lundi, novembre 14, 2005

 

Il est libre Max.

Dans un futur plus que plausible, Max Rockatansky (matricule 4073) est un flic qui traque les criminels au nom d’une certaine éthique. Au volant de son Interceptor, une Ford Mustang Falcon Hardtop V8 Turbo de 5,7L, il brûle inlassablement le bitume des routes australiennes, aidé par son pote Jim "le Gorille". Il rend ses comptes à Fifi MacAffee, son supérieur aux Halls of Justice. Max croit en ce qu’il fait. Il sait qu’il peut rendre ce monde meilleur. Un gang de bikers énervés, dirigé par la Tondeuse (The Toecutter in english), va atomiser ses certitudes, réduire Jim à l’état de résidu de barbecue et lui prendre ce qu’il avait de plus cher : sa famille. Max va alors abandonner son armure de chevalier du goudron et endosser la panoplie du parfait vengeur. Voilà l’histoire archi-connue du chef-d’oeuvre controversé réalisé par George Miller en 1979, qui avoue s’être inspiré d’un film de 1975 titré A Boy and his Dog (Apocalypse 2024 en VF) et mis en scène par L.Q. Jones. Mel Gibson doit sa présence au générique à un incroyable concours de circonstances. Venu accompagner un pote à l’audition avec la gueule en vrac suite à une baston dans un bar, on lui demande de revenir trois semaines plus tard pour les besoins du film en sales trognes. Guéri durant ce laps de temps, personne ne le reconnaît quand il revient et on lui propose de participer à l’audition pour le rôle de Max. Vous connaissez la suite. Tourné à Victoria, un état du sud-est de l’Australie dont Melbourne est la capitale, pour la modique somme de 350 000 $ , le film termine son exploitation en salles avec 100 000 000 $ de recette au compteur à travers le monde et entre au Guiness Book en 1998 en tant que film le plus rentable de l’histoire du cinéma par rapport à son budget initial. Mais avant d’arriver à ce total, un nombre incalculable de pères-la-pudeur auront tenté en vain de tuer Max. Le premier affront infligé à l’équipe du film se produit aux USA où l’AIP (American International Pictures), compagnie distributrice du film à l’époque, décide purement et simplement de doubler le film pour enlever l’accent australien des personnages. Le film sort tant bien que mal le 9 Mai 1980, classé R, et rapporte 8 750 000 $, soit 3 M$ de plus qu’en Australie. Un succès sympathique pour un métrage de cet acabit mais le refrain qui suit encore Mad Max aujourd’hui commence à se faire entendre dans la presse US. La violence gratuite et l’apologie du meurtre auraient trouvé leur chantre selon certains journalistes triturés du bulbe. L’Interceptor noire déboule ensuite sur le macadam français et c’est là où les choses se corsent vraiment (en Suède aussi mais on s’en fout des suédois). Petit rappel historique : de 1974 à 1981, une femme nommée Valérie, euh non merde... je recommence, un homme nommé Valéry donc, a tenu les rennes de notre belle république française. Et figurez-vous que ce type, non content d’avoir une tronche de cake, n’aimait pas que la subversion s’installe sur son sol chéri. Que ce soit une subversion basanée (envoi de CRS mutants immédiat) ou cinématographique, il détestait ça au plus haut point et était prêt à tout pour l’enrayer, aidé en cela par de fidèles disciples limite fachos. Certains films (Zombie, Les Guerriers de la Nuit, Maniac, etc...) ont donc fait les frais de ce gouvernement de triste mémoire. Shooté en 1979, sorti aux USA en 1980, Mad Max se retrouve classé X Violence en France, sort censuré à mort dans le circuit des cinés porno (je me rappelle encore avoir vu l’affiche au Zig-Zag, un cinoche de cul du côté de chez moi) et n’arrive en version intégrale sur les écrans français que le 19 Janvier 1983 grâce à un changement de président et le triomphe de Mad Max 2. L’increvable guerrier aura fini par l’emporter. Mais pourquoi a-t-il fait aussi peur aux censeurs ? Pour bien comprendre le phénomène, il est nécessaire d’analyser le film un minimum. Bien que situé dans le futur, le film est doté d’un environnement technologique immédiatement identifiable dans le sens où tout ce qu’on voit dedans existe réellement. Les décors sont presque tous naturels et la lumière crue qui imprègne la pellicule renforce encore un peu plus l’authenticité visuelle de l’ensemble. Mad Max est donc une oeuvre sèche, sans fioritures, qui permet au spectateur de pénétrer sans effort dans l’univers dépeint, l’oeil étant en terrain connu. A cela vient se greffer une galerie de personnages hauts en couleurs, souvent fantasques ou même complètement fadas dans leurs têtes, et là où James MacCausland et George Miller font fort, c’est qu’ils opposent à ces protagonistes farfelus un héros qui lui ne l’est pas. Max semble être pendant longtemps le personnage le plus équilibré du film . Il a une famille, par extension une raison de vivre, et réserve ses écarts de conduite pour sa Ford V8. On le voit vivre, chose essentielle pour pouvoir s’y identifier ou tout du moins l’aimer, et le concept de normalité inhérent au cadre du film se retrouve dans son héros. Max est un type normal dans un monde de tarés et il ne deviendra Mad qu’après le massacre de sa femme et son fils. Et quand le quotidien (ou presque) dérape, ça fout la trouille. Stephen King applique le même système de livre en livre depuis des années. Dans Mad Max, George Miller applique donc un traitement "naturaliste" à son film et le communique par le biais d’une mise en scène millimétrée, aux cadrages très scrupuleux. Mad Max ne se borne pas pour autant à une habile manipulation de cinéaste et un autre point doit être abordé pour expliquer le malaise généré par ce film, à savoir sa violence. Graphiquement parlant, le film n’a rien d’extraordinairement violent si ce n’est une main arrachée par-ci et un bras carbonisé par là. En 1979, le cinéma avait déjà connu Blood Feast, l’Exorciste et Massacre à la Tronçonneuse, des oeuvres autrement plus parlantes niveau horreur pure. Le scandale est ailleurs. L’outrage principal de Miller se situe au niveau psychologique et brise un tabou dans bien des pays car le réal ose montrer la mort d’un enfant. Cette scène, qui se déroule hors-champ et se termine sur la célèbre petite chaussure qui retombe sur bitume, a choqué la planète et fait monter l’adrénaline chez les puritains du monde entier. Oui, les mêmes qui adorent se faire fouetter, tripoter des gamins et se réfugier derrière une hypocrisie crasse pour justifier ce qui les dérange. Mad Max a titillé la corde sensible d’une gigantesque assemblée de peigne-culs incapables d’encaisser le choc émotionnel autrement qu’en criant au blasphème et en occultant complètement la dimension christique de Max. Manque de bol pour nos braves pervers cathos, Mad Max soulève un autre problème de taille qui se résume ainsi : si on bute ta famille, as-tu le droit de te venger ? Et comme de coutume quand une question si grave est posée, certains comprennent de travers la réponse donnée dans le film et ce n’est pas Harry Callahan qui dira le contraire. Au message évident du film, qui consiste à dire que notre société agit en pousse-au-crime quand certains évènements détruisent nos valeurs, s’est substitué la pernicieuse interprétation visant à accuser Mad Max de faire l’apologie de la vengeance et de la justice sommaire. En dénonçant un système foireux jusqu’à l’os, Miller s’est retrouvé dans la peau du gourou-facho-Bronsonnesque colportant la mauvaise parole. La puissance d’arrêt de son film, quasi-ballistique, s’est retournée contre lui. Mais il y a (encore) une justice en ce monde et la réputation malsaine de Mad Max ne l’a heureusement pas flingué définitivement. De ticket vendu en ticket vendu, puis plus tard de cassette louée en cassette louée, le blason de Max s’est redoré petit à petit jusqu’à ce qu’il devienne une icône majeure du cinéma moderne. Une fois de plus, la communauté des vrais cinéphiles a réussi à sauver un chef-d’oeuvre en péril, le charisme sidérant de Mel Gibson n’étant bien sur pas étranger à ce phénomène. Aujourd’hui, Mad Max est entré au panthéon des oeuvres visionnaires au même titre qu’Orange Mécanique ou Soleil Vert et sa lucidité sur le fonctionnement de notre société reste d’une actualité brûlante. La poursuite d’ouverture (Je suis l’aaiiiiiiiiiiiiiiiiigggggggglllllllllllee de la roooooouuuuuutttttteeeeee !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!) est toujours une référence, un modèle de découpage qui rappelle les véritables définitions des mots « rapide » et « furieux ». Voir Mad Max c’est se prendre un Mack en pleine gueule et respirer les vapeurs d’une époque révolue où film d’action avec des bagnoles pouvait rimer avec réflexion sur l’humanité (dans tous les sens du terme). Sniff."

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