mercredi, septembre 28, 2005

 

Les divisions de la joie.

England, 1977 : la situation économique est désastreuse. Les usines ferment les unes après les autres ce qui entraîne une forte augmentation de la pauvreté et de la misère. Le gouvernement conservateur (avec à sa tête Margaret Thatcher) ne fait rien pour aider ces nouveaux démunis. C'est pile à ce moment que l'on assiste à l'émergence du mouvement punk en tant que mouvement de contestation. Le groupe leader de ce mouvement : les Sex Pistols. Rejet du gouvernement, de la société, etc... Le mouvement mourra de lui-même vers 1979-1980. Mais revenons en 1977 : Les Sex Pistols font une tournée remarquée avec des rumeurs qui disaient que des bagarres avaient éclatées pendant certains concerts. Peter Hook (bassiste) et Bernard Sumner (guitariste) plus intéressés par ces rumeurs et par la "force" que dégageait les Sex Pistols sur scène que par leur musique, se rendirent à un de leurs concerts à Manchester. C'est là qu'ils feront la connaissance de Ian Curtis (chanteur). Ils sympathisent mais ça en reste là... Quelques temps après, Hook et Sumner décident de fonder un groupe, ils passent une petite annonce dans un journal. Ian y répond. Ils essayeront plein de batteurs avant de finalement choisir Stephen Morris (Ian et lui avaient été dans la même école). Ils commenceront sous le nom de StiffKittens mais ils n'aiment pas et changent rapidement pour "Warsaw" (Varsovie en anglais). Ils enregistreront une première démo où on assiste à des chansons punks comme il en existait des tonnes à l'époque (pour les curieux, on peut retrouver cette démo sur le bootleg intitulé "Warsaw"). Cinq mois plus tard, ils enregistrent le E.P 4-titres : "An ideal for living". C'est à ce moment que débutera une polémique, car certains ont trouvé que c'était un groupe néo-nazi (à cause du livret du l'E.P). Ces diffamations disparaîtront mais reviendront plus tard comme nous le verrons. Mais revenons à la musique: sur ces quatre morceaux (don’t "no love lost"), on entend que le groupe a assez bien évolué. Cela reste assez punk dans l'ensemble mais on sent que Joy Division commence à quitter ce genre musical pour se définir un style plus particulier. Au moment où le E.P sera distribué, ils changeront définitivement de nom pour s'appeler Joy Division. Ils se feront de nouveau traiter de nazis à cause de ce nom: "Joy Division" (les divisions de la joie) était un bordel où l'on gardait des prostitués spécialement pour les officiers nazis. En avril 1978, ils participeront au "Battle of the bands" à Manchester. Ils y rencontreront Rob Gretton (qui deviendra leur manager par la suite) et y attireront l'attention de Tony Wilson, futur patron du label "Factory". Wilson se souvient de sa 1ère rencontre avec Ian ce soir-là : "Tous les groupes de Manchester jouaient ce soir-là. Je m'assieds et alors, il y a ce jeune homme en imperméable qui arrive, s'assieds à côté de moi et me dis : " Pauvre con ! Pourquoi tu ne nous fais pas passer à la télé? " C'était Ian Curtis. Avant l'aube (Joy Division passait en tout dernier), Joy Division monta sur scène et après vingt secondes je me suis dit : c'est eux ! La plupart des groupes vont sur scène parce qu'ils veulent être des rock stars. Et il n'y a que quelques groupes qui sont sur scène parce qu'il doivent y être, il y a quelque chose qui doit sortir d'eux : c'était assez évident avec Joy Division." Et durant le printemps 1978, ils enregistreront un album pour R.C.A mais le producteur ajoutera sans leur consentement des synthés, ce qui ne leur plaira pas parce qu'il voulait garder une image punk. Ils claqueront la porte et l'album ne sortira jamais(mais vous pouvez le trouver sur le bootleg "Warsaw"). C'est à cette période qu'ils composeront ce qui deviendra leur premier single par la suite : "transmission". C'est aussi à ce moment que les événements s'enchaîneront : Gretton deviendra leur manager, Tony Wilson les fera passer dans une émission télé appelée "Granada reports" et ils commenceront leur collaboration avec Martin Hannet (producteur), cela donnera lieu à l'enregistrement de deux titres (dont "digital") qui paraîtront sur la première compilation du label "Factory". Maintenant, la carrière du groupe était lancée... Ils ne tarderont pas à rentrer en studio (avec Martin Hannet en guise de producteur) et sortiront leur 1er album pour le compte du label Factory qui venait à peine de naître. "Unknown pleasures" sera plébiscité par toute la presse mais laissera le groupe sur leur faim parce qu'ils estimaient que le son de l'album n'était pas à leur goût. Cela ne les empêchera pas de recevoir des critiques toutes plus élogieuses les unes que les autres: un grand groupe était né... Le son de Joy Division est un "accident", jamais ça n'a été prémédité. C'est la personnalité de chacun des membres qui a défini le son du groupe. Sumner jouait de façon post-punk et rythmique, pour qu'il soit satisfait du son de sa guitare, il devait mettre le volume de son ampli à fond. Dès lors pour que Hook puisse s'entendre jouer de la basse, il devait aussi monter le volume de son ampli, de plus, Hook aimait jouer de la basse de façon mélodique (et non rythmique comme la majorité des bassistes) et il était fréquent qu'il joue dans les plus hautes aigues qu'il pouvait obtenir de sa basse (le titre "She's lost control" en est un bon exemple). Et donc, on a une inversion des conventions musicales qui existaient jusqu'alors dans 95% des groupes : la basse est omniprésente et la guitare devient parfois secondaire. Et évidemment, on a encore le jeu de batterie de Stephen Morris qui donne une vraie rythmique aux morceaux contrairement aux jeux "binaires" qu'on a l'habitude d'entendre. Et pour finir, la voix grave et les textes sombres et lucides de Ian Curtis qui donne aux chansons une profondeur sans équivalent. Mais il y a aussi les concerts ! Ian Curtis dansait en rythme avec la guitare ou la basse et se déchaînait littéralement jusqu'à attendre véritablement un état de trance shamanique. Voir ces concerts est une vraie expérience car elle apporte une nouvelle vision à la musique de Joy Division qui n'est pas perceptible au premier abord sur les albums. Hélas, après la sortie de cet album, tout ne se déroulera pas comme prévu... Ian aura une crise d'épilepsie avant un concert, il s'en sortira mais maintenant, il sait qu'il est épileptique et qu'il devra porter ce lourd fardeau toute sa vie. Cela n'empêchera pas le groupe de continuer à écrire de nouvelles chansons (comme "Dead souls" ou "Atmosphere"). Mais les ennuis ne sont pas finis pour autant, lors d'un concert en Belgique, Ian tombera fou amoureux d'une femme, Annick Honoré, et il se retrouve donc dans une situation plutot inconfortable vu qu'il est déja marié à Déborah Curtis et qu'il vient d'avoir une fille, Nathalie Curtis. De retour chez lui, il videra une bouteille d'alcool et se coupera les veines pour échapper à cette situation. Il s'en sortira mais, dès lors, il s'immergera au plus profond de lui-même pour écrire les paroles du prochain album "Closer". Hook dira plus tard avec le recul : "Il nous parlait de lui-même, de ses doutes, de ses peurs... C'est honteux car on aurait du l'écouter et dire : "Ian, est-ce qu'on peut te parler ?" "Mais nous étions trop jeunes pour remarquer son malaise profond". Du 18 au 30 mars 1980, ils enregistreront l'album "Closer" avec toujours Martin Hannet à la production. Et en attendant la sortie de l'album, ils continuent leur tournée. Alors qu'il faisait la 1ère partie d'un concert des Stranglers, Ian dansait comme à son habitude mais à la fin de la chanson, il ne s'arrêta pas et dansa de plus en plus vite. Les autres comprirent qu'il avait de nouveau une crise d'épilepsie et l'emmenèrent de toute urgence en coulisses. Remis de sa crise, il éclata en sanglots... Mais il ne voulait pas abandonner le groupe et continuera à les suivre malgré ses problèmes de santé et de famille. Trois jours après (le 7 avril), Ian tenta à nouveau de se suicider en avalant une grande quantité de phénobarbitol. Le soir d'après, ils devaient jouer un concert et ce fut désastreux : les autres membres durent le faire sortir de l'hôpital et Ian refusa de monter sur scène juste avant le concert, cela tourna à l'émeute dans la salle et Ian voyant ce triste spectacle retomba en sanglots. Sumner raconta que Ian voulait tout abandonner et se refaire une nouvelle vie. La plupart des concerts furent annulés, Deborah et Ian entamèrent une procédure de divorce, le groupe préparaient, à la fois, la vidéo du single "love will tear us apart" et leur première tournée aux Etats-unis le 19 mai. Le samedi 17 mai, Ian revint à la demeure de sa femme, Deborah et lui eurent dans la soirée une longue discussion à propos de leur divorce, finalement, Ian incitera Deborah à passer la nuit chez ses parents. Ian regardera le film "Stroscek" (de Werner Herzog) qui raconte l'histoire d'un musicien qui part en Amérique. Deborah s'en va et laisse Ian seul. Il se passera en boucle l'album "The idiot" d'Iggy Pop pendant toute la nuit, écrira une lettre pour Deborah et se pendra dans sa cuisine. Fin... Fin de Ian Curtis et avec lui, de Joy Division... Le groupe n'existera plus mais c'est pourtant à ce moment là que le public leur fera un triomphe pour le single "love will tear us apart" qui sera propulsé en tête des charts (d'ailleurs, le single ressortira en 1983 et ce sera de nouveau un succès). Deux mois après, sort "Closer" et il sera appelé à être l'un des plus grands disques de cet période. "Isolation" - "Heart and soul" - "24 hours" - "The eternal". Un an après, sortira la compilation "Still". Elle est composée de faces B et d'inédits et aussi du dernier concert du groupe (concert plutôt mitigé). A noter aussi, une incroyable reprise de "Sister Ray" du Velvet Underground "Exercice one" - "The kill". Ensuite, il faudra attendre la compilation "Substance" en 1988. Elle est composé du premier E.P ("an ideal for living") et d'autres inédits ainsi que certaines versions alternatives. "Incubation" - "These days". En 1990, les "Peel sessions" seront rééditées et en 1997, sortira le coffret de quatre CD, "heart and soul". Ce coffret comprend les deux albums, tous les inédits et faces B présents sur "Still" et "Substance", plus encore des extraits des "Peel Sessions" et de l'album enregistré pour R.C.A, encore des versions alternatives et les versions embryonnaires des chansons "Ceremony" et "In a lonely place" qui seront plus tard repris par New Order. Le 4ème CD de ce coffret est composé uniquement de concerts et montrent toute la puissance que dégageaient Joy Division sur scène. Les extraits suivants sont uniquement des versions live. Après la mort de Joy Division, Bernard Sumner prendra le micro et Gillian Gilbert (la femme de Morris) sera aux synthés. Au départ, leur musique sera sombre, pas encore affranchie de Joy Division. Le déclic sera leur single "Blue Monday" qui sera le single le plus vendu de toute l'histoire en Angleterre. Ils deviendront le groupe électro-pop par excellence et le succès les accompagnera tout le long de leur carrière. Ils se sépareront en 1994 pour se reformer à l'occasion d'un festival de Reading, planchent sur un nouvel album qui sort l'hiver 1999-2000. Avec la fine fleur de scène rock indé actuelle (Billy Corgan et autres). Voilà, ça fait un peu plus de vingt ans que Joy Division est né. Ses albums restent toujours d'actualité car ils ont réussi à faire une musique hors du temps, de toutes modes et qui n'a jamais réussie à être copiée.... Joy Division a eu une courte vie mais elle a été si intense et créatrice que ce groupe aura marqué l'histoire de la musique, tout simplement...

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