mardi, octobre 11, 2005

 

21 grammes : Le poids de l’âme.

Je connais l'histoire depuis mon adolescence. L'ai-je lue? L'ai-je entendue? Je ne m'en souviens plus. A suivre deux documents chopés sur le net « Qui l'eût cru ? Au moment précis de notre mort, nous perdrons tous exactement 21 grammes. Comme ça. Disparus. Je le sais, parce que c'est ce que disent les affiches du dernier film d'Alejandro González Iñárritu, intitulé, en l'occurrence, 21 Grammes. Inutile de vous creuser la cervelle pour deviner combien de fluides corporels et de gaz le corps peut expulser lors du dernier baroud d'honneur pour perdre 21 grammes. Le baratin promotionnel coupe vite court à toute spéculation de ce type en posant la question suivante : "Ces 21 grammes sont-ils ce que pèse une âme ?" "Ça fait quarante-cinq ans que je travaille sur la mort. Je crois légitimement pouvoir dire que non", déclare Robert Stern, pathologiste de l'Université de Californie à San Francisco. Dans ce cas, d'où vient donc cette théorie des 21 grammes ? L'origine de ce chiffre remonte au médecin Duncan MacDougall, qui exerça à Haverhill, dans le Massachusetts, au début des années 1900. Fasciné par la mort, MacDougall consacra une grande part de sa carrière à rechercher des preuves de l'existence de l'âme. Si les humains avaient une âme, pensait-il, celle-ci avait nécessairement une existence physique dans l'organisme - et un poids. Il s'attela à démontrer sa théorie par le biais d'une expérience particulièrement débile. En 1907, l'année même où un certain Einstein déduisait que E = mc2, MacDougall publiait ses résultats dans American Medicine. Son article en dit aussi long sur l'auteur que sur la qualité des travaux publiés dans les revues spécialisées de l'époque. MacDougall y décrit comment il a transformé un lit d'hôpital en balance afin de mesurer la variation de poids des patients à leur mort. Pour éviter que les sujets subclaquants ne perturbent ses données, il jeta son dévolu sur des agonisants tuberculeux. Comme il le souligne, "il me semblait idéal de sélectionner un patient mourant d'une affection causant un grand épuisement. La mort se produisant presque sans mouvement musculaire, la balance pouvait être plus aisément contrôlée, ce qui permettait de noter toute perte de poids avec davantage de certitude". Bref, il était hors de question que le patient sabote les mesures en gesticulant à tort et à travers. MacDougall ne parvint à recruter que six mourants pour son étude, dont quatre atteints de tuberculose. L'un après l'autre, ils furent placés dans son lit modifié, et il les pesa. Que la vessie se vide ou que le sphincter se relâche à la dernière seconde n'avait pas d'importance - du moins en ce qui concerne l'expérience - car le tout restait dans le lit. Vaguement conscient de l'importance de la reproduction d'un phénomène dans la pratique scientifique, MacDougall répéta ensuite son étude sur quinze chiens qui, conformément à ses convictions religieuses, n'avaient pas d'âme. On ne sait s'il obtint que ces quadrupèdes meurent sans faire bouger le lit, mais d'aucuns le soupçonnent d'avoir eu recours à quelque redoutable bouillon d'onze heures. A l'issue de cette aventure scientifique, MacDougall déclara que les humains perdaient en mourant les trois quarts d'une once, ce qui ne sonne pas vraiment comme 21 grammes, son équivalent métrique. Les chiens, assura-t-il, n'avaient rien perdu. De quoi pouvait-il donc s'agir, sinon du poids de l'âme quittant le corps ? Afin de faire publiquement part de ses découvertes, il souhaita s'assurer que le dernier souffle de ses patients n'avait pas trafiqué ses données. Il grimpa donc à son tour sur le lit-balance (une fois le dernier patient retiré et les draps changés, peut-on supposer) et y passa quelques minutes à respirer et souffler. Puis il demanda à un collègue de faire de même. Ni l'un ni l'autre ne parvinrent à causer une oscillation de la balance correspondant à la perte de poids qu'il disait avoir constatée. Outre l'inexactitude de son système, l'incroyable variabilité de ses données et le nombre par trop restreint de sujets étudiés, l'expérience de MacDougall fut également gênée par la difficulté qu'il y avait à établir le moment exact du décès. A plusieurs reprises, on lui objecta que sa variation de poids au moment du passage de la Grande Faucheuse semblait durer plus longtemps chez certains patients. Pour faire taire les sceptiques, il écrivit : "Le poids de l'âme est retiré du corps quasiment à l'instant du dernier souffle, bien que chez les sujets de tempérament oisif elle puisse rester une minute entière dans le corps." The New York Times s'intéressa aux travaux de MacDougall, tout comme à ses espoirs, quelques années plus tard, de parvenir à photographier l'âme aux rayons X. Bien qu'ils aient été traités par cette respectable publication, ses travaux suscitent aujourd'hui un embarras presque palpable. "Personne ne prend ça au sérieux", lâche Robert Stern. Sinistre, il ajoute que les corps morts perdent beaucoup de poids au fil du temps. Des organites intracellulaires, les lysosomes, produisent des enzymes qui décomposent l'organisme en gaz et en liquide. "C'est pourquoi, dans le cas des fosses communes, il peut y avoir des explosions, à cause de l'accumulation de gaz, dit-il. Imaginez un peu, si nos corps ne se décomposaient pas. Tous les gens qui ont vécu sur la planète seraient encore là." Ah, ça, ça ferait un bon film. »

« Un savant voulut un jour connaître le poids d'une âme. Il pesa un moribond à la dernière extrémité et, immédiatement, il le repesa après son dernier souffle. Il trouva une différence de 21 grammes en moins, qu'il attribua au poids de l'âme. En résumé, le narrateur, écrivain français, se rend à Londres en 1923 et l'envie lui prend de revoir un médecin anglais, dont il partagea la tente, lors de la grande Guerre, à Ypres et qui devint son ami. Le contact est difficile, mais l'amitié reprendra et le Docteur James l'introduira à ses recherches. Le narrateur a quelques réticences, qu'il surmontera car le médecin traque les effets mesurables que peut produire l'âme sur le corps de malades décédés, au moyen d'une balance, dans la morgue de l'hôpital. Revenu à Paris pour quelques jours, l'écrivain rencontre un physicien qui lui parle de radiations qui peuvent rendre visible l'énergie et en particulier de matières fluorescentes, invisibles en plein jour, (qui peuvent) devenir visibles dans l'obscurité, sur le passage de rayons ultra-violets. De retour à Londres, le narrateur en parlera au médecin qui décidera de faire des expériences avec des ultra-violets. Elles réussiront. Le narrateur comprendra, lorsque le Docteur James mourra, qu'il cherchait uniquement à conjoindre son âme avec celle de sa femme, lors de la mort prévisible de celle-ci. Ses recherches étaient motivées par l'amour fou. Le Docteur James dira s'être inspiré dans ses expériences du Docteur Crooks qui racontait avoir pesé des cadavres d'animaux et avoir constaté après un temps à peu près fixe pour une espèce donnée, une chute brusque de poids... Pour l'homme, il avait estimé cette chute moyenne à dix-sept centièmes de milligrammes. "Donc l'âme existe, concluait-il, et elle pèse dix-sept centièmes de milligrammes"... Le Peseur d’âmes portait encore le sigle N.R.F. Il était d’un tout petit format que Gallimard n’utilise plus pour ses romans de la collection blanche. J’ai eu plaisir à lire ce livre qui, bien que marqué par son époque, n’en conserve pas moins sa force, comme peut le faire une photographie ancienne, sur laquelle le regard rétrospectif réactive avec plus de vigueur ce qui était saisi au moment même. Dans un livre sur les enterrés vivants, une citation sur le poids de l’âme rapporte qu’un sujet pesé avant et après sa mort, a une différence de poids de 25 g en moins. Il m’apparut immédiatement une chose très importante : un film intitulé 21 Grams était sur le point de sortir sur les écrans des Etats-Unis. Ces 21 Grammes correspondaient bien au poids de l’âme libérée du corps. Me trouvant par ailleurs déjà sur d’autres pistes, je ne voulus pas multiplier mes intérêts et reportai à plus tard l’analyse de cet événement. En sus, je pensai qu’il était préférable que je parle de ce film seulement après l’avoir vu. Par une indication, je compris qu’il devait sortir en France, à la fin du mois de janvier 2004. Ce n’était pas bien loin. Quelques semaines plus tard, j’eus plus de temps pour chercher sur la toile les sites qui répondaient au poids de l’âme. Je collectai de très rares et brèves références à cette histoire de mourants pesés et repesés à leur mort. Ces mentions étaient souvent des commentaires échangés entre navigateurs. Les poids obéissaient à une parfaite fantaisie et le nom du scientifique qui avait procédé à l’expérience n’était jamais donné. J’ai fait contre toute attente une découverte étonnante : il y a bien un scientifique qui a pratiqué, à plusieurs occasions, l’expérience du pesage du moribond puis du mort. Le texte de l’analyse des résultats est sur la toile. Plusieurs sites le reproduisent. J’en ai compté plus d’une dizaine. L’homme se nommait Duncan MacDougall. Il habitait Haverville dans le Massachusetts. Il publia son rapport en 1907 sous le titre : Hypothesis Concerning SoulSubstance Together with Experimental Evidence of the Existence of Such Substance. Dans son exposé, le docteur Duncan MacDougall postule que l’âme est matérielle, qu’elle a une masse et que celle-ci peut donc être mesurable en comparant les poids du décédé avant et après sa mort. MacDougall a pratiqué l’expérience sur six personnes. A ses dires, elles se seraient révélées positives. Il aurait trouvé une différence négative de trois-quarts d’une once (21,3 grammes) après le dernier soupir. Il continua ses expériences sur une quinzaine de chiens, pour lesquels il ne remarqua aucune différence de poids. Il faut noter que MacDougall était partisan de la présence matérielle de l’âme avant d’entamer ses expériences. On peut penser aussi qu’un lot de six personnes ayant perdu du poids au décès ne permet pas d’établir la réalité de la présence d’une âme, le poids devrait être quelque part dans la pièce. Dans sa conclusion MacDougall n’affirme pas qu’il a détecté la substance de l’âme, sa phrase conclusive se termine par un point d’interrogation car il pose la question de la nature de la substance qu’il a cernée.Des pages d’un site, datées du 27 octobre 2003 (www.snopes.com ) donnent beaucoup d’informations sur cette expérience. A la date du 11 mars 1907, The New York Times rend compte des expériences de MacDougall. Celles-ci, en ce qui concerne le poids de l’âme, ne semblent pas avoir été poursuivies. Je pense que se sont les recherches de MacDougall qui ont déterminé les rumeurs sur le poids de l’âme et qui ont inspiré à André Maurois son roman, même si ce dernier a peut-être toujours ignoré le nom de MacDougall. Je suis tombé sur un article curieux qui a l’air d’être une mystification. Il est signé d’un certain Ragan Dunn et a été publié dans le tabloïd Weekly World News du 8 novembre 1988. Voici sa traduction : L’âme humaine pèse 1/3.000 d’une once ! Cela est l’étonnante revendication de chercheurs de l’Allemagne de l’Est, qui récemment ont pesé, au denier moment, plus de deux cents malades en phase terminale, et immédiatement après leur mort. Dans chaque cas le poids perdu était exactement le même 1/3.000 d’une once. L’indéniable conclusion est que maintenant nous avons confirmé l’existence de l’âme humaine et déterminé son poids, le Dr Becker Mertens de Dresde l’affirme dans une lettre reproduite dans Horizon le journal scientifique allemand. Le défi se présente maintenant est de déterminer exactement de quoi l’âme est composé, ajoute-il. Nous supposons que c’est une forme d’énergie. Bien que nos tentatives pour identifier cette énergie soient restées sans succès, à ce jour. Le rapport des experts, cosignée par la physicienne Elke Fisher passe de main en main auprès des scientifiques de haut niveau de la planète. Gérard Voisart, le pathologiste français faisant autorité, fut particulièrement critique, disant que la différence de poids entre le vivant et le mort pouvait provenir de l’air resté dans les poumons. Mais les Docteurs Fisher et Martens affirmèrent qu’ils en avaient tenu compte dans leurs calculs. Ils établirent ensuite que le dispositif sur lequel ils s’appuyèrent pour calculer le poids de l’âme avait une marge d’erreur de 1/100.000 d’une once. Il nous apparaît que le poids perdu pourrait être le résultat d’une détérioration physique instantanée, disait le Dr Fisher. Mais après une étude exhaustive nous convînmes que ce n’était pas le cas. La seule explication possible est que nous mesurions la volatilisation de l’âme humaine ou une sorte de force vitale. Les scientifiques communistes furent prudent et ne relièrent pas leur étude de l’âme à un être supérieur ou à une vie post-mortem. Mais les responsables religieux contactés par la presse européenne dirent que le rapport des experts confirmait l’existence de Dieu et du ciel, et firent l’éloge de cette recherche qui ouvrait une brèche. Il est ironique que des scientifiques communistes conduisirent une recherche sur l’âme et qu’en sus ils déclarèrent l’avoir trouvée, dit un homme d’église. Les tentatives répétées d’obtenir une déclaration du Vatican resta sans succès. Mais une personne haut placée dit que le pape Jean-Paul II eut connaissance de l’étude allemande. Et elle aurait ajouté qu’il fut très impressionné. L’Eglise Catholique Romaine ne s’est jamais ressentie concernée par le poids de l’âme, mais nous sommes satisfaits de la confirmation scientifique de son existence, précisa la personne. Les expérimentateurs allemands devaient avoir des balances ultra précises pour affirmer que le poids de l’âme est de 1/3.000 d’une once, c’est-à-dire 0,009 g, surtout en précisant que la marge d’erreur est de 1/100.000, ce qui fait 0,0002835g (l’once correspondant à 28,35 g). Il suffit que le mort perde un cheveu pour dérégler la pesée. Il est aussi très étonnant d’apprendre que ces savants allemands sont persuadés que l’air à un poids. S’ils poursuivent leurs recherches hors du corps humain, ils vont donc trouver des âmes partout. Manifestement, il s’agit d’un canular, qui joue sur la crédulité du lecteur du journal. J’ai naturellement sondé la toile, à partir des noms propres donnés dans l’article. L’information est peu répercutée. Je n’ai pas trouvé un seul site allemand qui en fasse mention. Seuls quelques sites américains et un site slovaque reprennent l’histoire. Une personne se nommant Roger Knights sur un site anglais raconte avoir reçu un appel téléphonique de Sarah Lonsdale de l’Observer, qui lui dit avoir pris contact avec la revue allemand Horizon qui affirme n’avoir jamais publié la lettre citée par Weekly World News et l’Université Technique de Berlin qui dit ignorer les auteurs de l’article."

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