mardi, février 20, 2007

 

Goudron sucré.

Puisque j’ai dit ce que je n'aime pas, ce qui me pourrit la vie à longueur de journée et pour ne pas qu’on me stigmatise comme "un contre tout" de vieux con avant l’heure ou encore de frustré haineux dont la plume sent l’aigre, je vais vous dire à présent ce que j’aime par dessus tout dans une bonne journée. Une bonne journée ? c’est une fin de bilan comptable où l’expert pose votre dossier en disant "bon et bien je pense qu’on a bien travaillé là non ?" C’est un mercredi soir à galoper autour d’un cercle vert sur lequel je crache des vestiges de Winfield 30 rouges en parvenant enfin à sentir l’odeur du gazon humide, c’est le vent frais qui claque mes joues quand je roule la fenêtre ouverte sur des champs agrippés à des coteaux. J’aime les côtes d’un pays qui à des bordures, j’aime les vues de cette putain de ville la nuit comme le jour, j’aime notre église et son clocher atypique, j’aime notre petit marché qui fleure bon le cèpe de saison ou la Gariguette. J’aime boire le café au milieu de vous et vous regarder affairés, pressés, tout sourires ou grimaçants mais toujours bouillants de vies. J’aime la vie au cœur de ma cité H.L.M malgré tout, pour sa vie, pour sa solidarité, parce que comme une mère nourricière, elle protège en son sein les plus fragiles et les moins gatés, je l’aime pour ces enfants qui jouent au ballon sur une pelouse fraîchement tondue, pour ma mère qui n’est jamais seule. J’aime ce furieux soleil, qui écrase le sud fatal dans ces étés suffocants parce qu’il rend les femmes diaboliquements belles. J’aime les apéros interminables quand la rue respire enfin sous des terrasses ombragées. J’aime la première gorgée de bière (comme dirait Delerm père) parce qu’elle allège le poids du travail. J’aime 17h30 parce qu'elle me fait me sentir libre. J’aime cette route qui mène encore vers de vieux souvenirs, d’anciennes vies, qu’elle mène aussi bien à une ferme qu’à une maison-école, j’aime penser que j’ai été utile aux autres. J’aime me dire que j’ai eu plusieurs chances. J’aime l’idée de vieillir et je bénis le temps qui petit à petit burine la peau. J’aime ta peau qui caresse si amoureusement la mienne, j’aime ton rire qui apaise et calme à chaque fois mes bouillonnements, cette voix qui soigne et qui pardonne trop souvent à ma place. J’aime les gens du sud parce qu’ils ont le sang sous le béret, des hommes volontaires et généreux qui règnent le long du fleuve. J’aime savoir que la mer et la montagne sont à mes côtés et que je peux m’y réfugier pour serrer un arbre, plonger dans du bleu et y dormir paisiblement sous un cyprès quand viendra l’heure. J’aime la vie qu'on nous propose, j’aime la solitude parce qu’elle nous aide à accepter le fait qu'on est toujours seul et cela du berceau à la tombe. J’aime me dire que j’ai connu beaucoup de gens, que j’en ai aidé beaucoup. Tout le temps, chaque jour, passionnement, du fond de moi, de tout mon être et depuis toujours : aider les autres. J’aime tous ces jeunes à l’esprit fécond qui m’émerveillent chaque jour à créer autant de fantasques circonvolutions et cela dans le plus grand champs du possible. J’aime prendre un micro et le dire, ouvrir un livre et l’écrire, s'approcher d'une fenêtre et le crier, j’aime la liberté de penser et d’agir dans ce pays. J’aime mourir d’être trop honnête et reconnaître être trop lâche pour le faire. J’aime la vérité. J’aime les vérités et les serments habiles proférés à la bougie, les promesses éternelles des amants d’un soir. J’aime les hommes droits qui se fâchent de n’être pas assez hypocrites. J’aime le vendredi soir et le calme d’une libre antenne, j’aime penser que les ondes portent ma voix jusque chez vous, qu’elle passe votre porte, contourne les murs, s’immisce partout et propage le message d’une vie qu’on est l’obligation de dévorer jusqu'au trognon et de projets sucrés, gorgées d’envies, de découvertes et de révoltes pour des demains plus glorieux, j’aime l’idée que ma démarche portera l’espoir des générations fécondes qui prendront la relève. J’aime penser que la parole est une arme qui transperce tous les blindages et même les cœurs les plus durs. J’ai aimé vous côtoyer dans chaque démarche, dans chaque manifestation, dans chaque concert où j’ai été très fier de porter haut vos couleurs et de hisser votre drapeau noir aux nobles idéaux. Votre cause est juste même si vos actions sont encore un peu gauches. J’ai été heureux de vivre ça avec vous, d’avancer ensemble portés par un projet commun. J’ai aimé participer et contribuer à ce que les jeunes puissent voir, sur le plus beau des écrans, une équipe de foot se hisser au plus haut sommet dans une fête et une communion populaire, j’aime me dire qu’il faut plier l’échine et couper le blé pour savourer la fête. J’aime les longs repas où les mots claquent comme des balles de ping pong et où le rire sain fait rougir les dames autour d’un verre d’alcool. Nager dans du noir, ramper dans du vert, tapis au fond d’un bois à contempler la nature. La terre est belle, ma ville est claire, mon cœur est plein et riche de vous. A chaque seconde, à chaque frisson je suis libre, je suis cent, je suis mille, je respire, je suis libre. Je suis libre de me coucher dehors près d’un lac, un soir d’été et d’écouter le soir qui arrive. L’avenir est doux et chaud d’ailleurs il aura tes yeux. Une vielle radio où coule "Stand by me", Babybird et "die laughing", le crépuscule moite d’un soir de juillet, sentir ta main, te dire que les méchants il n'y en a pas et qu’ils ne peuvent rien contre nous puisque ce soir même le temps ne peut nous atteindre…
Nous sommes deux, nous sommes un, nous sommes libres.
Libres.

Comments:
Tu aimes les panoramas?
 
Pas mal ces nouvelles drogues.
 
ca se fume?
 
sale temps pour arrêter la colle.
 
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