mardi, octobre 25, 2005

 

Le vrai Blueberry.

Mon grand père l'adorait (bon, enfin lui, il croyait qu'il se bagarrait vraiment), mon père l'adore, alors moi forçement...."Jean-Paul Charles Belmondo voit le jour le dimanche 9 avril 1933 dans une clinique de Neuilly sur Seine. Cet élève médiocre qui préfère de loin fanfaronner plutôt qu'étudier, fréquente de nombreux établissements scolaires. De l'école alsacienne de la rue Henri Barbusse en passant par les lycées Louis Legrand, Henri IV et Montaigne pour finir par le collège Pascal d'Auteuil qui voit la fin des études secondaires de Jean-Paul. Il pratique avec passion le football à un poste plutôt inattendu : gardien de but. Cet engouement lui vient de l'admiration qu'il porte à René Vignal, surnommé à cette époque par la France entière : "Le fou volant". Le 21 septembre 1948, Jean-Paul a l'oreille rivée sur son poste de radio pour suivre en direct, le premier championnat du monde de Marcel Cerdan contre Tony Zale au Roosevelt Stadium de Jersey City. Jean-Paul se découvre une passion pour l'art pugilistique, il est alors âgé de quinze ans. Il s'inscrit dés le lendemain de cette rencontre à l'Avia Club de la porte Saint-Martin, où il rencontre Maurice Auzel, qui deviendra un ami fidèle. Son père, le célèbre sculpteur Paul Belmondo, s'oppose fermement à l'ambition de Jean-Paul quant à embrasser une carrière de boxeur professionnel. Jean-Paul se ravise, conscient qu'il ne serait jamais un grand champion, et décide d'employer son talent au profit d'une carrière En 1949, sur les conseils de son père, Jean-Paul rencontre André Brunot, ami de la famille et acteur de renom, afin d'avoir un avis "objectif" sur les capacités de Jean-Paul pour le métier de comédien. Jean-Paul lui récite une fable de La Fontaine, "le savetier et le financier", échec cuisant mais constructif car c'est en fait une véritable motivation. Jean-Paul s'inscrit au cours Raymond Girard, ex-directeur des études classiques de l'odéon. Il remporte un vif succès aux épreuves de sélections en interprétant les personnages de Don Diegue et du Comte de la pièce "Le cid", classique entre les classiques. Par la suite il intègre le conservatoire en auditeur libre et suit les cours du célèbre Pierre Dux. Celui-ci n'accorde d'ailleurs aucune crédibilité au talent de Jean-Paul du principal fait de son physique "anti-jeunes premiers" de cette époque théâtrale. Jean-Paul fait ses débuts au cinéma dans un film de Maurice Delbez, avec en vedette Noël Noël, "à pied, à cheval et en voiture". Il enchaîne aussitôt avec Les copains du dimanche d'Henri Aisner. Son ascension sera rapide, puisqu'en 1960 il devient du jour au lendemain une star grâce à son interprétation de Michel Poicard dans A bout de souffle qui révèle en même temps au public le critique et cinéaste Jean-Luc Godard. Parmi ses apparitions à l'écran avant cette date charnière, deux titres sont retenir : A double tour (C. Chabrol, 1959) où par sa présence, il vole la vedette aux têtes d'affiche, et Classe tous risques (C. Sautet, 1960. Né avec la nouvelle vague, dont il est l'une des mascottes, Belmondo modifie l'image traditionnelle du jeune premier. Par son physique et par sa technique de jeu, il permet le mélange des genres. Il aborde la tragédie comme la comédie avec une désinvolture où se mêlent indissociablement le cynisme et la sincérité, composantes d'un certain nouveau romantisme, rose ou noir, qu'annonçait un Laurent Terzieff, dans Les tricheurs (M. Carné, 1958), où figurait déjà Belmondo. Il semble d'ailleurs tout jouer et, jusqu'en 1963, il est sollicité pour collaborer, en France, mais aussi en Italie, avec des cinéastes alors aussi prestigieux qu’Alberto Lattuada (La novice, 1960), Peter Brook (Moderato Cantabile, 1960), Mauro Bolognini (La viaccia, 1960), Victorio De Sica (La ciociara, 1960), Philippe de Broca (Cartouche, 1962), Jean-Pierre Melville (L'aîné des Ferchaux, 1963). Des rôles qui soulignent une fragilité existentielle contrastant avec une vitalité anarchique font de Belmondo une étoile unique, un acteur charismatique. Mais, peu à peu, cette spontanéité créatrice sera trop systématiquement cultivée par l'acteur, qui parait de plus en plus soucieux de n'en conserver que l'extériorité et de la figer en image de marque. Sa côte lui permet d'intervenir de plus en plus aux divers niveaux de la production de films, dont les artisans (scénaristes, dialoguistes, réalisateurs) sont choisis par affinité, et plus pour pérenniser des modèles ayant fait leurs preuves sur le public que pour explorer des voies nouvelles ou élargir son registre. Pierrot le Fou (Jean-Luc Godard, 1965) et La sirène du Mississipi (François Truffaut, 1969) constituent, de ce point de vue, les dernières audaces de l'acteur. Quelques années plus tard, l'échec de Stavisky (Alain Resnais, 1974) semblera le conforter dans sa volonté de se tenir à l'écart de toute nouvelle entreprise expérimentale. Son attitude sera parfois critiquée à cet égard et ses activités de producteurs (Cerito Films) comparées négativement à celles de son rival Alain Delon. Belmondo se veut vedette populaire et travaille régulièrement depuis 1964 avec des cinéastes (Philippe de Broca, Henri Verneuil, Georges Lautner) et des comédiens (la "bande à Bebel") qui l'aident à broder les variantes d'un stéréotype, résultante souriante mais aseptisée des quelques rôles majeurs qui auront fait son personnage dans les premières années de sa carrière (Classe tous risques, Cartouche, Le voleur) : alternativement policier ou gangster, simultanément voyou, séducteur, anarchiste, redresseur de torts. Faux marginal, il incarne en réalité certaines valeurs simplistes et conservatrices d'ordre, de virilité agressive, voire de muflerie bon enfant, dont l'efficacité cathartique (houla !) sur son public parait peu contestable si l'on en juge par le succès de Docteur Popaul, L'héritier, L'animal, Flic ou Voyou, Le guignolo ou Le professionnel. En 1987 puis en 1990, il remonte sur les planches dans Kean et Cyrano de Bergerac (mise en scène de Robert Hossein) suivront les pièces Tailleur pour dames (mise en scène de Bernard Murat) en 1993, La puce à l'oreille (mise en scène de Bernard Murat) en 1998 ainsi que Frédérick ou le Boulevard du crime (mise en scène de Eric-Emmanuel Schmitt) en 1999. Comme toutes les stars, Bébel n'a pas conquis le haut de l'affiche en quelques mois. Durant 8 ans, il a connu les aléas des auditions humiliantes et des cachets minables. C'est à l'école de cette rude réalité qu'il a appris son métier de comédien... "En 1952, j'ai touché mon premier cachet : 6,30 francs par jour pour La reine blanche au théâtre Michel" se souvient amusé Belmondo. Cinquante ans plus tard, l'homme vaut plusieurs millions d'euros. "Mais la réussite, à l'époque, je n'y pensais pas. Elle m'est tombée dessus. J'ai toujours pris la vie comme elle venait. Je ne disais pas tout le temps : pourvu que je réussisse ! Je ne me suis jamais roulé par terre en disant : qu'est-ce que je vais devenir ?" La carrière publique de Belmondo commence officiellement le 3 juillet 1950. Alors qu'il est encore élève de Raymond Girard, il incarne le Prince dans La belle au bois dormant à l'occasion d'une tournée dans les Hôpitaux de Paris. L'été suivant, il repart en tournée dans les Pyrénées avec la pièce Mon ami le cambrioleur. Il a pour partenaire Guy Bedos. Le spectacle est un bide. De retour à Paris deux mois plus tard, on retrouve Belmondo en hallebardier dans une pièce dont Jean-Pierre Mocky est la vedette. "Nous étions quinze, soit bien plus que de spectateurs". Les années galères du futur Bébel commencent. Durant ses années de Conservatoire, Jean-Paul va ainsi jouer à droite et à gauche. Il est - entre autres - figurant dans l'opérette Andalousie, doublure de la vedette de la pièce Lorsque l'enfant paraît avec Michel Galabru et Annie Girardot à l'occasion d'une tournée dans la banlieue de Rouen. A ce propos, il relate une anecdote savoureuse : "Lorsque Michel m'avait demandé si je connaissais le rôle de Lubin dans Dandin, Je lui avais répondu "oui". Mais j'étais en train de me démaquiller lorsque Galabru m'annonce que j'avais encore trois scènes. Je n'avais lu que la scène au programme du Conservatoire". C'est l'époque des vaches maigres. Jean-Paul décide de partir en Italie avec Marielle, à la recherche de la gloire à Cinecitta, les studios de cinéma romains. Mais ils reviennent bredouille. Jean-Paul et Jean-Pierre regagnent Paris et reprennent la valse habituelle des engagements ponctuels. "Puisque j'avais une bourse au Conservatoire, je n'avais pas le droit de jouer au théâtre. Ou alors pas sous mon nom. Je prenais le pseudonyme de Belmond, comme Marielle qui se faisait appeler Marielli". Je jouais au foot devant la Régence, le café où se rencontraient tous les sociétaires de la Comédie française et les élèves du Conservatoire. Un mec est venu me demander : "Vous ne voudriez pas faire du cinéma ? C'était un monteur, Henri Aisner, qui préparait son premier film, Les copains du dimanche. Un film produit par la CGT qui raconte l'histoire d'une bande de fanatiques d'aviation. On devait n'être payé qu'à la sortie du film. Manque de chance, le film est resté au placard. Il est ressorti en catimini quand j'ai eu un nom". Bientôt la chance lui sourit. Coup sur coup, il tourne deux films qui lui valent l'attention des professionnels : A pied, à cheval et en voiture. C'est exactement à ce moment-là que le théâtre reconnaît également son talent. Il joue Oscar avec Pierre Mondy et Maria Pacôme. "C'est là qu'on a commencé à me remarquer. J'avais un rôle. Enfin, les critiques s'intéressaient à moi..." Pour Jean-Paul, le temps des choix décisifs est enfin arrivé. En France, comme de l'autre côté des Alpes, la vague du "belmondisme" débute quelques semaines après la sortie de A bout de souffle. "A Partir de là, se souvient Jean-Paul, ça a été comme dans les contes de fées. Je pensais que ça n'allait pas durer. Alors, j'ai accepté beaucoup de films. Et tout à coup, je me suis retrouvé dans les bras de Sophia Loren, Gina Lollobrigida et Claudia Cardinale ! Des vedettes que je voyais dans le magazine Cinémonde..." Commence alors ce qu'il appelle sa "campagne d'Italie". En 1960, Jean-Paul débarque donc à Rome pour deux films : La novice (d'Alberto Lattuada, avec Pascale Petit) et La ciociara (de Vittorio Sica, avec Sophia Loren). Pure ironie, il est déjà venu en Italie quelques années plus tôt, à la recherche de quelques petits rôles en compagnie de Jean-Pierre Marielle. Tous deux, inconnus à l'époque, n'avaient pas même trouvé les fameux studios de Cinecitta. Cette fois-ci Belmondo est d'emblée impressionné par le star-system version italienne. "C'était des stars totales. J'ai quand même vu Sophia Loren arriver à Naples et les gens lui baiser les pieds. Un bout de sein de Sophia aurait suffit à les affoler". La novice n'est pas une réussite. Mais Jean-Paul garde un excellent souvenir de La ciociara. "Quand on recommençait une prise, ce n'était jamais la faute de l'acteur, raconte-t-il. De Sica était un homme charmant mais il jouait au casino. Certains matins, il était un peu fatigué. Un jour où je devais avouer mon amour à Sophia, il s'était endormi ! Mais personne n'osait rien dire. C'était quand même le "maestro» Finalement, un mec a fait tomber une gamelle. De Sica s'est réveillé et a crié : "Coupez ! Perfetto !". Quand il était derrière la caméra, je ne savais plus qui était au spectacle : lui ou moi". Quelques mois plus tard, La ciociara représente l'Italie au Festival de Cannes 1961 et vaut à Sophia Loren un prix d'interprétation. Pour le moment, Jean-Paul reste à Rome et enchaîne avec La mer à boire, de Renato Castellani, où il joue un marin. Ce qui lui vaut le plaisir d'embrasser Gina Lollobrigida la bouche pleine de riz ! Le tournage du film est rude : il n'est pas rare que les journées de travail durent 18 heures, y compris en pleine mer. Heureusement, le soir, Jean-Paul découvre la fameuse Dolce Vita. "C'était vraiment la folie toutes les nuits, se souvient-t-il. Dans les boîtes de nuit de la Via Veneto, il y avait les plus belles femmes du monde". Mais son aventure italienne prend bientôt fin et Belmondo rentre en France. Fin 1960, Belmondo est à Paris. Il a promis à Elodie, sa femme, de l'emmener enfin en voyage de noces, ce qu'elle attendait depuis sept ans ! "Nous discutions de notre destination lorsque le téléphone a sonné, se souvient-il. Les producteurs de La viaccia et le réalisateur, Mauro Bolognini, voulaient me voir. J'y vais. Ils me parlent du film. Je refuse : le rôle ne m'intéresse pas. Là, ils ouvrent une petite mallette avec un air généreux. J'ai dit "A quelle heure l'avion pour Rome ?". Je ne l'ai pas regretté. Ce fut l'un des plus beaux rôles de ma carrière". Jean-Paul rencontre à cette occasion Claudia Cardinale, sa future partenaire de Cartouche. Le film se tourne en un mois. Et pour cause : Jean-Paul doit rejoindre rapidement Paris où Jean-Luc Godard l'attend pour une nouvelle aventure. Après la sortie de A bout de souffle, Jean-Paul gravit rapidement les marches de la gloire. Cinq ans lui suffisent pour passer du statut de révélation à celui de star. Retour sur la métamorphose de Jean-Paul Belmondo en Bébel... De 1961 à 1966, Belmondo est la vedette d'une vingtaine de films. La moitié d'entre eux sont des succès, le tiers appartient au club très fermé des "classiques" du cinéma français. Commentaire de l'intéressé sur une ascension fulgurante : "Ca a vraiment été comme dans les contes de fées, explique Jean-Paul. Le téléphone a sonné du matin au soir. Je pensais que ça n'allait pas durer. Alors j'ai accepté beaucoup de films. J'aurais pu en faire vingt par an si j'avais voulu". Si Belmondo, courtisé à l'excès, tourne beaucoup, il tourne bien. Lui qui n'avait jamais pensé au cinéma en termes de gloire, dévore l'écran avec boulimie. Il s'y amuse, avec une nette prédilection pour les performances physiques. Dans la filmographie "belmondienne" Belmondo, c'est le bondissant symbole d'une jeunesse sortie de la Guerre d'Algérie, qui découvre en vrac la société de consommation, la pilule et les Beatles. Loin devant Delon et les autres, Belmondo occupe le devant de la scène, fougueux, insouciant, séduisant. S'il tourne beaucoup de grands films, il a la pudeur de ne pas en revendiquer la paternité. "Un grand film ne se décrète pas, confie-t-il en 1976. Il arrive sans qu'on l'attende. Il est engendré par une époque. Comme A bout de souffle. Il faut être deux pour faire un chef d’œuvre. Il faut un metteur en scène et un acteur". Les meilleurs (Godard, Melville) lui offrent sur un plateau les plus beaux rôles qui forgent son image. D'autres (Verneuil, De Broca) affinent le tableau et complètent le personnage de Belmondo-héros-de-son-temps et idole d'une nation. Il ne demande rien : on vient le chercher. "J'ai bien connu Fellini, entre autres, soufflait-il. A quoi ça aurait servi que je lui dise que j'aimais ses films ? Ce n'est pas à moi de faire le premier pas". La carrière et la vie privée de Belmondo sont alors inséparables. Il remplit les salles, séduit les plus belles (Ursula Andress), enchante le monde entier, se paie quelques bringues monumentales et gagne beaucoup d'argent. Et puis, en 1966, soudain, il réduit nettement le rythme de ses prestations. "Cinq films par an, c'était beaucoup : peu à peu, je n'ai plus eu envie de toujours dire "oui", explique-t-il. Après Le voleur, je suis resté dix-huit mois sans tourner. J'étais arrivé au point de saturation. Je suis alors parti faire le tour du monde et au retour, j'avais de nouveau le goût de jouer". Mais dès lors, rien n'est plus pareil. Jean Paul Belmondo est devenu bébel. Il va le rester pour l'éternité. Grand sportif s'il en est, Jean-Paul pratique aussi bien le football que le vélo ou encore le tennis. Mais son sport favori reste la boxe. Au point de concilier, parfois avec difficulté, cette passion avec son métier d'acteur... Le 21 septembre 1948, Jean-Paul, comme une majorité de Français, se passionne pour Marcel Cerdan, qui dispute le championnat du monde des poids moyens contre Tony Zale, aux Etats-Unis. Alors âgé de 15 ans, le jeune homme suit le match à la radio : "J'habitais chez mes parents à Denfert-Rochereau et toutes les radios étaient branchées. Personne ne dormait, c'était à deux heures du matin. Et au moment où Zale est tombé, j'ai le souvenir que l'immeuble entier a tremblé parce que tout le monde s'est levé et a crié "hourra !". Le lendemain, Jean-Paul s'inscrit à l'Avia Club. L'Avia Club est une petite salle qui ne paye pas de mine située Porte Saint-Martin, pourtant le grand Cerdan lui-même s'y est entraîné. "L'Avia Club avait la réputation d'avoir de bons boxeurs, raconte Belmondo, tous les champions locaux que je commençais à connaître, ceux qui se battaient au Central et dans les bonnes salles de boxe, s'entraînaient là-bas". Jean-Paul commence donc à fréquenter la salle. Il sympathise alors avec Maurice Auzel, futur champion de France des welters, qu'il engagera souvent par la suite dans ses films. Entre deux séances de cinéma, au Cinevog Saint-Lazare où il admire Humphrey Bodart et John Garfield, Jean-Paul, à l'insu de ses parents, boxe avec plaisir. Et il ne rate aucun des matchs pros de la salle Wagram, du Central ou du Palais des sports. Jean-Paul met beaucoup d'énergie dans ce sport, souvent pratiqué par les enfants des milieux défavorisés. Son entraîneur Dupain se souvient : "Comme il avait du cran et du tonus, il s'est vite mis dans le bain et immédiatement il a pris les jambes, la capacité d'observation. Il promettait parce qu'il avait beaucoup de volonté". En 1949, Jean-Paul, qui souffre d'une primo-infection, doit raccrocher les gants. Il séjourne un an dans un petit village du Cantal. De retour à Paris l'année suivante, il intègre donc le cours de comédie de Raymond Girard tout en renouant avec le ring. Mais après une défaite face à Ben Yaya, il choisit définitivement la carrière d'acteur au détriment de celle de boxeur. Le passé de boxeur de Jean-Paul le poursuit tout au long de sa carrière. 1951, premier cours du Conservatoire. René Simon, son professeur, l'observe et lance à la cantonade : "avec une gueule pareille, comment voulez-vous qu'il fasse du théâtre ? On s'attend à recevoir un direct du gauche dès qu'on s'approche de lui". Simon n'a pas totalement tort : entre deux cours, Jean-Paul ne rate pas une occasion d'aller taper dans des sacs de sable et il entraîne ses amis Pierre Vernier et Michel Beaune voir ses matchs. Il n'incarnera finalement que deux boxeurs à l'écran (dans L'aîné des Ferchaux et L'as des as), mais sa passion pour le noble art lui permet de faire des rencontres importantes. Avec Jean Gabin, par exemple : "Avec lui, on s'est trouvé des points communs grâce à L'Equipe, que je lisais dans mon coin. Son beau-frère avait remporté le titre de champion de France poids plume". Même en tournage, Jean-Paul, entraînant à sa suite d'autres fous de boxe, n'hésite pas à s'échapper pour assister à un beau combat... Jean-Paul : fou de boxe En 1961, le cinéaste italien Mauro Bolognini traque Jean-Paul pour lui faire lire le scénario de son film La Viaccia. Il parvient à le coincer... dans un match de boxe. En 1966, Jean-Loup Dabadie écrit Frenchy, que doit réaliser Louis Malle. Cette histoire d'un boxeur français qui part aux USA pour disputer un grand combat ne convainc pourtant pas Belmondo. En 1971, sur le plateau du Casse d'Henri Verneuil, Jean-Paul sympathise avec son partenaire Omar Sharif, lui aussi passionnée de boxe. Un soir, les deux hommes louent un avion privé et quittent Athènes pour l'Italie, afin d'assister à la retransmission du combat de Cassius Clay contre Joe Frazier. En 1982, sur le tournage de L'as des as, Jean-Paul n'hésite pas à entraîner une partie de l'équipe voir le championnat du monde de boxe amateur qui se déroule à Munich. Il est jeune, il est beau et il ne ressemble en rien aux jeunes premiers d'autrefois. Au début des années 60, Jean-Paul Belmondo déboule dans le cinéma avec insolence, et impose rapidement son image de sale gosse charmeur... La sortie de Cartouche, début 1962, correspond à l'installation - dans la mythologie cinématographique - du Bébél voyou, sympathique, aventurier au grand cœur et séducteur en habit. Un emploi qu'il tiendra régulièrement par la suite, tout au long de sa carrière... Jean-Paul l'explique : "Pour la première fois, en tournant Cartouche, je pouvais faire le cinéma que j'aimais, aventures et. cascades. C'est d'ailleurs en tournant ce film, avec Philippe De Broca, que nous avons eu l'idée de L'homme de Rio". Les deux hommes revisiteront souvent ensemble ce type de personnage par la suite, mais ils signent ici, main dans la main, son acte de naissance. Avant Cartouche, Belmondo a certes déjà flirté avec les emplois de hors-la-loi : délinquant dans A bout de souffle et satellite du "milieu" dans Classe tous risques. Mais ceux-là n'ont pas la légèreté un peu crâneuse de Cartouche. De Broca concocte ici un personnage 100% original qui annonce le futur bébél des Morfalous, de L'incorrigible ou du Casse. A l'époque, la presse considère généralement Belmondo comme un "Gavroche trop vite grandi" selon les mots de Claude Mauriac dans Le Figaro littéraire. Le jeune acteur vient de glaner ses premiers lauriers grâce à un cinéma qu'on nomme encore "intellectuel". La formule "Bébel, roi de l'aventure" s'articule autour de quelques éléments simples que Belmondo énonce : "Tout est action, tout est visuel. Pas de psychologie. Les gens sont ce qu'ils sont. Je voudrais arriver, peu à peu, à faire de mes films de véritables ballets". Par la suite, le succès de L'homme de Rio et les échecs de L'aîné des Ferchaux ou du Doulos finissent de convaincre Jean-Paul que c'est dans cette voie qu'il doit persister. C'est également sur le tournage de Cartouche que Jean-Paul rencontre deux hommes qui le confortent en ce sens : le cascadeur Gil Delamare, qui lui suggère d'éxécuter lui-même ses acrobaties, et le maître d'armes Claude Carliez, qu'il bluffe littéralement. Après Cartouche, puis L'homme de Rio, Jean-Paul est définitivement un héros populaire. Les Français, dans leur majorité, se reconnaissent en lui. Son physique contemporain, correspond à ce qu'attendent les spectateurs, lassés des stéréotypes de "beaux gosses" des années 50. Le naturel qu'il cultive sans effort finit d'emporter l'adhésion. Son maquilleur et ami, Charly Koubesserian se l'explique en ces termes : "Jean-Paul, c'est monsieur tout le monde. Il est très simple". Et puis, il y'a l'adresse physique dont Jean-Paul témoigne sans ostentation, ce corps de sportif dont il se sert d'exploits en cascades à la manière d'un danseur. Là encore, nul calcul "On m'a reproché de faire l'acrobate afin d'attirer les foules, explique-t-il. Je l'avoue sans honte : je ne crois pas que l'exploit sportif et spectaculaire soit incompatible avec l'exercice de la comédie. Je suis un funambule : le public le sait et ne me le reproche pas". Ainsi se succèderont désormais, les personnages de mauvais garçon plus ou moins en indélicatesse avec la normalité : Les mariés de l'an II, L'incorrigible, Le casse, L'homme de Rio. Belmondo rejoint ici sa vraie nature, celle du facétieux jonglant avec les fils du destin. Tant de vérité, en effet, ne peut que nous enchanter. Dans le milieu du cinéma, Jean-Paul Belmondo est célèbre pour ses plaisanteries incessantes et son goût immodéré des blagues de potache. Florilège de quelques fantaisies d'un plaisantin sans complexes et hors du commun... Le virus de la "déconnade" a saisi Jean-Paul Belmondo il y a très longtemps... pour ne plus jamais le quitter. Enfant, il se montre si turbulent que ses parents doivent le changer plusieurs fois d'école. Adolescent, il va de boîtes à bac en cours privés, où il se signale par ses imitations et ses farces triviales qui prennent pour cible ses camarades... et professeurs. Sur les bancs du Conservatoire, ses maîtres, qui trouvent déjà son jeu peu orthodoxe, s'offusquent de ses pitreries en tout genre. Car l'humour de Belmondo prend déjà les formes les plus extravagantes et les plus surprenantes. Elles consistent - en vrac et sans préférence notable - à se suspendre aux rideaux, courir après les filles ou ramasser un clochard dans la rue afin de le faire passer pour son père. Ce qui n'est évidemment pas du goût de tout le monde. Mais Jean-Paul possède l'âme joueuse. Les pitreries de Belmondo et consorts n'ont plus de cesse. Cet esprit frondeur trouve son aboutissement lors de la remise des prix du Conservatoire d'Art dramatique. Porté en triomphe par ses camarades, Jean-Paul expédie un bras d'honneur au jury qui ne l'a pas récompensé à sa juste valeur. "Aujourd'hui, ça ne choquerait plus personne mais à l'époque, ça a fait un gros scandale, je passais pour un petit voyou" se souvient l'acteur. Paradoxalement, ce goût pour les pantalonnades lui vaut de débuter au cinéma. "Je jouais au foot avec un copain devant le café de La Régence, où allaient tous les sociétaires du Français et les élèves du Conservatoire, se souvient-il. Un type s'approche alors de moi et me dit : "Vous ne voulez pas faire du cinéma ?" Jean-Paul ne manque pas une occasion de faire le clown. Du tournage des Tricheurs, de Marcel Carné, à Stavisky, d'Alain Resnais, il ne s'arrête jamais. Jean-Paul, tel un gamin farceur, possède une imagination sans limites en matière de plaisanteries. Parmi ses complices : son maquilleur Charly Koubesserian ou Philippe de Broca. Parmi ses victimes : ses partenaires, ses metteurs en scène (Gérard Oury, en particulier) ou son habilleuse personnelle, Paulette Breil. Parmi ses gags de prédilection : le déménagement de chambres d'hôtel et l'organisation de matches de football sans règles... S'il se révèle souvent incontrôlable, Belmondo sait pourtant faire la part des choses dans le cadre du travail. "Si vous arrivez décontracté et que vous faîtes le con, ça veut dire que vous ne prenez pas le film au sérieux. Si vous semblez torturé par les états d'âme de votre personnage, beaucoup de gens pensent que c'est mieux". Jean-Paul préfère visiblement la méthode rieuse à la méthode Stanislawski, le rigoureux professeur d'art dramatique, puisqu'il conclut : "Pour un acteur, c'est l'imagination qui doit jouer, pas l'imitation". Sur le tournage de Peau de Banane : Dans l'hôtel où il loge, à Martigues, Jean-Paul met un tel bazar que le patron totalement excédé, le couche en joue avec un fusil de chasse. Sur le tournage de L'héritier : Jean-Paul déplace toutes les plantes vertes de l'hôtel avant d'entasser tous les meubles dans les couloirs. Sur le tournage des Tribulations d'un chinois en Chine : Belmondo s'amuse à vider l'eau de la piscine, puis va se balader tout nu dans les ascenseurs de l'hôtel Hilton. Sur le tournage de L'homme de Rio : Jean-Paul et Philippe De Broca s'amusent à introduire du talc dans le système d'air conditionné de l'hôtel ou ils logent. Puis Jean-Paul achète des petits crocodiles qu'il dépose dans toutes les salles de bain. S'il a accepté de tourner Hold-up à Montréal, Jean-Paul a néanmoins toujours refusé de céder au mirage américain. Longtemps courtisé par Hollywood, Belmondo a préféré être le premier dans son village que le second à Rome... La couverture de "Life", le plus grand magazine américain, présente Jean-Paul comme un jeune homme souriant, la tête négligemment posée de côté, dans son numéro de novembre 1966. Après A bout de souffle, L'homme de Rio, et Les tribulations d'un chinois en Chine, l'acteur devient le "French Lover", celui qui entretient une relation amoureuse notoire avec la belle Ursula Andress. Les écolières collent sa photo sur leurs cahiers, Belmondo fait rêver l'Amérique... "Ca peut paraître prétentieux, se souvient-il aujourd'hui, mais beaucoup de producteurs voulaient absolument que je tourne à Hollywood. Mais avant de signer un contrat, on réfléchit. Evidemment, j'étais tenté. On a toujours envie de partir ! Mais pour faire quoi ? Un nouveau Charles Boyer ? Un franchouillard au rabais ? Je pensais que j'allais me retrouver dans la peau d'un Italien ou d'un Français mais pas dans les rôles de Steve McQueen. Ils n'avaient pas besoin de moi". Avec obstination, tout au long de sa carrière, Jean-Paul refuse ainsi les projets américains, y compris "un film avec Howard Hawks pour la Columbia, un rôle d'américain dans un contexte complètement américain, une histoire de mercenaires vers 1910". Les choses commencent pourtant plutôt bien, lorsqu'il débarque à Los Angeles en compagnie d'Ursula au cœur des années soixante. Il en prend "plein la tête", car la belle lui ouvre simultanément les portes des studios, des piscines de Beverly Hills et des bureaux de producteurs. "J'étais à Hollywood, un endroit dont j'entendais parler depuis que j'étais tout petit, raconte Jean-Paul. Je rencontrais tous les héros de mes rêves les plus fous : Dean Martin, Frank Sinatra, Kirk Douglas, Barbara Streisand, les Fonda... Mais ce petit paradis m'ennuyait. J'ai besoin de la vérité, dans la vie, j'ai besoin de chaleur. Or, tout ce qui m'avait paru très sympathique se révélait superficiel. Les Américains vous sautent au cou au premier regard : ça ne signifie rien. C'est juste de l'amitié de bazar". Lorsqu'il découvre la face cachée de l'usine à rêves, Jean-Paul fait volte-face et revient en France. Aujourd'hui encore, il justifie sans peine ce choix : "Aux USA, c'est le bagne : le technicien qui déroule le câble n'a le droit de toucher à rien d'autre. On vous attribue une voiture avec interdiction de la conduire. Je me voyais mal, moi le guignolo, soumis à cette belle mécanique". Après avoir ajouté à la liste de ses bonnes raisons quelques considérations linguistiques - "ça m'emmerdait de retourner à l'école pour apprendre l'anglais" - et culturelles - "J'avais une peur terrible de m'ennuyer. Si je peux plus déconner, je préfère rester chez moi" -, Jean-Paul livre l'ultime raison de son refus - poli mais ferme - de l'Amérique. "En France, j'étais dans le peloton de tête. Quand on a de beaux rôles dans son pays, pourquoi allez jouer les figurants ailleurs ? Hollywood avait besoin d'un nouveau Gary Cooper... pas d'un Belmondo...". La suite de sa carrière a montré combien il avait raison Jean-Paul Belmondo a tourné deux films en anglais : une super-production hollywoodienne - Casino Royale - et un film financé par des français au casting international : Paris brûle-t-il ? . Il raconte... "Paris brûle-t-il ?" Et "Casino Royale", ce sont deux petites participations dans des superproductions, mais pas du même ordre. Pour "Paris brûle-t-il ?", C’est Kirk Douglas qui a dit : "Je fais le film s'il y a Belmondo". Tout à coup, le producteur, Paul Graetz, un vieil ennemi (encore un qui m'avait trouvé très laid) m'a trouvé très beau et très charmant. J'ai fait ce film uniquement pour le fric. J'ai vraiment décroché le jackpot ! "Casino Royale", c'est autre chose : Feldman, le producteur, était un ami d'Ursula Andress. J'allais chez lui, à Hollywood. Un jour que je me trouvai là, ils m'ont demandé de venir sur le tournage de "Casino Royale", de dire "the French arrive" et de filer trois coups de poing. Bon, après, ils ont mis mon nom en énorme sur l'affiche. Mais c'était des amis, je ne pouvais rien leur dire..."

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