lundi, novembre 14, 2005

 

Rubik's cube.

Hellraiser, le pacte, où comment Clive Barker initie le spectateur au B.D.S.M chic. "Réunissez tout ce que vous avez appris, tout ce qu'on vous a inculqué dès votre plus tendre enfance et faites en une boulette que vous allez jeter direct au panier. Vous allez ainsi pouvoir pénétrer dans l'univers des Cénobites, ces dieux des enfers imaginés par l'écrivain anglais Cliver Barker. Son premier long-métrage, Hellraiser, inspiré d'une de ses nouvelles, The Hellbound Heart, plonge le spectateur dans un univers mêlant quotidien brutal et monde parallèle où c'est encore bien pire. Les humains et les monstres d'une autre dimension s'échangent leurs univers, leur quotidien et leurs proches, comme une monnaie d'échange pour un autre monde. Est-ce mieux là-bas ? C'est en tout cas ce que scande le chef des Cénobites, l'effroyable Pinhead, interprété par Doug Bradley, ami d’université de Clive Barker. Comme tout bon vendeur, Pinhead se fait le commercial d'une entreprise qui promeut des plaisirs d'un nouveau genre, où l'extase orgasmique est atteinte au paroxysme de la violence. Un monde fait de plaisirs inédits ouvre ses portes aux hommes, mécréants du plaisir selon Pinhead et ses sbires.Autrefois l'amant de Julia et aussi le frère de son mari Larry, Franck revient d'outre-tombe pour reprendre chair et récupérer sa place auprès de sa maîtresse. Mais son rôle au sein de la société des Cénobites devient plus clair au fil du temps. Tel un envoyé de "Dieu", apôtre de Pinhead, Franck a lui aussi un rôle de promotion des plaisirs de l'univers des Cénobites, un monde qui aurait plu au marquis de Sade. L'univers construit par Clive Barker est hiérarchisé comme les couches du clergé, un clergé composé d'iconolâtres, adorateurs d'objets représentants ces croyances d'un monde où tout est permis. La croix devient la boîte, permettant l'entrée dans un état de recueillement aux antipodes des valeurs prônées par les religions connues. L'église laisse sa place à la maison du couple et revêt la forme d'un temple de l'enfer, avec comme confessionnal la chambre du monstre qui vient écouter et prôner ses idéaux sadiques à la femme, dans sa représentation tentatrice la plus épurée. Julia, chaleureuse comme un glaçon, réussit assez aisément à attirer par ses charmes de pauvres victimes. Des hommes en mal de sexe, offerts en pâture au monstre-amant qui ne peut ressusciter que par le fluide écarlate, que chaque victime fera en offrande, de plusieurs litres à chaque fois. Le jeu de l'actrice représente la beauté diabolique, contrastant les couleurs du sang, de la peau, et de l'ombre, dimension omniprésente dans Hellraiser, donnant un ton noir-bleu à la pellicule.Parfaite représentation de la tentation en supprimant toute idée positive du plaisir d'Epicure, la femme, tel un serpent, met en œuvre tous les moyens pour arriver à ses fins. Elle utilise le sexe pour obtenir de son mort-vivant et bien-aimé l'amour parfait, unique et exclusif. Eradiquer toute forme de vie et offrir dans la chambre-autel des sacrifices de corps humains qui affrontent l'horreur indicible et incroyable, tels sont les techniques de Julia, prête à tout, même à croquer dans la pomme. Ou plutôt dans la chair tout juste chaude de son partenaire qui se réveille d'un long voyage dans l'antre des démons. En effet, Julia possède un côté animal omniprésent dans Hellraiser qui prend possession de sa raison, principal rempart contre les débordements des pulsions profondes de l'homme, qui avant d'être humain, est un animal.Oh mon Dieu ! Mais lequel…(Dieu) ?Où s'arrête la différence entre les ressemblances des doctrines de l'église et de celles des Cénobites ? Sans s'opposer au message des religions mais en s'appuyant sur des termes précis cités dans les écrits des grands livres, la dévotion, le sacrifice ou encore la privation, sont des notions récurrentes. Les Cénobites, qui réclament de leurs disciples la dévotion, la soumission et le sacrifice du corps pour un plaisir suprême, sont d'une certaine façon, les initiateurs d’une nouvelle religion qui utilise des concepts proches des religions monothéistes : dieu omniscient tout comme l'est Pinhead, le monstre à tête d'épingle. D'une beauté fascinante par la régularité de ses traits et la perfection de son image, Pinhead se fait l'icône de toute une génération de démons et d'humains désenchantés, qui n'ont pas trouvé la perfection de l'assouvissement sexuel sur Terre. En allant plus loin dans la réflexion sur un parallèle évident entre le monde des Cénobites et la religion qui, au jour d'aujourd'hui, devient de plus en plus controversée par un endoctrinement flirtant aux limites du sectarisme, on peut voir dans les épingles un mode de piercings tribaux, une appartenance à une ethnie, avec tout ce que comprend l'identification sociale : rites religieux, vie collective...Génération d'écrivains tourmentésA travers l'établissement d'un monde avec ses règles et ses codes, tout en représentant les désirs profonds et les pulsions bestiales de l'homme, brimés par une société qui tend à cacher la nature humaine, l'univers des Cénobites est un moyen pour Clive Barker d'exprimer ses peurs face à un monde qui rejette l'imagination de l'esprit et de l'âme et qui n'assume pas la nature humaine, en brimant ainsi les pulsions, prêtes à exploser. Pour lui, la pire des soumissions, c'est celle dont souffre l'imagination.Les pratiques sexuelles sadiques sont explicitement peu visibles dans Hellraiser, même si le sadisme est exprimé par les outils classiques de la panoplie du sado-maso, en voyant large pour les chaînes et en évitant le sempiternel fouet, démodé chez les Cénobites. Malgré l’absence d’images de pénétration ou d’acte sexuel, les scènes de violence sont constamment mises en parallèle avec des scènes pour le moins évocatrices. Ces séquences connotant l’acte sexuel, chez le couple ou lorsque la femme attire ses soupirants pour leur dernier… soupir, évoquent un lien direct entre souffrance et acte sexuel, deux notions indissociables dans Hellraiser. La scène où le mari se blesse au rez-de-chaussée, lorsque sa femme atteint l’orgasme, à l’étage, n’en est que plus explicite : le liquide coule, sensuel et violent. Ecœurant et excitant à la fois. De plus, cette séquence échelonne la vie du couple. L’étage et le rez-de-chaussée ont une importance primordiale, la maison s’apparente alors à une pyramide à degrés où se jouent les places de dominant et de dominé.L'omniscience du sexe reflète aussi l’importance que porte l’écrivain pour la représentation de l’homosexualité, thème latent dans ses œuvres. Clive Barker, comme à la manière de Tolkien, invente son univers et ses codes tout en faisant passer un message fondamental, l’acceptation de la nature humaine. Stephen King lui accorde la place d’honneur de la relève du fantastique et de l’horreur. A leur manière, ces écrivains ont accordé une place bien plus importante qu’on peut penser au réel, qui s’immisce dans leurs écrits comme le principal danger à craindre. La peur que suscite les Cénobites, les orques ou les vampires est bien moins à craindre que tous les dangers engendrés par la société, probablement la source d’inspiration de ces écrivains qui cherchent par tous les moyens à s’évader et à oublier leurs angoisses. À ce propos, j’ai entendu parler d’une boîte…"

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