquer ce livre. Dans ce troisième roman, comme dans les deux précédents, Erik Rémès s’est inventé un double autofictionnel qu’il appelle Berlin Tintin et que nous suivons au fil de ses aventures dans le milieu gai parisien. Berlin Tintin est séropositif et c’est l’occasion pour Erik Rémès de nous livrer ses réflexions sur la séropositivité tout en observant l’évolution des mouvements de lutte contre le vih-sida. Erik Rémès fait partie de ces auteurs de la nouvelle génération sida qui n’ont pas peur des mots et des idées. Tout comme Guillaume Dustan, il pratique le bareback et en parle ouvertement. Ce faisant, il s’oppose à la conception de la prévention qui impose l’usage du préservatif dans toutes les relations sexuelles et nous ouvre de nouvelles voies de réflexion. Dès le début du livre, Erik Rémès adopte un ton différent du discours habituel. Au lieu de se présenter en victime du vih, il cherche le côté positif de sa situation et affirme par exemple : "le sida m’a apporté la paix". Comme toute les personnes atteintes, il a d’abord reçu un choc dont il a dû se remettre, mais par la suite, il s’est aperçu que le sida a été une chance dans sa vie. Il vit la séropositivité comme une libération, surtout une libération sexuelle, et il nous explique pourquoi et comment. Erik Rémès conteste beaucoup l’approche habituelle de la prévention. Pour lui, "les années prévention correspondent à un discours morbide et culpabilisant", dans la mesure où on ne cesse de présenter les personnes séropositives comme des criminels en puissance et de les comparer à des "grenades sexuelles". Il n’accepte pas que les personnes séropositives soient désignées comme les seules responsables de la contamination, comme s’il s’agissait de coupables. Il rappelle que plusieurs personnes dans différents pays ont essayé de criminalisé la transmission du virus mais que, dans la majorité des cas, ces tentatives ont échoué, ce qui prouve que, sur un plan législatif, ce raisonnement ne tient pas. Erik Rémès rappelle avant tout que « chacun est responsable pour soi ». Il dit surtout qu’on ne peut pas imposer l’usage du préservatif dans tous les cas. Il comprend que deux personnes séronégatives n’en mettent pas et que deux personnes séropositives n’en mettent pas non plus. Il souligne qu’aujourd’hui encore la théorie de la surcontamination entre personnes séropositives n’a toujours pas été prouvée scientifiquement. À ses yeux, cela démontre qu’on impose encore trop souvent l’usage du préservatif de façon excessive, en agissant uniquement en fonction de nos peurs et en culpabilisant une fois de plus les personnes atteintes. Autre état des lieux. Le relâchement des attitudes face à la prévention montre bien que les gens n’associent plus forcément le VIH à la mort, ce qui est normal. Erik Rémès explique que "les pédés ont toujours baisé comme ils voulaient. Ils se sont toujours joués de la morale et des répressions. Ils ne supportent pas qu’on leur dise comment baiser et comment se comporter." Il faut donc inventer une nouvelle approche et un nouveau discours. Dans Serial fucker, Erik Rémès cite les résultats d’une récente enquête sur les clients des backrooms de Paris qui révèle "qu’un tiers des répondants déclare des relations anales non protégées. Ça monte à près de 40 % chez les moins de 25 ans". Visiblement, les comportements changent plus vite que les discours officiels et les chiffres montrent bien qu’il ne sert à rien de se fermer les yeux. Erik Rémès illustre magnifiquement que l’obsession qui consiste à chercher des coupables et à les punir n’a pas abouti aux résultats escomptés. Partant de là, Erik Rémès ouvre tout grand les portes du bareback, c’est-à-dire des relations sexuelles non protégées. Pour lui, il s’agit aussi de tenir compte de la liberté des personnes séropositives à disposer d’elles-mêmes, de leur corps et de leur sexualité. Il écrit par exemple : « Il suffit parfois d’aimer pour vouloir tout partager. Même son virus. Si certains veulent tout partager, même leur sida, c’est leur liberté. » Le barebacking désigne le culte des rapports non protégés, il signifie littéralement « chevauchée à cru ». À la différence du relapse, qui se présente plutôt comme un relâchement exceptionnel et d’une certaine manière involontaire, le bareback correspond à un choix revendiqué et assumé. Il peut inclure également le culte du sperme. Pour les barbackers, les préservatifs empêcheraient de bander. Ils seraient le symbole de la honte de soi et de la haine du sexe. Ce mouvement correspondrait également au ras-le-bol du safe-sex après vingt ans de prévention radicale. Il constitue ainsi une forme de retour au naturel et au plaisir sans contrainte. Pris à partie plusieurs fois par les associations et par certains individus, Erik Rémès a profité de Serial fucker pour publier sa position officielle face au bareback. « Je ne suis pas un prosélyte du barebacking. Mon combat se situe au niveau de la liberté et de la responsabilité individuelle. Je suis contre toute répression de la sexualité et des libertés individuelles, surtout par la culpabilité, la honte, la morale et la terreur. Le rôle de l’écrivain est aussi de mettre en garde, de poser des questions violentes. Face à l’irrationalité du sexe, il s’agit donc de ne pas avoir de position trop tranchée, mais de faire preuve de souplesse. [...] Chacun de nous développe sa propre stratégie pour se protéger, en référence à une histoire personnelle incontrôlable par n’importe quelle structure collective. Il n’y a pas de modèle puisque la sexualité est par définition une aventure personnelle, partagée avec d’autres le temps de l’action. La conjugaison temporelle de deux histoires autonomes. On peut faire ce que l’on veut, à la condition d’agir consciemment, de savoir pourquoi on le fait. Oui aux discours informatifs, non aux discours injonctifs et répressifs. C’est à cette totale conscience de nos actes, de notre liberté, du respect de soi et des autres qu’il faut tendre. » Qu’on soit d’accord ou pas avec lui, le grand mérite d’Erik Rémès est de lever le voile sur une pratique qui s’est généralisée depuis plusieurs années et dont personne ne parlerait s’il n’était pas là pour brasser la cage. Je me souviens d’un gars de la rue Laurier qui faisait du chat sur Internet en cherchant des relations sans condom. Il m’avait dit qu’il était séropositif et comme je m’étais étonné qu’il ne mette pas de préservatif, il m’avait répondu : « Mais dans quel monde tu vis ? On est à Montréal, ici ! »Je sais maintenant que le barebacking est partout autour de nous, facilité par l’anonymat des rencontres sur Internet, les backrooms dans les saunas et les petites annonces. Et ce n’est peut-être qu’un début. Le livre d’Erik Rémès m’a beaucoup appris et m’a fait réfléchir. Depuis la découverte du vih dans les années 80, tout a évolué : la recherche, le virus, les traitements, les mentalités. Tout ! Il n'y a que le discours sur la prévention qui n’a pas évolué d’un pouce. On en est toujours aux mêmes vieilles peurs, aux mêmes vieux réflexes et aux mêmes vieux raisonnements. Erik Rémès nous prouve qu’on peut aborder la question autrement, qu’il existe d’autres pistes de réflexion et que l’heure est à la renégociation de la protection dans les relations sexuelles. Au lieu de tout rejeter en bloc et de juger les autres, comme le font certains, mieux vaut regarder les choses en face, essayer de comprendre et de s’adapter. Si cela ne se fait pas dans un débat collectif, conscient, ouvert et à voix haute, cela se fera de toute façon en privé, dans l’anarchie et dans le noir des backrooms.
Erik Rémès à l'émission de Christiane Charrette Article paru dans RG, n° 249, 22e année, Montréal, Québec, juin 2003. L’accueil qui a été réservé à Erik Rémès, dimanche 27 avril, sur les ondes de Radio-Canada dans le cadre de l’émission Christiane Charrette en direct, n’était pas digne des participants réunis sur le plateau. Dès les premières minutes, Christianne Charrette s’est définie elle-même comme « une pauvre hétéro coincée » ce qui la plaçait d'emblée en adversaire de son invité, comme si elle prenait position contre lui. Ensuite, son attitude et ses questions trahissaient une étroitesse d’esprit étonnante, sa capacité de compréhension du monde semblait avoir atteint ses limites. Alors que Erik Rémès parlait de son amant en disant « mon mari », celle-ci lui a rétorqué : « Vous avez un mari ? Vous êtes sa femme ? » Ça sonnait mal. Méprisante envers toute la communauté gaie, Christiane Charrette avait donné le ton et on voyait bien que le respect ne serait pas au rendez-vous. Emporté par l'élan, même Yves Jacques s’est autorisé à se montrer grossier, insultant abondamment Erik Rémès à plusieurs reprises par la suite. « Vous êtes ridicule ! Vous êtes une espèce de ringard franchouillard. », « Retournez chez vous ! », lui a-t-il lancé, prétendant que Erik Rémès avait une « image dépassée de l’homosexualité ». Mais quand Yves Jacques a affirmé avec aplomb que « Ici, il n’y a pas de backroom », on s’est très vite rendu compte que c’était lui en fait le plus dépassé des deux. Yves Jacques est intervenu dès le début du débat en lançant toute une série d’inepties. Il a d’abord prétendu que « Ici, il n’y a pas de backroom. » Avant d’ajouter que les backrooms sont « la pire chose au monde » ce qui est une affirmation bien moralisatrice que tout le monde ne partage pas. Désolé de faire de la peine à monsieur Jacques, mais les backrooms existent à Montréal. Elles sont différentes de par le passé et dans des endroits différents, mais elles existent. On peut ne pas être d’accord avec tout ça, ne pas vouloir en faire la promotion, mais dire que ça n’existe pas, c’est mentir et c’est grave. Par ailleurs, ce n’est pas tant la question des backrooms qu’il faut considérer, mais celle du type de rencontres qui y sont associées. Et tout le monde sait que ce type de rencontre s’est beaucoup transféré sur Internet grâce aux sites, aux chats et aux services de petites annonces. Et ce n’est pas tout ! Les saunas, les raves parties, les lieux de rencontres anonymes et les parties privés favorisent également le bareback. Ainsi, au Québec comme ailleurs, le marché du sexe sans préservatif est fleurissant et c’est la seule chose à retenir. Yves Jacques est un ignorant et ça se voit. S’il se tenait un peu plus au courant de ce qui se passe dans sa communauté, il saurait que tout ce qu’a raconté Erik Rémès est vrai, que cela se passe aujourd’hui même et ici aussi. Et il l’aurait soutenu au lieu de l’agresser. Il suffit d’ouvrir les yeux au lieu de faire sa vierge offensée. Mais il est vrai que quand on a deux films au programme du Festival de Cannes et qu'on est sur un plateau pour faire la promotion de sa prochaine pièce de théâtre au TNM, on n'a pas forcément envie de se mettre à dos tout le grand public... Cette attitude est d’autant plus décevante qu’on était vraiment en droit de s’attendre à autre chose de la part du comédien. Alors qu’il aurait pu aider l’assistance à mieux comprendre le message de Erik Rémès, alors qu’il aurait pu jouer le rôle de modérateur et sensibiliser le public au problème du bareback, il a fait tout le contraire. J’avais honte pour lui. Honte de son attitude. Et de celle de tous les autres qui étaient là, rassurés dans leur modèle de pensée, ces soi-disant « artistes » et « penseurs » qui assistaient à ça sans rien dire. Mais ce n’est pas tout ! Au cours de cette merveilleuse et débilitante émission, Yves Jacques a eu le culot de déclarer que ce qui pourrait arriver de mieux, c’est « qu’on ne fasse plus de gay pride. » Là encore quel bel exemple d’intelligence et de soutien à la communauté. Est-ce que c’est la vision qu’il prône de l’homosexualité… un retour au placard et à une homosexualité invisible ? Ces déclarations sont d’autant plus étonnantes quand on se rappelle que le comédien a été choisi comme porte-parole officiel de l’organisme communautaire Gai écoute. Comment peut-il se balader en voiture en envoyant des tatas lors de la parade de la Fierté gaie et aller déclarer ensuite sur les ondes de Radio-Canada qu’il n’est pas en faveur de ce genre de manifestations ? Décidément, après les bourdes de Daniel Pinard, on peut dire que Gai écoute a bien du mal avec ses porte-parole... Pas facile de trouver un candidat qui n'ira pas s'illustrer d'une déclaration fracassante à un moment ou un autre ! Personnellement, je suis très choqué par l’attitude d’Yves Jacques, son manque de respect, sa vulgarité, son homophobie et sa xénophobie affichée. Plusieurs personnes autour de moi, même hétéros, se sont senties très mal à l’aise aussi. Je suis scandalisé qu’une personnalité gaie tienne de tels propos, qu’elle adopte un discours aussi catégorique sans souci de la diversité qui règne à l’intérieur de notre communauté. En coupant ainsi la parole de façon grossière et insistante, Yves Jacques espérait nous inciter au boycott de la pensée d’Erik Rémès, mais en bout de ligne, c’est peut-être le comédien lui-même qui risque de se faire boycotter. Erik Rémès est un artiste, un écrivain et un penseur. C’est Radio-Canada qui l’a invité, ce n’est pas lui qui a demandé à venir. La moindre des choses est de respecter un minimum sa démarche artistique et de l’écouter jusqu’au bout. Pratiquement la totalité des journalistes et des personnalités qui se sont adressées à Erik Rémès, qui l'ont accusé et lui ont demandé des comptes, n'avaient même pas lu le livre dont il est question. Jusqu'à quel point peut-on accepter une telle situation ? Quel sérieux cela donne-t-il de la presse au Québec ? Il y a beaucoup à apprendre de l' expérience d'Erik Rémès. Grâce à lui, on pourrait revoir certaines approches de la prévention et éviter peut-être de nouvelles contaminations. Mais personne n’a su se saisir de cette chance. Sans compter que si on ne voulait pas l’entendre, pourquoi être allé le chercher en France et avoir dépensé autant d’argent pour ça ? Radio-Canada lui a payé son voyage, tous ses frais, pour qu’il puisse venir s’exprimer ici et présenter ses idées. Et à quoi a-t-il eu droit ? Des insultes, du mépris, de la suspicion. Personne ne l’a laissé parler. Quel était le but dans tout ça ?
Chronique du bareback ordinaire Article paru dans Le Point (Montréal) - octobre 2003
En avril dernier, l’auteur Erik Rémès était venu à Montréal à l’occasion de la sortie de son roman Serial fucker. Certains se souviendront peut-être encore de cette pitoyable émission de télé pendant laquelle l’auteur avait été pris à partie par presque tous les invités réunis sur le plateau. Plusieurs avaient alors reproché à Erik Rémès de parler ouvertement du bareback alors que, soi-disant, ce genre de chose n’existe pas au Québec. Certains l’ont traité de criminel, d’autres de provocateur. Même le directeur de Séro-Zéro, qui avait été rejoint par la suite par le Journal de Montréal, avait prétendu qu’il s’agissait d’un phénomène marginal et s’était empressé de réduire à quasiment rien la portée du message de Rémès. Plusieurs mois ont maintenant passé. Mon ami Vincent est revenu de vacances, il est arrivé en ville, souriant, bronzé, magnifique, mais en même temps légèrement inquiet. « Est-ce que je peux te parler ? » me demanda-t-il. Je lui offris mon écoute et il me raconta qu’il avait traversé une drôle de période, me confiant qu’il s’était senti mal pendant plusieurs jours, la tête lourde, fiévreux, qu’il avait eu des douleurs à l’estomac, jusqu’à la nausée. Il voulait savoir si de tels symptômes pouvaient être le signe d’une récente infection au vih. Je le regardais, étonné. "Mais pourquoi cette question", lui répondis-je ? Il ne se fit pas prier pour me raconter la suite. Vincent vit en couple. Il a un chum. Ils sont ensemble depuis longtemps et il leur arrive parfois de recevoir un invité dans leur lit ou d’aller ensemble au sauna, mais ils le font ensemble et sans rien se cacher. Dans ces moments-là, la prudence est de mise, bien sûr, mais en dehors de ça, ils ont une relation exclusive et n’utilise pas le "condom". Comme tout un chacun, ils respectent le "safe sex". Du moins officiellement. Mais dans les faits, ce n’est pas toujours aussi simple. L’été dernier, Vincent s’est retrouvé seul pendant plusieurs semaines. Il en a profité. Il est beaucoup sorti. Il a beaucoup fêté. Il est parti se reposer à la campagne. Il a rencontré beaucoup de gars et il s’est donné à eux. Bilan : quatre pénétrations anales en l’espace de quelques jours, les quatre non protégées, les quatre jusqu’à l’éjaculation. Et voilà pourquoi mon ami Vincent s’inquiétait tout à coup. Mais que lui dire qu’il ne sache déjà ? Vincent n’est pas un innocent, c’est un garçon informé qui connaît la problématique et les risques du sida. Il n’était ni drogué ni soûl au moment d’agir, et il n’y a aucune explication à aller chercher de ce côté-là. Vincent est jeune, moins de trente ans, il appartient à la génération qui n’a jamais vu le sida de près et encore moins connu la mort. Néanmoins, il n’a aucune envie de se retrouver séropositif. Ses angoisses nous le montrent bien. Et il n’est pas fou, non plus. À chaque pénétration, il a pensé aux risques qu’il prenait, mais le désir a été le plus fort et il a fini par s’arranger avec sa conscience pour se donner l’autorisation du plaisir. À chaque pénétration, sa raison lui a envoyé le message que c’était correct et qu’il pouvait se permettre cette relation non-protégée. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, quand il a commencé à se sentir fatigué, que ses angoisses se sont manifestées. S’il n’avait pas connu cette fatigue, il n’aurait peut-être jamais réfléchi à ce qu’il venait de vivre et il continuerait encore sur la même lancée. Vincent n’a jamais eu aucun remords d’avoir fait ce qu’il a fait, ni après la 1ère fois, ni après la 2e, la 3e ou la 4e ! le fait qu’il ait recommencé en est la preuve. Seule la peur de la maladie, et l’impression d’en voir déjà les premiers symptômes, ont réussi à le sortir de sa léthargie pour le faire réfléchir. L’histoire de Vincent, c’est celle de bien des gars et de biens de filles autours de nous, gai ou hétéro, ça ne change rien, c’est la même histoire, celle qui nous fait toujours penser que « ce gars-là est correct », « cette fille-là est correcte », celle qui autorise à prendre tous les risques, malgré la réalité, malgré les mises en garde, malgré la peur, sans qu’on sache trop bien pourquoi, simplement parce qu’on pense que le sida, c’est toujours pour les autres, c’est un truc dont on parle à la télé mais qui n’arrive pas. Cette histoire, c’est l’histoire du bareback ordinaire à Montréal et au Québec, si ce n’est que personne ne veut appeler ça par son nom. Bien sûr, personne encore n’en a fait ici une philosophie, un mode de vie affirmé ou une provocation comme le fait Rémès, mais à part ça, aucune différence. Alors, cessons de nous fermer les yeux. Assez d’hypocrisie ! Le bareback existe. Il est là. Chez nous. Partout autour de nous. Il prend mille formes, s’adresse à mille personnes différentes et de mille façons différentes. Bien des gens se trouvent encore une bonne raison de ne pas mettre de "condom" avec un nouveau partenaire. Aujourd’hui, Vincent attend de faire son test de dépistage. Il est persuadé que tout va bien aller et que ses partenaires étaient "clean". On le lui souhaite

Comments:
feminine education, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/sexo-anal-vaginal.aspx sexo anal vaginal, ME1GDT, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/super-hero-sex-pic.aspx super hero sex pic, rC0F9c, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/bbw-porn-sex-video-xxx.aspx bbw porn sex video xxx, 14pP7K, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/sexy-barber-shop.aspx sexy barber shop, miXzHy, http://vilinet.communityserver.com/members/apples-candy-sex-star.aspx apples candy sex star, Az9gZt, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/during-sex-urinating.aspx during sex urinating, wCRHqc, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/eva-longoria-nude-i.aspx eva longoria nude, 0hdrkX, http://portishead.forums.umusic.co.uk/members/amateur-camera-hidden-sex.aspx amateur camera hidden sex, XETQ1m,
 
Enregistrer un commentaire

<< Home

This page is powered by Blogger. Isn't yours?