mercredi, octobre 19, 2005

 

Le crétin de Whitechapel.

Pas convaincu par le bouquin de Moore "From hell", encore moins par le film. A vous de voir « À Londres, en Angleterre, les dernières années du XIXe siècle se déroulèrent dans la terreur pour les citoyens de la ville. En effet, de août à novembre 1888, six femmes, toutes prostituées, meurent dans des circonstances pour le moins troublantes. Dans chacun des six cas, il ne fait aucun doute qu’il ne s’agit pas d’une mort naturelle, d'un suicide, où d’un simple meurtre de prostituée comme cela pouvait se produire. Martha Tabran, Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddows et Mary Jane Kelly offraient leurs services dans le même quartier de Londres; soit L'East End, quartier réputé à l’époque pour l’extrême pauvreté de ses habitants et ses problèmes de criminalité. Naturellement, il ne s’agissait pas là des premiers meurtres que Londres vivait, et en temps normal, la presse n’en n’aurait pas fait état et la police aurait certainement classé l’affaire rapidement, sans qu’aucune enquête ne soit réellement menée. Cependant, les circonstances de ces crimes amenèrent les journalistes et les policiers de l’époque à ériger cette affaire au rang des plus grandes affaires criminelles de l’histoire, afin qu’aujourd’hui il ne soit plus nécessaire de présenter, le célèbre Jack l’éventreur. Chacun connaît l’histoire de l’éventreur. Mais que s’est-il réellement passé ? En quoi ce dossier criminel est-il si particulier ? Quelle était l’identité du tueur ? Autant de questions, et d’autres encore, que bien des experts et des passionnés, se posent aujourd’hui. Pour comprendre la notoriété historique de cette sombre saga meurtrière, il est important de se replonger dans les circonstances de l’époque. L’Angleterre, comme beaucoup d’autres pays, connaît à ce moment de son histoire, un développement social très hétérogène, bien qu’ayant une économie forte. Une minorité d’hommes d’affaires puissants dominaient la majorité des industries de Londres, tandis que dans les bas quartiers, la pauvreté, le chômage, la misère et la prostitution ne faisaient que prendre de l’ampleur, au détriment des londoniens de la classe moyenne déjà fort peu nombreux. Il est donc aisément imaginable qu’un meurtre puisse passer inaperçu dans certains endroits où le crime était chose courante. La monarchie est également en crise. La popularité de la reine Victoria auprès de ces sujets étant sur le déclin. Son manque d’initiative face aux problèmes de criminalité et de pauvreté, n’aurait pas joué en sa faveur. Alors que les journalistes se plaignent du manque d’évènements sensationnels à couvrir, un homme va fournir à lui seul du travail à tous les reporters d’Angleterre pour plusieurs mois, et dans certains cas, toute une vie. Le 7 août 1888, Martha Tabran, une prostituée dans la quarantaine, est retrouvée morte dans une rivière de sang à 4 h 50 du matin. 39 coups de couteau eurent raison d’elle quelques heures ou quelques minutes plus tôt. Selon les témoignages consignés dans le rapport de police, peu avant minuit elle se serait dirigée vers George Yard dans le quartier de l’East End, après une forte consommation d’alcool et accompagnée d’un homme ayant l’air d’un soldat de première classe, probablement un client. Selon la plupart des théories, Il s’agit là du tout premier meurtre de l’Éventreur. Martha Tabran était une femme à l’aspect physique repoussant, obèse et de surcroît alcoolique. Cette apparence était-elle importante ? Le nombre de prostituées à Londres ayant été estimé à l’époque à plus de 80'000, pourquoi une en particulier ? Était-ce une pure coïncidence ou l’Éventreur l’avait-il précisément choisie pour son manque d’attrait ? À cette question deux réponses sont possibles : Nerveux et excité par son premier meurtre, il décida de mettre fin aux jours de la première prostituée rencontrée. - Très préparé, il avait décidé de longue date de choisir une victime dépourvue de charme, afin de satisfaire un complexe d’infériorité ou une haine viscérale envers la laideur, dont l’origine varie d’un suspect à l’autre. Notre bourreau récidiva le 31 août 1888 dans une rue de Whitechapel appelée Buck's Row avec Mary Ann Nichols, environ quarante-deux ans. Également alcoolique et bien portante, elle était dépressive car séparée de ses 5 enfants et trouvait refuge d'hospice en hospice. Ce crime se déroula selon le même rituel, Mary Ann Nichols étant morte poignardée. Ce soir là, il est possible que Jack l’éventreur n’eu que très peu de temps, car pour une raison restant à déterminer il entrepris de s’en prendre à une proie facile, selon divers témoignages, elle avait beaucoup bu et éprouvait de la difficulté à se déplacer. À peine une semaine plus tard, le 8 septembre, Annie Chapman, 47 ans, souffrant du même problème d’obésité et d’alcoolisme, est retrouvée égorgée vers 5h55 du matin. Signalons l’atrocité grandissante du tortionnaire, qui a cette fois pris le temps d’ouvrir l'abdomen et de retirer les intestins. Lorsque le cadavre fut retrouvé, la blessure provoquée à la gorge par le poignard était si profonde qu’elle en était presque décapitée. L’intervalle entre le précédent meurtre et celui-ci est bien moindre qu’entre le premier et le second. Était-ce tout simplement de l'impatience ? Ou devait-il se dépêcher pour une autre raison ? L’éventreur va marquer une pause plus longue avant de réaffirmer son atrocité le 30 septembre 1888 avec Elizabeth Stride. Celle-ci fut découverte sans vie vers 1h00 du matin, la gorge tranchée pour unique blessure. Il est donc probable qu’un événement inattendu obligea l’éventreur à mettre rapidement un terme à son meurtre. Cette victime, contrairement aux autres, n’était ni alcoolique ni obèse, et ne se prostituait qu’occasionnellement sans quartier précis, pour arrondir ses maigres gages de couturière et de femme de ménage. Si elle se trouvait dans l’East End ce soir là ce n’était qu’une simple coïncidence. Ce qui nous permet de penser que notre homme ne choisissait pas ses victimes à l’avance, mais bel et bien le soir même du crime en errant à la recherche d’une proie. Le meurtre dont nous allons maintenant parler est directement relié au précédent, étant donné que Catherine Eddows mourut le même soir qu’Elizabeth Stride. Probablement contrarié de ne pas avoir eu le temps de procéder avec la même cruauté qu’à l’accoutumée, il se dirigea vers Mitre Squère où se trouvait une prostituée venant d’être libérée de prison. Celle-ci fut retrouvée une quinzaine de minutes après avoir été aperçu avec un homme à l’allure distingué, vers 1h30 du matin. Son rein gauche avait été découpé et dérobé, ainsi qu’une partie de son utérus. Au visage, les lèvres avaient été coupées en deux, les gencives entaillées, l’extrémité du nez avait été sectionnée et une blessure ouvrait la joue jusqu'à l'os. Selon toute vraisemblance, le 9 novembre 1888 fut la fin d’une longue série de crimes. Mary Jane Kelly étant probablement sa dernière victime. Cette jeune femme était en tout point différente des autres. Jeune et jolie, elle n’était ni dépressive ni alcoolique. L’éventreur redoubla ses efforts pour faire de ce crime son acte le plus sanglant. Les deux seins ont été découpés, la peau et les chairs de l’abdomen avait été retirés en trois endroits, la cuisse droite était dépecé jusqu’à l’os, une partie du poumon droit avait été arraché et le péricarde était ouvert. Notons également que la majorité des organes furent extraits et déposés sur la table de chevet, excepté le cœur, une partie de l’utérus et des morceaux des parties génitales qui avaient été emportés. Chronologiquement, ce meurtre est très éloignée du précédent, est-il possible qu’il mit plusieurs semaines à mettre au point ce crime, de sorte qu’il soit inoubliable ? Savait-il donc déjà, peut-être même depuis le premier meurtre, le nombre exact de femmes qu’il allait tuer ? Selon les différentes enquêtes menées jusqu’à aujourd’hui, plus d’une vingtaine de suspects « sérieux » sont recensés. Il faudrait pouvoir ajouter à cela les résultats d’enquêtes officieuses menés par des passionnés à titre exclusivement personnel, dont on ne connaît malheureusement pas les tenants et aboutissants, mais qui feraient possiblement grimper la liste à un nombre substantiel de noms. De tous ces suspects, trois se distinguent. James Maybrick, Walter Richard Sickert et le Prince Albert Victor duc de Clarence. Ces trois hommes ont un certains nombre de points communs : notables, fortunés et égocentriques, ils partageaient une haine extrême envers les femmes. Dans les trois cas, de nombreux indices donnent la certitude de leur culpabilité, ce qui ne simplifia pas le travail des enquêteurs. Malgré l’exhaustivité des éléments déjà disponibles, personne n’a encore prouvé sans doute possible le nom du coupable. Des experts, des écrivains, des journalistes et des passionnés enquêtent encore, pour connaître les réponses uniques à chacune de ces deux questions « QUI ? » et « POURQUOI ? » Commençons par étudier la question « QUI ? » en résumant la vie des trois principaux suspects. James Maybrick est né à Liverpool le 24 octobre 1838, d’un père graveur sur cuivre et d’une mère sans emploi. Son père étant prêtre tout comme le voulait la tradition familiale. De l’enfance de James on ne sait que très peu de choses, il avait quatre frères : William, Micheal, Thomas et Edwin, James étant le second enfant de la famille. On suppose qu’il a effectué sa scolarité au Liverpool College, comme ce fut le cas pour son frère aîné, mais la destruction des archives de cette école au cours de la seconde guerre mondiale empêche de l’affirmer, et nous prive du déroulement de ses études. En effet, un traumatisme aurait pu se produire pendant sa scolarité, et contribuer à faire de lui ce qu’on le soupçonne d’être devenu bien des années plus tard. Les seuls éléments connus sur les vertes années de James se résument à une passion pour les jouets étrangers, qu’il restait des heures à contempler au Civet Cat, échoppe située à Church Street, dont la vitrine était composée de ces jouets qu’il affectionnait tant. On sait également qu’il rêvait de contrées lointaines en faisant régulièrement des détours vers la boutique de M. Marcus, le marchand de tabac, qui organisait de grandes excursions à Londres, dans des trains parés de drapeaux multicolores. Les Maybrick menaient une vie modeste et pieuse dans un quartier tranquille de Liverpool. Bien que n’ayant pas un revenu important, William et Susannah assurèrent à leurs enfants une vie à l’abri du besoin ainsi qu’une excellente éducation. Malgré une condition sociale convenable mais guère impressionnante, les Maybrick étaient des membres respectables de la communauté, car William, grand-père de James, était le prêtre de la paroisse de St. Peter en plein cœur de Liverpool. L’orgue était également tenu par les Maybrick dont certains étaient aussi membres du conseil paroissial. Cela étant, malgré cette grande tradition religieuse des Maybrick, une fois adultes, aucun des quatre frères ne devint prêtre, ni même d’ailleurs pratiquant. C’est en 1860 que l’on trouve une première trace concrète de la vie de James, lorsqu’à 22 ans il quitta le domicile familial pour s’installer à Londres. Il est probable qu’il y ai rapidement apprit le métier qui fit de lui un notable fortuné, le commerce du coton. Mais il ne choisit pas cette ville par hasard, James savait que sa famille était originaire de l’East End, quartier de Londres que ses descendants avaient quitté lorsque le chômage et la débauche l’eurent envahit, et il entreprit de connaître chaque recoin de ce quartier, à la recherche de ses origines. Sans que la date exacte ne soit connue, entre 1860 et 1863, il épouse Sarah Robertson, commerçante et de presque vingt ans son aînée. Au cours des années qui suivirent, James fit preuve de beaucoup de talent, créant même sa propre entreprise en 1873 dans le commerce du coton. À ce moment il vivait de nouveau à Liverpool où il était revenu deux ans plus tôt suite au décès de son père. La compétition devenait de plus en plus féroce dans le coton, beaucoup d’hommes d’affaires pourtant talentueux, ont tout perdu, mais James a su tirer avantage de cette compétition féroce, réussissant jusqu’à faire de sa compagnie une multinationale installée aux États-Unis. En 1881, il rencontre Florence Chandler, surnommée Florie, qu’il épousera le 27 juillet de la même année. James avait déjà 43 ans tandis que sa nouvelle conquête n’était âgée que de 19 ans. Elle était la fille d’une baronne américaine, soupçonné de meurtre sur ses deux premiers maris, morts dans des circonstances troublantes. Cela étant, James s’était possiblement intéressé à la jeune et très belle Florie pour son rang social, auquel il rêvait sans pouvoir réellement l’atteindre depuis de nombreuses années, car toujours considéré comme un nouveau riche par ses confrères. James était encore marié à Sarah Robertson. Il n’existe aucune trace d’un quelconque divorce ou d’une séparation. On sait aujourd’hui, que James Maybrick voyait encore Sarah Robertson, dans le secret le plus absolu. Il est difficile de dire à quelle fréquence, mais tout laisse penser qu’elle fut tout de même relayer au second rang. Au cours des mois et des années qui suivirent James fonda une famille avec Florie. Son nouveau rôle de père le comble mais il commence à être fatigué par la compétition qui règne dans son milieu professionnel. L’arsenic était à l’époque une drogue dont la consommation était considérée comme curative dans bien des cas, et c’est sous le conseil de son médecin qu’il va alors se droguer, et rapidement une seule de ses rations quotidiennes est suffisante pour tuer quiconque n’est pas habitué à en prendre; son beau frère ira même jusqu’à comparer son estomac à une pharmacie. James soupçonne également sa femme de le tromper, ce sera là le point de départ de sa psychose, il est à noter que l’arsenic rend paranoïaque. Le temps lui donnera tout de même raison quelques mois plus tard, lorsque Florie vivra une courte aventure. Toutes ses pensées sont consignées dans son journal, ce journal est évidemment bien caché dans son bureau, fermé à clef dès qu’il n’y est pas. Il y raconte avec une précision troublante les meurtres de certaines prostituées, des meurtres qui se sont réellement déroulés et qui furent attribués à Jack l’éventreur. Certains détails totalement inconnus du grand public sur la mort de ces jeunes femmes figurent dans ce journal. Ce journal était écrit avec un nombre important de fautes et ponctué d’expressions particulièrement vulgaires. Il ira jusqu’à mal orthographier le prénom de sa propre fille ou y surnommer sa femme la catin ou la putain à maintes reprises, et son amant le maquereau. Tout laisse penser qu’il s’agit du stratagème d’un homme brillant, se faisant passer pour une personne inculte afin de tromper la galerie. De nombreux psychologues soutiennent en effet qu’il est courant de voir des hommes instruits mais complexés, se rabaisser eux même, afin d’être d’autant plus remarqué lorsqu’ils décident de participer à des conversations complexes. Outre son journal dans lequel sont consignés les meurtres sans qu'aucun détail ne manque, l'une des rares pièces à conviction trouvée sur les lieus des crimes se trouve être un mouchoir, sur lequel étaient brodées les lettres « J.M » (James Maybrick ?). Les chambres de certains des hôtels où eurent lieu les crimes, avaient également été retenues par un certains « J.M » si l'on en croit les registres. Il s'agissait naturellement d'hôtels de passes, voilà pourquoi les responsables de ces établissements se contentaient d'initiales. Florie fini par se douter de l’état psychologique de son mari. Lui qui était pourtant un homme en forme et ne faisant pas son âge, il se met à vieillir rapidement, ses affaires sont sur le déclin, ses voyages hors de la demeure familiale sont de plus en plus fréquents et son humeur devient imprévisible. En mai 1889, James Maybrick meurt à 51 ans. Aux yeux de la loi les causes de la mort ne font aucun doute, il fut empoisonné à l’arsenic. Mais nombre de médecins s’accordent à dire qu’il est mort d’une mauvaise gastro-entérite ou d’une insuffisance rénale. Ils le prouveront en démontrant qu’il n’y avait qu’un seul grain d’arsenic dans son estomac alors que beaucoup plus auraient été nécessaires pour venir à bout d’un homme, a fortiori Maybrick qui en consommait quotidiennement des quantités industrielles depuis bien des années. Florie fut toutefois jugée pour homicide volontaire et condamnée à mort; devenant historiquement la première américaine à être jugée par un tribunal britannique. Le juge de l’affaire, Stephen Justice Harper, était ironiquement surnommé Stephen « Injustice » Harper depuis fort longtemps par les membres du barreau anglais. Il était très expéditif et ne s’attardait que peu sur les preuves d’innocence, mais attachait une grande importance aux preuves de culpabilité. On le savait également misogyne. Comble de malchance, le fils de Stephen Justice Harper était ami avec le Duc de Clarence, fils de la Reine Victoria, au sujet duquel certaines rumeurs commençaient à circuler quant à une possible liaison avec une prostituée, qu’il masquait grâce à la complicité de son « ami ». La reine ainsi que le juge, avait communément besoin d’un procès médiatique afin de détourner l’attention de la presse. Dès le départ, avant même que le procès commence, Florie était donc déjà officieusement condamnée. La plupart des journalistes tentèrent de soutenir la cause de Florie, dénonçant cette « parodie de justice » dans des articles affichés en première page, abordant également le fait que le juge Stephen Justice Harper fit au début du procès un long discours attaquant Florie sur son adultère, et condamnant verbalement, mais publiquement, cet acte d’infidélité qu’il considère comme étant le pire des crimes pour une femme. Le juge n’aurait jamais dut prononcer ce discours car une telle prise de position, probablement destiné à influencer les médias et surtout le jury, était parfaitement illégale. Le juge se devait de traiter l’affaire avec neutralité sans jamais tenter d’exercer une quelconque influence, mais curieusement, l’affaire ne lui sera pas retirée. Il est également intéressant de savoir qu’Harper perdait progressivement la raison depuis plusieurs années, il vieillissait mal et consommait de plus en plus régulièrement de l’opium. Deux ans après le procès de Florie, il fut mit à la « retraite » et interné dans une maison de « repos » qu’il n’a quittée que le jour de sa mort. À ce moment, son état mental était tel, que même la famille royale ne pouvait plus le protéger. Persuadés de son innocence, de nombreuses personnes décidèrent de soutenir sa cause lui épargnant ainsi une mort qu’elle ne méritait peut-être pas, mais elle passa les quinze années qui suivirent en prison, les biens du couples lui furent retirés et elle ne revit jamais ses enfants. Il serait tout de même ironique, à l'époque de Jack l'Éventreur, que sa propre femme soit jugée dans un cadre aussi médiatique sans que personne ne se doute qu'elle était mariée au tueur le plus célèbre d'Angleterre. Walter Richard Sickert est né à Munich, en Allemagne, le 31 mai 1860. Son père était un peintre danois et sa mère était d'origine irlandaise. Tout comme James Maybrick, son enfance et son adolescence sont des domaines sur lesquels on ne sait que très peu de choses. En 1865, alors qu'il n'avait que 5 ans, il venait de subir sa troisième et dernière opération pour une malformation génitale d'origine génétique. En effet le pénis de Sickert était gravement atrophié et creusé. Sickert a apprit bien des années plus tard que sa mère était une enfant illégitime, car issue d'une aventure hors mariage de sa propre mère. Les moeurs de l'époque rendaient les gens tout particulièrement intollérants envers ces relations, surtout lorsqu'elles aboutissaient sur des grossesses. De ce fait, beaucoup de fausses rumeurs circulaient quant à de possibles maladies du sang responsables de graves malformations chez les enfants de ces personnes. Sickert pensait donc que son infirmité était la conséquence d'une grand-mère dont la petite vertue était la plus grande, et se mit à détester le sexe faible. Quelques années plus tard, en 1868, les Sickert s'installèrent à Londres quand Walter avait 8 ans. Son père exercera très tôt une grande influence sur lui dans l’espoir que lui aussi deviendra un artiste. Il faut ensuite aller jusqu’en 1881 quand il intègre à 21 ans la prestigieuse « Slade School of Fine Arts », qu’il quittera seulement un an plus tard pour devenir le protégé et l’assistant de Whistler. Celui-ci aura d’ailleurs eu une influence considérable sur son œuvre et sa carrière. En 1889 la police reçoit une lettre de l’éventreur dont voici un extrait « ... détruire les putains ignobles et immondes de la nuit, dépitées, perdues, rejetées, loqueteuses et maigres, elles fréquentent les théâtres, les music-halls et boivent le gin de l'Enfer ». Ces lieux étaient, à l’époque, les lieus de prédilection des prostituées qui souhaitaient attirer vers elles la petite bourgeoisie londonienne. Il s’agissait donc là d’un terrain de chasse idéal pour un tueur tel que Jack l’Éventreur, trop densément peuplé pour y être reconnu, et ou la présence de quelqu’un comme Sickert était parfaitement normale. Hors Sickert a toujours été passionné par le Théâtre et le Music-Hall, depuis 1888 il y allait aussi souvent qu’il le pouvait. En 1904 il peint une toile intitulée « Le Journal ». De nombreux points communs troublants existent indéniablement entre cette toile et le meurtre de Catherine Eddows. Si l’on compare la photo prise au moment ou le corps fut découvert et la toile, il est possible de penser que la toile est une reproduction de la photo. Hors cette photo n’a jamais été rendue publique. En septembre 1907, Emily Dimmock, prostituée, fut assassinée à Camden Town, à quelques rues seulement des ateliers de Sickert. Selon la théorie officielle, ce meurtre ne fait pas partie des crimes de l’éventreur qui se sont arrêtés en 1888, mais le mode opératoire fut très exactement le même, trop semblable pour être la copie d’un imitateur. C’est à ce moment précis que Sickert entame une série de tableaux montrant cette fois clairement un meurtrier et sa victime. La première, « Le Gardien » toile semble inspirée de l’affaire Emily Dimmock, on y voit un homme habillé, regardant le sol et assis au bord d'un lit, sur lequel est étendue la prostituée qu'il vient d'assassiner, prostituée qui a tout du physique d’Emily Dimmock. En 1909, à 49 ans, il devient le directeur d’une école d’art à Camden Town, poste qu’il occupera jusqu’en 1914. C’est durant cette période qu’il va commencer à côtoyer le monde du théâtre qui le passionne depuis fort longtemps mais dont il n’avait jamais réussit à s’approcher autrement qu’en spectateur, il jouera même dans quelques pièces. Il récidiva en 1913 avec « Ennui ». Cette peinture montre un homme et une femme dans un salon, l’homme est assis à une table et est songeur pendant que la femme semble s’ennuyer. Cette toile n’a, a priori, rien de suspect; mais derrière les deux protagonistes, se trouve une toile accrochée au mur ou une jeune femme ne s’aperçoit pas qu’un homme en noir se cache derrière elle dans l’ombre. Si l’on examine cette toile de plus près, le visage de la femme est à mi-chemin entre un visage humain et un crâne. Tout ceci apparaît très clairement comme une métaphore annonçant la mort de la femme. Au cours des années qui suivirent, ses tendances morbides et son penchant pour les affaires criminelles s’estompa. Jusqu’en 1970 il ne fut pas au sein des suspects. Il est mort de vieillesse à Bathampton en Angleterre le 22 Janvier 1942 à 82 ans. Le Prince Albert Victor Christian Edward, est né en 1864. Il naquit avec différents problèmes et malformations qui ne le quitteront jamais : Il était pratiquement sourd, et était considéré à l’époque comme quelqu’un d’un peu lent. Il apparaît clairement qu’il ne sera jamais un fier représentant de la famille royale, et ce, quelques soient les efforts fournis. On oublie donc d’attacher une quelconque importance à son éducation en évitant autant que possible les apparitions publiques du prince. À partir de ce moment, la documentation sur la vie du prince est très rare et ce que l’on sait aujourd’hui est en majorité issue de rumeurs et d’écrits officieux de l’époque. Toutefois de nombreux historiens corroborent l’aspect très probablement véridiques des éléments qui vont suivre. Ce laxisme et cette indifférence permettent au prince de se confiner dans une vie sexuelle très débridée. Il était connu que le Duc de Clarence menait une vie polygame et épicurienne, c’était d’ailleurs la seule et unique chose qui semblait intéresser réellement cet homme, qui s’était éloigné dès son jeune âge des responsabilités politiques qui lui incombaient initialement. Il profitait régulièrement de la prostitution de l’East End, entretenait des liaisons plus ou moins secrètes et participait à de grandes orgies, au grand dam de la famille royale qui assistait impuissante à cette débauche. Un point qui demeure incertains est son orientation sexuelle, bisexuel notoire pour certains et coureur de jupons misogyne pour d’autres, il est difficile de dire au regard de ces éléments contradictoires si ses préférences se dirigeaient vers les hommes et les femmes, ou les femmes uniquement. En 1887, La reine Victoria découvre que son fils entretien une liaison sérieuse avec Martha Tabran, une prostituée, de surcroît catholique. Craignant que la liaison n’aboutisse sur un mariage où devienne officielle, elle ordonna à son fils d’y mettre un terme, car la famille royale n’aurait jamais pu justifier un mariage avec une prostituée, catholique de surcroît. Le prince s’exécuta et la rupture eu lieu dans les mois qui suivirent en 1888. Malheureusement, la jeune femme n’appréciant guère une rupture aussi brutale pour des motifs politiques quant à ses conditions sociale et religieuse, décide de se venger tout en tirant avantage de la situation, en demandant de grosses sommes d’argent à son ancien amant en échange de son silence. Si le prince ne paye pas, elle étalera la liaison dans les médias en apportant des preuves. Coïncidence troublante, elle meurt assassinée peu après le commencement de ce chantage. Le roi George soupçonne Albert d’être le coupable, ayant remarqué la folie de son fils depuis quelques mois il enquête discrètement. Il apprendra par Sir William Gull, médecin traitant de la reine Victoria, que le Duc de Clarence a contracté la syphilis en Inde au cours d’une orgie quelques années plus tôt, et que par la suite, au fur et à mesure que les années passèrent, l’effet dégénérescent de la maladie lui fit partiellement perdre la raison. Cette folie combinée avec la situation très embarrassante qu’il vivait, laisse penser qu’il pourrait être coupable, bien qu’aucune preuve formelle ne soit disponible, il apparaît clairement qu’il n’aurait de toute façon éprouvé aucun remord à commettre un meurtre à en juger par son état mental, bien que n’étant pourtant pas un homme violent. Si le premier meurtre bénéficie d’un mobile, ce n’est pas forcément le cas des autres; voici deux possibilités dans l’éventualité qu’il s’agisse là du coupable : 1 - D’autres prostituées étaient au courant de la situation et commencèrent elles aussi, soit à réclamer de l’argent, soit à devenir une menace. Le prince pris donc l’initiative d’effacer toutes les traces de son passé conjugal en tuant celles qui savaient. 2 – Le prince a bel et bien tué son ancienne maîtresse mais n’ayant pas l’habitude du meurtre, il a laissé des preuves permettant de remonter jusqu’à lui. La famille royale qui n’était pas sans ignorer cet assassinat et son improvisation, décida donc de tuer d’autres prostituées afin de faire naître l’hypothèse d’un tueur en série qui empêcherait de remonter jusqu’au Duc de Clarence. Peut-être a-t-elle appris que d’autres prostituées étaient au fait de la situation et tenta donc d’effacer le passage du Prince. Dans tous les cas de figure il y a bel et bien la présence d’un complot de la royauté; ce qui rend cette théorie risquée, mais véritablement plausible, beaucoup ont d’ailleurs adopté cette éventualité. Étant donné que le mode opératoire subit quelques changements à partir de la seconde victime, la théorie selon laquelle Martha Tabran fut tuée par le Duc de Clarence, et les autres prostituées par une tierce personne sous les ordres de la famille royale, est logique. L'affaire Jack l'éventreur est sans nul doute l'une des plus grandes affaires criminelles de tous les temps. Un nombre conséquent de suspects et de théories existent, chacun apportant sa version des faits. C'est d'ailleurs là tout l'attrait de cette sombre saga meurtrière : beaucoup de suspects crédibles, chacun ayant un mobile, et des indices permettant de remonter jusqu'à chacun de ces suspects. Si des preuves existaient à l'époque des crimes, elles n'ont malheureusement pas été relevées, car n'oublions pas qu'à l'époque les enquêtes policières n'étaient pas aussi élaborées. Rien ne permet d'affirmer que le véritable Jack l'éventreur se trouve dans cet océan de coupables potentiels, on ne sait d'ailleurs pas non plus avec certitude le nombre exact de victimes, qui est peut-être substantiellement plus important. Mais comment ne pas être troublé par cette affaire lorsque l'on regarde les peintures de Sickert qui représentent de façon si réalistes et si précises les scènes de certains des crimes avec des détails que seul la police connaissait ? Ou le journal de James Maybrick ou chaque meurtre n'est que trop bien décrit pour n'être que les fantasmes d'un homme voulant être Jack l'éventreur ? Ou encore la maîtresse d'un Prince qui meurt juste après avoir commencé un odieux chantage qui aurait pu anéantir une famille royale déjà très fragile, les enjeux ne justifiaient-ils pas le meurtre, pour cette royauté en perte de vitesse ? On peut également supposer que Jack l'éventreur n'est que le sobriquet qu'utilisèrent plusieurs complices, chacun tuant pour ses propres raisons, mais tous avec le même mode opératoire afin de brouiller les pistes, et avec l'aide d'un complice extérieur aux crimes qui se contentait de rédiger les lettres à destination de la police, afin que l'écriture soit toujours la même sans permettre pour autant de remonter jusqu'à eux. Libre à chacun maintenant de se livrer à sa propre expertise...

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