lundi, novembre 14, 2005

 

V.r.p chez Husqvarna.

Second post sur Texas chainsaw massacre, version pro "1973. Texas. Le talent. Ces trois ingrédients savamment mixés ont donné naissance au film novateur du genre horrifique : Massacre à la Tronçonneuse. Mais que se cache-t-il derrière un titre aussi évocateur ? Quels éléments ont fait la différence entre un film culte et une vulgaire série B ? Massacre à la Tronçonneuse aurait pu mal vieillir, or il se bonifie en prenant de l’âge. Reconstitution d’un grand cru… Un chef-d’œuvre cache toujours un artiste. Et pour Massacre à la Tronçonneuse, le génie de Tobe Hooper n’a pas manqué. Originaire du Texas, non loin du lieu de tournage de son film chéri, le petit Tobe a grandi dans l’univers du cinéma. Son père était monteur dans un cinéma qui servit de baby-sitter à Tobe. Grâce à la caméra super 8 de ses parents, le jeune prodige tourne des courts-métrages inspirés de monstres tels que Frankenstein. C’est en 1973 que lui vient alors l’idée de tourner Texas Chainsaw Massacre. Tout commence lorsque Tobe part en vacances chez sa famille dans le Wisconsin, tout près de la ville où Ed Gein commit ses crimes. Cannibale et nécrophage à ses heures, Gein défraya la chronique et les autochtones se délectèrent de ses prouesses, créant un mythe autour de ce personnage toutefois plus pathétique et faible qu’il n’était décrit. Et ces histoires sanglantes ne tombèrent pas dans l’oreille d’un sourd. Notre cher Tobe se servit des agissements d’Ed Gein qui l’avaient tout d’abord effrayés, imaginant toute une famille de dégénérés congénitaux dont le hobby n’est autre que la chair fraîche. Mais ses sources d’inspiration ne s’arrêtent pas là. Tourner un film sur des malades mentaux en s’inspirant de la pathologie d’un tueur connu est une chose. Planter le décor en est une autre. Massacre à la Tronçonneuse est une œuvre complète qui, outre un scénario et une thématique inoubliables, porte en elle un grain unique dont nos cinq sens sont victimes. Le choix de l’arme n’en est pas moins innocent. Tobe Hooper a choisit la tronçonneuse suite à une journée passée dans un magasin à la période de Noël. Etouffé par la foule qui le rendait claustrophobe, Tobe imaginait un moyen de décimer tous les clients d’un magasin d’un coup d’un seul. Voyant des tronçonneuses accrochées sur les murs, il visionna la scène : c’est un engin qui tue immédiatement, rapidement, et dont le bruit est explosif. Et c’est pour cela que cette arme fera toute la différence. Un meurtre au couteau peut être éprouvant pour le spectateur, mais il le sera bien plus si la bande son, musique ou bruits, possède une faculté à renforcer la panique. La tronçonneuse est un son pur, une sorte de torture du métal hurlant sous les dents de la scie. Rien à ajouter. Après nos oreilles, ce sont nos yeux qui accusent le coup. Encore une fois inspiré des facéties d’Ed Gein, Tobe Hooper désire créer une atmosphère inégalable dans un lieu de vie et de mort : la maison. Grâce aux découvertes macabres que les policiers de l’époque firent dans celle d’Ed Gein, Tobe Hooper dirigea son chef décorateur Robert A. Burns vers l’insoutenable. Abat-jour en cuir humain et canapés en os de la tête aux pieds, sans oublier les innombrables crânes d’animaux accrochés aux murs et au plafond, les spectateurs sont confrontés à ce qu’il y a de plus réel : la décomposition, le rien. L’orbite sans fond qui fixe l’éternité. Le sort qui nous attend tous. Les images du film possèdent une faculté à donner vie aux essences, aux odeurs. Chacun digère les images accompagnées d’autres sensations. Le choc du réalisme tourné comme un documentaire, Tobe l’a voulu. Durant son parcourt il visionna un film tourné caméra à l’épaule, précurseur de Cannibal Holocaust, qui attira les foules dans les salles. Tobe Hooper réalisa que l’homme veut assouvir sa curiosité, explorer le côté sombre de la pièce, regarder du bas-côté de la route où gît peut être un corps victime d’un accident. Cette curiosité morbide, appelée parfois voyeurisme, n’est jamais totalement assouvie. Les effets visuels, sonores et même olfactifs sont aussi dus aux conditions de tournage. La scène du repas en famille a duré 27 heures d’affilée, entraînant les acteurs dans une réelle descente aux enfers. Les décors constitués de têtes de poulets et de morceaux de viande cuisaient sur place sous l’infernale chaleur du Texas. Avec 40° durant tout le tournage et les odeurs de mort dégagées par les décors, les acteurs ont bien fini par se haïr. Les témoignages sont poignant : quand l’acteur Jim Siedow qui interprète le cuisinier doit donner des coups à Sally, il décrit le climat qui s’installe durant cette scène. Incapable de la frapper, il s’y prend à plusieurs reprises avant de réussir à lui infliger quelques bons bleus. Il ajoute qu’il commençait tout juste à apprécier, ou du moins à cesser de refuser l’action qu’il se devait de jouer et d’exécuter proprement, quand la jeune actrice commençait à tourner de l’œil sous la répétition des coups. C’est dire l’implication des acteurs jusqu’à ne plus savoir discerner la réalité de la fiction. Les acteurs masculins semblaient comprendre la jouissance que ressentait Ed Gein lors des mutilations. Massacre à la Tronçonneuse semble avoir été un révélateur du « ça », une mise en conditions de l’homme à l’état brut face à des sentiments ancestraux qu’il ne peut retrouver que dans certains endroits, à certains moments. Le cannibalisme, la nécrophilie, la jouissance de la violence ne sont pas acceptés dans nos sociétés modernes comme des mœurs louables. Pourtant l’étude de certains psychopathes prouve qu’il réside chez certains individus ces comportements manifestés par bribes et exacerbés sous certaines conditions. Par exemple, les chères mamans d’Ed Gein ou de Roberto Succo sont presque considérées chez les thérapeutes et les experts comme les premières coupables de la déviance de leur fiston. Dictatrices ou castratrices, elles sont l’environnement direct de leur enfant, créant un contexte parfait pour le développement de la folie. On peut d’ailleurs préciser le lien entre Massacre à la Tronçonneuse, Psychose et Ed Gein le Boucher. Outre l’inspiration du personnage d’Ed Gein dans les trois films, la mère a aussi sa place. Dans les trois films, elle est visible à l’écran sous la forme d’une momie, d’une morte vivante, parfois assise comme dans Massacre à la Tronçonneuse ou dans Psychose. Elle règne en maîtresse des lieux malgré la présence majoritaire des hommes. Norman Bates, Leatherface, Ed Gein, tous semblent puissants. Mais finalement, qui trône tenant d’une main squelettique un sceptre tremblant comme les os des victimes de la maison ? C’est maman…L’histoire de Leatherface, le personnage clé du film, remonte à la jeunesse de Tobe Hooper. Son médecin lui raconta que durant ses études, il avait écorché un cadavre puis avait conservé son visage pour se faire un masque pour Halloween. Le jeune Tobe, marqué par cette histoire, créa Leatherface en ajoutant quelques caractéristiques à sa personnalité. Sorte de gros bébé Cadum dirigé par les membres plus âgés de sa famille, il présente un comportement en deux temps : effrayant par sa carrure d’homme des cavernes (l’acteur Gunnar Hansen mesure 1 mètre 95), il semble torturé par ses peurs profondes. Sous les ordres de son aîné et humilié par le cadet (l’auto-stoppeur), il cherche un refuge à ses maux. Sa personnalité reste complexe. Unique personnage muet, il ne s’exprime qu’au moment où il tue Kirk, poussant un cri bestial rempli de souffrance. Son physique est en pleine contradiction avec son être. Un aspect de sa personnalité reste déterminant. Il est visible dans une seule scène du film hélas, coupée au montage, mais présente sur le DVD. On le voit se maquiller, changer son masque, se repoudrer le nez et mettre du rouge à lèvres à outrance. Il se regarde en même temps dans un miroir et son comportement est clair : il cherche la beauté. D’ailleurs ses victimes qui sont les modèles de ses masques de cuir font partie des plus jolies filles qui ont du croiser sa route. La recherche de la perfection est récurrente chez les personnages de films inspirés d’Ed Gein. On ne peut oublier Buffalo Bill en grand couturier créant des modèles uniques à base de la peau du dos de ses jolies victimes. Piercé et maquillé, la scène le représentant cachant son phallus entre ses cuisses est devenue mythique. La sexualité de Buffalo Bill est difficile à déterminer. Cherche-t-il à se transformer en femme pour attirer les hommes, ou pour assouvir ses propres fantasmes ? Est-il homosexuel et cherche-t-il l’amour des hommes, ou bien transsexuel afin de se transformer en femme et ainsi réintégrer un corps plus légitime pour lui ? La nécrophilie ou la nécrophagie font-elles partie de ses fantasmes morbides ? Ed Gein présente aussi quelques aspects similaires comme la fabrication de vêtements en peau humaine, la nécrophagie et la mastication de morceaux de chair et la nécrophilie supposée. Chez Leatherface, le problème se pose alors aussi si l’on tient compte de la scène du maquillage très pertinente et instructive pour apprendre sur sa sexualité. Tobe Hooper voulait créer son Frankenstein, un être muet, apeuré par ses aînés et effrayant pour le commun des mortels, et l’acteur a contribué au mal qui l’habite. La façon dont Leatherface est interprétée indique un combat entre son entourage et sa sexualité. Un des clashs du siècle… Le tournage de Texas Chainsaw Massacre, titre original, se fit dans des conditions climatiques épuisantes. Le soleil n’a pourtant pas manqué, et c’est la raison principale des majeurs problèmes qu’ont subi les acteurs. Le soleil omniprésent dans le film a changé ses teintes flamboyantes pour une couleur verdâtre qui rappelle Soleil Vert ou encore Derrick, comme si un ennemi de la série avait uriné sur les pellicules. Sauf qu’en l’occurrence c’est plutôt fait exprès et assez réussi. L’effet du soleil est spectaculaire et on se questionne sur ses répercussions sur les habitants du coin. Etaient-ils fous de naissance, ou est-ce le soleil qui leur a trop tapé sur la tête ? Non content d’abrutir cette famille de dégénérés, il rend malade toute l’équipe du film jusqu’à atteindre le point de non-retour de la folie. La seule solution est bien de fuir cette contrée, ce que l’héroïne fait, éclatant de rire, d’un de ces rires qui font peur par le désespoir qu’ils cachent. Tobe Hooper voulait insister sur le fait que les événements dont fut victime Sally ne s’oublient pas en peu de temps. La personne est marquée au fer rouge, et le spectateur le ressent. Elle réussit à s’enfuir, soit. Mais derrière elle, restent les cadavres et les squelettes de ses amis, de sa famille. Faire son deuil après une mort aussi brutale tient du miracle. Une photo du film disponible sur le DVD expose Leatherface et le soleil couchant qui forme un rond rougeâtre dans l’objectif, se superposant au tueur brandissant son arme vrombissante. Dans un décor ancré dans l’éternel, entre le soleil infini et une famille tapie dans une contrée fantôme qui ne semble pas cesser de se reproduire, l’horreur est installée dans le temps. Impossible à éradiquer, le mal tue accompagné de son acolyte de toujours qui réduit les chairs humaines sous sa chaleur. Une anecdote racontée par l’acteur Ed Neal, l’auto-stoppeur, souligne la chaleur harassante du soleil. On devait le filmer allongé sur l’asphalte en plein jour, le visage collé au sol. Ce plan suivait la scène où il se faisait renverser par le camion sauveteur. Il était filmé en gros plan, une maquilleuse lui versant du faux sang dans sa bouche béante. Jouer le mort n’est déjà pas une sinécure, mais attendre des heures qu’un gros nuage s’efface du ciel pour pouvoir tourner alors que sa joue cuit littéralement sur le goudron n’est pas une mince affaire. Sa joue cuisait. Il sentait sa peau frémir sous la chaleur infernale. Personne ne réchappe du sort que leur réservent le soleil, pas même certains membres de la famille.Alors, 1973 était-il un grand cru ? En tout cas, tourner un film de cet acabit de nos jours serait impossible. Le climat de l’époque a influé sur l’état d’esprit de ces jeunes qui cherchent à survivre malgré les news à la radio. Tout semble compromis pour un avenir serein, et c’est le cas. Tobe Hooper explique que le scandale du Watergate venait d’éclater, et qu’il cherchait par dessus tout à réaliser un film qui montre, qui dise la vérité à tous ces gens déjà désillusionnés. Comme le souligne Damien Granger, c’est une fiction avant tout à contexte social et politique. Tobe Hooper voulait dégager de son film une satyre de l’Amérique en bouleversant les valeurs respectables des WASP. Jean-Baptiste Thoret, auteur de Massacre à la Tronçonneuse : une expérience américaine du chaos, explique que "Massacre à la Tronçonneuse plonge dans les catacombes de la vie américaine". Du plan montrant un alcoolique, en passant par le repas familial qui se moque de toutes les valeurs traditionnelles de la famille américaine, sans oublier que celle de Leatherface est avant tout victime du chômage, le malaise social est constamment mis en relief. Tobe Hooper et Kim Henkel ont réalisé un film d’horreur sociologique, plus proche d’un film d’auteur où la suggestion est la clef : l’esprit voit plus loin que ce que la pellicule veut bien lui montrer. Même si de nos jours un remake peut être réalisé comme celui de Marcus Nispel, l’histoire reste unique, surtout en raison du climat de tension dû à la guerre du VietNam. L’Amérique et ses valeurs tuent leurs enfants. Mais tout ne trouve pas d’explication, surtout en raison de la complexité psychologique et pathologique des personnages. Une part du mystère est conservée, la terreur n’en est que plus grande. Les films actuels tentent à tort de trouver une fin rassurante et une raison à tout, au risque de tomber dans les clichés du genre ou de prendre le spectateur de haut. Si un magicien dévoilait les secrets de ses tours, le public ne reviendrait pas au spectacle suivant. Massacre à la Tronçonneuse, la star du X censurée durant plusieurs années sans qu’il n’y ait pour autant de scènes érotiques ou gores comme dans Cannibal Holocaust, frappe les esprits, recherchant cette image ultime et repoussant les limites de la vision. Dérangeant au point d’être jugé indigne pour remporter le grand prix du Festival d’Avoriaz de 1976, il deviendra culte au fil des ans. "La postérité jugera. Elle a jugé !"

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