lundi, octobre 10, 2005

 

Pop generation.


 

Samo. Taki 183.

Jean-Michel Basquiat née le 22 décembre 1960 au Brooklyn Hospital à New York. Son père est d'origine haïtienne et sa mère portoricaine. Il grandit dans le milieu aisé de la petite bourgeoisie. Déjà enfant, Basquiat manifeste un vif intérêt pour le dessin. Son père, comptable de profession, lui apporte souvent du papier de son entreprise. On retrouvera de nombreux cahiers remplis de croquis dessinés à partir de dictionnaires. Sa mère, sensible à l'art, l'emmène souvent visiter le Brooklyn Museum, le Museum of Modern Art, le Metropolitan Museum of Art et l'encourage à développer ses talents. Basquiat est envoyé dans une école privée catholique. Avec un camarade de classe, ils illustrent des livres pour enfants. Basquiat se passionne pour la lecture: il lit des textes en anglais, en espagnol et en français. Jean-Michel continue à dessiner en s'inspirant de films d'Alfred Hitchcock, d'automobiles et de bandes dessinées. En mai, il est renversé par une voiture alors qu'il joue au ballon. Il est hospitalisé pendant un mois, souffrant d'une fracture du bras et de diverses lésions internes. Durant sa convalescence, sa mère lui offre le célèbre manuel d'anatomie de Gray. Cet ouvrage aura une influence capitale sur son oeuvre. Ses parents se séparent : le jeune garçon et ses deux sœurs vivront dorénavant avec leur père. Basquiat quitte l'école privée et entre dans un établissement scolaire public. Une promotion professionnelle amène le père de Basquiat à s'établir à Mira Mar, à Porto Rico. Jean Michel fait sa première fugue. La famille revient à New York. Basquiat est envoyé dans une école spécialisée, City-as-School, qui propose un programme adapté aux jeunes adolescents. doués. La méthode d'enseignement s'appuie sur le précepte de l'apprentissage pratique. Basquiat y rencontre AI Diaz, un graffitiste avec qui il se liera d'une profonde amitié. Ils commencent à peindre au spray dans la partie basse de Manhattan. Leurs graffiti se caractérisent par d'étranges symboles et des messages poétiques. En décembre, il fuit à nouveau le domicile familial et erre pendant 2 semaines à Washington Square Park à Greenwich Village, se droguant à l'acide. Basquiat s'engage dans une troupe de théâtre appellée Family Life Theater. A cette époque il signe ses graffiti sous le pseudonyme de SAMO (pour Same Old Shit). A une année de l'obtention de son diplôme, Basquiat renverse un sceau rempli de crème à raser sur la tête de son professeur et se fait expulser de l'école. Basquiat décide de vivre seul et quitte définitivement sa famille. Lors de ses sorties nocturnes, il rencontre des musiciens et artistes au Mudd Club dans le Downtown et plus tard dans le Club 57. Il côtoie des personnalités comme David Byrne, Madonna et le groupe B-52. Au cours de ces soirées dans l'underground new yorkais, il fait la connaissance des futurs membres de son groupe de musique Gray (allusion au livre d'anatomie): Michael Holman, Danny Rosen et Vincent Gallo. Basquiat est fasciné par la musique de Jimi Hendrix et Janis Joplin, tous deux morts d'une overdose à l'âge de 27 ans. Pour subvenir à ses besoins, Basquiat commence à vendre des cartes postales réalisées à partir de collages de coupures de magazines photocopiés, ainsi que des T-shirts qu'il peint et au dos desquels il inscrit la légende MAN MADE (fait par l'homme). Dans un hôtel de Soho, il vend une carte postale à Andy Warhol. Basquiat rencontre Rammellzee, un DJ graffitiste. Tous deux évoluent dans le monde de la culture hiphop, du rap, du graffiti et de la drogue. En décembre le journaliste Philip Faflick du The Village Voice écrit un article sur SAMO. En fait, Basquiat et AI Diaz sont payés par l'hebdomadaire $100 pour expliquer comment leurs graffiti ont évolué vers une forme d'expression plus complexe. En 1979, très peu de temps après la parution de cet article, la collaboration entre Basquiat et AI Diaz cesse et l'on peut lire un peu partout dans Soho "SAMO is Dead" (SAMO est mort). Basquiat continue à vendre ses cartes postales et ses T-shirts, essentiellement à Soho, à Washington Square et en face du Museum of Modern Art. Formation du groupe de musique Channel 9, rebaptisé Test Pattern, puis Gray. Basquiat y joue de la clarinette et du synthétiseur. A cette époque Basquiat rencontre les artistes Kenny Scharf et Keith Haring. Ce dernier avait déjà remarqué et admiré les graffiti signés SAMO. Au Mudd Club, il fait la connaissance de Diego Cortez, conservateur, artiste et réalisateur qui l'introduit dans la scène du East Village, encourage sa production, devient son premier marchand et le présente au très influent critique Henry Geldzahler. En juin, il participe à sa première exposition de groupe intitulée Times Square Show dans une galerie alternative qui se trouve dans le sud du Bronx et qui regroupe des artistes dont David Hammons, Jenny Holzer, Kiki Smith et Kenny Scharf. Le magazine Art in America fait en particulier l'éloge de l'installation de Basquiat constituée d'une série d'oeuvres à partir du répertoire SAMO. Encouragé par ce succès, il quitte le groupe Gray. 1981 Basquiat vit avec son amie Suzanne Mallouk. En février Basquiat participe à l'exposition New York/New Wave organisée par Diego Cortez où il présente une vingtaine de peintures et dessins. Environ vingt artistes sont invités dont Keith Haring, Andy Warhol et Robert Mapplethorpe. Lors de cette exposition son travail attire l'attention des galeristes Emilio Mazzoli, Bruno Bischofberger et Annina Nosei. Au mois de mai, la Galerie Emilio Mazzoli à Modène lui consacre une exposition personnelle pour la première fois en Europe. Basquiat est invité à prendre part à l'exposition de groupe Public Address à la Galerie Annina Nosei qui présente des oeuvres au contenu socio-politique chargé. Suivant les conseils de l'artiste Sandro Chia, Annina Nosei propose à Basquiat de devenir son premier marchand officiel et met à sa disposition un atelier dans le sous-sol de sa galerie. Joseph LaPlaca, ancien collaborateur de Julian Schnabel, lui apprend comment travailler simultanément sur plusieurs toiles et comment traiter différents matériaux. 1982 Annina Nosei met à sa disposition un appartement qu'il partage avec Suzanne Mallouk et organise sa première exposition personnelle à New York. Les ceuvres valent à cette époque entre $2.000 et $10.000. Son galeriste lui offre un salaire de $4.000 par semaine pour sa production artistique. Il dilapide cet argent pour sa consommation de drogue, l'achat de vêtements de marque et de nombreux voyages. Il rencontre un artiste des Bermudes: Serge Kapharoah qui lui fait partager son intérêt pour les idéologies et la diaspora africaines. Il collabore à l'exposition de groupe Transavanguardia ItalialAmerica organisée par Achille Bonito Oliva, où il côtoie des artistes néo-expressionnistes comme Sandro Chia, Francesco Clemente, Enzo Cucchi, David Salle et Julian Schnabel. En juin, il est invité à participer à la Documenta 7 de Kassel. A l'âge de 21 ans, il est le plus jeune artiste jamais exposé dans cette manifestation internationale. En septembre, il expose pour la première fois à la Galerie Bruno Bischofberger à Zurich. Celui-ci deviendra son marchand exclusif en Europe. A la fin de l'année, il quitte la Galerie Annina Nosei avec fracas. Il lacère 15 peintures à cette occasion. Basquiat continue à mener un grand train de vie, passe l'hiver dans un luxueux hôtel de Los Angeles et dépense des sommes importantes pour sa toxicomanie. Les titres de ses toiles évoquent sa passion pour les musiciens de Jazz: Miles Davis, Dizzy Gillespie, Billie Holiday, Charlie Parker et Max Roach. Les marchands du monde entier commencent à s'intéresser au "phénomène Basquiat" et le prix de ses oeuvers ne cesse de croître. 1983 En mars, il participe à la Biennale du Whitney Museum of American Art. A 23 ans, il est à nouveau le plus jeune artiste jamais exposé à cette importante manifestation américaine. Au mois d'août, il loue $4.000 par mois un atelier appartenant à Andy Warhol. A cette époque les deux artistes commencent à se voir régulièrement. Ils travaillent, discutent et sortent beaucoup ensemble. Warhol lui suggère de suivre des cours de dessin anatomique à la New York Academy of Art et lui recommande de placer son argent plutôt que le dépenser pour la drogue et les habits de luxe. Il va même tenter de le dissuader, en vain, de s'adonner à l'héroïne. En novembre, sous la direction de Bruno Bischofberger, débutent "'les collaborations" qui réunissent Jean-Michel Basquiat, Andy Warhol et Francesco Clemente. Basquiat passe une semaine en Jamaïque avec des amis. Il en profite pour peindre et écrire dans ses carnets de notes. A la fin de l'année, Bruno Bischofberger devient son marchand exclusif, car Basquiat s'est à nouveau brouillé avec ses galeristes. Les œuvres de Basquiat remportent un grand succès. La toile Flesh and Spirit est achetée pour la somme record de $12.000. 1984 Basquiat passe les trois premiers mois de l'année à Maui, à Hawai, où il lit et peint. A son retour, il entre à la Galerie Mary Boone à New York qui représente des artistes comme Eric Fischl, David Salle et Julian Schnabel. La galeriste organise, en collaboration avec Bruno Bischofberger, des expositions personnelles de Basquiat. Au mois de mai, il expose au Museum of Modern Art dans le cadre de An International Survey of Recent Painting and Sculpture. Basquiat est considéré dans le monde de l'art comme un artiste incroyablement prometteur. Lors d'une vente aux enchères, son oeuvre Sans titre (Skull) se vend à $19.000. La peinture avait été achetée l'année précédente pour la somme de $4.000. A la fin de l'année, il rencontre Jennifer Goode qui devient son amie. Elle finit par le suivre sur la voie de l'héroïne et de la cocaïne. Les amis de Basquiat se préoccupent beaucoup de son état de santé: ils constatent qu'il est de plus en plus souvent atteint de crises paranoïaques. Il interrompt un programme de désintoxication après trois semaines. 1985 En février il apparaît en couverture du journal The New York Times Magazine illustrant l'article de Cathleen McGuigan intitulé: New Art, New Money: The Marketing of an American Artist (le nouvel art, le nouvel argent : la commercialisation d'un artiste américain). Au mois de mai, il participe au projet de réarnénagement d'un nouveau club, le Palladium sur la recommandation de Henry Geldzahler. Ce travail réunit Jean-Michel Basquiat, Francesco Clemente, Keith Haring et Kenny Scharf. En septembre, Tony Shafrazi/Bruno Bischofberger présentent seize collaborations Basquiat/Warhol. L'affiche annonçant l'événement montre les deux artistes en tenue de boxe. La mauvaise réception de la presse artistique refroidira considérablement l'amitié qui unit les deux artistes et mettra fin à leur travail en commun. La détérioration physique de Jean-Michel Basquiat est de plus en plus visible: des taches foncées apparaissent sur son visage qu'il tente en vain de faire disparaître par divers traitements. 1986 En août, il se rend avec Jennifer Goode pour la première fois en Afrique. Il expose à Abidjan en Côte d'Ivoire. Ses relations avec la galeriste Mary Boone se détériorent et il se retrouve à nouveau sans marchand aux Etats-Unis. A vingt cinq ans, il expose pour la seconde fois en Europe: la Kestner-Gesellschaft à Hannovre accueille plus de soixante peintures et dessins. A la fin de l'année, Jennifer Goode et Basquiat rompent. La jeune femme, depuis longtemps, se plaint des abus d'héroïne de son ami et décide de le quitter. Le monde de l'art se fait de plus en plus critique à l'égard de la production artistique de Basquiat. 1987 Basquiat est profondément affecté par le décès de Andy Warhol le 22 février. La mort de son ami le perturbe énormément, il mène dorénavant une existence recluse et produit moins. Grâce à Tony Shafrazi, Basquiat fait la connaissance de Vrej Baghoomian qui lui achète des toiles et exposera ses œuvres. Baghoornian lui propose de prendre un assistant: Rick Prol, un ancien ami de Basquiat. Jean-Michel commence à travailler pour des expositions à New York, Paris et Düsseldorf. 1988 Basquiat expose à nouveau, après une année et demie d'absence, à la galerie Baghoomian à New York. Cette nouvelle exposition connaît un réel succès. Afin de quitter le milieu de la drogue, Basquiat se rend à nouveau à Hawaï au mois de juillet. Le 2 août il rentre à New York où il déclare avoir arrêté de se droguer. Le 12 août, Basquiat est retrouvé mort dans son appartement de la Great Jones Street. On constate un décès dû à une overdose d'héroïne, il avait 27 ans.

 

L'envers au paradis.

Guillaume Dustan et mort. Il y a des gens qui forcent la sympathie, qui ont des couilles suffisamment lourdes pour dire ce qu’ils pensent et envoyer les autres se faire foutre. Il y a des mots qui font mal mais ouvrent les yeux sur une putain de réalité glacée. Guillaume Dustan est mort . Et ca fait chier.
Et merde.
NOUVELOBS.COM 10.10.05 "Selon le site internet de Têtu, cet énarque en rupture de ban est mort le 3 octobre d'"une intoxication médicamenteuse involontaire". L'écrivain Guillaume Dustan est mort, annonce lundi 10 octobre le site internet du magazine des gays et lesbiennes, Têtu. Selon les informations du journal, cet énarque gay de 40 ans est décédé lundi 3 octobre d'"une intoxication médicamenteuse involontaire" à son domicile parisien. "Le corps de l'écrivain, âgé de 40 ans, a été retrouvé jeudi par sa famille dans l'appartement qu'il occupait depuis un mois. La date et les causes de sa mort ont été révélées par une autopsie", rapporte tetu.com. Fils d'un psychanalyste, Guillaume Dustan, de son vrai nom William Baranès, suit de brillantes études à Sciences-Po et à l'ENA et débute une carrière de juge administratif. Quand il découvre sa séropositivité, en 1990, il plaque tout, écrit trois romans autofictionnels qui paraissent chez POL en 1996, 1997 et 1998. "Militantisme homo" Son premier livre, "Dans ma chambre", avait fait sensation car il y parlait pour la première fois de relations sexuelles non protégées entre homosexuels, à Paris, à la fin des années 90. En 1999, il a reçu le prix de Flore pour "Nicolas Pages", paru chez Balland, maison d'édition où il crée une éphémère collection de littérature gay et lesbienne, "Le Rayon gay". "Bien sûr, je fais du militantisme homo avec ces livres, mais aussi du militantisme en faveur d'une forme de vie underground", disait-il à propos du "Rayon". Dans "Génie divin" (2001), journal intime foisonnant, il revenait sur la polémique qui l'a opposé fin 2000 à une partie de la communauté homosexuelle après avoir écrit que "la capote ne pourra jamais être la règle en matière de sexualité". "Il faut l'empêcher de dire ce qu'il dit", lui avait répondu l'association de lutte contre le Sida Act-Up. Guillaume Dustan a écrit au total six livres, dont le dernier, "Dernier roman", a été publié en 2004 chez Flammarion. "

Interview de Dustan piquée à Fluctuat.
"Pourquoi écrit-on à la première personne ? Pourquoi l’autofiction ?
Guillaume Dustan : « Ce qui serait surprenant d’après cette question, c’est pourquoi on aurait envie de raconter sa vie. C’est plutôt l’inverse qui est surprenant. Il est étonnant que ce soit surprenant de demander pourquoi on a envie de raconter sa vie. J’ai plutôt l’impression que c’est ça qui est normal, en tout cas que c’est ce qui se comprend le plus facilement, non ? Ce qui est étonnant, n’est-ce pas l’inverse, c’est à dire qu’il y ait des gens qui passent autant de temps à raconter des histoires qui ne parlent pas d’eux. La question est de savoir pourquoi les gens écrivent. Qui écrit ? Des gens qui en ont les moyens. Et qui veulent vendre. Pourquoi est-ce qu’on raconte des histoires, je ne sais pas moi. Je n’ai pas envie d’écrire des histoires. J’ai essayé et ça ne marchait pas. Et à un moment j’ai trouvé que j’avais une vie assez bizarre pour écrire dessus. Mais je le raconte dans J’ai été très influencé, d’abord marqué, puis influencé par la lecture des gens qui utilisaient le « je ». Et qui racontaient leurs choses. Leurs choses à eux. Voila, comme Renaud Camus, Guilbert, et Duras dernière manière. Par ailleurs, chez pas mal d’écrivains importants, c’est le premier livre que je préfère. Chez Fitzgerald par exemple, c’est L’Envers du Paradis ; chez Aragon, je ne peux lire que les premiers textes, ce ne sont que des nouvelles, c’est très très bien. Et après ça ne l’est plus. Parce que dans les premiers livres on parle de soi. C’est connu, c’est la théorie du premier roman. Pourquoi autant de premiers romans sont réussis et pourquoi autant de seconds romans après ne sont pas bons. C’est ça qui m’intéresse, c’est intéressant parce que dans ces premiers romans, les gens se sont dits. Ils ont sortis « eux » d’une manière... thérapeutique. Et là c’est très bien, c’est une littérature qui sert au moins à quelque chose, ça ne me gène pas. Il me semble qu’il y a un lien assez fort entre l’acte d’écrire et puis écrire soi, se raconter soi. C’est assez normal, assez naturel. Et puis ça m’emmerde, de raconter... »

Qu’en est-il selon vous de l’autofiction au point de vue du lecteur ?
Guillaume Dustan : Le « je » est un moyen d’identification très fort de la part du lecteur. Dans le roman on peut évidement se comparer au narrateur mais quand on dit je, on est tout le temps renvoyer à la question : est-ce que je suis comme lui ? est-ce que je ne suis pas comme lui ? Et je trouve que c’est une question très intéressante parce que ça renvoie à comment on se découvre... Je trouve que c’est plutôt une expérience excitante pour le lecteur. Pour choisir un exemple, on va prendre ... Christine Angot. Christine Angot, elle dit « je ». Et ce n’est pas innocent : et en plus elle raconte son inceste. Ce n’est pas un hasard : les gens qui disent « je » ont vraiment envie de parler de… de leurs problèmes. Et c’est très bien, il y a aussi toute une morale convenue, qu’on tolère, qui dit qu’il ne faut pas se plaindre, qu’il ne faut pas parler de soi, qu’il ne faut pas s’étaler. Un certain nombres des canons de la morale bourgeoise, courante. »
Le « je » est-il obligatoire pour obtenir de tels effets, et toucher ainsi aussi directement le lecteur ? Guillaume Dustan : Disons les choses de manière très simple. Si on écrit « il », obligatoirement on est à l'extérieur et on décrit quelqu'un, quelque chose qui se passe. Après on va dire « il pense ça » - on est en plus dans la fiction, avec un narrateur omniscient, etc. C'est d'un maniement pas facile et en même temps il y a obligatoirement cette facilité liée au fait qu'on est à l'extérieur de choses qui arrivent. Mais si l'on dit « je », on est à l'intérieur, ça me met à l'intérieur de la tête des gens. Et je crois que c'est le but recherché. D'où ce que vous exprimez en termes de fascination et répulsion ; tant mieux, c'est ça qu'on veut. Je trouve ça vachement bien que, même si j'ai eu des moments d'abattement, d'avoir pu écrire ces livres qui font que l'on se met dans ma biographie. Alors qu'on n’a pas vécu ma vie, je trouve que c'est une bonne fin pour les gens et si je n'écrivais pas « je », ils ne le liraient pas.

Y a-t-il une distinction entre l’autofiction, d’une part, et le journal, censé être moins directement objet de littérature ?
Guillaume Dustan : Je ne fais pas cette distinction. Le journal est un genre littéraire. C'est quoi le critère de la littérature ? Je pense que c'est de s'inscrire dans l'histoire. Dans l'histoire de la littérature, dans l'histoire de la langue, dans l'Histoire tout court. Alors il y a bien sûr différentes façons de s'inscrire dans l'histoire ; on peut s'y inscrire dans le passé. Ou, quand on fait la chasse au Moderne comme Renaud Camus, on s'inscrit dans l'histoire d'une manière primaire, on essaie de s'inscrire dans le présent - c'est ça qui m'intéresse. Mais on n'écrit pas des livres réussis si on n'est pas au courant de l'histoire de l'art, et de la littérature en l'occurrence. Obligatoirement, il y a une culture ; mais cela dit, il y a des cas où des livres très bien ne sont pas écrits par des gens nourris de littérature. Mais nous on a d'abord un rapport à la langue, comme tout le monde a un rapport aux images. Après c'est la question de la naïveté en art et on peut être un excellent écrivain réaliste, un excellent peintre naïf. La question est encore autre à ce moment là. Si on se situe dans un rapport professionnel à l'écriture, il faut savoir ce que tu écris parce qu'il ne faut pas faire comme les autres. C'est la règle de l'art. Pour être intéressant, il ne faut pas faire comme les autres, éviter le connu. Après, si l'on veut être un grand artiste naïf, et bien, il faut avoir un monde intérieur très riche et le retranscrire de manière très libre.

Ecriture par dictaphone ou expérimenter ce dernier temps une écriture via téléphone portable ? Qu’en est-il exactement ?
Guillaume Dustan : Non, je fais la tentative de dicter pour mon dernier. Pendant un moment je ne voulais plus écrire pour des raisons de lassitude. il y a un moment ou l'on fait des phrases et où l'on sent qu'il y a ce truc, qu'on va être tenter de faire des phrases : et il vaut mieux éviter. Mais ça n'a pas d'importance. Chacun a ses manières (est visé le fétichisme, farouchement snob, du Mont Blanc ndlr). Non, ça change : un livre est écrit à la main parce que l'on veut pas toucher à l'ordinateur et puis après on écrit à l'ordinateur. On s'en fout. Ce qu'il faut, c'est trouver la bonne technique au bon moment pour dire la chose qu'on a vraiment envie de dire. Le support n'a aucune importance. Ce qu'il faut c'est ne pas être dans le faux, c'est ne pas être dans le bidon. C'est ça qui est difficile. Et c'est ce qui est plus facile pour le premier livre, que l'on a depuis longtemps dans la tête ; c'est plus facile pour le premier livre - et c'est aussi pour ça que les deuxièmes romans sont aussi souvent ratés - parce que quand on écrit un premier livre tout le monde ne vous connaît pas. On n'existe pas comme auteur. Alors qu'après on est mis dans une position d'écrivain - dans la position de celui qui est capable d'écrire un livre - et tout le monde n'est pas capable, etc. Tout ceci, qui est peut-être vrai, crée aussi une position odieuse. Ce qu'il y a de pire c'est quand on devient un gourou et que l'on vous demande d'avoir des opinions sur tout. C'est vraiment l'enfer. Mais il en faut.
Votre dernier livre lu était à l’époque American Psycho de Bret Easton Ellis, que vous considériez comme le plus grand livre du monde.
Guillaume Dustan : La question de la hiérarchie... C'est un peu le sujet de mon dernier livre. J'ai l'impression en ce moment qu'il y une espèce de consensus tacite pour dire que tout le monde est égal. Oui, mais c'est pas vrai. c'est pas vrai. Et autant je ne suis pas pour l'autorité, autant je suis pour la hiérarchie au sens de hiérarchiser, de dire ça c'est mieux que ça...C'est vrai : il y a des gens qui dansent mieux, il y a des gens qui savent mieux faire des choses que d'autres, il y a des gens plus beaux que d'autres. Même si j'espère qu'on va arriver à un monde qui ressemblera beaucoup à Glamorama où tout le monde sera beau, intelligent et tout ça ; j'espère moins désespérer ; on n’en est pas là, quoi. Ouhais, je ne sais pas, on est un peu... c'est une question qui me tracasse. Pourquoi Bret Easton Ellis est le plus grand écrivain actuel, enfin du monde ? Il faudrait que je développe ça, parce que je vais faire un papier la dessus pour Technicart.. Mais je le pense alors je vais faire un petit effort. Parce que tous les autres me font chier. Déjà, ça, c'est un signe. Franchement, j'ouvre n'importe quel livre, ce que je lis, je l'ai déjà lu quelque part. Dons ça m'emmerde, ça va quoi. Et en plus, il n'y a pas d'autres auteurs dont je me sente proche. La littérature, c'est un truc de vieux la plupart du temps. Il y a quelques exceptions, les écrivains, je ne sais pas, Rimbaud c'est pas un truc de vieux : mais il a arrêté très tôt, avant que ça ne devienne pas un truc de vieux. On ne peut en tout cas pas lui reprocher de ne pas avoir su s'arrêter. Et c'est Ellis : son sujet, c'est la jeunesse. Je le trouve de ce point de vue extrêmement audacieux. Parce que la littérature n'aime pas les jeunes ; ou ce qu'elle aime, c'est fantasmes et illusions ; et il n'y a pas ça chez Ellis. Dans Moins que zéro, il n'y a évidemment pas ça parce qu'il est encore tellement jeune que la question ne se pose pas ; il écrit encore en pleine adolescence. Dans American zéro, la question ne se pose pas parce que le héros sort gagnant, enfin on croit qu'il a fait tous ces meurtres et il n'est quand même pas pris ; c'est excellent. Maintenant, on peut penser qu'il ne les a pas commis. Mais ce n'est pas que rigolo chez lui, c'est que le monde est, c'est qu'il ne se fait même pas gauler. Et, dans Glamorama, la fin est intéressante parce que le héros y est détruit par les vieux, il est détruit par son père ; je ne sais pas, vous avez lu le livre ? C'est une histoire horrible. Son père est un sénateur qui se présente à la présidence des Etats-Unis. Il se trouve que le héros est pris dans une histoire de terrorisme international s’attaquant à des mannequins - ça tout le monde le sait, on l'a lu dans la presse - mais à la fin, et bien, son père le fait enlever et remplacer par un sosie ; il a été élu président et il n'a pas envie d'avoir un fils drogué, qui boit et qui en plus pose des bombes et à la limite - poser des bombes est bien sûr La circonstance aggravante - mais déjà, drogué et amateur de night clubs, ça ne lui plaît pas du tout. Et ainsi, le sujet de Glamorama, c'est la lutte entre l'ancien monde et le nouveau, symbolisée par le père et le fils, et le père veut la peau du fils... Moi je me sens très proche de ça : c'est la même histoire, la mienne, mon père voulait ma peau, il l'a pas eu. C'est ça Glamorama et j'aime beaucoup. Et si je pense que ça parle à beaucoup de monde, c'est parce que nos pères veulent tous nos peaux... Enfin, j'ai de plus en plus de mal à dire « nous » parce que je suis en train là de basculer dans des généralités et c'est quelque chose d'horrible. Moralement, pas physiquement, mais moralement, parce que l'on se met... enfin je raconte peut-être des choses débiles .. Mais à partir d'un certain âge, on a la possibilité de manipuler. Face aux conflits de classes, et de race et de sexe, il y a maintenant un conflit de générations qui rentre dans le jeu politique. Parce qu'avant les jeunes n'avaient de toutes façons pas la latitude de dire quoi que ce soit, c'était vraiment pas croyable, enfin je sais pas, c'était Padre patrone, le film des frères Tavianni de 77. Ca m'a beaucoup marqué, c'était vraiment un des premiers films qui prenait pour thème la manière dont les adultes écrasent les enfants. C'était vraiment le conflit des générations."
Guillaume Dustan est mort.
Et merde.

 

High fidelity.

Guillaume Dustan est mort. Finalement Eric Remes lui aura survecu. Jean Hugues Anglade agréssé, des sympathisants du nouveau gourou intégriste Dieudonné envahissent le plateau de Fogiel après celui d’Ardisson et de Denisot, pendant que des Sénégalais crèvent dans le désert. Trente milles morts au Pakistan. Ca part en couille… Puisque l’heure est aux listes et aux classements. Du léger. Mes cinq comédies préférées : La cité de la peur, Y a-t-il un pilote dans l’avion, Y a-t-il un flic pour sauver la reine, Top Secret, Banzai. Mes cinq polars préférés : Angel heart, l’année du dragon, le cercle rouge, Se7en, heat. Mes cinq mafia préférés : Le parrain, le parrain II, Reservoir dogs, Scarface, les affranchis. Mes cinq péplums préférés : Spartacus, Les 10 commandements, Gladiator, Ben-hur, Cléopatre. Mes cinq Space Opera préférés : Alien, 2001, l’odyssée de l’espace, Dune, Star wars, Battlestar Galactica. Mes cinq horreur préférés : l’exorciste, Maniac, Massacre à la tronçonneuse, Zombie, della morte dell’amore. Mes cinq thrillers préférés : Profondo rosso, Memento, Irréversible, Collateral, Fenêtre sur cour. Mes cinq westerns préférés : Il était une fois dans l’ouest, rio bravo, le bon, la brute et le truand, pour une poignée de dollars, pour quelques dollars de plus. Mes cinq super-héros movies préférés : Spiderman, Spiderman II, X-men, Superman, Batman begins. Mes cinq séries préférées : Starsky & Hutch, Magnum, Miami vice, Columbo, the Avengers. Mes cinq animatrices/ journalistes préférées : Laure adler, Marie Colmant, Claire Chazal, Laurence Ferrari, Pascale Clark. Mes cinq animateurs/journalistes préférés : Christophe Ondelatte, Thierry Ardisson, Patrice Carmouze, Stephane Bern, Michel Denisot. Mes cinq série de l’été préférées : Le vent des moissons, orage d’été, Zodiaque, trois femmes un soir d’été, le miroir de l’eau. Mes cinq groupes étrangers préférés : Pixies, Radiohead, the Cure, Nine Inch Nails, Joy division. Mes cinq artistes étrangers préférés : Leonard Cohen, Marianne Faithfull, Richard Ashcroft, John Lennon, Neil Young. Mes cinq artistes français préférés : Serge Gainsbourg, Alain Souchon, Miossec, Mano solo, Manu chao. Mes cinq groupes français. : Noir désir, Thugs, Bijou, les beruriers noirs, Mano negra. Mes cinq auteurs étrangers préférés : Hubert Selby jr, Hp Lovecraft, William Burroughs, Charles Bukowsky, Brett easton Ellis (ex aequo avec Chuk Palaniuk). Mes cinq marques de fringues préférées : H&M, Zara, Asics, a Bathing Ape, X-large. Mes cinq marques de barres chocolatées préférés : Mars, Bounty, Twix, Lion, Toblerone. Cinq films porno préférés : Diamond baby, gorge profonde, partie de chasse en Sologne, Rocco strikes again, Nylon feet line. Mes cinq plats préférés : Gratin dauphinois, épinards à la crème, pavé de saumon croûte de moutarde, pâtes au pesto, cailles farcies. Mes cinq sodas préférés : Gini, Schweppes agrumes, Orangina sanguines, Schweppes Guarana, Coca. Mes cinq bières préférés : Bud, Heineken, Foster’s, Kro, Desperado. Mes cinq tubes préférés : Beyonce, Liquido, Justin Timberlake, Destiny childs, Jackson five. Mes cinq concerts préférés : Bowie à la Médoquine en 1996, the Cure à la Patinoire en 1993, Frank Black à la FNAC en 1996 (accoustique à 2m), Foo fighters à la Médoquine en 1995, R.E.M à Bercy en 1995 (ex aequo Noir desir « Un jour à Bordeaux » en 1997). Mes cinq actrices préférées : Audrey Tautou, Virginie Ledoyen, Jodie Foster, Helen Hunt, Uma Thurman. Mes cinq acteurs préférés : Mickey Rourke, Harvey Keitel, Al Pacino, Robert de Niro, Johnny Depp. Mes cinq positions préférées : Levrette, missionnaire, Lego, Andromaque, 69. Mes cinq parfums préférés : Emporio Armani, Aqua di Gio, Eau d’Issey, Jungle by Kenzo, Satan instinct (j’adoooore). Mes cinq Dj’s préférés : Sextoy, Chemical Brothers, DFA, Dust brothers, Too many dj’s. Mes cinq peintres préferés : Gustav Klimt, JM Basquiat, G.Braque, F.Goya, P.Picasso (ex aequo avec Modigliani). Mes cinq clipper préférés : Jonathan Glazer, Anton Corbijn, Michel Gondry, Stephane Sednaoui, Chris Cunningham (ex aequo avec Spike Jonze). Mes cinq ovni préférés : Fight Club, Beeing John Malkovitch, Bukarro Banzai, Dobermann, Visitor Q. Mes cinq clopes préférées : Marlboro, Camel, Winfield 30 rouge, Winston 25, Lucky Strike. Mes cinq albums préférés : Pink floyd «dark side of the moon», the Who « Quadrophenia », Smashing Pumpkins « Mellon collie & the infinite sadness », Bauhaus « Bela Lugosi is dead”, Depeche mode “Songs of faith & devotion” (Nirvana “In utero). Cinq espoirs étrangers (prout prout) préférés : the Rakes, Arcade fire, the editors, Bloc party, the Subways (es aequo Millionnaire). Cinq espoirs français préférés : Calc, Luke, Deportivo, Nosfell, Anais. Mes cinq revues préférées : Mad Movies, Dvd mania, Les inrocks, Score, Magic. Mes cinq revues people préférées : Closer, Public, Voici, Entrevue, Choc (ex aequo Loaded). Mes cinq prénoms préférés : Axel, Charlotte, Camille, Lulu (pour Lucien), Guy (en Anglais c’est top classe). Cinq artistes rap préférés : RZA, Ice cube, Rockin’ squatt, Dr Dre, Busta rhymes. Mes cinq provocs / rebelles préférés : SC Marcos, José Bové, Michael Moore, Keith Richards, Serge Gainsbourg. Mes cinq parties préférées chez une femme : les pieds, les fesses, le nez (pété ou en trompette de préférence), les yeux, les oreilles. Mes cinq jeux préférés : Soulblade, Fruity frank, Bombjack, Harrier attack, Ikari warriors (ex aequo Silent hill). Mes cinq jours préférés : Le jeudi, le Vendredi, le samedi, le mercredi, le mardi. Mes cinq sports préférés : le Jujitsu, le footing, la natation, le foot (tv), le tennis (tv). Mes cinq moments préférés : orgasme (seul ou à deux), café-clope-caca, pression de 17h30, 1ere minute émission radio, dernière minute exposé comptable. Chaussures préférées chez une femme : ballerines, talons, mules, tongs, converse. Mes cinq piercings préférés : clito (un fantasme), langue (idem), nombril, nez, arcade. Mes cinq animateurs radio préférés : Macha Beranger, Max, Arthur, Cauet, Bernard Lenoir. Mes cinq instruments préférés : Guitare 2lectrique, Violoncelle, batterie, basse, piano. Mes cinq marques de caleçons/boxers/slips préféres : slips blancs H&M, caleçons TATI, boxers Calvin Klein, caleçons Arthur, boxers Pull in. Mes cinq Bandes dessinées préférées : Spiderman par S.Ditko et J.Romita, X-men par J.Byrne, Master of Kung-fu par M.Zeck, Sandman par N.Gaiman, Preacher (Ennis& Dillon) (ex aequo avec Hellblazer de J.Delano). Mes cinq comiques préférés Gad Elmaleh, Frank Dubosc, Albert Dupontel, les nuls, Dany Boon. Mes cinq couleurs préférées : le noir, le bleu, le vert, le jaune, le marron. Mes cinq bagnoles préférées : Thunderbird, Aston martin, Porche, Jaguar, Mini. Mes cinq mannequins préférées : Christy Turlington, Gisele Bunchen, Eva Herzigova, Linda Evangelista, Laeticia Casta. Mes cinq fruits préférés : Fraises, Nectarines, Raisin, Pêche, Bananes. Mes cinq une de France Dimanche préférées : "La rupture !", "Soudain tout a basculé", "Le drame", "Face à l’horreur", "Le terrible affront"..

dimanche, octobre 09, 2005

 

Flyers again...



vendredi, octobre 07, 2005

 

Douze belles dans la peau.

Quand j’étais petit, il me faisait peur, maintenant je me dis que ça aurait été une putain d’interview. Un pote, ancien directeur de label, l’a rencontré il raconte un mec timide, fin, aux antipodes du monstre médiatique. Par son style, Gainsbourg se démarque de tous les chanteurs dont on parle : peu de points communs avec Georges Brassens, Jacques Brel ou Francis Lemarque. Un abîme le sépare de la Rive Gauche où l'on est poétique, engagé, où l'on pratique l'ironie en clin d'oeil. Avec Gainsbourg, les mots, pessimistes, se fondent dans la musique au lieu d'être plaqués sur les accords. L'ironie cède la place au sarcasme. Il refuse les effets classiques, les montées de ton, de forcer sa voix pour dramatiser, etc. Fin avril 1955, Vian enregistre ses "Chansons possibles et impossibles". Outrés par "Le Déserteur", d'anciens combattants manifestent à plusieurs reprises pour empêcher Vian de chanter. En novembre 1956, Boris enregistre avec Brigitte Bardot un essai demeuré inédit et sans suite ; "La Parisienne". De retour à Paris, il se fait désormais appeler Serge, parce que ça sonne russe. Quant au 'a' et au 'o' ajoutés à Ginsburg, c'est en souvenir des professeurs qui écorchaient son nom. La signature Serge Gainsbourg apparaît 1957. Yves Montand vient voir Serge chanter au Milord et l'invite chez lui mais ne lui prend aucune chanson. Marcel Aymé : "Serge Gainsbourg est un pianiste de vingt-cinq ans qui est devenu compositeur de chansons, parolier et chanteur. Il chante l'alcool, les filles, l'adultère, les voitures qui vont vite, la pauvreté, les métiers tristes" Boris Vian est dithyrambique dans Le Canard enchaîné de novembre 1958. Gainsbourg : "Je suis content que de tels trucs les dérangent, tout comme je jubile, les soirs où le public, m'écoute en me regardant de travers Pourquoi une chanson ne serait-elle pas effroyable ? Les surréalistes se sont bien permis de l'être en littérature... Et Goya qui ne l'était peut-être pas dans ses tableaux ? La vie moderne l'est, elle aussi, ce qui ne veut pas dire qu'il faille la prendre au sérieux. Je suis peintre. J'ai trente ans. Je m'en veux et j'en veux à certains d'avoir perdu tant de temps à faire autre chose. J'en veux à tous ceux qui travaillent du matin au soir à des tâches qui ne les intéressent pas du tout. Je tape sur ceux-là et sur tous les métiers absurdes qu'on a inventés. Boris Vian écrit des textes de présentation dits sur scène par des speakerines. Pour annoncer Serge il rédige ceci : "Prenez un garçon de trente ans doué pour la peinture, la musique, la chanson, enfin doué pour la vie quoi. Mettez-le dans une pièce avec un piano et un stylo : laissez-le tourner, chercher, laissez-le brûler, laissez-le faire son trou son petit trou qui deviendra grand dans le monde de la chanson, Serge Gainsbourg !". Boris Vian meurt le 23 juin 1959. En octobre, on fait la fête au théâtre Fontaine. Édith Piaf, qui y assiste, demande à lui être présentée. Elle lui donne rendez-vous chez elle pour lui demande des chansons mais décède peu après. Barbara : "un journaliste avait dit que nous étions très laids. Moi, je le trouvais très beau, nous étions assez proches dans nos angoisses, nos maigreurs, notre amour du noir. Je lui ai demandé de faire avec moi une tournée : avec une extrême délicatesse il a accepté. Son trac, sa grande timidité pouvaient le mener jusqu'à la nausée avant de monter sur scène. A Nice, Serge donne son dernier concert. Il faudra quatorze ans et l'insistance du groupe Bijou pour qu'il remonte sur scène... Jane est au coeur du scandale causé par le film"Blow Up" d'Antonioni pour la scène où elle se chamaille nue avec Gillian Hills. La guerre des Six Jours entre Israël et l'Egypte incite l'ambassade israélienne à commander une chanson à un grand auteur-compositeur français ; leur choix se porte sur Gainsbourg, qui explique : "On m'a demandé de signer des pétitions pour Israël, je l'ai fait, on m'a demandé une chanson, Je l'ai faite. Le bobino est parti avec le dernier avion pendant les hostilités et on l'a utilisé là-bas pour le moral des troupes. Mais je suis ashkénaze, je n'ai rien à voir avec les séfarades !". En vue d'un "Show Bardot" l'enregistrement par B.B. de "Harley Davidson" est le moment où débute la torride passion amoureuse qui, quelques semaines durant, va unir Brigitte et Serge - et les marquer à jamais. Ensuite, en novembre 1967 Serge chante "Comic strip" avec Brigitte dans le Sacha Show... Après l'enregistrement de "Harley Davidson", devenus amants, Serge et Brigitte sortent beaucoup, sans se cacher, chez Régine, au Raspoutine, au King Club... Surviennent les événement de Mai 68, que Serge observe de loin : "Au plus fort des événements, je me retrouve au Hilton avec une gamine et, entendant les bang-bang des mômes, je me dis qu'ils sont foutus puisqu'ils ne sont pas armés : il ne peut y avoir de révolution si les armes sont d'un seul côté. J'étais pour eux mais qu'est-ce que j'allais faire ; gueuler dans les amphis comme tous les autres connards ? J'ai attendu que ça se passe en suivant les événements sur le tube cathodique et avec l'air conditionné. Serge et Jane s'installent à l'hôtel, les travaux se poursuivant rue de Verneuil. Andrée Higgins (décoratrice) : "Nous nous étions rencontrés au lendemain de sa rupture d'avec B.B. Il avait des idées noires et il m'avait demandé de lui faire la maison tout en noir. Il voulait vivre dans un univers Bardot : il avait fait encadrer les photos sublimes, grandeur nature, et dans le couloir menant à sa chambre il avait projeté de disposer une série de photos plus petites, en noir et blanc, éclairées dans des angles inattendus. A l'arrivée de Jane il les changea pour des portraits de Marilyn. Il voulait même des abat-jour noirs et des voilages noirs aux fenêtres (il fallut faire même les waters en noir) Un jour il revient avec un lustre haut de deux mètres et me dit : "Il faudrait mettre ceci dans la salle de bains." Je lui explique qu'il ne pourra plus accéder à la baignoire et il me répond : " Aucune importance, de toute façon je ne me lave jamais " On lui a proposé de faire l'adaptation française de la comédie musicale "Hair", qu'il va voir dans la capitale anglaise mais la représentation ne l'enthousiasme guère. Il suggère un titre, "Poil"... Dans "Elle", on demande à Serge ses recettes de séduction. A la question : "Qu'est-ce qui fait qu'un couple est un couple ?" - il répond : "Les mêmes verticales et la même horizontale." Jane et Serge s'installent rue de Verneuil. Une journaliste publie le premier reportage sur ce qu'elle appelle "L'Antre de la bête"... "Slogan" fait l'objet d'une première, sur les Champs-Elysées. Jane y paraît vêtue d'une minirobe transparente à travers laquelle on devine sa poitrine nue et un tout petit slip. Serge et Jane forment désormais un couple hautement médiatique, symbole d'une certaine libération des moeurs. En Yougoslavie, Serge invite ses parents à le rejoindre. De retour à Paris, avec les 50.000 F payés par les producteurs, il s'offre, cash, une Rolls Royce de 1928. Il n'a ni permis ni chauffeur et la revendra dix ans plus tard, n'en gardant que le bouchon de radiateur, le Spirit of Ecstasy que l'on croise dans l'album "Histoire de Melody Nelson" dont Serge reprend l'écriture après quatre mois dans les Balkans. La pochette intérieure de Melody Nelson fait découvrir un Gainsbourg new look avec les cheveux plus longs et une barbe de deux jours. Sa compagne y est pour beaucoup... Jane : "Je lui ai acheté sa première paire de Repetto dans un panier de soldes et je l'ai supplié de laisser pousser ses cheveux. Idem pour sa barbe, j'aime bien les gens mal rasés parce qu'ils ont l'air d'avoir besoin de quelqu'un. Et puis je pensais que ça sculptait les os de son visage de jolie manière. Quand il était rasé je le trouvais trop lisse, il avait un air Oscar Wilde que j'aimais moins." A la rentrée, arrive en librairie "Le Guide Juif de France" dans lequel on peut lire à propos de celui qui, quelques mois plus tôt, a échangé la petite clef qu'il portait autour du cou pour une étoile de David achetée chez Cartier : "Tour à tour insidieux et insinuant, doucereux et provocateur, ce nonchalant au visage de traître triste s'est réservé une place à part dans le monde du show business. Serge est presque sage dans les jours qui suivent son infarctus, d'autant qu'on lui diagnostique un début de cirrhose. Dégaine sauvage, cheveux hirsutes, chemise et blouson informes et barbe de trois jours. Dans un magazine de charme, Serge met en scène une très jolie photo de Jane, Kate et Charlotte, nues toutes les trois, accompagnée de ce "Poème pour trois beautés" : Loisirs : Java. Sports : Nada. Passe-temps : Nana. Alcools : Tafia. Plats : Abats. Restaurant : Lucas (Carton). En avril 1974, comme Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud ou Mireille Mathieu, Serge appelle à voter Giscard d'Estaing aux élections présidentielles. Au magazine "Absolu", il explique peu de temps après : "Si j'ai soutenu Giscard, c'est pour des raisons avouables. Je n'ai aucune sympathie pour Mitterrand. Il s'est mouillé dans le passé dans des positions trop équivoques. Depuis longtemps, j'avais repéré Giscard d'Estaing comme une homme intègre et brillant. C'est tout. Je dois ajouter qu'il y avait pas mal de provocation volontaire dans mon choix, chose que je n'avais plus faite depuis longtemps". Plus tard, il justifiera son geste en le qualifiant de dadaïste, avant d'avouer tout simplement : "J'ai fait une connerie". On ne reverra son nom au bas d'une pétition qu'en 1990, contre le Front National. Dans "Lui", Serge met en scène Jane pour une série de photos pour lesquelles elle pose en bas noirs et escarpins à talons hauts, menottée aux montants du lit métallique. En janvier 1977, Serge et Jane sont invités au Festival d'Avoriaz au cours duquel est primé le "Carrie" de Brian de Palma. Publié en mai 1978, le disco "Sea sex and sun", fait un joli score dans les night-clubs et en radio. En novembre, le titre connaît une seconde carrière lorsque Patrice Leconte l'adopte pour le film "Les Bronzés". En juillet 1978, décès de la chienne Nana. Serge pleure toutes les larmes de son corps et s'endort sur le coussin favori de l'animal. Un jour, Serge tourne pour la télévision, à la SPA, dans le quartier des animaux condamnés à mort. Tout à coup il aperçoit un chat de gouttière, un pauvre matou tigré, miteux, avec une oreille cassée et ravagé par le coryza. Il l'adopte. Personne n'en voulait à cause de son oreille miteuse, c'est évidemment ce qui a séduit Serge. A la rupture, les filles l'emmenèrent et il vécut chez Jane jusqu'à la fin des années 80...Interviewé par "Best", il affirme se sentir en porte-à-faux vis à vis de la nouvelle génération, tout en étant ravi de ce qui se passe avec le groupe rock Bijou, qui vient de faire appel à lui pour un duo et un nouveau titre. Ses 20 ans de carrière le minent, tout comme les ventes pourtant excellentes de « Sea sex and sun », parce qu'il est convaincu que la chanson est merdique ! Pour la couleur musicale de son prochain album il n'a pas d'idée, sinon celle de demander au groupe Bijou de l'accompagner, tout en se disant que ses moyens vocaux sont trop limités pour lutter avec l'électrification des guitares et la batterie. En revanche, il a déjà la photo pour la pochette, signée Lord Snowdon, prise dans le désert de Nubie. A "Elle" : "Ça fait trente ans que je prends des barbituriques pour dormir. Sans cela, je rêve, je gamberge, je me raconte des histoires." Au "Monde de la Musique" : "Les tireurs d'élite n'auront jamais que du talent tandis que le génie visionnaire, ignorant les cibles immédiates et autres disques d'or et pointant son arc vers le ciel selon les lois d'une balistique implacable, ira percer au coeur les générations futures. On dit que Marlon Brando se mettait des boules Quiès pour ne point entendre ses partenaires et qu'ainsi isolé, tétanisé par son auto-admiration, son jeu gagnait en intensité dramatique. Peut-être devrais-je en faire autant. Mais comment savoir alors si je plais toujours aux mineures ?" Le matin du concert avec Bijou, qui voit Serge remonter sur scène pour la première fois depuis treize ans, Vincent Palmer, guitariste du groupe, va le chercher rue de Verneuil, en Renault 5. "Il était pétrifié par le trac et a vidé quelques verres pour se donner du courage. Quand il s'est accroché au micro, les mômes sont devenus fous, ils n'en pouvaient plus. Pendant une heure, après ça, dans les loges, Serge est resté comme hébété à répéter : "J'le crois pas, j'le crois pas"." Au lendemain du succès de "Sea, sex & sun", alors qu'il se prépare à publier l'album reggae "Aux armes et caetera", Serge déclare au quotidien "Libération" : "Cet été j'ai fait un truc disco, pour le blé. C'était cynique. Je préviens l'attaque parce que chaque fois que je parle de blé, on me traite de cynique. "Aux armes et cætera" triomphe dès sa sortie en 1979. Il a entre-temps entamé avec le groupe Bijou une série de concerts. Ensemble, ils mettent au point une version musclée de "Relax Baby Be Cool et de "La Marseillaise" pour laquelle les bijous (sic) remplacent les I-Three, choristes de Bob Marley qui l'accompagnent sur le disque enregistré à Kingston ! Puis Serge invite Bijou à la télé. Je pense que l'épisode a marqué pour lui un tournant. Une sorte de passage vers la nouvelle génération. Gainsbourg : "Ces concerts ont déclenché quelque chose d'extrêmement important : les gosses m'ont fait une ovation... Il ne fait aucun doute que c'est Bijou qui a provoqué mon envie de remonter sur scène." Jacky Jakubowicz (attaché de presse) : "C'était magique, il voulait faire une tournée avec le groupe, il était acclamé comme jamais. "French Rock Mania", c'était en juin 1979... Six mois plus tard, il faisait le Palace avec ses rastas." Par la suite, Gainsbourg fait encore appel à Bijou pour l'enregistrement des bandes originales de "Tapage nocturne" (de Catherine Breillat) et de "Je vous aime" (il insista auprès de Claude Berri, réalisateur et producteur, pour que Bijou incarne le groupe accompagnant Gérard Depardieu qui interprète un personnage de rocker). Michel Droit écrit dans le "Figaro Magazine" un texte nauséabond à propos de "La Marseillaise" reggae de Gainsbourg. Serge répond dans Le Matin Dimanche : « Puissent le cérumen et la cataracte de l'après-gaullisme être l'un extrait et la seconde opérée sur cet extrémiste de Droit, alors sera-t-il en mesure et lui permettrais-je de juger de ma "Marseillaise", héroïque de par ses pulsations rythmiques et la dynamique de ses harmonies, également révolutionnaires dans son sens initial et rouget de lislienne par son appel aux armes ». Lucien Ginzburg dit Serge Gainsbourg Concerts au Palace, c'est le royaume nocturne d'une jeunesse mondaine, branchée, à laquelle se mêlent les lecteurs de "Rock & Folk" et "Best". Serge souhaite que le public soit debout. Tous les soirs, radieux, Gainsbourg reçoit dans sa loge célébrités, nymphettes et parasites. Les parachutistes, excités par Michel Droit, ont réussi à faire annuler le spectacle prévu à Marseille. A Strasbourg, les choses s'annoncent mal ("La Marseillaise" est pourtant née dans cette ville). Un colonel avait demandé au maire d'intervenir pour que l'hymne national version reggae "ne soit pas chanté, faute de quoi nous nous verrions dans l'obligation d'intervenir." Un correspondant appelle la police pour annoncer qu'il va y avoir du grabuge. Pourtant, ni le préfet, ni le maire ne cèdent aux menaces. Le concert a lieu Hall de Wacke. Le matériel est monté sans problème. Avec le public est entré une soixantaine de paras qui ont acheté leur billet. Leur plan : occuper les premiers rangs et intervenir dès que Gainsbourg entamera l'hymne national. Ils distribuent des tracts tricolores sous les quolibets des jeunes. Les musiciens jamaïcains sont pris dans une galère qui ne les concerne pas. Ils n'ont qu'une envie, quitter la ville. Serge décide d'affronter la salle seulement flanqué de Phify, son garde du corps occasionnel. Phify : "Gainsbourg m'a dit : "Je vais chanter la vraie Marseillaise". Je l'ai accompagné sur scène, lui ai tenu le micro. J'ai trouvé ça très grand, émouvant. Les paras, en entendant l'hymne national, se sont levés, au garde-à-vous, comme des andouilles. Ils n'étaient d'ailleurs pas vraiment dangereux, ils avaient l'air plus cons qu'autre chose. Heureusement qu'il y avait les cars de C.R.S. pour les aider à sortir, mais ils n'ont pas pu éviter les crachats de la foule. Serge est revenu dans sa loge en larmes, il était enragé. Mais il avait prouvé qu'il en avait." Les téléspectateurs voient Serge, bouleversé, le poing levé, hurlant : "Je suis un insoumis qui a redonné à "La Marseillaise" son sens initial ! Je vous demanderai de la chanter avec moi !" Commentaire du colonel : "Gainsbourg est un homme très intelligent, qui s'est révélé un merveilleux tacticien." Sur les murs, partout en France, Gainsbourg, ou plutôt son double médiatique, Gainsbarre, s'affiche en costume, illustrant le slogan publicitaire : "Un Bayard ça vous change un homme - n'est-ce pas Monsieur Gainsbourg ?". Paraît ensuite son conte parabolique, "Evguénie Sokolov". Gallimard a patienté sept ans pour quatre-vingt-dix pages de sensations fortes. Sophistication de l'écriture, rigueur du style, richesse du vocabulaire, humour de pétomane dévastateur ; étrange objet littéraire. Répondant à "Art Press", Gainsbourg se défend : "Le seul rire qui pourrait s'échapper à la lecture de mon livre serait un rire nerveux, parce que mon propos est tragique à l'extrême. "Evguénie Sokolov" est une autobiographie prise au grand angle, c'est-à-dire avec distorsions, distorsions atroces qui peuvent rappeler la manière de Francis Bacon. Mon attitude par rapport à la littérature est parallèle à celle que j'avais du temps où je peignais, mes intentions sont pures. Ce bouquin m'a demandé six années de travail. J'ai pris des notes assez sérieuses, j'ai fait des recherches à la faculté de médecine, j'ai fait l'acquisition de quelques ouvrages scientifiques. Ce n'est pas n'importe quoi, tout est précis et fort structuré." Une nuit de mi-septembre 1980, Jane quitte Serge en emmenant Kate et Charlotte. Elle ne retrouve plus le Gainsbourg qu'elle aime derrière son double alcoolisé, Gainsbarre. Sur Europe, il confesse : "Cela fait des mois que je pleure des larmes brûlantes, de vraies larmes. Je n'ai jamais été aussi malheureux qu'aujourd'hui. Je suis un romantique, c'est pourquoi je suis blessé. Je suis désespéré. C'est très difficile. Moi, je suis un gamin, un gamin qui a beaucoup souffert, mais un gamin." En novembre 1981, sort son second album reggae, "Mauvaises nouvelles des étoiles." "Rock & Folk" évoque un album mystique, où Serge parle de Dieu et de sa mort, où il se crucifie. "Il y a quelqu'un en France qui écrit ses "Fleurs du mal" et qui ne s'appelle pas Baudelaire" déclare Patrice Blanc-Francard. Le Monde de la Musique renchérit : "Entre Bacon et Picabia dans sa période Monstres." Libération : "L'album le plus fumiste - et partant, le plus fameux, peut-être - de sa carrière. 100 % reggae. 100 % pathétique. 100 % émouvant. 100 % provocant. 100 % magistral. Du Gainsbourg, plus cynique et élégant que jamais, plus urgent et plus " par-dessous-la-jambe " aussi." Suite à une crise de délirium tremens, Serge est au 13 heures arborant un oeil au beurre noir et une arcade sourcilière explosée. En décembre, au journal de 20 heures, à propos de la question polonaise, Serge déclare, en cinq mots cinglants : "Les Soviétiques sont des enculés." Le 13 décembre, en guise de revanche sur Michel Droit, il achète un peu plus de 130.000 F un manuscrit de "La Marseillaise", autographe de Rouget de Lisle, aux enchères à Versailles. Il y tenait d'autant plus qu'à chaque refrain, on lit clairement « Aux armes et caetera ». Fin saoul, Gainsbourg participe début 1982 à "Droit de réponse", que Michel Polac consacre à la mort de Charlie Hebdo. Des incidents se produisent en coulisses puis l'émission tourne rapidement à la foire d'empoigne et à la bagarre. Des chaises volent, tout comme les gros mots et les injures. Le lendemain, Michel Polac présente ses excuses au Journal de 13 heures. Le torchon d'extrême-droite "Minute" se déchaîne et publie l'adresse de Gainsbourg. Le 9 janvier, une bombe fumigène est lancée rue de Verneuil. En 1982 toujours, le mensuel de charme "Playboy" publie des photos prises par Bettina Rheims montrant Gainsbourg travesti, en tailleur Chanel, jambes gainées de bas accrochés à un porte-jarretelles, formant couple avec l'énorme Phify. Serge collabore à l'album "Play blessures" d'Alain Bashung. Bashung : "Je le retrouvais vers 15 heures chez lui, il avait tout juste fini de ne pas se raser, et on attaquait à la vodka-Ricard. C'est vrai, pourquoi mettre de l'eau, la vokda a la même couleur... Il avait un autre truc génial, la tequila rapido : 1/3 tequila, 2/3 champagne. Tu mets une serviette sur le verre, tu tapes dessus pour que la mousse se barre et après, cul sec. Ca fait l'effet d'une bombe. On travaillait jusqu'à minuit, puis on allait faire la foire." Novembre 1982, "Play blessures" est expédié chez les disquaires sous une splendide pochette signée Jean-Baptiste Mondino. Il est invité par Philippe Manoeuvre à l'émission "Sex Machine", dans le cadre des "Enfants du rock" sur Antenne 2. La règle veut qu'à chaque émission soit proposée une nouvelle version du célèbre standard de James Brown. Pour accompagner Serge, on a engagé le groupe punk Gogol Ier et La Horde. Gogol : "Après l'enregistrement, on a interprété le morceau en play-back et en public devant les caméras de Jean-Louis Cap, c'était une manière pour nous de concrétiser un rêve, on jouait avec notre idole... Serge était déjà très allumé avant de monter sur scène, puis il y a eu des fans dans le premier rang qui l'ont énervé, en particulier une fille déchaînée qui lui tirait le bas du jean. Il en a eu marre, il a voulu lui mettre un coup de pied mais il a trébuché et il est tombé dans la salle en se fracturant un pied. Malgré cela, blindé par l'alcool, je suppose, il a continué sa prestation avec le pied fracturé, ce qui était vraiment un exploit, sauf qu'à la fin, entre le coma éthylique et le pied cassé, il a fallu l'emmener en ambulance." Serge confie : "Je suis fauchman, dans le rouge. C'est un scoop ! Le socialisme m'a fauché ! 60 briques ! Ponction lombaire, un racket ! Boooof, je m'en fous, je vis au jour le jour. Mais sur un autre pied." Pour les "Enfants du Rock", Gainsbourg réalise bientôt deux clips de Marianne Faithfull. A la même époque, il participe au premier numéro de "L'Impeccable" que Philippe Manoeuvre et Jean-Pierre Dionnet consacrent à la bande dessinée dans le cadre des "Enfants du Rock". Le 11 mars 1984, scandale sur TF1 : pour démontrer ce que lui ponctionne le fisc, Serge brûle en direct un billet de 500 F à l'émission "7 sur 7" devant quelques millions de téléspectateurs outragés. Pour Renaud, Gainsbourg réalise le clip de "Morgane de toi", au Touquet. Entre Gainsbourg et Thomas Dutronc, 11 ans, fils de Françoise Hardy et Jacques Dutronc, une complicité s'installe. En avril 1984, à Manhattan, où il loge pour enregistrer "Love on the beat", Serge se sent bientôt comme un poisson dans l'eau. Après les longues séances chez Billy Rush, il découvre les restaurants de Chinatown, la soul-food des Afro-américains près de Harlem, et les sandwiches triple-decker au pastrami, à la langue et au corned-beef dans les delis [traiteurs] du quartier juif. Le photographe William Klein est chargé de la pochette de "Love On The Beat".William Klein : "Vers 3 heures du matin, Serge m'appelle pour m'annoncer que pour la pochette il veut être une gonzesse. Je lui réponds : "Formidable, on va faire une vieille poule affreuse." Et il m'explique que je n'y suis pas, qu'il veut être "très belle", qu'il va s'arrêter de boire pendant quinze jours pour faire disparaître les poches sous les yeux, qu'il va se coller les oreilles... " "Il était piégé : y avait de la part du public une attente détestable de l'écart qu'il allait forcément faire, du dérapage qui allait se produire, au lieu d'être attentif à ce qu'il disait, à ce qu'il écrivait. Il était en état de dérision et de provocation permanentes, en particulier quand il avait en face de lui des animateurs de télévision." Serge au mensuel gay GPH : "L'homosexualité est un a priori ; c'est rejeter l'autre sexe. Mais comment peut-on expliquer que j'ai eu tout le long de ma vie, de mon trajet, de mon parcours de combattant, des vertiges homosexuels et que je sois toujours en train de baiser des gonzesses ?" Au mensuel rock "Best" : "Ce sont les rupins qui me haïssent. Pour eux je suis un anar, drogué, dégueu. C'est pas vrai, je fume et je bois, mais les seules lignes que je prends sont les lignes aériennes. Je me rase soigneusement tous les trois jours et je me nettoie tous les orifices. Je veux bien qu'on m'oublie le lendemain de ma mort, j'en ai rien à cirer. Se survivre c'est une notion dépassée, romantique, c'est fini tout ça. Je suis resté très adolescent en face des medias, je ne suis pas blasé, j'adore ça, j'aime cet impact, parce que je suis un tireur d'élite : j'envoie ma bastos et j'aime bien voir quand elle touche sa cible. Je suis prêt à tout, je suis une putain de luxe, une pute qui prend son pied." La veille du "Jeu de la vérité", début juin 1985, sur TF1, Serge se confie au Matin : "Qu'est-ce qui me reste ? Rien du tout. J'ai perdu toutes mes gonzesses, et ma maman. Perdre sa mère, c'est perdre sa jeunesse." Même si "Love on the beat" lui vaut un disque de platine, il a peur des questions du public, se méfie du contrecoup de l'affaire du billet brûlé. Il arrête de boire une semaine avant l'émission. Patrick Sabatier : "Il savait très bien qu'il allait se retrouver seul face à dix millions de gens, il n'avait rien d'un type halluciné faisant n'importe quoi, il savait très bien où il allait.". Coup de théâtre, démagogie élégante, il signe un chèque de 100.000F à Médecins Sans Frontières. Pour une majorité de téléspectateurs hostiles, il redevient généreux, respectable. Début juillet 1985, les murs de Paris se couvrent d'affiches 4 x 3 avec la photo de "Love on the beat" sur fond de drapeau tricolore et ce slogan : "Fête nationale du 14 juillet : Monsieur Gainsbourg respecte les traditions". Parallèlement, dans la presse, des encarts lancent la location pour ses concerts à partir du 19 septembre au Casino de Paris en précisant : "140 F devant, 110 F derrière"..."Lui" propose un reportage intitulé "Le sado-masochisme de Serge Gainsbourg", montrant Serge torse nu et Bambou nue. On y apprend qu'il paie 1.900.000 F d'impôts. Le 19 septembre, Yves Mourousi reçoit Gainsbourg au 13 heures. Jack Lang lui a offert le matin même la croix d'Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres. Serge en est extrêmement fier : il aime les traces tangibles du succès. Au Casino de Paris, le rideau de scène s'ouvre comme la fermeture à glissière d'un blue-jean. Un cascadeur déguisé en Gainsbarre tombe du haut du grand escalier ; ricanant, le vrai Gainsbourg rentre alors d'un côté de la scène, sous une ovation. Après le Casino, Serge entreprend un périple baptisé "C'est ma tournée !" qui écume la province. Son chef d'orchestre s'en souvient : "Avec lui c'était toujours "firstclass " sinon rien : il nous invitait dans les meilleurs restaurants, il nous couvrait de cadeaux." "Il ne buvait pas une goutte, ayant bien compris que pour faire deux heures de spectacle, il ne pouvait pas se permettre, et grâce à cet état d'esprit nous avons fait une tournée magnifique." Michel Drucker : "Gainsbourg a touché, au cours des dernières années, la France profonde, celle de Coluche, parce qu'il avait ce côté clownesque qui plaît aux blaireaux. Mais il n'a jamais cessé de séduire les gens plus exigeants, l'élite intellectuelle." "Putain de musique ! pour un Putain de film !" aboie la campagne de pub au moment où "Tenue de soirée", le nouveau film de Bertrand Blier, dont Serge a fait la musique, triomphe en salle, fin avril 1986. Gainsbourg est l'invité d'honneur de "Champs-Élysées", l'émission de Michel Drucker. Tout se déroule normalement jusqu'à l'arrivée de la chanteuse américaine Whitney Houston à qui Serge déclare, en direct, devant des millions de téléspectateurs, qu'il a envie de la baiser...Serge est contacté par Nicola Sirkis, du groupe Indochine, pour tourner le clip de "Tes yeux noirs". Nicola Sirkis : "Je voulais retrouver l'ambiance du film "Je t'aime moi non plus", mais ça ne s'est pas du tout passé comme ça." Sirkis espère un clip plutôt sexe et underground. Il est surpris que Serge installe le groupe dans une gare, avec des collégiens pour figurants. Nicola : "Helena Noguerra devait symboliser les " yeux noirs " de la chanson. Gainsbourg lui demandait de bouger ses fesses, elle a craqué en coulisse. Je ne sais pas pourquoi il y a une fille qui tombe à la fin du clip, je n'ai jamais très bien compris." En juin 1986, pour la Seita, Serge est l'invité d'honneur de la conférence de presse pour le lancement des nouvelles cigarettes Gitanes (blondes). Dans un état approximatif, il ânonne quelques aphorismes de Lichtenberg. Aux obsèques du journaliste et nightclubber Alain Pacadis, le 15 décembre 1986, au Père Lachaise, isolé et livide dans sa Rolls, Serge est venu avec une poignée d'orchidées noires. A "Apostrophes", fin décembre, sur Antenne 2, c'est le fameux débat où l'on voit Gainsbourg affirmer que la chanson n'est qu'un Art mineur, ce qui offusque Guy Béart. Des insultes sont échangées. Aucun des deux n'en sort grandi. Au Printemps de Bourges, Gainsbourg filme son ex-compagne pour FR3. Suivi d'un cadreur caméra à l'épaule, il joue au journaliste. On voit le film quelques temps après, documentaire de 52 minutes : Gainsbourg dans la loge de Jerry Lee Lewis, interviewant Ray Charles, accueillant François Mitterrand... Dominique Blanc-Francard : "Nous avons mixé "You're Under Arrest" dans un studio de Pigalle. Comme le mixage ne l'intéressait pas, il partait faire la tournée des bars à putes pour boire des coups. A chaque fois il revenait avec deux prostituées et deux CRS. Il voulait leur faire écouter les nouvelles chansons à fond, "double titan" ! Il négociait ensuite les écussons des flics, il avait une cote terrible avec eux, il passait son temps à déconner et quand on ne voulait pas le suivre dans ses délires, parce qu'on avait du boulot, il se plaignait comme un gamin." Lors des interviews qui accompagnent "You're under arrest", Serge déprime, semble toucher le fond ; il n'en peut plus, physiquement et psychologiquement. Gainsbourg : "L'idée du bonheur m'est étrangère, je ne le conçois pas donc je ne le cherche pas. Mon plan est un plan de mec, une recherche de la vérité par injection de perversité. Je ne cherche qu'une seule chose, la pureté de mon enfance." Le 12 décembre, une émission spéciale lui est consacrée par "Les Enfants du Rock" sur France 2. Il y est interviewé par Etienne Daho et interprète cinq chansons de son album. Sur scène, devant dix mille spectateurs - le public est globalement beaucoup plus jeune que celui du Casino de Paris, Serge est en extase, il est tout sauf blasé. Dans les loges, les stars viennent le saluer, Catherine Deneuve, Johnny Hallyday, Robert Charlebois, Renaud, Jean-Paul Belmondo, etc. Dans une interview publiée dans "Vogue", Bambou décrit la garde-robe de Serge : "Aux pieds, il portait des Repetto blanches ou noires avec son smoking. Pas de chaussettes avec les blanches, des chaussettes noires avec les noires. Pas de caleçon, pas de slip, il n'aimait pas les pansements. Une montre Rolex ou la plus petite montre Cartier. Aux doigts, l'alliance de Jane, l'alliance de Bardot, et cinq alliances que je lui avais offertes, en platine. Un bracelet saphir et diams. Autour du cou, un petit coeur en saphir. Une vingtaine de jeans, quelques-uns gris de chez Hémisphères. Les jeans coupés en bas aux ciseaux, pas d'ourlet. Des chemises kaki, une chemise Lee Cooper, des chemises blanches, tee-shirt en vacances. [...] Le savon, c'était Guerlain. Le parfum Van Cleef & Arpels. Un pull marin donné par un mousse sur Le Duplex, une veste en cachemire bleu marine avec des boutons d'argent faite par un tailleur que lui avait présenté Lagerfeld. Une veste punk venant des Puces de Portobello, son smoking Saint-Laurent, un Perfecto en jean que je lui avais offert et un autre en peau de serpent. Des boutons de manchettes saphir et platine." En tournée, dans l'autobus, les hôtels, les loges, Serge et Billy se livrent à leur jeu favori, les échecs. Chaque fois que Serge gagne, il est fou de joie. Durant les derniers jours de mai 1988, Gainsbourg donne des concerts au Japon, deux à Tokyo, un à Osaka. Vue qui baisse, cirrhose, incidents cardiaques, douleurs, problèmes d'impuissance, Serge, voûté, marche avec une canne. L'alcool le fait grossir, on ne compte plus ses crises de delirium. Bambou le convainc de partir quelques jours au Portugal, au mois d'août 1988. A la rentrée, la descente aux enfers se poursuit. A part à "Mon zénith à moi" que présente Michel Denisot sur Canal+, les apparitions de Serge à la télévision sont désastreuses. Quand il vient présenter le clip de "Mon légionnaire" à "Nulle part ailleurs", nombreux sont les fans qui trouvent sa marionnette des Guignols plus drôle que l'original. Le clip, signé Luc Besson, met en scène Gainsbourg coiffé d'un chapeau et flanqué d'un gamin photogénique et des danseurs agités. Pour le distraire de son spleen, Serge compte sur ses amis Jacques Wolfsohn ou Jacques Dutronc, et même sur Thomas, fils de ce dernier, bientôt 16 ans. Thomas Dutronc : "Un jour qu'il venait de s'acheter des nouvelles enceintes, nous avions écouté "Love Me Tender", par Elvis Presley, à fond les manettes. Il me disait qu'il avait toujours rêvé d'écrire une chanson aussi simple et aussi belle. Puis on avait écouté "In The Ghetto" et il avait pleuré." En résumé, depuis 1979, ce n'est qu'une chute dans l'enfer éthylique. Il lui arrive de tomber dans le coma. Les sympathiques éléphants roses sont remplacés par visions d'horreur. Parfois, il entre à l'hôpital, de son plein gré, puis il entame une psychanalyse. En janvier 1989, il est hospitalisé cinq fois d'affilée. Les médecins lui annoncent que s'il continue, la cécité l'attend. En avril, ils décident de l'opérer. Juste avant, Serge enregistre avec son Guignol des sketches qui seront diffusés durant son hospitalisation. Pour annoncer l'album enregistré au Zénith, il s'invite encore au journal de 13 heures d'Antenne 2 puis, avril 1989, sur la même chaîne, dans "Lunettes noires pour nuits blanches" de Thierry Ardisson. Il se livre à une auto-interview : "On est cernés par les cons. D'ailleurs toi le premier, Gainsbarre, et je t'emmerde !" L'opération a lieu le 11 avril 1989, pendant plus de 6 heures. Nouveau sursis. Dès sa sortie de l'hôpital, il est invité à "Nulle part ailleurs" : bouleversant, souriant, ricanant, l'élocution parfaite, l'esprit vif, l'oeil pétillant, Serge raconte son séjour à l'hôpital Beaujon de Clichy, dans le service de chirurgie digestive du professeur Fékété, où l'on a pratiqué l'ablation de deux tiers de son foie visant à éliminer une tumeur. Gainsbourg : "Quand je me suis réveillé après l'opération j'avais des tubes partout. En voyant tous ces fils, émergeant de l'anesthésie, j'ai eu un réflexe insensé : j'ai demandé : "On est sur scène ? Soundcheck ! C'est bon ? Où sont mes musicos ?" Je me croyais au Zénith !" En septembre 1989, sort l'intégrale Gainsbourg. La publicité, provoc, affirme : "Gainsbourg n'attend pas d'être mort pour être immortel !" Un nouveau malaise cardiaque l'oblige à passer 48 heures en observation à l'Hôpital Américain. En vérité, depuis le tournage de son quatrième et dernier film, "Stan The Flasher, Serge s'est remis à boire, contre l'avis-ultimatum des docteurs. A Jean-Luc Leray de France-Culture : "La gloire a détruit mon âme, mon conscient et mon subconscient. C'est une dualité terrible de se concentrer sur soi-même et sur son non-être, c'est-à-dire le mec et le showman... Enfin je pense que j'aurai assez de conscience pour ne pas me faire bouffer par moi-même. C'est un métier extrêmement cruel parce qu'il faut livrer son âme, les faux culs ne tiennent pas la route... Et la sincérité coûte très, très cher." "Ici cogite une âme slave" dit l'un des graffitis qui, par centaines, ornent désormais la façade rue de Verneuil. Serge écrit ensuite "White And Black Blues" pour Joëlle Ursull qui, au printemps 1990, participe au Grand Concours Eurovision de la Chanson. Le 1er mars 1990, pour son anniversaire, Serge invite Bambou au restaurant, comme il fera encore un an plus tard, la veille de sa mort. Chez Maxim's, il lui offre une montre Cartier qu'il a achetée le jour même, en même temps qu'un autre bijou destiné à Vanessa Paradis. Parfois, Serge raccompagne Charlotte chez Jane, question d'avoir un prétexte pour passer cinq minutes avec elle. En fait, il reste deux ou trois heures, ils se mettent à se raconter leurs souvenirs. Vanessa Paradis est ravie : Serge lui écrit tout un album ! Gainsbourg et sa nouvelle Lolita se parlent ensuite beaucoup au téléphone. "Je n'oublierai jamais les mois passés avec Serge. Je regrette de ne pas lui avoir dit à quel point je l'admirais, à quel point il était unique. Je regrette de ne pas l'avoir serré plus souvent dans mes bras." Le neveu de Serge : "Lui qui vivait dans le noir, il se retire seul, à la campagne, au vert, alors qu'il déteste ça, et en plus dans un endroit un peu mythique, imprégné de catholicisme. Il y est retourné tout décembre, ne recevant que quelques visites, de Charlotte, Bambou, Lulu et Thomas Dutronc." Au même moment, Gainsbourg fait son entrée dans l'édition 1991 du Petit Larousse. On y lit ceci : GAINSBOURG (Lucien Ginsburg, dit Serge), auteur-compositeur et chanteur français (Paris 1928). Derrière le personnage désinvolte et désenchanté se cache une vive sensibilité. A ses proches, Serge fait remarquer : "Pas mal, mais il manque une date." Fin octobre 1990, il présente Stan The Flasher, en ouverture d'un Festival du cinéma près de Montréal. Il répond aux questions du public à qui il raconte comment, ravi par le travail de son chef-opérateur, il lui a offert une Mercedes. Thomas Dutronc : "Un jour de décembre 1990, il m'appelle de Vézelay et me dit de sauter dans un taxi pour le rejoindre, c'était quand même à 200 bornes... Je me souviens qu'on a mangé du fromage avec des noisettes et du raisin, avec un vin délicieux, puis il m'a fait écouter le remix du "Requiem pour un con" que j'ai trouvé génial parce que j'écoutais beaucoup de rap à l'époque. J'ai fait quelques photos, notamment de sa carte de la Société Nationale des Anciens et des Amis de la Gendarmerie, dont il était membre depuis 1982, de ses lunettes, où son nom était gravé en tout petits caractères, et enfin de sa canne, cette canne qu'il n'avait pas avant... Ensuite j'ai dormi là. Tout cela était un peu tristounet." Le 31 décembre 1990, Gainsbourg offre un feu d'artifice aux habitants de Saint-Père-sous-Vézelay. Mi-janvier 1991, Serge s'envole pour la Barbade, aux Antilles, avec Charlotte. Un matin, Serge tombe, évanoui. Un médecin, remarquant un kyste à la nuque, dit à Charlotte : "Votre père est très malade". Bambou : "A la fin Serge s'est mis bien avec tout le monde, avec ses deux premiers enfants Paul et Natacha, avec Jane et Doillon, il agissait comme quelqu'un qui voulait s'en aller en paix. Mais il nous écartait, Lulu et moi, car il ne voulait pas qu'on le voit souffrir, il fallait vraiment insister, il refusait que je vienne avec Lulu, il se sentait trop mal. Alors je passais à l'improviste, genre : "Je suis dans le coin, je fais des courses avec le petit". J'étais obligée de m'imposer." Une semaine avant sa mort, Serge appelle Thomas Dutronc pour l'inviter à dîner. Thomas : "Je regrette de ne pas avoir pu parler de chansons et de musique avec lui, je n'avais que dix-sept ans à l'époque, mes goûts musicaux étaient assez limités. Les souvenirs que j'ai de lui depuis sa mort sont pleins de tendresse. Je me rappelle que je l'embrassais pour lui dire bonjour et j'adorais sa peau, il avait une peau douce, une peau tendre, qui donnait envie de le prendre dans ses bras, et puis j'adorais son parfum, il sentait très bon. Il était vraiment gentil, d'une tendresse incroyable, je regrette de l'avoir connu trop jeune." Février 1991, "White And Black Blues" de Joëlle Ursull est disque de platine (plus de 500.000 exemplaires vendus). Serge est heureux comme un môme, comme si c'était la première fois. La veille de sa mort, Serge se fait livrer un diamant en forme de coeur, de chez Cartier, qu'il veut offrir à Jane. Le 1er mars, c'est l'anniversaire de Bambou ; celle-ci décide d'inviter Charlotte. Elles le ramènent rue de Verneuil. Bambou : "Le samedi 2 mars, j'ai attendu son coup de téléphone tout l'après midi mais, à 22 heures, j'ai craqué et j'y suis allée. Je n'avais pas les clefs, j'ai tout fait défoncer par les pompiers. Ils sont restés dans la chambre au moins une demi-heure. Quand j'ai vu qu'ils n'appelaient pas le Samu, j'ai compris. Ils m'ont permis de rester seule avec lui cinq minutes. Quand le toubib est arrivé il a constaté le décès, crise cardiaque." Serge est mort nu, il s'était assis au bord du lit et est parti en arrière, vers 15h30. Comme Boris Vian, il avait oublié de prendre sa pilule pour le coeur. Il n'a pas souffert. Vers une heure du matin, la nouvelle de sa mort est annoncée. Les admirateurs effondrés commencent à se rassembler en pleine nuit dans la petite rue de Verneuil, qui est bientôt noire de monde. Le 13 mai 1991, quand Jane, sur la scène du Casino de Paris, chante "Je suis venu te dire que je m'en vais", conclusion d'un concert sublime, l'émotion est insoutenable. François Mitterrand dira de lui : "Gainsbourg est un rebelle. Sa poésie est une arme. Il la lance avec la hargne du désespoir contre toutes les formes du mensonge et de l'hypocrisie. Son oeuvre appartient aux plus hautes lignées de la chanson française." Aux Etats-Unis, certains morceaux de Gainsbourg, y compris des extraits de bandes originales obscures, constituent pour les afficionados du style easy-listening des pièces convoitées. Beck, Rufus Wainwright, Sonic Youth, Hole ou les Dandy Warhols, citent Gainsbourg parmi leurs artistes favoris, ainsi que Pulp, David Holmes, Momus ou Saint Etienne en Grande-Bretagne. Johnny Depp, initié par Vanessa Paradis, devient dans la presse américaine son fidèle ambassadeur. Au Japon, où est publiée la traduction de la biographie écrite par Gilles Verlant, on sort un album hommage par des stars locales, avec des évidences telles "Poupée de cire, poupée de son" ou "Je t’aime moi non plus », mais aussi de titres inattendus comme "La Noyée". Spin et Rolling Stone qualifient Gainsbourg de "Jean Genet de l'heure des cocktails". Pulse, journal gratuit de la chaîne Tower Records, lui consacre une double page sous le titre "A Lush Memory". Fin 1999, l'hebdomadaire américain "Newsweek", consacrant sa couverture aux Stars du siècle, célèbre Gainsbourg aux côtés des Beatles, Dylan et Presley. En décembre 2000, le magazine rock britannique "Mojo" consacre plusieurs pages au phénomène Gainsbourg, annonçant la parution d'un livre, la deuxième biographie de Gainsbourg en anglais, signé Sylvie Simmons.

« Les seuls types en smok' que j'admets sont ceux à qui je peux faire signe pour avoir une autre bouteille de champagne."
- Le snobisme, c'est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet. [...]
- On vous dit sceptique ?
- L'homme a créé les dieux, l'inverse reste à prouver. »

 

Uncle Bill by William B.


 

Au creux de ton bras.

William Burroughs est un fils de bonne famille de la bourgeoisie américaine. Il est le petit fils d'un autre William Burroughs, inventeur d'une machine calculer et fondateur de la "Burroughs Adding Machine company". Burroughs étudie la médecine à Vienne, expérience dont il gardera toute sa vie un goût prononcé pour la chirurgie et les modifications du corps, la chimie du cerveau et les drogues. Il entre à l'université de Harvard pour une licence de littérature anglaise dont il sera diplômé en 1936. Son expérience d'Harvard est résumée au début de Junkie : "J'ai détesté l'université et la ville dans laquelle je vivais. Tout en elle était mort. L'université était un faux décor anglais entre les mains de diplômés de faux collèges anglais" C’est la guerre, la deuxième, la mondiale, et Burroughts survit en s’essayant à tous les métiers : détective privé, dératiseur, employé d’une agence de publicité. Il essaie même d’incorporer l’US Navy, en 1942, mais est rejeté. Fréquentant alors les lieux underground New-yorkais, ceux où la petite pègre croise les artistes méconnus, il tourne le dos à son existence de sage jeune américain et fait des rencontres. Celle de la drogue d'abord. La morphine, puis l’opium [et plus tard, l’héroïne et la cocaïne]. Celle de nouveaux amis ensuite : le poète [gay] Allen Ginsberg lui présente l’écrivain Jack Kerouac en 1944. Ils resteront intimement liés, créant ensemble un mouvement artistique basé sur le refus de l’American Way of Life des sixties, la fameuse Beat generation, contre-culture qui influencera le mouvement hippies des sixties et jusqu’aux punks des années 70. En raison de l'homophobie et des scléroses sociales de l'époque, Burroughs se sépare de sa première femme Ilse Krabbe et épouse Vollmer en 1946 avec le projet de fonder une famille "normale". Leur fils William S. Burroughs Jr. naît en 1947 au Texas [deviendra junkie et mourra en 1981]. Burroughs refuse en bloc l’idéologie dominante du moment. Libertaire, il place l’individu au-dessus des valeurs alors [et toujours] vénérées de nation, de famille et d’argent. Il refuse le capitalisme comme le communisme. Il dévore des romans de science-fiction et s’essaie à toutes les drogues. Premier contact avec la morphine en 1946, puis avec l’héroïne. Il mène dès lors une vie de camé pendant 15 ans, voyageant beaucoup, du Texas à la Nouvelle-Orléans, en passant par Mexico, l’Afrique du Sud, Paris et Londres. En 1953, un soir de beuverie à Mexico, [où il a émigré pour fuir ses ennuis avec la police new-yorkaise] tel Guillaume Tell, il vise le verre que sa femme tient sur la tête, le rate et abat accidentellement Joan d’une balle en pleine nuque. Poursuivit pour homicide involontaire, il s’enfuit alors du pays. On parle aujourd'hui d'accident, bien que certains aient pensé à un meurtre ou à un suicide assisté. [Plus tard, Burroughs reconnaîtra son homosexualité, affirmant que Joan a été la seule femme avec laquelle il avait eu une réelle relation affective.] il échappe à la prison en quittant le Mexique en 1952 puis en vivant des années d'errance : il parcourt l'Amérique du Sud puis l'Afrique du Nord avant de s'installer à Tanger, au Maroc . Cet incident stupide sera son déclic : Burroughs commence à écrire. Son "Junky", sur ses déboires de toxico, est le premier d’une œuvre scandaleuse par ses thèmes [homosexualité, mort, drogue] et par sa forme brute est sans concession. Burroughs fut toute sa vie fasciné par les armes à feu, se détendant en allant tirer des rats ou des poulets lors de virées nocturnes. En 1956, il entame une première cure de désintoxication de son héroïnomanie avec l'aide de John Dent, un médecin londonien. À l'issue du traitement, il emménage au légendaire "Beat Hotel" à Paris où il accumule des masses de fragments de pages manuscrites. En 1958, il débarque à Paris. Avec l’aide de Kerouac et de Ginsberg, il ordonne "Le Festin Nu" et le tape à la machine. D’après la légende, le manuscrit était un brouillon de notes éparpillées qui avaient rebuté tous les éditeurs américains, d’autant que son contenu est, pour l’époque, d’une rare obscénité. L’éditeur français Olympia Press l’imprime en 1959. C’est donc là, en France, que paraît, ce qui sera son plus gros succès : "Le Festin nu". Les fragments devinrent de leur côté les trois épîtres d'une trilogie : La Machine molle, Le Ticket qui explosa et Nova express. Après sa sortie, le Festin nu fut poursuivi pour obscénité par l'État du Massachusetts puis de nombreux autres. En 1966, la Cour Suprême du Massachusetts déclarera finalement le livre "non obscène", ce qui ouvrit la porte à d'autres travaux comme ceux d'Henry Miller (en particulier son Tropique du Cancer), James Joyce (Ulysse), D.H Lawrence (L'Amant de Lady Chatterley ). Burroughs partit pour Londres au début des années 60 où il publia de nombreux petits textes dans des magazines Underground, travaillant dans le même temps sur un grand projet qui fut publié en deux parties : «Les Garçons sauvages» et «Port of Saints». Il fréquenta à cette époque des écrivains tels que Alexander Trocchi et Jeff Nuttall Allen Ginsberg ( 3 juin 1926 - 5 avril 1997 ), poète américain et membre fondateur de la Beat generation. Il retourne à New York en 1970. Il commence alors à s'intéresser à la philosophie occulte du Moyen-Orient, et donne ses premières lectures publiques devant un public enthousiasmé par ses allures de gentleman décadent. Après un débat houleux sur sa violence et sa soi-disant pornographie, "Naked Lunch" paraît aux Etats-Unis, mais il fera l’objet de longues luttes devant la justice et sera même condamné en 1965. Ses romans suivants seront tout aussi provocateurs – sur la forme et sur le fond – comme notamment "La Machine Molle" [1961] ou "Le Ticket qui explosa" [1962]. A la même époque, l’odeur de souffre fait de Burroughs un auteur furieusement tendance et il est de bon goût en 1975 et les années suivantes d’apprécier "Le Festin Nu". L’establishement français dispute l’auteur à l’intelligentsia new-yorkaise : lecture au Centre Pompidou en 1977 et médaille de l’ordre des Arts & Lettres en 1984 [version Jack LANG]. Dans les années 80 (Années 1980) et 90 (Années 1990) , Burroughs commence à attirer de nombreuses icônes de la culture Pop, en particulier les groupes de punk-rock : il enregistrera des morceaux avec notamment Lou Reed , Patti Smith et David Bowie. Il apparaîtra aussi dans le film Drugstore Cowboy de Gus Van Sant, au côté de Matt Dillon, dans le rôle d’un vieil homme vêtu de noir habitant seul un appartement sans fenêtre [presque autobiographique comme rôle !] Il fera également une apparition dans le film "Twister " en 1996. Installé au Kansas, à Lawrence, Burroughs commence à peindre et écrit une dernière trilogie : "Cités de la nuit écarlate" [1981], "Parage des voies mortes" [1987] et "Les Terres occidentales" [1987]. En 1990, sa collaboration avec Robert Wilson et Tom Waits donnera naissance à la pièce Black Rider qui fut jouée la première fois au Thalia Theatre de Hambourg, le 31 mars 1990. Burroughs participa aussi à des enregistrements de ses textes pour Nirvana, R.E.M (Rapid Eye Movement , nom donné à l'étape du sommeil paradoxal durant laquelle les globes oculaires s'agitent rapidement) et Bill Laswell. Burroughs est considéré comme un des écrivains les plus influents du XXeme siècle. Que l'on privilégie ses idées ou sa prose, on ne peut que voir un homme aussi brillant et fulgurant que chaotique et auto-destructeur. Ceux qui l'ont connu le décrivent comme un homme intelligent et calme, s'intéressant à la science-fiction, aux chats et aux armes à feu. Il mourut dans sa propriété de Lawrence (Kansas) le 2 août 1997, de complications liées à une crise cardiaque. Le journal Libération lui rendit hommage le lendemain en lui consacrant sa une, un fusil à la main. Il est mort à l’opposé de la façon dont il avait vécu : calmement, dans le silence, à l’hôpital de Lawrence, après un dernier ouvrage autobiographique. Il collabore avec Kurt COBAIN [le défunt leader de Nirvana] sur "the priest they called him", et la musicienne expérimentale Laurie ANDERSON. On l’aperçoit enfin dans un vidéo clip de U2. Une bonne partie du Festin nu aborde la dépendance de l’auteur vis à vis des drogues dures ce qui a choqué les esprits : nous sommes au tout début des années 60. [Pour sa défense, jamais BURROUGHS ne se fait l’apôtre de la drogue, mais il est vrai qu’il en décrit les bons côtés comme les mauvais.] Expérimental dans la forme, le roman met de plus en application la technique du collage [The Cutup technique, créée par son ami, le peintre Bryon GYSIN], qui n’aide pas à sa lecture... Violent, glauque, poétique parfois, mais d'une poésie sombre, rude, déconcertante... "Le Festin Nu" est sans doute l'un des plus grands textes sur la drogue et ses ravages. Indescriptible... "Le Festin nu" a été adapté au cinéma par David CRONENBERG en 1992. Evitant le piège de la mise en image bête et méchante [de toutes façon quasi impossible dans ce cas], le réalisateur a réussi a capter l’essence des passages les plus marquants de l’œuvre, mêlée à des récits biographiques de l’auteur [sa vie à Tanger, sur un lit, sans bouger, passant ses journées à se faire des fix, la mort de Joan, la dépendance à la drogue].

mardi, octobre 04, 2005

 

Une déviance comme une autre.

Moi des bio à la con ? Pas du tout. "Les loutres d’Europe sont des mammifères qui appartiennent à la famille des mustélidés comme, par exemple, le blaireau et la belette. Il existe plusieurs espèces de loutres : la loutre géante, la loutre de mer, la loutre d’Europe…Ce n’est pas toujours facile de les distinguer mais il existe un bon truc : leur nez ! En effet, chaque espèce a une forme de nez typique, qui ne peut être confondu avec celui des autres. Son nom latin est Lutra lutra. Elle ne vit pas seulement en Europe mais aussi en Afrique du Nord et dans certaines parties de l’Asie. Son poids moyen est de 7 kg et elle mesure jusqu'à 1,10 mètre (dont 37 cm pour la queue). Elle est principalement nocturne. La loutre d’Europe se sent aussi bien dans l’eau que sur la terre ferme. Elle fait sa tanière (qu’on appelle une « catiche » pour les loutres) entre les racines des arbres qui poussent le long des rivières et des fleuves au cours calme. Chaque loutre a son territoire qu’elle marque par de petits tas bien visibles d’excréments. [hummm] Donc, si tu aperçois ces traces, c’est qu’il y a un terrier de loutre dans les environs [ah oui ?]. Parce qu’elle vit autant dans l’eau que sur la terre ferme, la loutre a un corps adapté à ces deux éléments. C’est ainsi qu’elle a des pattes palmées pour pouvoir nager plus vite, mais ces palmes ne sont pas trop développées et elle n’est donc pas gênée quand elle se promène. Les loutres ont une fourrure épaisse, les isolant bien du froid, et elle est imperméable. Ce manteau est bien chaud et a deux couches. En dessous, un poil très fin, dense et laineux, et par dessus, un poil long, lisse et brillant sur lequel l'eau glisse comme sur les plumes d'un canard. Ses vibrisses (ou poils de moustache !) permettent à la loutre de lui renseigner, au moindre frémissement de l'eau où nage une proie, où se trouve un obstacle à éviter. Ses yeux ronds et vifs lui donnent un air intelligent (ce qu'elle est d'ailleurs !) et hardi. Ses oreilles sont petites et se rabattent en plongée. Ses narines se pincent sous l'eau. Le plat préféré de la loutre, c’est le poisson. Mais elle se régale aussi de petits rongeurs et d’oiseaux aquatiques. Ces animaux sont d’excellents pêcheurs qui chassent surtout la nuit. Il arrive que les loutres s’entraident à la chasse et cela, notamment en rabattant le poisson l’une vers l’autre. Les loutres sont très joueuses. Leur jeu préféré ? Le toboggan ! On peut ainsi voir ces petites farceuses grimper en haut de pentes boueuses ou enneigées puis se laisser glisser jusqu’en bas, au comble du bonheur ! Parfois, elles recommencent leur manège pendant des heures d’affilée ! L'accouplement des loutres a lieu dans l'eau, après un joyeux rituel de gambades, de bousculades, de courses poursuites, de fausses bagarres et d'acrobaties étourdissantes. Les jeunes naissent aveugles et incapables de se mouvoir. Il leur faut 2 ans pour être adultes et pour se reproduire. La loutre est menacée… Dans nos régions, la loutre n’a qu’un seul ennemi : l’homme ! Jadis, on les chassait pour leur belle fourrure et aussi parce qu’elles concurrençaient les pêcheurs. Heureusement, la chasse est aujourd’hui interdite mais la loutre reste, malgré cela, toujours menacée chez nous. Parce que la plupart des cours d’eau sont pollués, la loutre ne trouve plus suffisamment de poissons pour s’installer le long des berges et manger à sa faim. En plus, les berges de nombreux cours d’eau ont été bétonnées, les arbres n’y poussent plus et les loutres ne peuvent donc plus y installer leur catiche. En fait, lorsqu'il y a des loutres dans les rivières, c'est que celles-ci sont en bonne santé : pas polluées, les berges intactes…on peut dire alors que la loutre est un indice de bonne santé du milieu. Que fait le WWF ? En Belgique, dans les années 1990, le W.W.F a mené une grande campagne de protection des loutres. La vente des pains Panda (un pain que tu peux toujours trouver aujourd’hui dans les boulangeries) a permis de recueillir de l’argent qui a été utilisé pour acheter des terrains le long des cours d’eau où la loutre avait ses habitudes (la Sûre en Wallonie et l’Yzer, en Flandre). On y a replanté ses arbres et arbustes favoris et le petit animal a timidement remontré le bout de son adorable museau. Mais tous les efforts doivent continuer car la loutre est toujours extrêmement rare en Belgique. En fait, toutes les espèces de loutres sont menacées au international, les loutres sont protégées et leurs populations toujours étroitement surveillées". Trouvé ça sur un blog "la passion des loutres"....Y a vraiment des psychos…

 

Je te ramones ?

Les groupes branchouilles, prout-prout-shalala me cassent les couilles. Il est de bon ton d’adorer Arcade fire, de vénérer the editors, de kiffer the subways, the rakes et autres the Bravery, toute une tripotée de groupes à la con pour être super fashion, et étonner tout le monde lors de soirées doigts-dans-le-cul pitoyables où tu fous tous le monde sur le cul avec un « moi, j’écoute Nine black alp tu connais pas ? C’est con, c’est super bien, non c’est vrai j’te jure, carrément excellent, quoi ». J’ai trente ans. Je suis fatigué. Basta. Arrêtons l’hypocrisie. Soyons honnêtes avec nous même. Du court, du vif, du nerveux, du pas fashion. Rien à foutre. L’histoire de Joey & Dee Dee. 30 mars 1974, Dee Dee à la guitare et au chant, Johnny à la guitare et Joey à la batterie, trois jeunes new-yorkais désoeuvrés et passionnés de musique, débarquent aux Performance Studios à New York et s'essaient péniblement à la musique. Après des tentatives peu convaincantes de reprises de leurs idoles, New York Dolls, Who et Stooges, ils se décident à composer leurs propres chansons. Petit à petit, le son du groupe se profile et Dee Dee cède, pour la basse, sa place de chanteur à Joey. La place vacante derrière les fûts sera comblée par Tommy Ramone, un ingénieur du son, ami de Johnny, qui travaille dans ces mêmes studios. Plus tard, les quatre choisissent le nom de Ramones, en hommage à Paul McCartney, et en font tous leur nom de famille afin de paraître plus unis. C'est également durant cette année qu'ils se produisent pour la première fois en public, devant une vingtaine de personnes, à New York Les Ramones décrochent un engagement dans le club new-yorkais CBGB's où ils se produiront une fois par semaine dans des shows de moins de vingt minutes où ils ne disent pas un mot et jouent une vingtaine de chansons. Ils y côtoient le gratin de la nouvelle scène new-yorkaise underground, Patty Smith, Blondie ou encore Talking Heads. Même si elles n'attirent pas les foules, leurs prestations trouvent un certain écho dans la presse spécialisée américaine et britannique, ainsi qu'auprès des intellectuels new-yorkais, comme l'artiste pop Andy Warhol. Les critiques restent divisées ; d'un côté, l'on parle d'un "gag dont tout le monde se lassera très vite", et, de l'autre d'un des groupes les plus révolutionnaires de toute l'histoire du rock". Les Ramones trouvent également, en la personne de Danny Fields, un journaliste rock s'étant naguère occupé de MC5 et des Stooges d'Iggy Pop, un manager entièrement dévoué à la cause de leur rock minimaliste. Mais le paysage du rock américain est complètement bouché par le rock'n'roll pompeux du Top 40 et n'offre pas de place pour un concept aussi révolutionnaire. A ce stade, le groupe possède déjà une vingtaine de compositions originales. Les Ramones passent pour la première fois en studio afin d'y enregistrer la démo de Judy is a punk, mais cet enregistrement, sera rejeté partout, sauf chez le petit label indépendant Sire Records. A peine deux semaines plus tard, le premier album, Ramones, sort dans les bacs. Il contient treize chansons, pour une durée totale de trente minutes. 5000 copies s'en vendent en une semaine, mais il ne dépassera pas la place 184 du Top 40, ne sera programmé sur aucune radio et constitue finalement un échec commercial. Pourtant, les critiques, bien que toujours aussi divisées, sont dithyrambiques. Parallèlement, les Ramones commencent à tourner en dehors de New York, où l'accueil réservé au groupe va du jet de bouteilles à l'enthousiasme général. Juillet 1976, les Ramones franchissent l'Atlantique pour une série de concerts en Angleterre, où leur premier album est en tête des ventes import. D'un seul coup, ils se retrouvent en face de foules de 2000 personnes entièrement acquis à leur cause, incluant les futures figures majeures de la scène punk anglaise, Johnny Rotten, Joe Strummer, Sid Vicious, ... tous fans du quartette new-yorkais. En octobre de la même année, les Ramones débutent déjà l'enregistrement d'un nouvel album. Ce nouvel opus, intitulé Ramones Leave Home, sort en janvier 1977 et est accueilli à nouveau par une presse enchantée. Bien que dans la même veine minimaliste que son prédécesseur, l'album marque une légère déviation vers un punk-bubble-gum directement hérité des Beach Boys. L'un des meilleurs titres de l'album, Carbona not glue, qui évoque le sniff de colle, devra pourtant être retiré au dernier moment par la maison de disque pour analogie avec le fabricant de dissolvant Carbona. Parallèlement à leurs incessantes tournées américaines, les Ramones s'envolent à nouveau vers l'Europe, et totalisent plus de 150 dates au cours de la même année. Quelques mois plus tard seulement, leur nouveau disque, Rocket to Russia est déjà disponible. Il distille, dans la lignée de son prédécesseur, un punk-bubble-gum irrésistible qui sera désormais la marque de fabrique des Ramones. Cette fois, les critiques sont unanimes pour saluer ce qu'ils qualifient du "meilleur album de l'année et peut-être le plus drôle de tous les temps. Par contre, et malgré la distribution quasi mondiale de l'album grâce à leur nouveau contrat avec Warner Bros, le disque se révèle un nouvel échec commercial. Mais le succès des Ramones en tournée est toujours aussi impressionnant, notamment à Londres où ils finissent l'année triomphalement avec un concert mémorable au Rainbow Theatre. Tommy, le batteur originel décide de quitter le groupe car il ne supporte plus le rythme effréné des tournées. Les Ramones auditionnent alors plusieurs batteurs pour lui succéder et choisissent finalement, le batteur des Voidoids de Richard Hell, qui prendra le nom de Marky Ramone. Les Ramones enregistrent un nouvel opus, Road to ruin, qui se détache légèrement des trois premiers albums. Il est en effet le reflet de toutes les frustrations engendrées à la suite de la quasi confidentialité commerciale dans laquelle sont tombés leurs premiers albums ; et il en résulte l'abandon du fameux punk-bubble-gum au profit d'un punk plus radical. Mais l'album contient également une chanson acoustique et une reprise de Sonny et Cher. Les critiques sont divisées ; certaines parlant du "meilleur album des Ramones", d'autre d'un disque qui annonce la fin du groupe". Mais malgré cette tentative d'un album plus commercial, Road to ruin se révèle une fois de plus un échec. Sortie du premier album live du groupe, it’s alive, enregistré à Londres le 31 décembre 1977. Cet enregistrement exceptionnel, produit par Tommy Ramone lui-même, reste probablement aujourd'hui le témoignage le plus fidèle de ce que furent réellement les Ramones sur scène et le meilleur élément de toute la discographie du groupe. Mais c'est sur un autre front que les Ramones vont faire parler d'eux : le cinéma. Le groupe accepte en effet de figurer dans une film Série-B intitulé Rock'n'Roll Highschool, dans lequel ils viennent délivrer de jeunes étudiants rebelles de leurs collège ennuyeux. Pour ce film, les Ramones écriront plusieurs nouveaux titres (dont le morceaux éponyme) qui seront inclus sur la B.O du même nom. Le nouvel album des Ramones, End of the century, est de loin celui qui donnera lieu au plus de polémiques. Le groupe a en effet décidé d'en confier la production au roi de la pop guimauve des années 60, Phil Spector. Mais le perfectionnisme de Spector va se heurter à l'efficacité brute des Ramones et les séances d'enregistrement tournent au cauchemar, Spector menant notamment Johnny au bord de la crise de nerfs en lui faisant jouer le riff d'intro de Rock'n'Roll Highschool plus de vingt fois. Alors que le groupe avait l'habitude de boucler une demi douzaine de chansons par jour, Spector peine à en finir une par journée. Il en vient même aux mains avec Dee Dee, lui reprochant sa dépendance à l'héroïne. Il n'hésite pas à y ajouter synthétiseur, percussions et même un orchestre entier pour la reprise de Baby I love you qui dérouta plus d'un fan mais qui devint, bien malgré eux, l'unique tube commercial de toute la carrière des Ramones. Même si la plupart des critiques suivent, bon nombre de fans de base lâchent le groupe, déçus par la nouvelle orientation pop des new-yorkais. Mais Spector aura tout de même le mérite de ne pas trop travestir le son des Ramones. End of the Century n'a pas seulement jeté le désarroi chez les fans et les critiques, mais également au sein du groupe lui-même. En effet, les tensions grandissent, notamment entre Joey, qui désire continuer dans une veine pop, et Johnny, qui veut retourner au bon vieux punk originel. Et c'est donc un groupe en pleine crise d'identité qui sort un nouvel album intitulé Pleasant dreams qui, cette fois, prend carrément le parti d'une pop mélodieuse, à mettre au crédit de Joey qui a signé bon nombre de morceaux de l'album. Un nouveau problème survient durant l'enregistrement du nouvel album des Ramones : les penchants du batteur Marky sont devenus intolérables et le reste du groupe décident de s'en séparer avant même la fin des sessions en studio. Mais ce nouvel opus, intitulé Subterranean Jungle, marque pourtant un pas dans la bonne direction. La distorsion est de retour et les Ramones retrouvent leur agressivité et leur énergie légendaire le temps de titres comme Psycho Therapy, Outsider ou encore Time Bomb. Au moment de retourner en tournée, c'est l'heure pour les Ramones de s'attacher les services d'un nouveau batteur. Et c'est un certain Richard Reinhardt (Richie Ramone), batteur des Velveteens, qui décroche la place. Et c'est donc avec une confiance retrouvée que les Ramones sortent leur nouvel album, Too tough to die, qui, cette fois, constitue un virage marqué vers un punk hardcore radical et brut. Mais les Ramones sont avant tout à nouveau en phase avec leurs fans, notamment à Amsterdam où le groupe se produit devant plus de 250'000 personnes. Joey et Dee Dee composent la chanson Bonzo goes to Bitburg qui dénonce la visite du Président Reagan dans un cimetière allemand où des soldats nazis étaient enterrés. Le titre bénéficiera d'une sortie en single. Sortie de Animal boy, qui confirme l'orientation radicale du groupe. Même si l'album n'apporte pas de renouvellement artistique notable, Animal Boy aura tout de même le mérite de réinstaurer une certaine confiance au sein du groupe, même si les relations ne sont pas toujours au beau fixe. Cette année voit également le départ du batteur Richie Ramone, qui semblait ne plus supporter l'autoritarisme du reste du groupe. Mais les Ramones ne perdront pas au change puisque c'est Marky Ramone, entre temps débarrassé de ses petits problèmes avec alcool, qui retrouve sa place derrière les fûts. Parallèlement, Dee Dee s'offre une parenthèse en solo sous le pseudonyme de Dee Dee King le temps d'un album de... rap. Les Ramones sont invités par Stephen King à composer le titre principal de la bande originale de l'adaptation cinématographique de son roman d'horreur Pet Semetary. Dee Dee s'acquitte brillamment de cette tâche avec la chanson éponyme qui restera un grand moment dans l'histoire du groupe. Le titre sera intégré sur le nouvel album des Ramones, Brain Drain, qui voit sa sortie en 1989. Mais un événement va venir chambouler le groupe cette même année : le départ de Dee Dee. Même si le reste du groupe eut de la peine à l'admettre, la perte de Dee Dee, qui représentait à lui seul l'âme des Ramones ainsi que le compositeur le plus prolifique du groupe, fut dramatique. Après trois ans d'absence en studio, les Ramones passent de Sire à Radioactive Records pour la sortie de leur nouvel album, Mondo Bizarro. On note également une reprise du Take it as it comes des Doors. Dans le magazine rock Spin, les Ramones sont définis comme l'un des sept plus grand groupe de rock'n roll de tous les temps au côté notamment des Beatles, des Stones, de Jimi Hendrix et de Led Zeppelin. Le groupe réalise enfin un vieux rêve : un album de reprises. C'est fait avec Acid eaters, qui contient notamment leurs versions de titres de Bob Dylan, les Rolling Stones, les Who. A l'entame d'une nouvelle tournée mondiale, les rumeurs sur la séparation du groupe se font de plus en plus pressantes. Au moment où le punk revient à la mode avec des groupes comme Green Day, les Ramones voient en ce moment la période propice au succès commercial dont ils ont toujours rêvé. Les Ramones décident alors d'enregistrer ce qui sera leur ultime album studio, Adios amigos qui se révélera une réussite autant commerciale que critique, contrairement à bon nombre de ses prédécesseurs. Quelques mois plus tard, l'annonce officielle de la séparation du groupe est faite. Mais les Ramones se voient proposer d'intégrer l'affiche du festival itinérant Lollapalooza et acceptent d'y participer en compagnie de grands noms du rock américain comme Soundgarden ou Rancid. Les Ramones décident de tirer leur révérence lors d'un ultime concert, le 2263ème, à Los Angeles. Plusieurs artistes, comme Lemmy de Motörhead, Ed Vedder de Pearl Jam ou encore Lars Frederiksen de Rancid, viendront les rejoindre sur scène le temps d'un dernier hommage. Le show fut enregistré et aboutit au quatrième et dernier disque live du groupe : We’re outta here ! Une video du même nom comprenant des extraits de concerts et des entretiens avec les membres du groupe ainsi que divers artistes fut également éditée pour l'occasion. CJ (Los Gusanos, puis Bad Choppers), Dee Dee et Marky (Marky Ramone & The Intruders, puis Marky Ramone & the Speedkings) ont tout trois fondé leur groupe. Joey, malade du cancer, s'est reconverti dans la méditation, la défense de l'environnement et le boursicotage. La maladie l'a finalement vaincu en avril 2001, à l'aube de ses 50 ans. Quant à Johnny, il a juré qu'il ne toucherait plus jamais une guitare de sa vie.

lundi, octobre 03, 2005

 

Je suis fan de Philippe Ramette.


 

Aleister Crowley, Anton LaVey & Rock & roll

L'histoire du rock est parfois plus obscure qu'il n'y parait. Et les interviews dans la presse spécialisée, remplies de références plus ou moins douteuses. Certains noms sont trés souvent cités comme sources, références ou source d'inspiration, c'est le cas de ce trés cher Anton Lavey ou de ce Monsieur Edward Alexander Crowley, né le 12 Octobre 1875 à Leamington Spa en Angleterre. Son père était à la tête d'une brasserie et mourut alors qu' Aleister n'avait que onze ans. L'enfant fut alors placé sous tutelle chez son frère. Il fut alors envoyé dans une école de Cambridge dirigée par "la confrérie de Plymouth". Cette "secte" chrétienne avait compté dans ses rangs le Père et la Mère d'Aleister Crowley. Cette éducation difficile entraîne chez A. Crowley une horreur du Christianisme. Après une éducation plus classique, il poursuivit ses études supérieures au "Trinity Collège" de Cambridge. En 1898, à l'âge de vingt-trois ans, il devint membre de "l'Ordre Hermétique de l'Aube Dorée" (La fameuse Golden Dawn) où il porta le hiéronyme de Perdurabo (je persévérai). Il gravit rapidement la hiérarchie de l'ordre et se déclara Mage en 1915. A la même époque, Edward Alexander devint Aleister. Il changea fréquemment de noms mais seul celui-ci resta. Théodore REUSS, fondateur de l'Ordo Templi Orienti, rencontra A. Crowley en 1912 et l'installa à la tête de l'Ordre en Angleterre. Il publie rapidement un premier ouvrage, un roman pornographique intitulé "Fuck It". C'est le début des rites de magie sexuelle (Triolisme, zoophilie, homosexualité) dont Crowley sera prolixe. C'est le cirque des reines de Los Angeles dont Led Zeppelin se fera le grand ordonnateur vingt années plus tard. A la fin de la Première Guerre mondiale, Aleister Crowley fonda avec Leah Hirsig (l'une des nombreuses femmes qu'il rencontra au cours de sa vie) "l'Abbaye de Thélème" à Cefallu en Sicile. Il souhaitait établir un centre universitaire de l'Occulte. Ils furent expulsés suite à de prétendus scandales par les Italiens. Il se croyait la réincarnation d'Edward Kelly (l'assistant de John Dee).Il était à la fois peintre, poète, astrologue. Il escalada l'Himalaya en 1902, traversa le Mexique, le Japon, Ceylan et Paris. Il croisa W.B Yeats et Bram Stocker (membres de la Golden Dawn), Rodin, Somerset Maugham.C'est suite à un voyage au Caire qu'il crée, en 1905, son Ordre : A.A. (Astrum Argentinum) Sa magie (Magik) ne fait pas toujours le partage entre Magie Blanche et Magie Noire. C'est pourquoi elle inquiète mais cette nouvelle magie vise l'accomplissement de la volonté vrai (True Will), union dans la joie de l'objet et du sujet. Sa vie fut entachée de scandales, vrais ou exagérés, et l'homme fut aussi un "Mage" reconnu parmi certaines confréries occultes. On ne peut ignorer la sensibilité et la connaissance occulte de l'homme. Victime de complot ? comme l'affirme son fils ou réellement "l'homme le plus mauvais du monde" comme la presse anglaise de l'époque le nommait. Jimmy Page a-t-il vendu son âme au diable ? On ne le saura jamais. Une chose pourtant est sûre, il fut, il est, il demeure un adorateur d'un mage noir de l'Angleterre Victorienne, Aleister Crowley, mort en 1947. Pour les uns il est un grand magicien, pour les autres, un escroc notoire. On raconte dans la haute bourgeoisie anglaise de l'époque qu'il dansait la nuit avec l'avant-garde d'une armée de démons dans sa maison du Loch ness. On dit aussi qu'un jour, au Mexique, il réussit à faire disparaître son reflet dans la glace d'un miroir.... La Cabale débute, celui que l'on appelait "La Bête", va commencer à invoquer les démons et les Dieux, Horus en particulier, et chercher à extirper la magie qui sommeille en chacun. Crowley raconte dans ses "Confessions" comment il fit apparaître la tête casquée d'or d'un esprit guérisseur, comment il parla avec Horus au travers du corps de sa femme. Un soir dans le musée du Caire, cette femme, habitée par l'esprit d'Horus, lui désigne la statut du Dieu : sur le bâtiment sont gravés les signes 666... (Que Jimmy Page arbora plus tard fièrement sur ses costumes). En Sicile, dans son Abbaye de Thélème, il surgit au travers d'un nuage opiacé, sacrifie un chat, devant des adeptes tétanisés. Puis il dessine un pentagramme à coup de baguette magique... Qui donc, vingt ans après sa mort, va ressusciter le fantôme d'Aleister Crowley, raviver les sortilèges et les rites obscurs auxquels se livrait le magicien ? Qui donc si ce n'est Jimmy Page... Dès que Led Zeppelin lui apporte une sécurité financière il achète tous les grimoires, tous les objets, tous les robes ayant appartenu au mage noir, jusqu'à sa battisse : Boleskine House...et en 1970 lorsque l'album Led Zeppelin III va sortir, sur les premiers pressages viendront s'inscrire ces mots : « Do that you wilt shall be the whole of the law... " "Fais ce que tu veux" ("doit être toute la loi"), grand précepte du mage Crowley. Aleister Crowley est toujours d'actualité. Car nous sommes encore et toujours à la poursuite de la vérité..." Jimmy Page 1973 "Je refuse d'en parler. Vous savez, je ne cherche pas à imposer ma vision au monde, et en retour j'aimerais qu'il ne m'impose pas les siennes. Oui, la magie m'intéresse. Point." Jimmy Page, 1969 "Je pense qu'il est un génie incompris du 20ème siècle. Parce que l'essentiel de son discours était la libération de la personne, complètement. Il luttait contre toute restriction qui vous mène à la frustration, à la violence, au crime, à la folie mentale ou à la dépendance. Aujourd'hui nous allons de plus en plus vers la technologie et l'aliénation et tous les points qu'il a soulevés apparaissent comme l'évidence maintenant. Le point essentiel est donc une libération totale de l'individu. Ce que tu veux faire, fais-le. C'était quelque chose que les gens ne pouvaient pas comprendre. Dire qu'il y avait une égalité entre les sexes. Dans cette époque Edwardienne, ce n'était pas d'actualité. Ce n'était pas un militant, il ne brandissait pas de bannière, mais il savait ce qui allait arriver. C'était un visionnaire, non conformiste. Je ne dis pas qu'il était un exemple à suivre pour n'importe qui. Je ne suis pas d'accord avec tout, mais beaucoup me parait intéressant, et le fait qu'il soit attaqué me donne l'impression qu'il est surtout incompris. Je ne veux pas trop m'impliquer. Je ne veux pas être comme Pete Townshend ou Meher Baba car je pense que la majorité des gens trouveront cela ennuyeux. Je n’essaye pas de convaincre quiconque. Pour résumer, en avance sur son temps il a fait état d'une théorie de la libération de l'individu, qui est pour moi quelque chose de très important. Il était un visionnaire, un oeil qui observe le monde. J'ai beaucoup étudié, mais je ne veux pas trop en parler car c'est quelque chose de très personnel, et cela n'a rien à voir avec le reste si ce n'est que j'applique ces préceptes dans ma vie de tous les jours" Jimmy Page. L’ Enochian, est un langage magique découvert et utilisé par "John Dee", mage à la cour de la reine Elisabeth. L'"Enochian" n'est pas une invention farfelue ou un argot. C'est un langage à part entière, et l'on suppose qu'il s'agit d'un des vestiges de l'Atlantis perdue. Cet enregistrement date de 1920. Magick est la science de l'Art de produire des changements en conformité avec la Volonté. (Illustration : c'est ma Volonté d'informer le Monde de certains faits en ma possession. Par conséquent j'ai pris des "armes magiques" : crayon, encre et papier ; j'écris des "incantations" dans la "langue magique", c'est-à-dire celle que comprennent les gens que je désire instruire ; je fais appel à des "esprits" tels que des imprimeurs, des éditeurs, des libraires, etc. et je les contrains à transmettre mon message à ces gens. La composition et la distribution de ce livre sont, ainsi, un acte de magie par lequel je produis des changements en conformité avec ma volonté). Tout changement voulu peut-être effectué par l'application du type et du degré appropriés de Force, de la manière appropriée, à travers le moyen approprié, à l'objet approprié. (Je désire préparer une once de chlorure d'or. Je dois prendre le type d'acide approprié, Nitro-hydrochlorure et pas un autre, en quantité suffisante et de force adéquate ; le placer dans un récipient qui ne se brisera pas, ne fuira pas ou ne se corrodera pas ; de telle façon que cela ne produise pas d'effets indésirables, avec la quantité nécessaire d'Or, etc. Chaque changement possède ses propres conditions. Dans l'état actuel de nos connaissances et de nos pouvoirs, certains changements ne sont, en pratique, pas possibles ; nous ne pouvons pas, par exemple, causer des éclipses ou transformer le plomb en étain ou créer des hommes à partir de champignons. Mais il est théoriquement possible de produire, dans n'importe quel objet, tout changement dont cet objet est capable de par sa nature ; 1. Chaque acte intentionnel est un Acte Magique. (Par "intentionnel", j'entends "voulu". Car même les actes qui paraissent non intentionnels ne sont pas tels en vérité. Ainsi, la respiration est un acte de la Volonté de Vivre). 2. Chaque acte couronné de succès s'est conformé au postulat. Boleskine House est le symbole de la croyance mystique de Jimmy Page. C'est en 1971 que le sombre guitariste achète cette propriété qui fut un temps celle d'Aleister Crowley, le célèbre mage sataniste. Cette battisse, située sur le Loch Ness, en Ecosse, fut construite sur les gisements d'une ancienne église, dont l'incendie et la destruction emporta avec elle tous ses membres... "Toutes mes maisons sont isolées. Je passe beaucoup de temps seul chez moi, comme je passe beaucoup de temps seul près de l'eau. La maison de Crowley est sur le Loch Ness, en Ecosse. Elle eu deux ou trois propriétaires avant qu'Aleister Crowley n'en devienne le propriétaire. Avant il y avait une église dont les membres furent brulés à l'intérieur. C'est le lieu de la battisse. Plein de choses étranges sont arrivées là qui n'avait rien à voir avec Crowley. Les mauvaises vibrations étaient déjà là", Jimmy Page Est-ce pour cela que Page raconte que certains soirs on peut entendre rouler dans les couloirs la tête d'un homme décapité des siècles auparavant ? Alors que Crowley habitait encore la maison, son concierge devint fou et tenta de trucider toute sa famille, quand Jimmy Page fit re-décorer toute la battisse par un éminent sataniste, le gardien tenta de se suicider. Le suivant perdit la raison...Miss Pamela, l'une des célèbres groupies de Jimmy Page raconte à qui veut l'entendre que les messes noires, les séances rituelles et la bave de crapaud furent monnaie courante à Boleskine House sous la houlette de Jimmy Page. D'ailleurs les pièces de la battisse sont toutes décorées et orientées pour servir à un certain type de magie, à un certain type d'arcane. "Depuis très longtemps j'étudie la magie. C'est une chose passionnante, très enrichissante". Jimmy Page, décembre 1970. Depuis l'achat de Boleskine House, les rumeurs enflent, Jimmy Page et les membres du Zeppelin auraient vendu leurs âmes au Diable. Un succès si grand, si vite, c'est trop vite, trop fort. Les langues se délient. » Dès ses débuts, au début des années 1990 au temps des Spooky Kids, Manson traine une réputation de sataniste, et la fameuse affaire du poulet en 1995 rendit encore plus vives les accusations contre lui; il était devenu évident que Manson faisait des sacrifices à Satan sur scène. N'était-il pas d'ailleurs depuis 1994 le "Révérend", nommé par Anton Szandor LaVey lui-même, fondateur de l'Eglise de Satan ? Mais, cette nomination n'a pas été comme beaucoup de monde le pense, faite avec une grande cérémonie ; au contraire, Anton et lui étaient amis, et Anton lui proposa de devenir membre de son Eglise, ce que Manson accepta tout simplement. Beaucoup de symboles utilisés par Manson ont une connotation avec la religion ou le satanisme : le shock-logo, la mise en scène parodiant le fascisme sur l'interprétation live de "Antichrist Superstar"; les paroles et les symboles (le chiffre 6 notamment) du livret de celui-ci, les allusions aux anges, etc; la croix en feu de la pochette de "The Last Tour on Earth"; toutes les allusions à la Bible (l'agneau de Dieu, la crucifixion notamment dans "Holy Wood") et à Dieu directement ("Holy Wood"); etc... Il est donc évident que Manson est très influencé par la religion, c'est même sa principale source d'inspiration et de critique, mais il se défend parfois d'être sataniste au sens de "vénérer Satan". Ainsi, dans une interview télévisée a-t-il déclaré que tous les mots finissant par "isme" sont intéressants pour lui : christianisme, bouddhisme, satanisme... Il pense qu'il vaut mieux prendre le meilleur de toutes ces idéologies pour faire soi-même sa propre religion et penser par soi-même; c'est d'ailleurs pour lui le vrai sens du satanisme, "Sois ton propre Dieu - Pense par toi-même". Maintenant qu'Anton La Vey, le grand maître de l'Eglise de Satan, est mort, vous êtes le dernier grand sataniste en place. Pourriez-vous expliquer rapidement votre religion ? Je crois seulement en moi-même. Dieu le Diable, la gauche/la droite, le bien/le mal, sont autant d'antinomies propres à chacun. Pourquoi vouloir choisir l'une ou l'autre? Le christianisme rend coupable par rapport à certaines facettes de la personnalité et le satanisme permet d'exprimer les désirs naturels de chacun en toute sérénité. J'incarne les contradictions de tout individu. Crois-tu qu'Anton Lavey ["La Bible Satanique"] aurait eu un plus large public s'il avait porté des plateform-boots et des seins? Je ne crois pas qu'il recherchait la célébrité. Il était très intelligent et avait beaucoup à dire. Je lui ai emprunté ses idées et les ai vulgarisées. Peut-on dire que vous êtes le prototype du chrétien déçu? Du type qui se dit que le monde est trop triste, qu'il manque d'animation et qui, du coup, décide d'endosser les oripeaux de l'Antéchrist... (long silence) Ce peut être une façon de présenter les choses. Beaucoup de gens ont mal interprété le message du Christ. Lui-même est devenu un phénomène commercial. Pensait-il finir sur les murs de toute la chrétienté, placardé en effigie? Il s'est sacrifié. C'est son histoire que je raconte sur ce disque ("Holy Wood"), à ma façon. Je n'ignore rien de la Bible, je la réécris. Depuis la mort du Grand Prêtre de l'Eglise de Satan, Anton LaVey, on manque d'informations. Peut-on savoir si vous en êtes le nouveau Grand Prêtre? J'ai énormément appris de LaVey. Je crois que je serai toujours passionné par l'histoire des religions et cette Eglise de Satan est un élément fondamental du combat que nous allons mener. LaVey était fantastique mais je n'ai jamais fait partie de son Eglise. Ni d'aucune autre. Vous étiez à l'enterrement de LaVey, avec Trent Reznor. Qui a repris la tête de l'Eglise de Satan? Est-ce sa fille Zeena? Je n'en sais absolument rien. Je suis incapable de vous répondre... (il s'agit de la grande prêtresse Blanche Barton selon le site officiel) Pourrais-tu nous expliquer ta conception du satanisme, celle d'Anton Szandor LaVey, celui qui a écrit la Bible Satanique... Chacun interprète les choses comme il le souhaite. Pour moi, Dieu et Satan sont des mots que les gens utilisent pour désigner le Bien et le Mal. J'ai beaucoup appris de LaVey, mais je ne vis pas au quotidien comme il le préconise. Le Satanisme, tel que l'entendait Anton LaVey, fondateur de l'Eglise californienne de Satan en 1966 nie l'existence de Dieu. L'homme est Dieu et son destin ne dépend que de ses seules actions. C'est ce qui différencie le Satanisme de l'Adoration diabolique. Tandis que les uns ne pensent pas qu'il soit nécessaire de faire du mal à qui que ce soit et ne croient qu'en eux-mêmes, les autres offrent des sacrifices à un Dieu du Mal. Bien qu'il n'ait pas toujours porté ce nom, le satanisme a toujours existé, sous d'autres noms ou d'autres définitions. Le culte à Satan n'est pas d'aujourd'hui mais les cérémonies étaient beaucoup plus cachées, plus secrètes. Le Satanisme moderne, n'a obtenu sa notoriété que vers la fin des années 80. Le Satanisme porte son nom depuis peu et c'est principalement dû à Anton Szandor LaVey, le premier grand prêtre de Satan. En 1966, LaVey déclara l'an 1 de l'ère satanique. Le 30 avril, à la fête de Walpurgisnacht, qui est en passant une ancienne fête celtique, LaVey créa l'Église de Satan "Church of Satan", et en 1969, il sortit la première Bible satanique. Nombres d'ouvrages ont été publiés par LaVey, dont La Sorcière complète "The Compleat Witch" (1970), Les Rituels sataniques "The Satanic Rituals" (1972) et Le Cahier de notes du Démon "The Devil's Notebook" (1972). Puis c'est en 1980 que le Satanisme connut un regain avec la parution du livre "Michele remember". Une jeune fille publie ses mémoires refoulées des rituels sataniques que lui faisaient subir ses parents dans son enfance. À partir de ce moment, les médias emboîtèrent le pas et pendant des années les récits sataniques abondent. A tel point qu'en 1988 Geraldo Rivera qui avait à l'époque ce qu'on appelle un "Talk Show" très populaire aux États-Unis fit une émission spéciale intitulée "Exposing Satan's Underground". La philosophie de satanisme est exposée dans les oeuvres de Anton Szandor LaVey. Ces écrits comprennent La Bible satanique, Les rituels sataniques, La sorcière satanique (originalement publié sous le titre de La sorcière complète), Le carnet diabolique et La parole de Satan. Vous pouvez également obtenir de plus amples informations en consultant les deux livres de Blanche Barton (la conjointe de M. LaVey, mère de son fils Satan Carnacki LaVey et Grande prêtresse de l’Église), La vie cachée d’un sataniste, la biographie autorisée de Anton LaVey (publié par Feral House) et L’Église de Satan (publié par Hell’s kitchen productions).

samedi, octobre 01, 2005

 

Du East coast, pas du Blingbling.


 

Within the woods, the evil dead.

Mon film culte, celui qui me file, à chaque fois, l'envie de faire du cinoch. "Cinq jeunes amis vacanciers s'installent dans une cabane perdue en pleine forêt. En descendant dans une cave lugubre, les deux garçons de la bande découvrent un vieux magnétophone qui, une fois remis en marche, émet une incantation et libère des forces maléfiques. Ce qui semblait être un week-end paisible, se transforme très vite en un véritable cauchemar.Une cabane, une forêt, cinq amis, un livre et un magnétophone. Le canevas de The Evil Dead ne raconte que cela, la suite appartient à l‘Histoire. Depuis sa sortie, ce premier long métrage de Sam Raimi demeure un édifice filmique qui ne s’est toujours pas écroulé, supportant le poids des années comme d’aucun comme lui, et ramenant à ce simple constat : le film tient toujours la route. Mieux, il reste fascinant. The Evil Dead est né de l'imagination d'un jeune metteur en scène de vingt trois ans, élevé au comic book, portant un amour immodéré à Chuck Jones et aux Three Stooges, auteurs de cartoons et de sketchs hors du commun. A l’âge de seize ans, il rencontre un comparse important avec lequel il va faire ses premières armes : Bruce Campbell, né, pour l’anecdote dans la même ville et le même hôpital. Tous deux décident de monter des petits films amateurs, qu’ils tourneront en Super 8, le réalisateur ayant déjà réalisé quelques courts dans le plus profond amateurisme, mais avec déjà quelques dispositions. Puis avec l’aide d’un troisième ami, ils commencent à organiser leurs propres projections, avec distribution de soda et de pop-corn à l’entrée, comme de vrais pros, conscients qu’ils doivent attirer l’attention en proposant des séances, puis en glanant sur le vif les réactions du public, meilleur moyen de savoir ce qui peut fonctionner ou pas à l‘image. Robert Tapert fait désormais partie de l’aventure, entreprise vers la fin des années 70, et produit de petits budgets que Raimi s’empresse de réaliser avec des amis de lycée, qui tournent non stop pendant les week-end. C’est en 1978, que le cinéaste décide de réaliser un court plus travaillé, qui pourrait servir de point de départ à un premier long métrage qui en serait le perfectionnement et le prolongement logique. Ils débutent le tournage de ce qui va devenir Within The Woods, qui reprend la même ébauche de scénario du futur The Evil Dead, avec un rôle féminin et déjà un personnage masculin interprété par Bruce Campbell, qui incarne une force démoniaque. Entouré de mystère, Within The Woods sert de " screen test " aux futurs producteurs de The Evil Dead. Le film sous le bras, accompagné de ses deux fidèles copains, Sam parcourt le Michigan, démarche les personnes susceptibles d’être intéressées, frappe à toutes les portes, et présente son film. Réactions timides voire indifférentes dans un premier temps. Les coiffeurs, les dentistes, les avocats sont ensuite sollicités, et au terme d’un rendez-vous plus fructueux que les autres, ils obtiennent l’accord de produire un long. L’année 1979 vient d’être entamée, et toujours dans le souci de ne pas perdre trop de temps, Raimi installe sa caméra après avoir écrit un scénario minimaliste de quelques pages, dont le titre est dans un premier temps : Book of the Dead. Il convoque son acteur fétiche Bruce Campbell et les autres comédiens, qui sont pour la plupart des débutants et comprennent très vite leurs personnages. Mais au lieu de durer quelques semaines, le tournage s’étalera sur près de douze mois au final. Les contraintes de temps et d’argent sont telles que Sam Raimi est parfois obligé de filmer des heures durant la nuit. L’équipe s’octroie de courtes pauses pendant la journée puis recommence le soir. Un train infernal, dont les actrices se plaignent. Bruce est quant à lui dans son élément, même si le tournage s’avère long et difficile et qu‘il doit être interrompu pendant quatre mois. Pourtant, entre les prises, les deux amis se lancent souvent des blagues, décompressent, et si l’ambiance facilite grandement les choses, le budget serré ne permet pas d’éviter certains problèmes comme ceux posés par les effets de maquillage qui, dans une séquence en particulier, vont prendre beaucoup de temps à être mis au point, le système D étant souvent celui choisi par toute l‘équipe pour pallier les manques divers, et l‘imagination, souvent débordante fait le reste, sans compter la générosité (comme la voiture de la maman du réalisateur empruntée pour l‘occasion). Une fois le tournage achevé, il se met au travail sur la table de montage, un montage qui va prendre encore de longs mois afin de peaufiner certains détails. L’ensemble finalisé dans l’année 1981, il ne reste plus qu’au petit coup de pouce et au bouche à oreille à se mettre en marche. Sans le savoir, il vient de rentrer dans l’Histoire du cinéma. Octobre de la même année. La première du film aux Etats-Unis. A la fin de la projection, des spectateurs sortent indignés, d’autres fascinés par ce film étrange qui dépasse leurs attentes et provoque un certain engouement, surtout chez les fans d’horreur qui y voient tout de suite un film emblématique, futur pierre angulaire d’un cinéma à l’aune d’une nouvelle décennie. On commence à parler du film, il finit par devenir un sujet de conversation. Certaines personnes retournent voir le film en salle plusieurs fois. Plus tard, au mois de Mai 1982, le film est projeté au Festival de Cannes où il est très remarqué dans les sections parallèles et défendu par un certain Stephen King. Il ne sera visible qu'à la fin du mois d'Août 1983 dans les salles obscures françaises. Le film crée un mythe, et par la même occasion une icône, incarnée par le personnage de Bruce Campbell : Ash. Il contourne, il est vrai, les conventions et les usages du genre : un lieu unique, donc un seul décor, l‘absence de psychologie des personnages hormis celle du héros, posant in extenso les bases filmiques des cinq ou dix années à venir dans le genre, y compris celles du cinéma de Sam Raimi : cadre dynamité par les travellings, mouvements de caméra « impossibles », importance des personnages au sein du décor, caméra virtuose, sens du rythme et du découpage, icônisation des protagonistes, rôle du premier et du second degré. The Evil Dead est l'exact opposé des films fantastiques anglais des années 70, avec la psychologie très étudiée, le cadre parfois victorien, le classicisme de la mise en scène, la longue exposition des personnages, la lenteur hypnotique du récit, la suggestion. Ici, il se passe tout le temps quelque chose, le temps mort est banni. L’interaction est totale avec le décor qui sert aux expérimentations visuelles et sonores les plus audacieuses, d’où la place majeure accordée au hors champ. Sam Raimi tente tout et réussit tout. Il invente pour l’occasion la «shaky camera » , qui lui permet de se déplacer au dessus de l’eau ou de poursuivre les personnages dans la forêt en donnant aux images une grande impression de vitesse. Le visuel est à la hauteur de la technique : mouvements de caméra hallucinants, inventivité et sens du cadre et de l’espace, d’autant plus remarquables pour un premier long métrage. Le film apporte un vent de fraîcheur et une vraie singularité. Le scénario, s’il se résume très vite, a l’avantage de provoquer : le week-end tranquille se transforme en un cauchemar terrifiant, et surtout il évoque des choses concrètes par la figure de la fantasmagorie et de la rhétorique fantastique : la peur du noir, de la solitude, d’être perdu dans la forêt, voire profondes et plus cruelles : la peur de la disparition des proches, de ses amis, et pire, d’où l’ambiguïté et la prise de risque du sujet, leur mise à mort. Une grande transgression qui n’est pas la seule, puisque le viol dans le film est perpétré par des arbres (!) et que Linda sera aussi excitée par sa décapitation dans une scène mémorable. Le film franchit tous les obstacles tendus sur son chemin : la monotonie, la parodie du film d’horreur, l’effet de « déjà vu », pour électriser et radicaliser un scénario minimaliste en tour de force d’une énergie dévastatrice. Il arrive aussi à manier des clichés et des stéréotypes usuels : le couple d’amoureux en étant un exemple frappant à travers la scène du pendentif : dans celle-ci, sa fiancée croise son regard et lui, ferme les yeux. Cette scène de jeu (il sait ce qu’il lui offre/elle ne le sait pas encore/ il sait qu’elle le regarde/ elle fait mine de ne pas savoir qu’il le sait) entre les deux protagonistes se retourne dans le deuxième acte du film, inversant les rapports de celui qui regarde et de celle qui est vue (elle passe de l’autre côté, puisque étant possédée et c’est lui qui devra mener le jeu mais pour survivre cette fois-ci). De même que le plan répétitif du nuage noir qui masque la Lune - dont Bruce Campbell dévoile le secret dans son commentaire audio - est symbolique et renforce l’idée de personnages sous influences, dont l’intérieur se détériore par la faute d’un lent poison, inoculé en tout état de cause par un élément très loin d‘être anodin. Raimi fait exploser son génie visuel dans les plans de plongée et de contre-plongée qui renvoient à cette source maléfique enfouie au plus profond de la cabane. Le défi technique est relevé par le 360 degrés qui fait tout autant partie de la même virtuosité à manier la caméra à des fins descriptives tout en ménageant ses effets chocs lesquels amplifiés par la bande-son. Le statut même du héros, quant à lui, change au cours de la narration. D’abord posé, calme, réfléchi, Ash évolue très vite, n’hésitant pas à recourir aux armes quand il lui faut se défendre, dans un geste parfois proche du désespoir (comment pourrait-il découper à la tronçonneuse une femme qu’il aime ? Il y répondra à coups de pelle). La caméra selon son emplacement évoque souvent le changement d’attitude face au danger. D’abord elle supplée aux doutes et aux peurs durant toute la première partie du film, puis elle se fond à l’ambiance chaotique, aux bouleversements des repères temporels et physiques, puisqu’elle évoque dans une mise en abîme magistrale, la décomposition, la putréfaction du corps. La force du film tient aussi à l’approche qu’a choisie le réalisateur pour montrer l’entité en présence, la puissance invisible qui sème la mort, grâce à l’omniprésence de la caméra subjective qui poursuit ses proies en traversant les portes, en brisant des fenêtres, bref en pénétrant dans l’intimité des victimes et en les possédant. Le thème du vampire n’est pas loin, sauf qu’aux dents acérées, Raimi préfère la silhouette vaporeuse. Par ailleurs, il est intéressant de noter que le danger provient le plus souvent de l‘extérieur, que ce soit la camionnette du prologue qui menace de provoquer un accident ou des amis - devenus des morts vivants - qui reviennent pour rentrer à nouveau dans le champ et ainsi contaminer les autres, qui à leur tour feront de même. D’autant plus que le magnétophone se trouve à l’intérieur de la cabane et que c’est lui qui libère tous ses mauvais esprits qui devaient rester tapis. Le cinéaste met cela en évidence grâce à des morceaux de bravoure restés tous plus célèbres les uns que les autres : le crayon à papier enfoncé dans la cheville, le combat à la poutre ou le coup de la tête de la petite amie décapitée. Plus tard, le film se resserre autour d’un élément central, celui du temps qui tient une double interprétation : celle liée au tournage du film lui-même, et celle de l‘inversion de la narration classique détaillée plus bas. Globalement, les vingt dernières minutes sont d’une redoutable efficacité, reposant sur des dispositifs sonores et esthétiques qui jouent à contresens des usages, dans le sens où le cadrage ne correspond à rien ou presque de ce qui s’était fait jusqu’à alors : le premier plan qui inaugure cette pure folie est celui du travelling à ras de terre de droite à gauche qui part du bout de la pièce pour aller vers la porte qui donne sur l’extérieur, dans lequel Ash sera obligé de faire sortir Linda. Plus tard, ce sont les plans fixes, puis en mouvements (une constante dans le film qui lui donne sa rythmique si particulière) du visage de Ash, ceux très serrés se focalisant sur ses yeux, ou sur les bras d’un des possédés rentrant dans la porte pour essayer de le saisir, et enfin ceux le suivant par dessus grâce aux travelling en plongée (!), sur le livre et enfin sur l’explosion finale qui demeurent inégalés, s’appuyant sur une grammaire empruntant au découpage de la BD. Ce montage frénétique de plans successifs est bluffant. De même que le plan fixe de la pendule met à dos la première et la deuxième partie du film. Ce qui s’est passé jusqu’à alors avec un schéma narratif normal - un temps et une unité d’action - est totalement bouleversé et l’on remonte dans le temps avec l’inversion des aiguilles qui bouscule toutes les données, le cours de l‘histoire ne reprenant sa normalité qu‘à la toute fin du film. Les effets sont d’autant plus forts, le son d’autant plus stressant que tout se resserre autour du point de vue de son personnage devenu le seul survivant d’une hécatombe, errant au milieu des morts, maculé de sang, en sueur, le visage exsangue, pris en tenaille, seul. Un personnage de cartoon qui prend une substance supplémentaire pour le plus grand plaisir des yeux et des sens. De même que dans la brillante scène du miroir c’est le réalisateur qui joue avec l’idée que le cinéma est aussi l’art des illusions et de la mise en scène, Ash passant sa main de l’autre côté, pénétrant l’envers du décor, tout comme nous le faisons en tant que spectateurs. L’hallucinante séquence finale transfigure la peur panique de Ash, caractérisée par la précipitation des battements de son cœur que l’on peut entendre sur la bande-son, tandis que ses mouvements corporels s’amplifient tout en restant d’une strict horizontalité - sauf le plan où il descend prendre les cartouches en contre plongée - au contraire des mouvements de caméra qui l’accompagnent et qui proposent des angles de vue tordus. On ne voit rien à reprocher à son jeu, qui reproduit à la perfection le sentiment d’isolement et de nervosité, à travers l’agitation intempestive de ses globes oculaires. Les dernières minutes empruntent au « survival » et à l’animation image par image chère à Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, 1963) à qui Raimi rend un vibrant hommage. La caméra scotchée au corps qui tombe de toute sa hauteur et qui se désagrège sur le sol apporte une puissance visuelle dérangeante. Elle est due au génial Tom Sullivan, responsable des effets de maquillage sur le film, et à Bart Pierce qui s’occupe des trucages optiques, tout deux livrant un formidable travail de recherche plastique, dont les effets encore aujourd’hui restent saisissants. Bien entendu, cette peur si bien filmée, ce décalage entre la banalité des débuts et le chaos horrifique de la fin ne seraient rien ou presque sans la composition bluffante de Bruce Campbell, qui cabotine tout en restant le plus crédible possible, avant de se lâcher dans ce qui sera le deuxième volet. La caméra qui s’accroche aux moindres mouvements de cils nécessitait un acteur de sa trempe, qui sache s’investir sans compter. Un bel exemple de collaboration réalisateur/acteur, une réussite que l’on doit aux affinités des deux intéressés, amis depuis leur adolescence. Au crédit de la réussite exemplaire du film, soulignons aussi le fantastique montage signé Edna Ruth Paul, laquelle fut assistée par un certain Joel Coen, qui allait deux ans plus tard avec son frère Ethan, réaliser un excellent Blood Simple (1984), et par la suite Miller’s Crossing (1990) ou Fargo (1996), peut-être leur chef-d’œuvre. La science de l’image de Sam Raimi associée à la rigueur et à la leçon de montage ont fait il est vrai des merveilles, tant l’un et l’autre sont indissociables. Coup d’essai, coup de maître donc ? Sans aucun doute. Exploité en vidéoclub au début des années 80, The Evil Dead rencontra un vif succès ; et la jaquette de l’époque était très attractive : un mélange de soin visuel et une portée macabre associées à une énergie du geste assez rare. Le film possédait aussi cette puissance d’évocation en distillant ses images au compte-gouttes, suscitant un grand intérêt, y compris - surtout - lorsque l’âge l’interdisait, ce qui poussa certains à franchir la porte d‘un vidéoclub pour visionner l‘objet de tous les délits, de préférence durant la nuit. Plus de vingt ans après sa sortie, le film a certes pris quelques rides, surtout par rapport à certains raccords maquillage, mais il reste une expérience d’horreur pure, transcendant un scénario que n’importe qui aurait pu écrire ou filmer en un film grisant et jubilatoire, conscient de ses limites mais qui s’évertue à s’en affranchir et à les supplanter toutes les dix minutes. En fait, un de ces films qui comptent une idée par plan, et dont l’hystérie ne trahit jamais une lisibilité quasi parfaite. On peut à ce titre, considérer ce film comme ce que Sam Raimi a fait de meilleur à ce jour, même si Darkman se situe aussi à un très bon niveau dans sa filmographie. Le film de potes est devenu légendaire. Un film de fan boy, jouissif et éternel. C’est un moindre statut pour une œuvre qui a marqué son temps et qui continue de traverser les âges et les époques. Bruce Campbell, acteur ou figurant dans la plupart des films du réalisateur, a sorti en 2002 une autobiographie intitulée : If chins could kill, Confessions of a B Movie actor - Sam Raimi a intitulé son film Book of the Dead, mais à la dernière seconde c’est Ivan Shapiro qui préfère le titre The Evil Dead, car il avait peur que les gamins qui allaient voir le film s’y ennuient à cause de la référence littéraire. - De tous les acteurs qui jouent dans The Evil Dead, premier du nom, et depuis le court métrage Within The Woods avec déjà Ellen Sandweiss, aucun n’aura de carrière au cinéma à l’exception de Bruce Campbell, qui a fait aussi des cameos dans les autres films de Sam Raimi. Le film est présenté dans un format 16/9 au ratio de 1.85, rognant des informations en bas et en haut de l’image. Pour rappel, Sam Raimi a tourné le film en 16 mm au format 1.33, puis l’a gonflé en 35 mm pour la sortie salle. L’image est de tenue correcte, à la définition et aux contours probants, de même que la compression est bonne et propose des arrière-plans bien définis. Les couleurs ne manquent cependant de punch, et on déplorera quelques griffures et des points blancs, dus en partie à l’âge de la pellicule, qui même si restaurée pour l’occasion n’empêche pas ces légers désagréments. Le problème concerne surtout des plans en particulier, comme celui de la tête de Ash au ras du sol dans l’une des dernières scènes, où l’on ne voit plus sa main et dont la définition et le grain de peau apparaissent peu naturels. Le nettoyage du grain original donne un aspect plus argentique à l’image au contraire de celle tendant vers la vidéo de l’édition Zone All du Anchor Bay dont le transfert souffrait d‘un bruit constant et d‘une granulation parfois excessive. Un grand regret donc : ne pas pouvoir visionner le film au format respecté 1.33, sachant qu’il était pourtant facile de le faire d’un point de vue technique. Nul doute que le débat sur le format n’a pas fini d’être (re)lancé. Pas moins de quatre pistes sonores, sans compter les commentaires audio, et pourtant cela n’entrave en rien la qualité relative de l’image. En sus de deux pistes originales en 5.1 et DTS ES, on trouve deux pistes françaises en 5.1 et DTS ES. Pour les puristes, la question ne se posera même pas, le film se doit d’être vu en VO, et en DTS ES si possible. La VF, quel que soit le format sonore choisi, étant non pas celle d’origine mais celle qui a été refaite à l’occasion pour la ressortie du film. Autant le dire tout de suite : cette piste sonore non pas pour la répartition des effets, mais pour le doublage en lui-même est simplement catastrophique. Les voix ne correspondent pas aux acteurs, et on a souvent l’impression de regarder une sitcom plutôt qu’un film d’horreur, tant les situations sont jouées sans aucun enthousiasme. Pire, certaines voix sont trop proches et arrivent à créer une confusion : celles de Ash et de Scotty surtout. Cependant, au contraire du Anchor Bay, la piste française ne sature pas. Mais c’est un bien léger avantage. Hormis cela, la piste 5.1 est de belle tenue, enveloppant de façon plutôt convaincante le spectateur, avec des basses bien présentes. La DTS se situe un cran au-dessus, mais son principal défaut est de placer les voix beaucoup trop en avant. Ces deux pistes ne peuvent rien contre la VO DTS ES, qui bénéficie d’une envergure spatiale étonnante, distillant des effets mémorables (la flaque de sang sur le visage de Ash à la fin ou le dernier cri du héros). Les effets sortent de toutes parts, sans pour autant rendre inaudibles les dialogues, bien au contraire. Une piste sonore stupéfiante de précision et de puissance tout en se montrant d’une rare finesse. On pourra toujours regretter, une nouvelle fois par purisme, l’absence des pistes mono d’origine.L’attente fut longue, trop longue même, pour voir enfin débarquer The Evil Dead en zone 2. Après les éditions successives chez Elite, puis chez Anchor Bay (trois éditions différentes tout de même dont la dernière et la plus célèbre, sortie en Mars 2002, reprenait le visuel du Book of the Dead du film avec un design très soigné, faisant de celle-ci un véritable objet de collection). Sans compter les sorties VHS multiples, mais on s’éloigne du problème. Alors qu’on pouvait s’attendre à un véritable événement, on reste quelque peu sur notre faim, car la présente édition reprend en grande partie le contenu de son homologue américain de Anchor Bay. Edité par TF1 Vidéo et Metropolitan Films, le Collector français a le visuel de l’affiche cinéma, qui était ressorti à l’occasion des vingt ans du film en Mai 2003. Le menu interactif est dans l’esprit du long métrage : bruyant et animé. La navigation est simple et le tout encodé en 5.1. Le Double DVD Collector qui a la forme d’un digipack en deux volets à l’instar du DVD de Vampires, comprend pour le premier disque :- Un livret collector de cinquante pages avec illustrations, courte interview de Sam Raimi, celle un peu plus fournie des actrices, et des notes de production qui rappellent la genèse du film ainsi que des photos plutôt intéressantes de l’équipe technique. Les autres suppléments sont : Le commentaire audio du réalisateur Sam Raimi et du producteur Robert Tapert, enregistré en 1998. Les deux compères reviennent sur la genèse du film, tout en racontant quelques anecdotes. La première scène qui ouvre le long métrage est celle qui a été tournée en dernier. Pour le casting des acteurs, certains pensaient qu’ils n’étaient pas sérieux en voulant réaliser ce film, et croyaient qu’il s’agissait d’un porno (horreur parfois assimilée ou du moins mis dans la même catégorie au début des années 80). Tous les décors sont naturels et rien n’a été construit comme le rappelle un Sam Raimi très laconique. La scène où l’on entre pour la première fois à l’intérieur de la cabane avec les os suspendus et la tapisserie est un hommage à "The Texas chainsaw Massacre" de Tobe Hopper (1974). Sur le tournage, on bricole à même le plateau, les techniciens changent, les acteurs partent et reviennent, six mois plus tard parfois. L’une des influences majeurs du film étant La Nuit des morts vivants (1968) de Romero. En fait, on apprend pas grand chose de plus que dans les documentaires sur le film, hormis sur l’utilisation des caméras et de leur format : 16, 35mm, caméra à l’épaule, Dolly, sur chariot, etc. Sam Raimi lance par contre beaucoup de vannes (gentilles) sur Bruce Campbell. Mais le commentaire souffre de trop nombreux silences, et il est trop sommaire pour passionner.Le commentaire audio de Bruce Campbell est en revanche d’une toute autre trempe. A la fois riche, soutenu, il est passionnant d’un bout à l’autre, l’acteur ayant semble-t-il beaucoup de choses à dire. Il fait preuve d’un très grand sens de l’humour, se moquant parfois de lui-même avec un second degré réjouissant. Revenant sur les anecdotes du tournage, il donne des infos précieuses sur ses conditions difficiles. On y apprend que la cabane du film fut détruite une fois le film terminé. On comprend aussi que les comédiens étaient très soudés malgré la colère de certains. Il fait une allusion marrante aux chaussures de l’époque, les Wallabies, qu’il déteste. Une des infos les plus croustillantes concerne celle rapportant l’attente des policiers qui attendaient que l’on brise la vitre avec une branche, avant de quitter le plateau, trop lassés de voir les personnes répéter sans que rien ne se passe, ou le moment durant lequel Bruce Campbell tire vraiment une balle vers la fenêtre et pendant laquelle il aurait pu blesser une membre de l‘équipe. Il évoque comment a été créé le son de « La Chose », qui court après les personnages, un mélange de bruits divers, qui fait penser à celui de la chute du camion dans la scène finale de Duel. De même la séquence du viol a été tournée à l’envers, car le mouvement des branches était impossible à obtenir en tournant à vitesse réelle. Les cascades étaient effectués à même le plateau, sans aucunes doublures (!). De même que l’échelle des plans est différente entre la première vision que l’on a de la cabane (minuscule de l’extérieur) et les plans d’intérieur qui montrent des pièces très grandes, trahissant les reports de tournages, et les intervalles de temps (tournage espacé sur deux ans et fait de petits bouts collés les uns aux autres). Au final un commentaire ludique et foisonnant qui apporte un bel éclairage. Une partie DVD-Rom, avec liens Internet, affiches et fonds d’écran. Quant au deuxième disque de bonus, il comprend : A la découverte d’Evil Dead, 13’ 05, plein écran. Un documentaire avec des interviews croisées des deux fondateurs de Palace Video, société de passionnés qui distribua la vidéo au début des années 80 en sortie parallèle avec les salles de cinéma. Ils reviennent sur la production du film, sa distribution, sur le catalogage rapide du film parmi d’autres titres plus extrêmes, son rapport à la censure et sur le boom de la vidéo. Les coulisses du film, 18’05, 4/3. Un document brut sonorisé qui est ici au format original du film, en 1.33. On pourrait le considérer comme un "Work in Progress", puisqu’on y voit les rushes de quelques scènes, les premiers essais de maquillages, devant un Sam Raimi déjà très pro qui dirige ses comédiens. Les vingt ans de Evil Dead, 7’17, plein écran. C’est en fait une rencontre avec le producteur Robert Tapert et deux des principales comédiennes qui sont venues présenter le film dans une copie neuve en 2001 à la Cinémathèque de Los Angeles. Ils racontent quelques anecdotes de tournage, non sans un certain humour. On y apprend en revanche pas grand chose que l’on ne savait déjà. Les Bandes-annonces et Spots TV- BA française pour la ressortie en Mai 2003/VF/DD 2.0/1.85. Bande-annonce qui est sortie dans quelques salles, et qui donne l’impression à cause du doublage que l’on va assister à un film plus drôle qu’horrifique, d’où un certain décalage très gênant avec les intentions de Sam Raimi. Difficile de prendre en effet cette BA au sérieux.- Présentation en VF de la BA américaine pour l’édition américaine du DVD/VOSTF/DD 2.0/1.85- BA américaine originale pour l’édition américain/VO sans sous-titres/1.85/ image très granuleuse.- BA américaine/VOST/1.33- BA américaine/VOST/1.33 image très abîmée- Ensuite deux fois le même teaser américain à la suite dans un format vidéo et audio plus que médiocre, semblant avoir été filmé dans une salle, avec un aspect très "screener". Une galerie de photos divisée en quatre parties :- Photos du film : Clichés du film en couleur et noir et blanc dont deux sonorisés. Dommage qu’elles ne soient pas plein écran. Certaines sont reprises dans le livret.- Effets spéciaux : Clichés couleurs illustrant le magnifique travail de Tom Sullivan orchestré sur le film.- Affiches du film : Affiches d’exploitation. On retrouve avec bonheur celles qui illustraient les cassettes de l’époque, dont celle fameuse de Ash brandissant la tronçonneuse face à des squelettes, le visage ensanglanté.- Croquis de Tom Sullivan : Dessins de productions réalisés pour le film. Des filmographies de Bruce Campbell et des quatre principaux acteurs du film, et celle du réalisateur. On y apprend que Ellen Sandweiss a participé à la réalisation du document intitulé : Ladies of the Evil Dead : Two Sides Chainsaw. On trouvera aussi sur ce deuxième disque de suppléments, sur la première page du menu, un bonus caché. Il faut se placer sur l’icône "A la découverte de Evil Dead" et appuyer avec la télécommande le plus à droite possible. Une icône apparaît tout en bas à droite de l’écran. Un autre bonus caché est présent sur le premier disque, il faut aller sur l’icône " @ " qui renvoie à des liens Internet, puis pointer le curseur de la télécommande vers le haut en allant aussi loin que possible. Une autre tâche rouge apparaît alors. Une édition en demi-teinte donc, qui reprend les suppléments de l’édition d’Anchor Bay sortie il y a deux ans, en y rajoutant des sous-titres français. Les fans de la première heure se contenteront sans doute de l’édition Elite qui ne dispose pas de sous-titres français malheureusement, quant aux autres, ils peuvent se reporter sur cette édition soignée dans l’ensemble mais manquant de vrais suppléments attractifs pour en faire une édition incontournable. Mais peut-on se passer d’un tel film " ?

vendredi, septembre 30, 2005

 

Si vous passez à table.

Je ne supporte plus ces expressions à la con comme "c'est que du bonheur", "on va pas se mentir" "c'est juste pas possible" ou "c'est juste immense". Beuark ! Autre beuark à suivre. "Le cannibale de Rotenbourg : Un meurtre juste par plaisir. C'est mercredi que s'est ouvert en Allemagne, le premier procès d'un homme accusé de cannibalisme. Au printemps 2001, Armin Meiwes, 42 ans a dévoré le pénis d'un homme qu'il avait recruté par annonces sur Internet. C'est un procès sans précédent qui s'est ouvert mercredi en Allemagne. Dans le box, Armin Meiwes, 42 ans. Ce quadragénaire doit répondre aujourd'hui devant le Tribunal de grande instance de Kassel de "meurtre par plaisir". En 2001, l'accusé qui est friand de chair humaine, passe 80 petites annonces sur le net, dans lesquelles il ne cache pas ses intentions : "Recherche un homme prêt à se faire manger". Cinq hommes répondent à cette sollicitation. Parmi eux, Bernd Juergen Brandes, un employé en informatique retient toute son attention. Du même âge qu'Armin, l'homme possède comme lui des penchants homosexuels. Un rendez-vous est fixé à Rotenbourg, au domicile du cannibale. D'un commun accord, les deux hommes décident de couper le sexe de Brandes et de le déguster de concert. Après avoir sectionné le pénis, ils le flambent, le goûtent puis décide de le faire cuire. Pendant plus de 9 heures, la scène va être enregistrée sur une cassette vidéo qui sera d'ailleurs saisie par la police. Après avoir terminé leur repas, Armin Meiwes tue son invité de plusieurs coups de couteaux dans le cou. Il transporte ensuite, le corps dans sa cave, le pend par les pieds, l'étripe avant de le découper en morceaux. Appréhendé une première fois par les enquêteurs, le cannibale est néanmoins relâché faute de preuves. Mais grâce au témoignage d'un étudiant autrichien, il est de nouveau interpellé le 10 décembre 2002. C'est à cette date que cette affaire éclate au grand jour laissant les Allemands totalement sidérés. Devant les policiers, l'homme passe aux aveux affirmant "Je ne suis pas seul à avoir ce penchant. En Allemagne, il y a environ 800 cannibales". Des experts psychiatres le déclare pénalement responsable de ses actes. Son avocat, Harald Ermel compte pendant le procès plaider "l'homicide sur demande" ce qui permettrait de réduire considérablement les peines encourues. Si cette qualification est retenue par la Cour, son client risque au maximum, une peine de 5 ans de prison. Pour la défense, la victime était consentante en vertu de quoi, il ne peut s'agir d'un meurtre mais plutôt d'une forme de sado masochisme certes, portée à son extrême mais entre personnes adultes consentantes. L'accusé qui est emprisonné depuis le 10 décembre 2002 espère de son côté, que ce procès qui débute lui permettra d'empêcher des personnes possédant les mêmes penchants que lui de passer aux actes. "Ils doivent se faire soigner afin qu'il n'y ait pas une escalade comme dans mon cas" a confié le cannibale au journal Welt am Sonntag. Aujourd'hui, l'homme qui envisage d'écrire ses mémoires affirme "Je reconnais être coupable et je regrette ce que j'ai fait", tout en soulignant qu'il conserve malgré tout "un souvenir intense et positif" de Bernd Juergen Brandes. Le procès doit durer jusqu'à la fin du mois de janvier 2004. Armin Meiwes encourt une peine de 15 ans de réclusion criminelle." Bon ap.
Bravo la théorie de l'évolution...

 

Keith cool (attitude).


 

A kind of sympathy for the devil.

Lorsque j’entends parler de "Sex & drug & rock'n roll", je crois qu’aucun groupe dans l’histoire du rock ne l’a aussi bien représenté que les Stones. Moi, j’avais de ce groupe, une image plutôt vieillotte. Cependant il faut se rappeler qu’un jour ces quatre gars là, et ben ils ont eu vingt ans, et ils faisaient du putain de Rock'n roll. Mais revenons en 1960, Mick Jagger joue dans un groupe de merde. Keith Richards, gratte sa guitare dans son coin. Tous les deux sont fans de rythm 'n blues. Ils décident de créer un autre petit groupe de merde. En 1962, ils font la connaissance de Brian Jones. Le nouveau groupe prend forme et fait sa première apparition sous le nom (emprunté par Brian Jones à Muddy Waters) des "Rollin' Stones". En 1963, Bill Wyman et Charlie Watts intègrent la formation. Leur premier album, intitulé "The Rolling Stones", est composé exclusivement de standards du rock et du rythm'n blues. Les Rolling Stones cultivent une image de voyous qui les opposera aux Beatles bien propres sur eux. La presse commence alors une campagne de dénigrement avec des titres du style : "Laisseriez-vous sortir votre fille avec un Rolling Stones ?" Ce qui était à l’origine un nouveau groupe anglais venu concurrencer les Beatles, va créer les bases du rock'n roll. Pour se démarquer du groupe en vogue, apparu un peu plus tôt avec leurs allures de gendres parfaits, les Stones se créent une image de "mauvais garçons". Leur extravagance se dégage à travers des textes portés sur la sexualité ("Satisfaction") et des attitudes sensuelles, voire obscènes. Le parcours des deux groupes reste cependant similaire et les Rolling Stones décident d’introduire progressivement dans leur musique des influences psychédéliques et indiennes (comme le sitar de "Paint it Black" et les tabla de "Under my Thumb"). Leur sulfureuse réputation commence à envahir l'Europe et les Etats-Unis : partout où ils passent, c'est l'émeute, des blessés, les fauteuils des salles sont brisés, et les ennuis avec la justice commencent. 1965, les Rolling Stones alignent leur premier hit, Satisfaction. Suit Aftermath, premier album signé par le duo Jagger-Richards, avec entre autre Paint it Black. Cependant, Jones, sombre de plus en plus dans les excès et voit le groupe lui échapper. En 1967, c'est l'album Between the Buttons avec "Let's Spend the Night Together" et "Ruby Tuesday". "Jumping Jack Flash" affole les charts du monde entier, "Beggar's Banquet" en 1968, "Let it Bleed" en 1969, "Sticky Fingers" en 1971 (la fameuse pochette de Andy Warhol) et "Exile on Main Street" en 1972. Avec ses quatre albums, le groupe va créer sa légende. Pendant ces cinq années, Jagger et Richards vont composer "Sympathy for the Devil", "Street Fighting Man", "Honky Tonk Women", "Midnight Rambler", "Gimme Shelter", "Brown Sugar", "Wild Horses", "Bitch", "Rocks Off", "Trumbling Dice". Usé par les drogues, Brian Jones est hospitalisé. Il arrive de plus en plus en retard aux studios d'enregistrement, dans un état second et raconte partout que le duo Jagger-Richards lui a volé son groupe. Épuisé, il quitte le groupe en juin 1969 et se retire dans sa maison du Sussex en Angleterre. Un mois plus tard, il sera retrouvé mort dans sa piscine. Les Rolling Stones lui rendront un dernier hommage en donnant un concert gratuit à Hyde Park devant plus de 250.000 personnes. Puis vient l’épisode du tristement célèbre concert gratuit des Stones à Altamont le 6 décembre 1969, au cours duquel Meredith Hunter, un jeune homme noir est poignardé à mort par un hell’s angel. Pendant le concert, "Keith Richards m'a dit qu'il fallait qu'on stoppe cette violence sinon ils arrêtaient de jouer. Je lui ai pointé mon pistolet dans la hanche et je lui ai dit de se remettre à sa guitare, sinon il était mort. Il a joué comme un enfoiré"... Mick Jagger fait la rencontre de Bianca Perez Morena de Macias, star de nuits parisiennes. Ils se marient en 1972 à St Tropez et après avoir mené une vie de débauche avec Marianne Faithfull, Mick plonge dans les plaisirs luxueux et la Jet-Set pendant que Keith se came à l’héroïne ce qui n’est pas fait pour aiguiser la créativité des Rolling Stones et si Angie est un tube mondial, il est a des années lumières des années fastes de 1966 à 1972. En 1978 ils renouent avec le succès commercial avec l'album Some Girls avec le très disco Miss You. Nouvelle décennie oblige le groupe semble se disloquer, Mick divorce de Bianca et vit avec le top-model Jerry Hall, sort un album solo et se produit sur scène avec David Bowie. Keith se sépare d'Anita Pallemberg en 1982, suit des cures de désintoxication et sort aussi un album solo. Pourtant en 1989, les Rolling Stones vont ressurgir avec "Steel Wheels", avec les chansons "Sad Sad Sad", "Mixed Emotions", et "Rock and a Hard Place". Carton. En 1994, les Stones sortent l'album "Voodoo Lounge" L'album live "Stripped" est composé d'anciennes chansons des Stones et d'une reprise que Bob Dylan dit avoir écrit pour Brian Jones "Like a Rolling Stone". Mais celui qui m’intéresse le plus au sein de ce groupe c’est Keith Richards, Mister rock'n'roll en personne. Tout le monde à une anecdote, sur, ou avec lui, Modeste, ce grand guitariste est l'auteur de certains des riffs les plus obsédants du rock. J’ai lu les pires trucs sur lui, des critiques rock célèbres témoins d’OD en direct, seules avec lui dans des chambres pourris. Keith Richards, un nom qui sent le soufre. S'il est reconnu et adulé comme l'un des plus grands guitaristes de sa génération et en tant que véritable pouls scénique des Stones, c'est aussi sa capacité à tenir encore debout, droit comme i, après ses longues années de débauche, qui continue d'impressionner chez celui que l'on surnomme "Monsieur Rock'n'roll". En quarante ans de carrière, l'alter ego tranquille de l'extraverti Mick Jagger a sans doute absorbé assez d'alcool et de drogues en tout genre - et surtout d'héroïne - pour terrasser vingt hommes de son gabarit de dandy déguingandé au visage hâve. Il est ainsi connu pour avoir été arrêté, inconscient, à Toronto en 1976, après avoir, de son propre aveu, "fait la fête" non stop durant cinq jours et cinq nuits. Il est du même coup le Stone qui a eu le plus de démêlés avec la justice et la police. Pourtant, son addiction passée ne saurait cacher son exceptionnel talent. "Quand j'entends dire ce que j'ai fait 'sous l'influence de', ça me fait rigoler. Avant, il y avait tout de même dix ans de boulot. J'ai pris ces trucs surtout pour me cacher d'une vie trop publique, rentrer dans mon cocon. Mais ça détruit, surtout l'héroïne. C'est un terrain miné", confiait-il à Philippe Manoeuvre. Il n'y aurait en effet pas pire injustice que de lui dénier l'entière paternité d'une série incroyable de compositions inusables et de riffs de guitare parmi les plus addictifs du rock. Pourtant, ce grand admirateur de Chuck Berry et Muddy Waters dont il est le fils spirituel, a toujours su rester modeste, préférant se retrancher dans l'ombre vorace de son complice Jagger. "Le groupe n'est pas là pour permettre aux musiciens d'exhiber leurs solos ou leur ego", explique-t-il. Initié à la guitare par son grand-père, le généreux Keith n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il sert musicalement le groupe et que l'alchimie fonctionne soudain parfaitement. "Ces moment magiques, c'est ce que j'ai toujours cherché dans ma vie", assure-t-il, "c'est un des plaisirs les plus purs que je connaisse". Mais c'est au bassiste Bill Wyman qu'il revient de dévoiler le rôle pivot de son partenaire, et de percer à jour du même coup l'un des mystères du "son" si particulier des Stones. "Tous les orchestres suivent le batteur, sauf nous", confiait-il au biographe de Keith. "Chez nous, le batteur suit le guitariste rythmique, à savoir Keith Richards. Keith est un musicien très sûr de lui et très têtu. Tout de suite, il y a quelque chose comme un centième de seconde de retard entre la guitare et le jeu de batterie merveilleux de Charlie, et ça change complètement le son. C'est pourquoi les gens nous trouvent difficiles à imiter". Keith confirme d'ailleurs implicitement son rôle indirect de métronome lorsqu'il affirme "Je suis sans doute le guitariste qui a été le plus influencé par les batteurs". Côté coeur, moins tapageur et volage que son faux frère Jagger, Keith n'en reste pas moins porté lui aussi sur les créatures de rêve. L'actrice et mannequin Anita Pallenberg, qu'il pique à Brian Jones vers 1967 restera sa compagne une douzaine d'années. Elle restera célèbre pour sa consommation excessive d’héroïne - cocaïne, (le matin, elle partait sur les chantiers avec une boite autour du cou et elle allait en donner des doses de coke aux ouvriers….) très orientée mystique, satanisme, proche d’Anton Lavey et d’Alister Crawley, elle traçait des pentacles un peu partout. Elle lui donnera trois enfants, dont un petit Tara mort subitement en bas âge. Mais c'est finalement Patti Hensen, dont il a eu deux filles, qu'il épousera en justes noces en 1983. Laissant la fureur des flashs et des spotlights à ses acolytes, Keith Richards aura été le dernier des Stones à se lancer en solo, à une époque où le désaccord entre eux au sujet des orientations musicales à prendre est au plus haut. Il grave avec son groupe les X-Pensive Winos "Talk is cheap" (1988), qui reçoit un bien meilleur accueil que l'album solo de son comparse Jagger sorti l'année précédente. Suivront "Live at the Hollywood Palladium" (1991) et "Main Offender" (1992). "Le rock'n'roll ça ne se calcule pas. Faut que ça reste loose", assure-t-il. Alors, face à la démesure de la célébrité et au mythe "sex & drugs & rock'n'roll" qui a longtemps pesé aussi lourd qu'une croix sur ses frêles épaules, ce fils d'ouvrier n'a qu'une seule parade : rester cool et rebelle à jamais. Respect.

jeudi, septembre 29, 2005

 

Action. Réaction. Révolution ?

Voici une chronologie historique d'Action Directe. Pourquoi aborder un sujet comme celui ci dans un blog ? Et bien à l’heure actuelle on me parle d’une radicalisation de la jeunesse (plus pour une paire de Nike que pour des idées à mon avis). Ce post est simplement fait pour que les jeunes sachent que la jeunesse dans les années 70-80, pouvait, elle aussi, être radicale. Soyons bien clair : Je n’en fais pas l’apologie, je ne la condamne pas non plus. 1972-1976 : A la fin des années 60 c'est la Gauche Prolétarienne, dont le journal est la Cause du Peuple, qui arrive à rassembler les éléments les plus révolutionnaires de l'après 68. La situation est comprise comme un "nouveau fascisme", et l'on va vers la "guerre civile". Une "nouvelle résistance" se développe à partir du mouvement anti-autoritaire de la jeunesse et des luttes ouvrières. La GP, dont certains de ses militants sont tués par la police ou les vigiles des usines, organise un groupe armé illégal, "la Nouvelle Résistance Populaire". Celle-ci tente d'enlever un député, séquestre un responsable de Renault mais s'auto dissout au bout de quelques temps, refusant le passage à la lutte armée et espérant beaucoup des mouvements sociaux comme l'autogestion de l'usine de montres LIP ou l'occupation par la population des terrains militaires du Larzac. Ce n'est néanmoins pas la fin de la lutte armée en France. Il se forme des Groupes d'Action Révolutionnaire Internationaliste. Ils entendaient soutenir financièrement, matériellement et militairement la lutte contre le franquisme en Espagne. Ils enlèveront le directeur de la banque de Bilbao à Paris, mèneront vingt-cinq attentats et cinq hold-ups à Paris, dans le Midi de la France et en Belgique. Les GARI seront démantelé au bout de quelques mois. Apparaissent alors les Brigades Internationales qui forment "une organisation politico-militaire, anti-impérialiste, d'inspiration maoïste, et composée de militants révolutionnaires français". Créée à la suite du putsch au Chili en 1973, en conséquence de "l'incapacité des organisations révolutionnaires à proposer une riposte conséquente", les BI mèneront pendant trois ans des actions très dures et ne seront jamais détruites par la police. 1974 la BI Raul Sendi (nom du fondateur des Tupamaros) exécute le colonel Trabal, attaché militaire uruguayen. La BI Juan Manot (militant basque fusillé) tente d'exécuter l'attaché militaire espagnol Garcia. 1976 la BI Che Guevara exécute l'ambassadeur bolivien à Paris. La BI Reza Rezay (militant iranien tué) tente d'exécuter l'attaché culturel iranien. 1977 la BI El Ouali Sayed tente d'exécuter l'ambassadeur de Mauritanie. C'est alors la formation des Noyaux Armés Pour l'Autonomie Populaire (NAPAP). Exécution de J.A Tramoni, vigile de chez Renault ayant tué un militant de la GP, P.Overney. Les NAPAP créent un incendie sur l'aire de stationnement des usines Renault, un attentat contre la CFT, un attentat et des coups de feu contre Chrysler, attentat contre le domicile du garde des Sceaux, contre le palais de justice et le ministère de la justice; finalement un attentat contre le hall d'exposition de la société Mercedes. 1978 : En France c'est la formation de l'autonomie offensive, c'est-à-dire du mouvement autonome, à partir de groupes qui se sont notamment affrontés à la police lors de la grande manifestation anti-nucléaire. Le mouvement autonome ne rejette pas la lutte armée, comme le montrent les slogans ("lutte armée et autonomie ouvrière", "autonomie et offensive", "autonomie offensive, lutte armée, pour le communisme!"), car "l'émergence de la violence est un fait du mouvement". Mais, et à ce titre, la violence ne peut pas être simplement le fruit d'une organisation, elle dépend du mouvement. " Le Mouvement est prêt et capable, sans attendre la permission des gauchistes, de défendre ses besoins en assumant massivement un haut niveau d'affrontement avec l'Etat... de façon que dans son ensemble il puisse se reconnaître dans chaque action violente menée par de petits groupes. Les militants d'Action Directe, qui n'existe pas encore en tant que tel, mènent des opérations de sabotage et d'actions illégales. A ainsi lieu une nuit bleu contre la construction de la centrale de Malville (vingt-trois attentats revendiqués par CARLOS (coordination autonome radicalement en lutte ouverte contre la société). Une nuit bleu a lieu contre l'extradition de l'avocat des prisonniers de la RAF Klaus Croissant, des actions à l'annonce de la mort par "suicide" des prisonniers de la RAF ; à Toulouse la CACT (coordination autonome contre le travail) attaque des ANPE et des agences d'intérim. En été 1978 c'est l'arrestation de militants des MATRA (Mouvements armés terroristes révolutionnaires anarchistes), accusés de trente-cinq attentats contre des ANPE, des bâtiments EDF, des agences d'intérim, des gendarmeries, le palais de justice, etc. 1979 : l'organisation "Action Directe" apparaît en revendiquant le mitraillage du bâtiment du CNPF (conseil national du patronat français) à Paris. Attentats contre le ministère du travail et le ministère de la santé. 16 septembre: destruction du siège de la SONACOTRA (société mixte de gestion des foyers de travailleurs immigrés) après les expulsions massives et policières de foyers suivant une grève des loyers de plusieurs mois. Mitraillage des locaux du secrétariat aux travailleurs immigrés (dans le bâtiment même du ministère du travail). Attentat contre les locaux du patronat chargé de la gestion de l'emploi pour la région parisienne. 1980 : Attentats contre la direction de l'inspection du travail. Attentat contre l'UCPI, société immobilière impliquée dans des expropriations de logements dans les quartiers populaires de Paris. Attentat contre une autre société immobilière impliquée. Attentat contre les locaux de la section de la D.S.T. (direction de la surveillance du territoire) chargée de la surveillance des organisations politiques et syndicales des étrangers. Attentat contre le siège de l'Organisation Internationale de Coopération des Polices. Un commando pénètre dans le Ministère de la Coopération, le Ministre Galley échappe de peu aux tirs. Trente-deux militants autonomes proches ou militants d'Action Directe sont arrêtés; celle-ci mène des actions en réponse contre le Fort de Maison-Alfort (caserne des unités du GIGN) et contre un commissariat de Toulouse. Attentat contre le ministère des transports, tirs de roquettes contre le même ministère et la direction de la sécurité routière. Pillage par un groupe armé de la mairie du XIVème arrondissement de Paris. Affrontement armé à Paris lors d'une attaque contre une banque entre policiers et membres d'Action Directe. Arrestation d'une douzaine de militants après une fusillade. Mitraillage du poste de garde de l'Ecole de Guerre. 1981 : Action Directe suspend ses actions pour la campagne présidentielle. Fusillade lors d'une attaque contre une banque de la place des Ternes à Paris; un policier est tué. Après l'élection de Mitterrand deux grèves de la faim en six mois et un grand soutien politique à l'extérieur permet la libération de tous/toutes les prisonniers politiques communistes et anarchistes. Scission dans Action Directe en quatre tendances, dont deux (dites "mouvementistes ") cessent la lutte armée et une passe dans l'antisémitisme militant. Action Directe participe en novembre et en décembre à l'occupation de nombreux ateliers clandestins dans le Sentier et d'immeubles à Barbès. Laouri " Farid " Benchelal, militant d'Action Directe, est tabassé à mort au commissariat d'Helsinki quelques heures après son arrestation. Décembre: sept attentats contre des magasins de luxe, dont Rolls-Royce à Paris et en province. 1982 : Action Directe exécute Gabriel Chahine, réfugié libanais qui a indiqué à la police les planques de militants. Attentat contre le local des organisations fascistes turques à Paris. Mitraillage de l'antenne du Ministère de la Défense israélien à Paris par un commando composé de membres d'Action Directe et de révolutionnaires turcs. Avril: publication du texte "Pour un projet communiste". On peut en gros définir la ligne d'Action Directe comme "communiste libertaire", ou plus exactement d'anarchiste marxisant. Aucune référence à Lénine ou Mao, Action Directe se veut anarchiste mais veut une " société communiste ". Le mois est marqué par des arrestations, des rafles dans les squatts de Barbès, le siège de l'organisation est détruit quelques heures après le passage de la police. Contre le sommet du G7 à Versailles, Action Directe organise notamment un grand attentat contre le siège européen du F.M.I. et de la Banque mondiale (Unité Combattante Benchellal). Parution du texte " Sur l'impérialisme " où les USA et l'URSS sont mis dos à dos. Août: Massacres par les phalanges libanaises sous l'oeil de l'armée israélienne des réfugiés palestiniens des camps de Sabra et Chatila. AD (UC Marcel Rayman, composé de personnes d'origine juive) mène des actions armées contre des sociétés israéliennes et US, notamment contre la Chase Manhattan Bank, et se réclame pour la première fois du "front anti-impérialiste". L'Etat dissout Action Directe, dont tout sympathisant peut être accusé de "reconstitution de ligue dissoute". Attentat contre le journal Minute. 1983 : Fusillade à Paris entre un commando d'Action Directe et la police. Deux policiers sont tués et un autre grièvement blessé. Grand émoi dans la police, qui manifeste sous les fenêtres du ministère de la justice, dont certains en uniformes. Tentative d'expropriation de la bijouterie Aldebert, place de la Madeleine. Attentat contre la Marine Nationale. Attentat contre le Cercle militaire inter-allié. Fusillade dans le 17ème arrondissement de Paris, Ciro Rizzato, militant italien des COLP (communistes organisés pour la libération prolétarienne) est tué, deux policiers blessés. Des procès ont eu lieu contre des Italiens et des Français quant à cette fusillade. 1984: Attentat contre Panhard. Février: arrestation d'une dizaine de militants en France et en Italie. Des militants d'Action Directe échappent à un piège tendu par la police à Bruxelles en Belgique. Arrestation quelques jours plus tard de nombreux militants. Printemps: Action Directe et des militants révolutionnaires de Belgique exproprient des banques, pillent l'armurerie de la caserne de Vielsam, récupère près d'une tonne d'explosif. Action Directe débute l'offensive" unité des révolutionnaires en Europe de l'Ouest" avec un attentat contre l'Institut atlantique. "De la capacité à s'organiser des éléments avancés du prolétariat des métropoles dépend la réalisation ou l'échec des projets de l'impérialisme : surexploitation, guerre, anéantissement...". Attentat contre l'institut des affaires atlantiques (UC Ciro Rizzato). Attentat contre les services informatiques du bureau de recherche et de programmation du ministère de la défense et les locaux du SIAR (surveillance industrielle de l'armement) (UC Benchellal). Attentat contre les annexes du ministère de l'industrie. " En s'en prenant à l'un des piliers de l'OTAN et en attaquant frontalement l'impérialisme français, l'organisation Action Directe démontre une fois de plus la capacité de la classe ouvrière à frapper l'impérialisme au moment opportun et sa volonté de désarticuler la phase de transfert sur le terrain militaire du projet politique de restructuration globale de la production par la guerre impérialiste. En portant l'attaque au ministère de l'industrie, l'organisation Action Directe manifeste sa détermination à s'opposer aux licenciements de masse dans l'automobile et la sidérurgie, à l'exploitation toujours plus grande de millions de prolétaires " (Régis Schleicher, militant d'Action Directe alors arrêté. Attentat contre le siège de l'ESA (european space agency). Une voiture piégée est garée sous les fenêtres de l'hémicycle de l'Assemblée de l'Union de l'Europe Occidentale. Attentat contre le siège du PS et contre le ministère de la défense. Début d'une grève de la faim de trente huit jours des prisonniers politiques d'Action Directe contre l'isolement carcéral et pour le regroupement. D'autres prisonniers politiques et des prisonniers sociaux les rejoignent. Octobre : attentats contre les entreprises d'armement Hispano-Suza et Dassault. Décembre : Le collectif de rédaction de l'Internationale est arrêté. Condamnés à de lourdes peines pour "association de malfaiteurs", certains sont relaxés en appel après 4 ans de préventive! De fait, " l'Internationale " est court-circuité sans être confronté à une répression visant directement la presse. Il faut dire que n'importe quel abruti en lisant l'Internationale pouvait comprendre les liens avec Action Directe...En R.F.A, attentat contre la mission technique de l'armement de l'ambassade française. 1985 : Déclaration commune RAF - Action Directe. Décidant de mener la lutte dans un seul front contre les projets impérialistes. Le général Audran, responsable des affaires internationales du ministère de la défense (rapport avec l'OTAN, vente d'armes, etc.) est exécuté par le commando Elisabeth Van Dyck d'Action Directe (Van Dyck est une membre de la RAF assassinée lors de son arrestation). Attentat contre la banque Leumi et l'ONI, contre Minute (UC Sara Meidli). Un révolutionnaire turc est arrêté à la frontière franco-belge avec deux kilos de dynamites. Il était fiché comme proche d'Action Directe et avait vécu dans les Squatts de Barbès. Attentat contre le siège européen du F.M.I., contre les entreprises d'armement TRT et SAT (UC Benchellal). Attentat contre le Général Blandin, contrôleur général des armées, qui échoue, est revendiqué par le Commando Antonio Lo Muscio (militant italien des Noyaux Armés Prolétariens tué lors de son arrestation). Découvertes de caches et de planques d'Action Directe et du FRAP, front révolutionnaire armé prolétarien. Un commando commun RAF - Action Directe (nommé Georges Jackson du nom d'un militant Black Panther assassiné) attaque la base aérienne US de Francfort (l'air base), trois soldats américains sont tués. Attentat contre ATIC, Péchiney, Renault, Spie-Batignolles. Attentats contre Radio - France, Antenne 2, la Haute Autorité de l'audiovisuel.1986 : le commando Christos Kassimis revendique l'attentat contre le vice-président du CNPF, Guy Brana, notamment PDG de la branche armement de la multinationale Thomson. Le commando Kepa Crespo-Gallende pénètre à l'intérieur du siège d'Interpol, mitraille les différents bureaux et dépose plusieurs dizaines de kilos d'explosifs. L'unité combattante Ciro Rizzato revendique l'attentat contre le siège de l'OCDE. L'Etat français adopte les lois d'exception concernant le terrorisme: peine de trente ans, section spéciale du Parquet, constitution d'un jury spécial professionnel, prolongement de la garde à vue...Le commando Pierre Overney (d'un militant mao tué par un vigile aux usines Renault) exécute Georges Besse, PDG de Renault. 1987 : l'échec militaire Arrestation de Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron, Jean-Marc Rouillan et Georges Cipriani.

 

Pablo Escobar from Medellin.

Chroniques de la guerre de la coca : la légende Escobar dans "Les Communes", ce sont ces quartiers défavorisés, là où Pablo Escobar avait assis sa légende en distribuant des liasses de dollars. - Le fantôme de Pablo Escobar plane désormais sur Alberto Fujimori après les fracassantes révélations de Roberto, le frère d'Escobar, sur le financement de la première campagne électorale du président péruvien en 1989 par l'ancien caïd du cartel de Medellin. L'ancien chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar, abattu en 1993, avait financé la première campagne électorale d'Alberto Fujimori en 1989 avec "plus ou moins un million de dollars", Pablo Escobar, tué par la police à Medellin le 2 décembre 1993, continue de bénéficier d'un véritable culte dans sa ville, où sa tombe est fleurie tous les jours de roses fraîches à Envigado, dans la banlieue. L'ex-chef du cartel de la cocaïne avait acheté des maisons pour quelque 500 pauvres dans son fief lors de son "règne", et institué sur ses fonds propres une aide financière pour les chômeurs. La Colombie reste aujourd'hui le premier producteur mondial de cocaïne, avec 520 tonnes par an, exportées à 90% vers les Etats-Unis. La fin sanglante d’Escobar, roi de la drogue parmi tant d’autres Abattu par un groupe d’élite de l’armée colombienne, le narco-trafiquant milliardaire laisse derrière lui un long cortège de morts. Mais d’autres ont déjà pris la place. à Bogota. Il est 15 heures (heure locale), jeudi après-midi, quand Pablo Escobar Gaviria, l’homme le plus recherché au monde, tombe, le corps criblé de sept balles. Les dix-sept hommes du « Bloque de busqueda », le groupe d’élite de l’armée colombienne, venait de prendre d’assaut la maison Los Olivos, dans le quartier de Las Américas de Medellin. A l’intérieur se trouve Pablo Escobar, en compagnie d’un seul garde du corps. Le chef du cartel de Medellin tente de fuir par le toit. Armé d’un magnum, il tire pour protéger sa fuite. Les hommes postés à l’extérieur l’abattent. L’opération rondement menée a duré quinze minutes, et clôturait de manière spectaculaire trois jours mouvementés où la famille Escobar avait de nouveau fait la une de l’actualité. Refoulés d’Allemagne, où ils tentaient de trouver asile, la femme et les fils du trafiquant attendaient, sous haute surveillance, à l’hôtel Tequendama, au centre de Santa Fe de Bogota, de trouver une destination. C’est ce retour en terre colombienne de sa proche famille qui aura finalement perdu le milliardaire de la cocaïne, et mis fin à 498 jours de clandestinité durant lesquels le trafiquant de Medellin s’était joué de tous les pièges et de toutes les tentatives d’arrestation, depuis son évasion, le 22 juillet 1992, de la prison « modèle » d’Envigado, où il était incarcéré. Alors que Pablo Escobar avait protesté, mardi, en envoyant un message sur cassette à la radio de Medellin, contre le traitement infligé à sa famille, c’est en téléphonant à celle-ci, jeudi matin, que tout devait se précipiter. L’appel était localisé et, aussitôt, se mettait en place l’opération qui, quelques heures plus tard, allait permettre d’en finir avec Escobar et son unique garde du corps. Le « Bloque de busqueda » bouclait le quartier, toutes les lignes téléphoniques étaient coupées. Il restait à donner l’assaut. Dans les minutes suivantes, la nouvelle tombait et le pays entier était sous le choc. Les radios répercutaient ce qui paraissait encore incroyable, en annonçant « l’information la plus importante pour la Colombie et le monde ». Les réactions allaient de la joie à la stupéfaction. Mais c’est l’incrédulité qui dominait. Nombre de Colombiens pensent encore que rien n’est terminé et que le corps trop enveloppé et le visage barbu que l’on a montrés ne sont peut-être pas ceux du « narco », qui a ici statut de mythe. Avec la mort d’Escobar, dont le cadavre a été formellement reconnu hier par sa mère, beaucoup souhaitent qu’une page de l’histoire de la Colombie soit enfin tournée. Une page troublée et violente où les faiblesses d’un Etat et les intérêts d’un commerce hautement lucratif auront défrayé la chronique mondiale, et mobilisé les Etats-Unis dans une lutte antidrogue qui n’a toujours pas donné les résultats escomptés. Malgré la déclaration de guerre en bonne et due forme lancée au trafic provenant de Colombie, malgré les 2,5 millions de dollars promis en août 1992 à quiconque aiderait à la capture d’Escobar, l’administration américaine est souvent apparue plus soucieuse d’entretenir un label antidrogue que de mettre hors d’état de nuire un criminel. Aujourd’hui, Bill Clinton envoie un message de félicitations à Bogota, et toutes les institutions colombiennes célèbrent la mort de Pablo Escobar. On sait désormais que Washington a apporté un soutien logistique très important à l’opération. C’est, par exemple, un système sophistiqué d’écoute qui a permis de localiser le fameux appel téléphonique à Escobar. Mais, au-delà de la mort d’un symbole, le drame de la violence et du trafic de drogue qui l’engendre reste entier en Colombie. La « fin » du cartel de Medellin ? On sait déjà que des mini-cartels, proches de la ville de Medellin, étendent leur influence. La diabolisation de Pablo Escobar ne doit pas faire oublier, par ailleurs, le poids du cartel de Cali, qui détient la grande majorité du trafic de cocaïne à destination des Etats-Unis et d’Europe, qui a quasiment pignon sur rue et qui joue la « légalité ». Le procureur général de Colombie, a reconnu avoir reçu la visite d’un avocat de Cali, pour négocier avec l’Etat la cessation des activités du cartel de cette ville. Dans un pays où les attentats et les menaces continuent à être monnaie courante, la mort d’Escobar ne suffira pas à ramener la paix. La narcomode déchire les Italiens" Cocaina", "Narcotrafficante" ou encore : "Pablo Escobar 1949-1993" : cet été, en Italie, rien n’aura été plus tendance que ces tee-shirts allusifs, baptisés Made in jail. A la plage comme dans les bars branchés ou dans les boîtes, les jeunes se sont affichés avec ces vêtements d’autant plus volontiers qu’ils ont vu grandir la polémique. Scandaleuse glorification de la drogue et des narcotrafiquants pour les uns, opération "pédagogique" selon le fabricant transalpin Mexico69, ces objets du délire se sont répandus comme une traînée de poudre en Italie. Flattant le "désir de transgression" des ados, Mexico69 a réuni tous les ingrédients d’un bon polar pour vendre ses tee-shirts. L’entreprise a baptisé sa collection "De puta madre", une expression espagnole équivalant à "génial, super", mais qui, bien entendu, peut être interprétée autrement par les Italiens. Mexico69 raconte sur son site comme dans les médias que l’idée de ces vêtements provient d’un taulard colombien emprisonné à Barcelone pour trafic de drogue. Il aurait ainsi exprimé sa repentance… Mexico69 a saisi le bon filon et créé une collection enrichie avec des inscriptions comme "Medellín" (fief de Pablo Escobar), "Colombia narcotraffico", etc. L’un des associés de Mexico69, "Nous avons choisi Pablo Escobar à cause de son ambiguïté. Il fut à la fois un bienfaiteur pour les pauvres et un délinquant, un personnage mythique et douteux." Reste que peu de jeunes Italiens savent qui était le caïd et ce qu’est le cartel de Medellín. Séduits par les accents provocateurs des produits et fascinés par le site tapageur, ils déboursent sans ciller 25 à 30 euros pour l’un de ces tee-shirts. "Tout le monde les porte", explique un adolescent au journaliste de BBC Mundo. "Mes amis disent que Pablo était un grand homme. Moi, je ne savais pas vraiment qui il était." Ceux qui savent sont atterrés, en particulier les diplomates colombiens en poste en Italie. L’affaire a même créé un mini-incident diplomatique entre les deux pays. Les services de lutte anti-Mafia en Italie, qui mènent l’enquête avec leurs homologues colombiens sur les relations entre les cartels de la drogue et les groupes mafieux transalpins, approuvent cette indignation. "Ces produits sont d’une stupidité incroyable et contribuent à désagréger les valeurs de la légalité. Cela confine à l’apologie du crime", déclare un magistrat italien. Le fabricant a toutefois pris ses précautions : dans sa pub et aux journalistes il assure faire un travail pédagogique en délivrant un message antidrogue et contre l’illégalité… » Curieux que je suis, je souhaitais voir la célèbre prison où était "enfermé" Pablo Escobar. Cette prison, entièrement construit pour lui, et qui était une prison de luxe avec tout le confort nécessaire, s'appelait la Cathédrale. Je pris donc un taxi pour m'y rendre car elle est située en dehors de la ville de Medellin. Sur le chemin, nous croisons un autre taxi à qui nous demandons notre chemin. Ce dernier nous apprend que l'édifice a été détruit depuis quelques années déjà et que l'on n'en voit plus que les décombres. Afin de me consoler, le chauffeur me propose de m'emmener au cimetière pour y voir la tombe du célèbre Pablo Escobar. Pas vraiment satisfait mais souhaitant malgré tout amortir la course de taxi, je m'y rendrai. Je m'attendais à une tombe particulièrement riche, ornée de marbre etc, rien de tout cela... Pablo Escobar, malgré les crimes qu'il a pu commettre ou commandité, reste une figure extrêmement appréciée en Colombie et plus particulièrement à Medellin. En effet, ce riche gangster a financé de nombreuses oeuvres sociales comme la construction de quartiers entiers pour les pauvres, de stades de sports etc... Il jouit en quelques sortes d'une image de Robin des Bois. Je ne vous cache pas qu'il règne en effet à Medellin une atmosphère très particulière et qui peut sembler inquiétante pour les non initiés comme je l'étais. En effet, la marginalisation et la pauvreté dans laquelle vivent un certain nombre de personnes favorise la délinquance et on peut donc se sentir quelque peu en danger notamment la nuit. Les illustrations de la misère et de la marginalisation sont nombreuses dans les rues de Medellin qui est le refuge d'un grand nombre de "déplacés" par la violence aux multiples visages qui sévit dans les campagnes. Medellin est une ville tristement célèbre pour avoir été le quartier général de Pablo Escobar, le plus grand baron de la drogue que la planète ait connu. La mort de Pablo Escobar il y a 10 ans n'a pas enrayé la vague de violence qui frappe la ville. A l'époque, Escobar avait créé un véritable groupe armé autour de lui, environ 3000 tueurs, les " sicarios ", àgés de 10 ans pour les plus jeunes. Cette pratique continue malheureusement aujourd'hui. En moyenne 15 assassinats par jour, dus principalement au fléau de ces tueurs à gage, engagés pour la plupart par des narcotrafiquants. Ils sont tous très croyants et fidèles à la vierge, ils lui vouent des prières quotidiennes avant de commencer la journée, surtout avant de préparer un crime. Malgré les divers dispositifs de police et l'intervention de plusieurs brigades dans ces quartiers à hauts risques, ces enfants vivent tous les jours avec la mort. Dans la lutte contre le trafic de drogue, Aujourd’hui, elle est confrontée à des cartels puissants, violents et provocateurs. En ce qui concerne la demande, la situation aux Etats-Unis ne montre aucun progrès définitif puisqu’il reste encore 14 millions de consommateurs de stupéfiants. Chez les jeunes, la consommation de cocaïne s’accroît de manière alarmante depuis 1997 et celle de cannabis, qui avait baissé à la fin des années 80, a notablement augmenté entre 1992 et 1995, et continue de croître à l’heure actuelle. Pour finir, le nombre de personnes incarcérées aux Etats-Unis pour des délits liés à la drogue est le plus élevé du monde industrialisé. Et pourtant la demande de stupéfiants des citoyens des Etats-Unis ne cesse de croître. Le terme de « cartel » a été introduit en Colombie au début des années 1980 par la justice nord-américaine pour expliquer les alliances entre narco-trafiquants et réunir en un seul procès les diverses enquêtes judiciaires. Bien que le concept se soit imposé rapidement dans la presse et l'opinion publique internationale, sa portée et sa précision tendent à s'éloigner de la réalité. Ainsi les « cartels » n'ont jamais eu d'expression organique concrète, durable et définie comme le concept semble l'indiquer. Alors Escobar = Robin des Bois. A titre d'exemple : l'entrée au zoo était gratuite. « Le peuple en est propriétaire et on ne peut pas faire payer le propriétaire », c'est ce qu'avait déclaré Escobar à la presse. Jouer sur cette image paternaliste l'aidait certainement dans sa recherche de légitimité politique. Ainsi, dans un geste qui dépassait les possibilités de l'Etat colombien, Escobar a donné 400 logements à des familles de faibles ressources. Des quartiers entiers de Medellín et de Envigado l'ont désigné comme étant leur bienfaiteur. Pourtant, il n'a pas bénéficié de la même sympathie à la fin de ses jours. Même si jamais personne n'a osé le dénoncer sur ses terres, même si sa tombe est l'une des plus visitée à Antoquia, Medellín n'a pu cacher son soulagement à l'annonce de sa mort. Pablo Escobar a opté pour une participation directe dans la vie politique. Il cherchait peut-être par ce moyen une reconnaissance sociale. De même que dans le commerce, Escobar assumait toujours les affaires importantes personnellement. De plus, l'immunité parlementaire offrait une plus grande protection vis-à-vis de l'extradition. Il a donc créé un mouvement appelé « Medellín sans bidonvilles ». Parmi ses activités, on peut citer la construction de logements, la création d'écoles sportives, l'illumination de terrains de football dans des secteurs marginalisés. En 1982, il est élu parlementaire et remplace à la Chambre Jairo Ortega, un dissident du parti libéral d'Antoquia. on pouvait traiter en dépit de l'illégalité de leur commerce alors que les autres, les membres du « Cartel de Medellín », étaient considérés comme des délinquants arrivistes et dangereux dont le pouvoir se fondait exclusivement sur la force que peut acheter l'argent. On pourrait dire qu'à l'intérieur des mafias colombiennes s'est reproduite la scission sociale entre secteurs populaires et élites. L'usage de la violence et de la terreur : Escobar a construit une armée de sicarios, recrutant des jeunes issus des municipalités les plus démunies, engagés et entraînés par ses soins. Escobar s'est évadé au cours d'une opération désastreuse où l'on tentait son transfert de prison. Avec l'évasion d'Escobar, la Colombie est entrée une fois de plus dans la violence extrême. Les actions à la dynamite menées par Escobar ont donné lieu à une riposte de la part de ceux qui se faisaient appeler les « Pepes » : « persécutés par Pablo Escobar », groupe dirigé par Fidel Castaño, leader d'un groupe paramilitaire ayant des intérêts dans le trafic de drogues et des liens étroits avec le cartel de Cali. Harcelée par les « Pepes », la famille Escobar est devenue l'otage de l'Etat. Sans pouvoir quitter le pays, l'épouse et les enfants d'Escobar ont été contraints à vivre dans une chambre d'hôtel surveillés de près par la Nación (branche de la Justice Pénale). Soucieux de leur sort, le capo a négligé sa sécurité et a été abattu le 2 décembre 1993. Jusqu'à ce moment-là, la lutte de l'Etat contre les narco-trafiquants s'était focalisée sur Escobar et ses hommes. Pablo Escobar Gaviria à été abattu par la Police Nationale. L'épouse et le fils aîné sont actuellement détenus en Argentine où ils sont accusés de fraude financière. Les proches d'un grand nombre de membres du cartel de Medellín sont encore en prison. En 1999, le plan Colombie mis en place par les américains se propose de former l'armée colombienne à la lutte contre les narcos trafiquants. Avec 80 % de la coca mondiale, cet état d'Amérique du Sud a doublé sa production depuis 1995. Cette guerre totale coûte près de 8 milliards de dollars. Dirigée contre les petits paysans producteurs de coca, elle est vécue en Amérique latine comme une invasion. "Ils sont chez eux, soit disant pour lutter contre le trafic de drogue. Pablo Escobar, ils l'ont tué, et ils ont décidé que c'était l'ennemi public numéro un mondial, le jour où Pablo Escobar a dit qu'il ne voulait plus travailler avec les américains. Il s'est senti colombien et il a commencé à avoir un discours nationaliste colombien. Tout le temps où il a fait son trafic avec les américains, personne ne parlait de lui." Le 2 décembre 93 le chef du cartel de Medellin Pablo Escobar est abattu par l'armée colombienne. Pour le petit peuple, le grand parrain de la cocaïne est un héros qui relogeait les plus démunis et redistribuait de l'argent dans l'économie locale.
A qui profite le crime ?

 

36th chamber of the Wu tang clan.

Je ne suis pas un gros fan de rap. Olivier Cachin (t’as eu peur hein ?) est loin d’être mon idole et pourtant j’aime beaucoup la musique du Wu tang clan. Le pire, c’est que je ne sais absolument pas pourquoi. Ca doit être fait pour ça la musique : c’est primal, ça vient de très profond, ça fait vibrer, ça exorcise nos pulsions autodestructrices (hi hi). Les textes traduits sont très loin d’être con et même relativement profonds (pour un groupe de rap), des arrangements plutôt raffinés (pour un groupe de rap) et puis c’est bourré de références (plus en Shaw Brothers qu’en rap bling bling et c’est tant mieux). A suivre la bio, pour celui que ça branche : "Formé au début des années 90 par neuf MC’s de Staten Island et du Bronx, le Wu Tang Clan s’impose en 1993 grâce à leur album "Enter the Wu-Tang (36 chambers)" précédé par le single "Protect Ya Neek" qui les fit connaître au public, après les essais de RZA (we love you Rakkem) et de son Genius). Le Wu est inspiré par les vieux films de kung fu qu’ils allaient voir dans des cinémas de Chinatown (valeurs de solidarité et d’héroïsme) et la philosophie Shaolin : Wu tang est le nom de l’épée constituant l’exercice ultime des moines Shaolin, la 36ème chambre est le niveau le plus haut qu’un moine puisse atteindre au sein de sa formation. Après leur excellent album, les maisons de disques n’hésitent pas à les signer et plusieurs membres sortent leur album, mais sur des labels différents : 1994 : "Tical" (Method Man) 1995 : "Return to the 36 chambers" (Ol Dirty Bastard), "Only Built 4 Cuban Linx" (Raekwon), 1996 : "Liquid Swords" (GZA/Genius) "Iron man" (Ghostface Killah). On retiendra le sombre "Tical" de Method Man, "Only built 4 cuban linx" de Raekwon qui reste un des meilleurs opus du Wu et l’excellent "Liquid swords" de Ghostface killah. La plupart des morceau du Wu tang sont alors produits par le discret mais talentueux RZA qui s’impose comme un des meilleurs producteurs hip-hop, par son originalité et son style caractéristique, mais aussi comme un génie musical reconnu collaborant notamment avec Texas, Björk et Tricky. En 1997 sort le double CD "Wu tang forever", le collectif reste toujours aussi soudé et en 1998 Method man sort son 2ème album d'un bon niveau : Tical 2000, et RZA sort la B.O. de son film "Bobby Digital", excellente. En 1999, le Wu tang clan est toujours au niveau avec les excellentes sorties de GZA/Genius, Method Man & Redman et Ol Dirty Bastard, les sorties correctes de U-god et Inspectah Deck, la réalisation par RZA de la B.O. du film Ghostdog, et le bon "Supreme Clientele" de Ghostface killah. On peut dire que tout le monde connaît le WuTang Clan, même vaguement, sans avoir vraiment écouté un de leur album. Ce groupe, considéré comme chef de file d'un Hip-hop au son puissant et au flow « assassin », fait aujourd’hui partie de l’institution rap. Ses membres participent consciemment à une politique concerté de vampirisation de tout l’espace médiatique, amenant à l’arrivée une très forte présence sur la scène musicale (au moins deux albums solo par an), voire la scène audiovisuelle et cinématographique (certains sont devenu des acteurs tel Method Man, et R.Z.A., le leader, a fait la B.O. renversante du film Ghost Dog). Cette bande de furieux mené par un leader charismatique, compositeur génial et business man accompli : The R.Z.A., a réussi en l’espace de quatre albums à imposer son univers dans le monde sans pitié du show-business et, surtout, du Hip-hop. Dix ans déjà : retour sur le succès du premier opus du clan Au début des années 90, le rap explose, des groupes (Public Enemy, NWA, Gangstarr, Run DMC…) et des rappeurs (LL Cool J, KRS One, Ice T…) se partagent dans une concurrence encore "saine" le rap biz; l’aspect musical est surtout mis en avant et le talent de ces artistes brillent de milles feux. Cependant en cette année 1993, c’est le rap West coast qui tient le flambeau, la vague planante du G-funk et le tourbillon virulent du Gangsta-rap font des ravages, et des artistes comme Dr Dre ainsi que NWA accaparent l’attention avec une musique coup de poing et un discours percutant. Pendant ce temps sur la côte Est, deux hommes dans l’ombre, préparent une révolution. Leur nom : Robert Diggs, alias R.Z.A., et son cousin Gary Price, alias Genius/GZA. Les deux cousins ont durant cette période ce qu’on pourrait appeler trivialement "la rage". En effet les deux compères sortent d’un frustrant échec lors d’un album précédent (un album de GZA, qui est passé inaperçu pour cause de mauvaise promotion). R.Z.A., introspectif, veut tout reprendre à zéro, contrôler toutes les étapes de la création à la promotion en passant par la production. Il commence ainsi a esquisser les premières idées concernant le projet "Wu", aussi les deux cousins n’oublièrent pas de rameuter quelques uns de leur connaissance (même un cousin de plus : le cinglé Ol’Dirty Bastard). Un single percutant, le doux slogan : Proteck Ya Neck, est produit dans la foulé dévoilant d’entrée qu’il faut compter sur le collectif. Le succès du morceau est si foudroyant que le crew signe quelque temps après chez Loud Records puis, fort de ce succès de prestige, sorte leur album. Fin stratège RZA négocie habilement, avec leur producteur, une liberté artistique totale pour tous les membres du collectif. Ainsi ceux qui souhaitaient faire une carrière solo ont, grâce aux négociations de RZA, pu signer dans le label de leur choix (Method Man chez Def Jam, O.D.B. chez Elektra, Raekwon chez Loud et GZA chez Geffen). Le Wu, plus qu’un collectif rap, une Dream Team Equipe de choc composée de rappeur exceptionnels (Meth, Inspectah, U-god), de lyricistes hors pairs (Ghostface), d’entertainers dans l’âme (RZA, GZA), et surtout armé d’une approche exceptionnelle dans la façon de recréer le " son rap", de la renouveler même, le Wu a tout du Supergroupe rap encore inégalé à ce jour. RZA, le gourou, créateur génial de la plupart des sons "Wu" et rappeur à ses heures perdus, a su canaliser la fougue de chacun ; la maîtrisant afin de sortir un premier album totalement bluffant et déstabilisant. La marque du crew ? Une Obsession pour l’univers Shaolin et la philosophie asiatique, associé à une approche très "Old school" du son à base de sample soul, rythm‘n blues issues de l’age d’or. Là ou certains rappeur-concepteur Puff Daddyen aurait juste fait un copier-coller-sampler classique, RZA lui va plus loin et expérimente jusqu’au vertige. L’univers que l’on découvre à l’arrivée est un amalgame surprenant de mélancolie, de rage et de maîtrise zen : une vraie claque, mieux un coup de nunchaku dans les couilles. Cependant la musique n’est rien dans le rap sans le rappeur qui vient derrière pour la mettre en valeur, mais là, ici, ils sont neuf, et chacun d’entre eux est une entité forte d’où le coté redoutable de la formation au complet. Enter the Wu tang (36 chambers) : un album labyrinthe en trois points La méditation... Une première écoute de l’album déconcertera assurément le néophyte ; l’aspect minimaliste de certains morceaux et l’ambiance sombre et épurée détonnent par rapport aux habituels albums rap "rentre dedans". Mais cependant au fil de l’écoute, on capte l’essence, sa force tranquille. Samples poussiéreux sur beats squelettiques, boucles calées de façon peu orthodoxe, instruments désaccordés, voilà la recette première du crew. C’est cette alchimie entre la musique presque fantomatique de RZA et le rap sans pareil qui fait toute la différence, et qui permet au collectif de briller encore aujourd’hui. Cette musique si introspective que l’on ressent n’est pas tout ; on peut même dire que c’est l’arbre qui cache la forêt, une forêt dense et surprenante puisqu’on constate derrière la présence d’une force, c'est l'avancée vers… L’esprit du guerrier…L’imagerie du combat et des arts martiaux transpirent tout au long de l’album, et nous ne pouvons pas échapper aux samples de films de kung-fu, de sabre fendant l’air savamment distillé et participant au trip d’ensemble. Au delà, la façon de rapper du crew atteint parfois des sommets de furie et l’esprit conquérant est assez perceptible. Cela peut déconcerter mais on rentre sans problème dans le trip, jusqu’à en rester quasiment béat d’admiration. Il est à noter que la pochette de l’album renforce encore cette idée de menace : des moines sans visage font face à l’auditeur dans une ambiance de secte et un logo en "W" à mi-chemin entre des ailes de la colombe et d'une double-hache effilée. "Proteck Ya neck", violemment explicite, le shaolinisé "Da Mystery of ChessBoxing", avec son piano monocorde et le rap déglingué d’Ol’Dirty bastard, on ressent plus rapidement et plus facilement le topo. Le Wu garde un autre atout dans sa manche…L’art du freestyle contrôlé... Le freestyle, cet exercice de style courant du rap dans lequel le rappeur se « lâche » complètement, est très présent tout au long de l'album, alternant sommets égotripiens et chroniques délirantes voire redoutables. Le rappeur excelle dans sa répartie et dans sa façon de "se poser" sur le beat, ici quand nous avons neuf rappeurs redoutables qui s’y emploient. La chose atteint un niveau d’intensité rare. Bien des gens décernent, le titre de "meilleur rappeur du monde" à tout nouvel artiste qui enflammerait l’échiquier du rap cependant ils semblent avoir éliminé un peu prématurément nos neuf compères, surtout l'un d’entre eux : le redoutable Method Man. Dans l’exercice du freestyle, ou rehaussement du niveau d’un rap lambda, ce rappeur reste une référence incontestable. Et justement le "crew", tout en intelligence, lui laisse quartier libre sur un des morceaux les plus célèbres du collectif : le titre auto-promo M-E-T-H-O-D Man (où comment je sais épeler mon nom de façon stylisé). Pour enfoncer le clou, celui-ci viendra faire le refrain légendaire du titre, non moins légendaire, C.R.E.A.M, dans lequel il assène dans une insolence criminelle : « cash rules everything around me, CREAM ! Get a money ! Dollar, dollar bill y'all ». Un refrain chanté depuis lors en chœur par tous les apprentis « gangstas » en culottes courtes. Avec des titres de ce type, les portes de la renommée ne peuvent que leur être ouvertes, et quand bien même elles resteraient closes, je suis prêt à parier que le Wu les défoncerait à coup de pied pour renter quand même. En définitif, un album culte, servi par des rappeurs extraordinaires, à découvrir sans tarder. RZA est le leader d'un des plus prestigieux collectif de l'histoire du hip hop : le Wu Tang Clan. Avec ses neuf potes de Staten Island, ils ont révolutionné le rap américain dès leur premier album "Enter the Wu Tang Clan, the thirty sixth chambers" en 1993 en hommage aux films de la Shaw Brothers. Les musiques de RZA sont remarquées par les réalisateurs de cinéma dont Jim Jarmusch pour "Ghostdog" ou Quentin Tarantino pour Kill Bill. RZA habite chez sa mère qui vit seule avec ses enfants dans les cités HLM de Park Hill à Staten Island. Inspiré par un cousin DJ, RZA commence à s'intéresser à la musique : "Je tapais aux portes de mes copains, et j'achetais les disques de leur mère. La mère d'un pote, m'a donné un paquet de disques. Je les ai utilisés pour faire des beats. C'est toujours les mêmes artistes qui revenaient, alors je me suis dit que je devais acheter leur collection complète, tous les disques d'Ann Peebles, de Al Green, de Syl Johnson. Le Wu Tang était une école d'arts martiaux, et leur spécialité c'était le sabre. Le style de combat au sabre du Wu Tang était considéré comme le meilleur du monde. Imbattable. Même les moines de Shaolin, confrontés au sabre du Wu Tang, sortaient vaincus. Et tout ça on l'a sorti d'un film qui s'appelait "Shaolin contre Wu tang"!" Dès ses origines, le Wu Tang Clan s'invente un univers marqué par les films de Kung fu. En 1998, ils fondent "Ground Zero entertainement" pour éditer en vidéo plus d'une quarantaine de films d'art martiaux asiatiques. De Old Dirty Bastard à Red Man en passant par Ghost Face Killah ou RZA, les neufs samouraïs du Wu Tang clan vont chacun se lancer dans une carrière solo tout en restant soudé. RZA : "En Amérique, il n'y avait pas d'histoire, pour les noirs. Quand tu voyais un film à la télé, ça remontait au 18ème, au Western ou un truc dans le genre. On voyait des indiens tués par des cowboys ou des noirs en esclavage. Dans les films de kung Fu, on part à des centaines de siècles d'histoire. Les types sont des champions, ils sont puissants, ils sont frères, ils se battent les uns pour les autres. Il y a de l'unité. Ca m'a fait appréhender l'histoire du monde" Notons également la très jolie pochette de Bobby Digital dessinée par Bill Sienkiewik (Elektra assassin, Stray toasters, Love and Death)

mercredi, septembre 28, 2005

 

Les divisions de la joie.

England, 1977 : la situation économique est désastreuse. Les usines ferment les unes après les autres ce qui entraîne une forte augmentation de la pauvreté et de la misère. Le gouvernement conservateur (avec à sa tête Margaret Thatcher) ne fait rien pour aider ces nouveaux démunis. C'est pile à ce moment que l'on assiste à l'émergence du mouvement punk en tant que mouvement de contestation. Le groupe leader de ce mouvement : les Sex Pistols. Rejet du gouvernement, de la société, etc... Le mouvement mourra de lui-même vers 1979-1980. Mais revenons en 1977 : Les Sex Pistols font une tournée remarquée avec des rumeurs qui disaient que des bagarres avaient éclatées pendant certains concerts. Peter Hook (bassiste) et Bernard Sumner (guitariste) plus intéressés par ces rumeurs et par la "force" que dégageait les Sex Pistols sur scène que par leur musique, se rendirent à un de leurs concerts à Manchester. C'est là qu'ils feront la connaissance de Ian Curtis (chanteur). Ils sympathisent mais ça en reste là... Quelques temps après, Hook et Sumner décident de fonder un groupe, ils passent une petite annonce dans un journal. Ian y répond. Ils essayeront plein de batteurs avant de finalement choisir Stephen Morris (Ian et lui avaient été dans la même école). Ils commenceront sous le nom de StiffKittens mais ils n'aiment pas et changent rapidement pour "Warsaw" (Varsovie en anglais). Ils enregistreront une première démo où on assiste à des chansons punks comme il en existait des tonnes à l'époque (pour les curieux, on peut retrouver cette démo sur le bootleg intitulé "Warsaw"). Cinq mois plus tard, ils enregistrent le E.P 4-titres : "An ideal for living". C'est à ce moment que débutera une polémique, car certains ont trouvé que c'était un groupe néo-nazi (à cause du livret du l'E.P). Ces diffamations disparaîtront mais reviendront plus tard comme nous le verrons. Mais revenons à la musique: sur ces quatre morceaux (don’t "no love lost"), on entend que le groupe a assez bien évolué. Cela reste assez punk dans l'ensemble mais on sent que Joy Division commence à quitter ce genre musical pour se définir un style plus particulier. Au moment où le E.P sera distribué, ils changeront définitivement de nom pour s'appeler Joy Division. Ils se feront de nouveau traiter de nazis à cause de ce nom: "Joy Division" (les divisions de la joie) était un bordel où l'on gardait des prostitués spécialement pour les officiers nazis. En avril 1978, ils participeront au "Battle of the bands" à Manchester. Ils y rencontreront Rob Gretton (qui deviendra leur manager par la suite) et y attireront l'attention de Tony Wilson, futur patron du label "Factory". Wilson se souvient de sa 1ère rencontre avec Ian ce soir-là : "Tous les groupes de Manchester jouaient ce soir-là. Je m'assieds et alors, il y a ce jeune homme en imperméable qui arrive, s'assieds à côté de moi et me dis : " Pauvre con ! Pourquoi tu ne nous fais pas passer à la télé? " C'était Ian Curtis. Avant l'aube (Joy Division passait en tout dernier), Joy Division monta sur scène et après vingt secondes je me suis dit : c'est eux ! La plupart des groupes vont sur scène parce qu'ils veulent être des rock stars. Et il n'y a que quelques groupes qui sont sur scène parce qu'il doivent y être, il y a quelque chose qui doit sortir d'eux : c'était assez évident avec Joy Division." Et durant le printemps 1978, ils enregistreront un album pour R.C.A mais le producteur ajoutera sans leur consentement des synthés, ce qui ne leur plaira pas parce qu'il voulait garder une image punk. Ils claqueront la porte et l'album ne sortira jamais(mais vous pouvez le trouver sur le bootleg "Warsaw"). C'est à cette période qu'ils composeront ce qui deviendra leur premier single par la suite : "transmission". C'est aussi à ce moment que les événements s'enchaîneront : Gretton deviendra leur manager, Tony Wilson les fera passer dans une émission télé appelée "Granada reports" et ils commenceront leur collaboration avec Martin Hannet (producteur), cela donnera lieu à l'enregistrement de deux titres (dont "digital") qui paraîtront sur la première compilation du label "Factory". Maintenant, la carrière du groupe était lancée... Ils ne tarderont pas à rentrer en studio (avec Martin Hannet en guise de producteur) et sortiront leur 1er album pour le compte du label Factory qui venait à peine de naître. "Unknown pleasures" sera plébiscité par toute la presse mais laissera le groupe sur leur faim parce qu'ils estimaient que le son de l'album n'était pas à leur goût. Cela ne les empêchera pas de recevoir des critiques toutes plus élogieuses les unes que les autres: un grand groupe était né... Le son de Joy Division est un "accident", jamais ça n'a été prémédité. C'est la personnalité de chacun des membres qui a défini le son du groupe. Sumner jouait de façon post-punk et rythmique, pour qu'il soit satisfait du son de sa guitare, il devait mettre le volume de son ampli à fond. Dès lors pour que Hook puisse s'entendre jouer de la basse, il devait aussi monter le volume de son ampli, de plus, Hook aimait jouer de la basse de façon mélodique (et non rythmique comme la majorité des bassistes) et il était fréquent qu'il joue dans les plus hautes aigues qu'il pouvait obtenir de sa basse (le titre "She's lost control" en est un bon exemple). Et donc, on a une inversion des conventions musicales qui existaient jusqu'alors dans 95% des groupes : la basse est omniprésente et la guitare devient parfois secondaire. Et évidemment, on a encore le jeu de batterie de Stephen Morris qui donne une vraie rythmique aux morceaux contrairement aux jeux "binaires" qu'on a l'habitude d'entendre. Et pour finir, la voix grave et les textes sombres et lucides de Ian Curtis qui donne aux chansons une profondeur sans équivalent. Mais il y a aussi les concerts ! Ian Curtis dansait en rythme avec la guitare ou la basse et se déchaînait littéralement jusqu'à attendre véritablement un état de trance shamanique. Voir ces concerts est une vraie expérience car elle apporte une nouvelle vision à la musique de Joy Division qui n'est pas perceptible au premier abord sur les albums. Hélas, après la sortie de cet album, tout ne se déroulera pas comme prévu... Ian aura une crise d'épilepsie avant un concert, il s'en sortira mais maintenant, il sait qu'il est épileptique et qu'il devra porter ce lourd fardeau toute sa vie. Cela n'empêchera pas le groupe de continuer à écrire de nouvelles chansons (comme "Dead souls" ou "Atmosphere"). Mais les ennuis ne sont pas finis pour autant, lors d'un concert en Belgique, Ian tombera fou amoureux d'une femme, Annick Honoré, et il se retrouve donc dans une situation plutot inconfortable vu qu'il est déja marié à Déborah Curtis et qu'il vient d'avoir une fille, Nathalie Curtis. De retour chez lui, il videra une bouteille d'alcool et se coupera les veines pour échapper à cette situation. Il s'en sortira mais, dès lors, il s'immergera au plus profond de lui-même pour écrire les paroles du prochain album "Closer". Hook dira plus tard avec le recul : "Il nous parlait de lui-même, de ses doutes, de ses peurs... C'est honteux car on aurait du l'écouter et dire : "Ian, est-ce qu'on peut te parler ?" "Mais nous étions trop jeunes pour remarquer son malaise profond". Du 18 au 30 mars 1980, ils enregistreront l'album "Closer" avec toujours Martin Hannet à la production. Et en attendant la sortie de l'album, ils continuent leur tournée. Alors qu'il faisait la 1ère partie d'un concert des Stranglers, Ian dansait comme à son habitude mais à la fin de la chanson, il ne s'arrêta pas et dansa de plus en plus vite. Les autres comprirent qu'il avait de nouveau une crise d'épilepsie et l'emmenèrent de toute urgence en coulisses. Remis de sa crise, il éclata en sanglots... Mais il ne voulait pas abandonner le groupe et continuera à les suivre malgré ses problèmes de santé et de famille. Trois jours après (le 7 avril), Ian tenta à nouveau de se suicider en avalant une grande quantité de phénobarbitol. Le soir d'après, ils devaient jouer un concert et ce fut désastreux : les autres membres durent le faire sortir de l'hôpital et Ian refusa de monter sur scène juste avant le concert, cela tourna à l'émeute dans la salle et Ian voyant ce triste spectacle retomba en sanglots. Sumner raconta que Ian voulait tout abandonner et se refaire une nouvelle vie. La plupart des concerts furent annulés, Deborah et Ian entamèrent une procédure de divorce, le groupe préparaient, à la fois, la vidéo du single "love will tear us apart" et leur première tournée aux Etats-unis le 19 mai. Le samedi 17 mai, Ian revint à la demeure de sa femme, Deborah et lui eurent dans la soirée une longue discussion à propos de leur divorce, finalement, Ian incitera Deborah à passer la nuit chez ses parents. Ian regardera le film "Stroscek" (de Werner Herzog) qui raconte l'histoire d'un musicien qui part en Amérique. Deborah s'en va et laisse Ian seul. Il se passera en boucle l'album "The idiot" d'Iggy Pop pendant toute la nuit, écrira une lettre pour Deborah et se pendra dans sa cuisine. Fin... Fin de Ian Curtis et avec lui, de Joy Division... Le groupe n'existera plus mais c'est pourtant à ce moment là que le public leur fera un triomphe pour le single "love will tear us apart" qui sera propulsé en tête des charts (d'ailleurs, le single ressortira en 1983 et ce sera de nouveau un succès). Deux mois après, sort "Closer" et il sera appelé à être l'un des plus grands disques de cet période. "Isolation" - "Heart and soul" - "24 hours" - "The eternal". Un an après, sortira la compilation "Still". Elle est composée de faces B et d'inédits et aussi du dernier concert du groupe (concert plutôt mitigé). A noter aussi, une incroyable reprise de "Sister Ray" du Velvet Underground "Exercice one" - "The kill". Ensuite, il faudra attendre la compilation "Substance" en 1988. Elle est composé du premier E.P ("an ideal for living") et d'autres inédits ainsi que certaines versions alternatives. "Incubation" - "These days". En 1990, les "Peel sessions" seront rééditées et en 1997, sortira le coffret de quatre CD, "heart and soul". Ce coffret comprend les deux albums, tous les inédits et faces B présents sur "Still" et "Substance", plus encore des extraits des "Peel Sessions" et de l'album enregistré pour R.C.A, encore des versions alternatives et les versions embryonnaires des chansons "Ceremony" et "In a lonely place" qui seront plus tard repris par New Order. Le 4ème CD de ce coffret est composé uniquement de concerts et montrent toute la puissance que dégageaient Joy Division sur scène. Les extraits suivants sont uniquement des versions live. Après la mort de Joy Division, Bernard Sumner prendra le micro et Gillian Gilbert (la femme de Morris) sera aux synthés. Au départ, leur musique sera sombre, pas encore affranchie de Joy Division. Le déclic sera leur single "Blue Monday" qui sera le single le plus vendu de toute l'histoire en Angleterre. Ils deviendront le groupe électro-pop par excellence et le succès les accompagnera tout le long de leur carrière. Ils se sépareront en 1994 pour se reformer à l'occasion d'un festival de Reading, planchent sur un nouvel album qui sort l'hiver 1999-2000. Avec la fine fleur de scène rock indé actuelle (Billy Corgan et autres). Voilà, ça fait un peu plus de vingt ans que Joy Division est né. Ses albums restent toujours d'actualité car ils ont réussi à faire une musique hors du temps, de toutes modes et qui n'a jamais réussie à être copiée.... Joy Division a eu une courte vie mais elle a été si intense et créatrice que ce groupe aura marqué l'histoire de la musique, tout simplement...

mardi, septembre 27, 2005

 

Do you speak Klokochasien ?

J’ai vu ce gars là sur scène deux fois et je suis sur le cul à chaque fois. Je l’ai rencontré, interviewé pendant plus d’une heure, l’homme est fascinant. Mais DAT pourri. Capté 10 % de l’interview. Et merde. Séance de rattrapage avec la presse écrite. "Voila, cela fait un bout de temps que cette idée me trotte dans la tête. La première question que l'on se pose lorsque l'on découvre Nosfell, c'est celle du genre musical dans lequel il se place. A cette question les réponses sont souvent diverses et variées, parfois même contradictoires. Au final on ne sait pas. Comme tout le monde j'ai réfléchis à cette question et je me demande si le qualificatif d'impressionniste ne serait pas le plus adapté pour définir la musicalité de Nosfell. En effet l'impressionnisme, comme son nom l'indique, privilégie les impressions fugitives par rapport à des choses bien définies et précises. Du coup j'aimerais savoir ce que vous pensez de cette théorie. Est ce encore trop restrictif ? A coté de la plaque ? Et vous vous diriez quoi ? Nosfell, une sorte de contorsionniste musculeux Nosfell qui êtes aux cieux......" "Un qui ne rappelle personne mais dont on devrait se souvenir aisément, c’est Nosfell. Sur fond d’écran lumineux, une sorte de contorsionniste musculeux se livre à une série d’incantations vocales, épaulé par un violoncelliste free et des boucles de guitares. C’est le Gollum du Seigneur des Anneaux en train de rénover le répertoire de Magma : comme les Kobaïens, Nosfell a inventé un langage aux onomatopées gutturales qui parlent beaucoup plus que certains textes de la chanson française"... D'abord quelques notes de guitare puis des sonorités électro, et enfin la voix claire chantant dans une langue étrange : bienvenue dans l'univers de Nosfell, un jeune artiste collectionnant prix et récompenses depuis trois ans. A mille lieux de toute facilité, Nosfell a choisi de chanter en klokobetz, langue imaginaire créée pour narrer les histoires du pays de Klokochazia, tout aussi fictif mais qu'on brûle de découvrir. Cette démarche singulière rappellera sans doute aux spécialistes le kobaïen, langue des pionniers du groupe Magma, avec lequel Nosfell partage un autre point commun : celui d'être inclassable et de n'appartenir à aucune chapelle musicale. On s'épuiserait en vain à tenter de décrypter tous les genres effleurés par ce jeune surdoué dont chaque morceau contient plus d'idées qu'on n'en trouvera dans les oeuvres complètes de certains rois des hit-parades. Le plus simple reste encore de se laisser entraîner dans le monde de ce poète d'un genre inédit. De Carhaix, Vieilles Charrues, vous voilà partis pour la Klokochazia, cette étrange et intime contrée où vit, chante et danse Nosfell "Celui qui marche et qui guérit", artiste protéiforme. Nosfell serait un animal ? Oui. Un caméléon aux grands yeux noirs, fluide et fin, aux tatouages du plus bel effet. Qui danserait, serpent, singe, poisson... Artiste protéiforme, Nosfell a reçu le don des voix : murmure tendre, ton enfantin, cri du coeur, plainte rauque, grave de velours... Penchés sur le phénomène, les spécialistes observent : "Ce Nosfell, inclassable, super original, techniquement très fort". Son spectacle ? "Une création d'atmosphères, et, plus qu'une expérience sonore, une prestation également visuelle et sensorielle." Pour mieux s'incarner en chacun, le fantasque Nosfell s'est inventé un langage personnel, le Klokobetz, 283 mots qui contiennent les mythes d'un pays imaginaire, le Klokochazia : "Je désire exceller dans l'art de la suggestion. Je présente un travail très intime. Mon but est de réussir à le rendre universel et humain. Je suis très fier quand les gens me disent que mon concert leur a fait retrouver des souvenirs, des lectures, des images ou des sensations très personnelles." Une mélodie "Mindala Jinka", une bribe de phrase "Pomaïe Klokochazia Balek", et Nosfell chante tout un monde, peuplé de personnages curieusement familiers, héros d'aventures bizarres. Face à des milliers de spectateurs, sacré défi que lance Nosfell, le "jam-man", qui se sample lui-même sur scène, construisant ses morceaux au fur et à mesure, bouclant ses voix et ses accords toujours en direct. Un principe d'empilage de voix, de cordes, de percussions auquel se rallie un précieux complice, le talentueux violoncelliste Pierre le Bourgeois. Certains n'arrivent parfois pas y croire, criant d'abord au play-back, avant de succomber, inévitablement, au charme de cet irrésistible voyage musical, oscillant entre rêve et réalité. Ponctuant ses morceaux d'interludes amusants, initiateur d'incroyables dialogues avec son public, Nosfell conçoit ses concerts comme "un labeur divin", souvent effectué en équilibre sur un pied, usant de la guitare comme d'une baguette magique. "J'ai plus envie de jouer "avec" mes morceaux que de les jouer", dit l'artiste, qui puise dans toutes les musiques du monde : " C'est le caractère ethnique des musiques qui m'intéresse, qu'elles soient anciennes ou modernes. " Râles caverneux ou ondulations cristallines : "Le choix des histoires me permet de justifier l'utilisation de la voix à son maximum. Je n'explore pas les sons pour le seul plaisir de faire des hauts et des bas. Chaque son contient du sens. Je change de ton parce que j'incarne différents personnages : une jeune femme aux mains pleines de sève, un vieil homme que plus personne n'écoute. " Nosfell signifierait "Celui qui marche et qui guérit", "comme ces noms de métier devenus des noms de famille". Une expérience étrange. Celle d'un concert de Nosfell, l'homme à la gestuelle d'un piaf contorsionniste. Et surtout à l'imaginaire sans limite, inventant un monde merveilleux, la Klokochazia, dont il a mission de transmettre légendes et mélodies populaires. Avec une arme insolente de virtuosité : une voix qui livre des sons gutturaux d'un autre âge ou s'élève dans un registre féminin. Il l'enregistre en direct, la fait passer en boucle. Et la marie avec sa guitare et le violoncelle de son complice Pierre Le Bourgeois. Une plongée dans Nosfell et son complice violoncelliste, Pierre Le Bourgeois, sont aux anges : leur calendrier de concerts est copieusement garni. Rock'n solex, non plus, n'a pas résisté, samedi. A Nosfell, sa voix élastique, son show venu d'ailleurs. De Klokochazia, très précisément, sa planète Mars à lui d'où il ramène un melting-folk sensuel et envoûtant. Avant d'attaquer les festivals de l'été, le jeune homme s'est offert sa seconde escale rennaise, après les Trans. Ne lui parlez pas des Trans Musicales. Nosfell et son complice, Pierre Le Bourgeois au violoncelle, n'en gardent pas un bon souvenir. "Ce soir-là, on a passé notre temps à faire des signes pour régler des problèmes techniques. Impossible de se concentrer. Mais, bon, les Trans, c'est bien d'y être." Absolument. Car, après, les portes s'ouvrent. Ce concert "raté" de décembre a bien joué le rôle de sésame puisque, depuis, tout le monde s'arrache Nosfell. "On fait quinze dates par mois. On sera aux Eurockéennes, aux Vieilles Charrues, aux Francofolies, à Montreux...". L'ambassadeur du Klokochazia est sur un nuage. Pourtant, on s'étonne toujours qu'un univers si personnel, fragile comme de la porcelaine, puisse s'accommoder d'une grande salle. "Notre show repose sur des boucles musicales que nous enregistrons en direct." Et sur la performance très physique de Nosfell en guerrier, torse et pieds nus, dont la voix navigue des graves les plus profonds aux aigus les plus stridents. Certes, Nosfell a l'habitude des foules. Depuis qu'il a remplacé au pied levé The Roots pour affronter, seul, le Parc des Princes, en première partie des Red hot. «Le gars qui hurle sans prévenir, l'autre qui commande une bière, bien sûr que c'est déstabilisant. Mais, on s'y fait. Sans renoncer à notre univers, à notre invitation au voyage.» Nosfell aurait bien tort : les candidats à l'embarquement sont de plus en plus nombreux Arbre ou liane, Nosfell est gonflé de la musique d'épopées étranges que le vent souffle aux oreilles des coeurs purs : le spectacle est remarquable. Tour de chant, tour de force, Nosfell en solo parle à l'imagination de chacun dans la salle. Mi-conte, mi-chant indigène d'une contrée indéfinissable. Onomatopée ou son de gorge ? La langue de Nosfell est musique et poésie, son spectacle en appelle à la sensibilité du public, louvoie entre conte, magie, musique actuelle ; mimiques et contorsions font le reste. Si Nosfell joue d'emblée dans la cour des grands c'est probablement parce qu'il maîtrise tous ces paramètres qui font de lui un artiste accompli. Par ailleurs, Nosfell possède un registre de voix d'une ampleur exceptionnelle qu'il exploite sans relâche. Le public se laisse emporter au Klokochazia (son pays, ça va de soi), où les corps se changent en lianes comme le sien, où les arbres susurrent à l'oreille des enfants les musiques du monde. Le beau se fait multiple, et rien ne saurait le réduire. Par un jeu de pré-enregistrement, Nosfell donne l'illusion de multiplicité. Le public est venu se faire surprendre et ne repart pas déçu : il reste bouche bée parfois, amusé, séduit, emporté par la tendresse de certaines mélodies, leur harmonie. Gageons qu'accompagné de son violoncelliste, le spectacle de Nosfell gagne en liant et en ampleur. Êtes-vous déjà allé en Klokochazia ? Nosfell vous y invite, Révélation des dernières Transmusicales rennaises, un artiste inclassable à ne pas manquer. "Une prestation inclassable, super original, techniquement très fort... "Nosfell est une révélation". Et aussi un caméléon, "un artiste protéiforme, aux confins du rêve et de la réalité. ». Crâne rasé, les bras et un côté du torse tatoué, vêtu d'une sorte de pagne sur un pantalon flottant. Seul, ou en duo avec son violoncelliste complice, Pierre Le Bourgeois. Un spectacle de Nosfell n'est pas seulement une expérience sonore, c'est aussi visuel et sensoriel. Car Nosfell est un créateur d'atmosphères. Il danse, animal, serpent, singe, poisson, le corps disloqué, incarnant les différentes facettes des arts de la scène. Il chante, coulant, tendre, puis grimpe à l'octave, se fait cri, plainte, redescend, rauque, dans les sombres graves. Une singulière souplesse vocale qui fait dire à l'un de ses fans, sur le net, "ce type enterre Jeff Buckley (sérieusement) !" Personnage à part du rock made in France, Labyala Nosfell s'est inventé un langage personnel, le Klokobetz, idiome d'un pays imaginaire, le Klokochazia. Ses 283 mots lui permettent de "raconter les mythes de ce pays, d'exprimer des choses que je ne pourrais dire dans notre langue. Je veux tout faire pour exceller dans la suggestion. Je suis très fier quand, à la fin d'un concert, les gens me disent que cela leur a fait penser à telle lecture ou tel souvenir, quelque chose de très personnel. Je présente un travail qui est pour moi très intime. Mon but est de réussir à le rendre plus universel, humain." Il a aussi - respect- assuré la première partie des Pixies et des Red Hot Chili Peppers au Parc des Princes, devant quelque 30 000 spectateurs. Nosfell, véritable phénomène, Une vraie claque... Lorsque Monsieur Nosfell apparait sur scène, guitare en bandoulière, accompagné d'un contrebassiste, on ne se doute pas que ce concert restera comme l'un des moments très forts de la saison. Certes, il existait des signes avant-coureurs : les programmateurs des dernières Trans l'avaient déjà repéré, une très bonne radio parisienne n'avait pas hésité à la mettre sur ses ondes. Mais Nosfell est à voir plus qu'à disserter et l'on s'excusera ici de la contradiction. Difficile en effet de résumer un tel phénomène : Nosfell-Protée parvient à imposer ce qu'il y a de plus difficile en musique, la création d'un univers. Univers langagier avec cette sémantique hybride où l'on décèle de l'anglais mais qui se nourrit surtout de syllabes agencées de manière facétieuse ; univers musical avec la technique du re-recording (enregistrement de sa propre voix _ en l'occurrence, Nosfell se fait beat box _ qui forme la base rythmique) et ce minimalisme fertile ; univers mythique enfin, Nosfell s'étant créé un monde avec ses mages et ses arbres qui pleurent. Rien ne serait vraiment transcendant (Lo'Jo ou encore Magma ont oeuvré en ce sens) si tout cela n'était autant habité par un Nosfell au charisme et à l'aisance bluffantes. Imparable ! Nosfell , inventeur d'un melting-folk sensuel et envoûtant, déploie une voix hors du commun. Moisson de prix dans des festivals, premières parties de Miossec, concert aux dernières Transmusicales de Rennes : révélation de l'année 2004, Nosfell fait étape à Allonnes, ce vendredi. Entretien avec un chanteur-guitariste hors normes, dont les prestations scéniques ont de quoi surprendre les plus blasés. Vos chansons évoquent les histoires d'un pays imaginaire, Klokochazia, dans une langue inventée, le klokobetz. Cette langue me permet d'exploiter la voix et de mettre en avant ce que je ressens, pour créer des mélanges d'humeur. Je veux faire travailler la subjectivité du public, son interprétation. Dans chaque histoire, je mets en scène des personnages, comme Darazdeblek, chassé parce qu'il avait voulu apprendre la musique aux enfants. Au pied d'un arbre, j'ai entendu la mélodie qu'il avait soufflée avec de s'éteindre. Vous êtes proche de l'univers du conte. Le conte fait partie de mes influences. Comme la mythologie, le voyage. Nosfell signifie "Celui qui marche et qui guérit". Ça peut paraître prétentieux, mais c'est comme ces noms de métier devenus des noms de famille. Râles caverneux à la Tom Waits, ondulations cristallines : sur scène, votre voix, très troublante, part dans tous les sens. Vous l'utilisez comme un instrument à part entière. Le choix des histoires me permet de justifier l'utilisation de la voix à son maximum. Je n'explore pas les sons juste pour le plaisir de faire des hauts et des bas. Le son a du sens. Je change de ton parce que j'essaie d'incarner différents personnages : une jeune femme, un vieil homme que plus personne n'écoute. Vous jouez avec un violoncelliste, en construisant vos morceaux à partir de samples. Tout est samplé en direct. Un exercice qui demande beaucoup de concentration. Du coup, ce ne sont jamais tout à fait les mêmes boucles. Même si tout est écrit, j'essaie de créer quelque chose de nouveau à chaque fois, de laisser la place à l'improvisation. Sur scène, vous avez un jeu très théâtral : torse et bras recouverts de tatouages, mouvements qui font penser à des animaux. Vous jouez souvent juché sur un pied. Jouer sur un pied, c'est naturel. Je me sens bien dans cette position, même si ce n'est pas l'idéal pour mon dos. Je suis sensible à l'expression corporelle, j'essaie d'utiliser la scène au maximum, mais tout est très spontané. Le yoga m'a beaucoup aidé. Ça permet de travailler sur soi, de visualiser ce qui se passe à l'intérieur. Le show de Labyala Nosfell, torse et pieds nus, est attendu, ce soir, comme une possible révélation. Les Trans ont un faible pour les projets bizarres, les doux-dingues inclassables. Dans la catégorie, Nosfell est clairement repéré. Mais, attention, cet artiste à la voix incroyable, tout droit débarqué du Klokochazia, ne sera pas l'amuseur de cette édition. Mais bien plutôt l'une de ses révélations. Labyala Nosfell est son vrai nom et, promis, il vient bien du Klokochazia même si, bien sûr, tous les atlas du monde sont là pour le démentir. Le jeune homme de 26 ans entretient le mystère. "Sur scène, je présente des humeurs et des histoires de ce pays, confie-t-il. Ou, du moins, je l'ai fait ressentir au public, à travers des couleurs musicales." En concert, Nosfell, torse et pieds nus, n'est accompagné que d'un violoncelliste, lui-même assurant la guitare et le sampler. "J'essaie d'exploiter la scène au maximum en utilisant la musique, mais aussi l'expression corporelle." Ni vraiment folk, ni vraiment jazz, son univers musical déroute. Et fascine très rapidement, d'abord par quelques mélodies accrocheuses, puis par son incroyable richesse. "Je puise dans tous les folklores du monde, sourit-il. C'est le caractère ethnique des musiques qui m'intéresse, qu'elles soient anciennes ou modernes." D'emblée, en écoutant "Pomaïe Klokochazia balek", son premier album autoproduit, on est frappé par la voix de Nosfell. D'une souplesse, d'une élasticité incroyables. Le jeune homme peut adopter le timbre d'une gamine de dix ans sur une ritournelle enfantine avant, sur le morceau suivant, d'avoir la voix éraillée d'un Tom Waits. Un grand écart réalisé, le plus souvent, en Klokobetz, la langue dont il se dit le porte-parole. "Elle me permet d'aborder des tessitures et des couleurs vocales que je ne pourrais atteindre avec d'autres langues. " Seul au Parc des Princes. A son tableau de chasse, Nosfell compte un titre de "révélation" au dernier Printemps de Bourges. Et, surtout, un concert, seul face à 30 000 personnes, en juin dernier, au Parc des Princes, en première partie des Pixies et des Red hot chili peppers. "Quelque chose d'énorme, impressionnant ! On m'a appelé à 14 h pour jouer à 19 h dans un stade, afin de remplacer les Californiens de The Roots !" Autant dire que le jeune homme est tout à fait apte à relever le défi des Trans Musicales. Labyala Nosfell, nouvelle icône de la scène rock française, vous connaissez ? Dernièrement en première partie des Pixies et des Red Hot Chili Peppers au parc des Princes, ce chanteur-guitariste ne cesse d'écumer les scènes parisiennes et les festivals. Présenté comme la nouvelle icône du rock français, Nosfell sera en concert. À découvrir. Dévoilé lors du Printemps de Bourges par les prix "Attention talent scène " et "Résidence Sacem", Nosfell est une véritable révélation musicale. Récemment en première partie des Pixies et des Red Hot Chili Peppers, ce Parisien n'en finit pas d'étonner. Il écume les scènes de la capitale et des festivals du moment, mais ce n'est encore que le bouche à oreille qui en fait la meilleure promo : "Cet homme-là a du génie !" C'est en tout cas ce que disent ceux qui ont déjà eu l'occasion de le voir en concert. Certains n'hésitent d'ailleurs pas à le propulser au rang de "nouvelle icône du rock français" ! Nosfell chante seul, accompagné de sa guitare électro-acoustique. Seul mais multiple car il incarne une dizaine de personnages. Du sauvage effarouché au "gueulard" viril tout aussi sauvage en passant par la petite fille chinoise qui se transforme soudainement en improvisation vocale suraiguë et sensuelle façon Jeff Buckley, l'artiste se révèle être un "caméléon" musical. "Nosfell est un artiste protéiforme, inclassable, authentique qui nous mène aux confins du rêve et de la réalité" peut-on lire sur son site internet (www.nosfell.com). Unique locuteur du... Klokobetz ! "Masta goe da brainsippa". Ces mots ne vous disent rien, vous n'en comprenez pas la signification ? Normal. Il s'agit du titre d'une des chansons de l'artiste. Vous vous interrogez sur cette langue étrange et étrangère ? Nosfell chante la langue de son pays, le Klokobetz ! Inutile de vous précipiter sur une carte, Nosfell s'est inventé un monde, "spontanément". "Mes chansons racontent les mythes du Klokochazia, mon pays d'origine, dans la langue locale, mais aussi en anglais", expliquait-il récemment à un confrère lors du festival Chauffer dans la noirceur, près de Coutances, dans la Manche. Sur scène, Nosfell danse et joue des pantomimes pour accompagner sa voix et la musique. Le rock est à la base de son univers. Mais un rock très intense. Quant à sa voix, comme ses textes, elle est hors normes. Elle oscille sans cesse du grave à l'aigu, fait perdre tous ses repères à un public médusé. "Je travaille seul sur la voix, précise Labyala Nosfell. Il s'agit d'un travail d'introspection, physique, à l'intérieur de moi". Ses prestations scéniques sont très théâtrales. L'implication du chanteur est totale, sa musique s'incarne réellement sur scène. À la rentrée, il enregistrera son premier album, "car cela fait partie des us et coutumes de l'industrie du disque... "

 

Vice de forme à Miami.

Miami, les belles bagnoles, les jolies nanas en mini bikini, la fête rythmée par la musique latino, les plages à perte de vue. Autant de clichés rap-R'n'B qui devraient me faire dégueuler, et pourtant je suis fan à mort ! Entre 1984 et 1989, on se prenait tous pour Sony Crockett, je me le rêvais ce costume blanc avec les manches retroussées. Ringarde puis culte puis ringarde puis culte, elle est aujourd’hui foutrement indispensable… Michael Mann à la production, de bonnes histoires jouées par des acteurs plutôt pas mauvais, qui disent les mots, sentent les émotions et font les gestes…C’est tout ce qu’on demande… Miami « place-to-be », paradis du cul, mais aussi paradis de la drogue, de la prostitution, de la corruption, du racket, des jeux, du snif-show-biz.... Sonny vit sur un yacht en compagnie d’un alligator prénommé "Elvis", ancienne mascotte de l'équipe de foot. Il roule généralement en Ferrari Daytona Spyder ou en Testarossa (Sonny, pas l'alligator) et il a une garde-robe à faire pâlir d'envie Patrick Bruel (certaines mauvaises langues diraient qu'il touchait des pots-de-vin pour avoir un tel train de vie...). Son partenaire Ricardo Tubbs est un ancien policier noir de New York qui recherche Calderone, le responsable de la mort de son frère. Ensemble, les deux flics "amis-amis" combattent les trafiquants de drogue de la Floride. N.B. : Cette série a énormément influencé la mode de l'époque. Grâce à cette série, les complets blancs sont devenus très populaires, et du même coup la lessive est devenue plus performante. Et puis ce thème de Jack Hammer….Quel générique (qui m’a d’ailleurs permis de voir que la Chistera était très implantée à Miami). Enfin, Miami Vice (season one), est disponible en dvd... La série est à voir absolument, bien sur, pour ses personnages Crockett, tubbs, Castillo le capitaine, les seconds rôles Switek et Zito..., les guest-stars et la musique rock avec des morceaux d'anthologie. Une ambiance extraordinaire, une image restaurée, un générique génial et des histoires réussies parce que ne se terminant pas toujours par des happy ends...La version française est réussie avec Patrick Poivey (Don Johnson) et le regretté Saddy Rebot (P.m. Thomas). Je le disais série étalée de 1984 à 1989 : 5 saisons soit 111 épisodes dont 3 de 90 minutes et 108 de 50 minutes. Musiques additionnelles : Lionel Richie, Phil Collins (qui a d'ailleurs joué dans la série), Tina Turner... Ce tandem est des plus explosif car ces deux bellâtres n’ont à priori rien en commun, l’un est blanc, Sonny, play-boy divorcé, qui adore se la pêter "flambeur-loulou-belles-bagnoles-mon-seul-pote-c’est-un-croco". Quant à son acolyte, Ricardo, c’est un métissé new-yorkais, attaché aux traditions familiales, venu à Miami pour foutre sur la gueule à l’assassin de son refré. Ensemble, ils forment une équipe très années 80, très dans le trip Brett Easton Ellis (American psycho), nuques longues et pantalons bouffants. Trucidant du dealer de coco à tour de bras, démantelant les réseaux de la drogue, de la prostitution, du trafic d’armes et des jeux illégaux… Dans le cadre de leur mission, ils sont amenés à infiltrer la pègre du sud de la Californie. Un ton radicalement nouveau : hard rock, funky music, reggae sound remplacent bien souvent les dialogues tandis que les plus grands noms du rock, de Miles Davis, à Phil Collins, en passant par James Brown, Little Richard, et même Bruce Willis, viennent jouer les ”vedettes invitées”. Série fétiche des garcons de 1974 qui ont trente ans (merci Vincent), "Deux Flics à Miami" a pour beaucoup d’entre nous été synonyme de dose d’adrénaline hebdomadaire (le vendredi soir) puis quotidienne. Alors qu’à l’époque les séries policières affichaient un goût prononcé pour la tournure en dérision et l’extravagance (Magnum, Riptide, Tonnerre Mécanique, K 2000 etc.), "Deux Flics à Miami" impose un regard pessimiste et désabusé sur la société américaine, dynamitée par l'explosion des trafiques de drogues. Toute la série repose d’ailleurs presque uniquement sur la traque au dealer de cocaïne et l’infiltration dans les rangs de l’ennemi. Connaissant un succès immédiat, la série aura duré cinq saisons avant de réaliser qu’elle se répétait beaucoup trop et qu’il était temps de l’achever, sur une dernière note sordide... Si les deux acteurs principaux de la série ont connu une période de prestige grâce à cette dernière, leur futur n’a pourtant pas été des plus brillants… Le premier d’entre eux a essayé de renouer avec le grand écran, sans succès (seulement deux « bons» films où il a tenu le rôle principal : Hot Spot -1990 et L’Avocat du Diable – 1993) tandis que le second n’a jamais pu quitter l’univers des séries TV. Alors que la série semblait définitivement enlisée dans les antres de l’oubli et que le projet d’adaptation au cinéma ne cesse d’être repoussé, certains nostalgiques persistent à rendre hommage à l’atmosphère unique de Deux Flics à Miami, comme ce fut le cas avec le jeu vidéo Vice City en 2003. D’autres se décident enfin à offrir aux fans un transfert de leur série culte sur DVD. Une joie qui sera pourtant bien vite remplacée par une déception sans nom…Après avoir réalisé "Collatéral", et produit "Aviator" de Martin Scorsese, Michael Mann renouera donc avec l’adaptation sur grand écran de la série sur laquelle il oeuvra au cours des années 80. Film dans lequel Colin Farrell, vu dernièrement en Alexandre d’Oliver Stone et Jamie Foxx, dans la biographie de Ray Charles tout simplement intitulée Ray et Collatéral (dans lequel on entrevoit déjà un retour au LA polar) reprendront les rôles tenus à l’époque respectivement par Don Johnson et Philip Michael Thomas. La date de sortie du film sur les écrans (américains) déjà annoncée par Universal Pictures pour le 28 juillet 2006.

lundi, septembre 26, 2005

 

Death From Above

James Murphy, la tête pensante de "LCD Soundsystem", installé à New York, ce musicien de 34 ans, l’un des plus courtisés de l’époque, a passé ses premières années dans une petite ville maussade, d’où il aurait pu ne jamais sortir. Heureusement pour lui il découvre Yes, Pink Floyds, Led Zeppelin. David Bowie. Il découvre les Talking Heads chez un ami à lui qui deviendra acteur par la suite, Ethan Hawke. Après les Talking Heads, James Murphy découvre la plupart des autres groupes qui naviguaient alors dans le sillage du punk et de la new wave. Il écoute ainsi violent femmes, B-52’s, Big Black, Black Flag, puis découvre The Fall, un groupe qui demeure son préféré à ce jour. Il se construit ainsi une géographie musicale personnelle. Bien avant de fonder LCD soundsystem, il a fait partie d’une flopée de groupes amateurs dont seulement deux ont sorti des disques : Speeking et Pony. Dans ces formations, il tenait la batterie, puis la guitare ou le chant et écrivait déjà des chansons. Il se prend la t^te avec un ingé son. Déclic, il décide de monter son propre studio, sur les conseils notamment de Steve Albini. C’est dans cet endroit baptisé Plantain, qu’il rencontre, en 1999, un producteur anglais de passage à New York, Il s’agit de Tim Goldsworthy ex-compagnon de route du label Mo Wax. Goldsworthy avait été l’architecte très inspiré des premiers maxis d’U.N.K.L.E avant d’être remplacé, auprès de Lavelle, par Dj Shadow. Goldsworthy reste alors à New York, pour continuer à travailler avec Murphy, au sein d’une entité nommée DFA (Death From Above), destinée à devenir leur pseudonyme de producteurs et le nom de leur label. Cette même année, James Murphy connaît aussi une véritable épiphanie artistique. Il est alors en pleine découverte de la house et des drogues qui vont avec. Lors d’une fête de Noël organisée par DFA, il s’improvise Dj, une chose qu’il n’avait jamais osé faire jusque la. Mais contrairement aux pratiques des l’époque, il ne se résout pas à jouer un seul style de musique, ni à se cantonner à de la musique électronique de club. Il joue les disques qu’il aime et dont il est persuadé qu’ils feraient un tabac si on les passait en plein milieu d’un set de house : Can, ESG, Liquid Liquid, The Stooges, Donna Summer, the Fall. Et ça marche. Son choix est un vrai succès : tout le monde danse tout le monde exulte. Ce soir là, en fait, il semble avoir trouvé les fondations du son de DFA, et du futur LCD Soundsystem : du rock brut, qui n’hésite jamais à explorer des territoires vierges, des musiques voisines, à tout mêler sans craindre d’étaler ses influences et surtout, fait danser. Une sorte de mélange instable entre l’immédiateté du punk rock et de l’hypnotisme de la house. DFA fait ses premiers pas en produisant Radio 4 sans eux Dance to the underground le tube du groupe, n’aurait sans doute pas été aussi excitant et tendu. Surtout, un soir, dans une salle de concert, accoudé au bar, excédé par les musiciens minables qui défilent, James Murphy tome amoureux d’un groupe qu’il voit pour la première fois : The Rapture. Leur collaboration débute par de longues nuits passées ensemble, à écouter des disques, puis à enregistrer quelques morceaux, dont le splendide House of jealous lovers puis Echoes, l’album du groupe, sorti il y a deux ans. Grâce à ses disques, DFA devient la paire de producteurs la plus branchée des années 2000 et s’offre le luxe de refuser de travailler pour Britney Spears ou Madonna qui malheureusement pour elles, n’avaient pas le temps de venir passer un peu de temps à écouter les disques avec le duo. C’est en travaillant avec the rapture que Murphy fonde LCD Soundsytem, qui est le pseudonyme qu’il utilise, en tant que Dj, pour ouvrir les concerts du groupe. La première fois qu’on le découvre sous ce nom, c’est au festival Aquaplaning, à Hyères, en juillet 2002. Dans la foulée, LCD Soundsystem enregistre son premier disque. Ce maxi, "Losing my edge", fera autant parler de lui que les morceaux de The rapture. Basé sur une tournerie piochée dans un morceau de Killing joke, change, et grommelé à la manière de Mark E Smith, le chanteur de The Fall, le morceau est une claque phénoménale, qui dévoile tout le talent d’écriture et de composition de Murphy. Très ironique, ce morceau des psychoses de son propre chanteur. Presque désespéré et très touchant, "Losing my edge" semblait parler à tous les trentenaires amoureux de musique, qui voyaient en James Murphy un grand frère aux goûts similaires aux interrogations existentielles voisines. Il était donc idéal pour débuter les années 2000. Post moderne, déprimé et ironique, il n’en était pas moins festif et ludique. Pour son premier album sous le nom de LCD Soundsystem, James Murphy n’est pas allée à l’encontre de cette première formule. Son seul souci, en tout cas, après "Losing my edge" et son succès critique, a été de trouver le temps de composer tout un album. Conçu à la campagne, le premier album de LCD Soundsystem est pourtant profondément urbain "une rencontre entre homework de Daft Punk et Dark side of the moon de Pink Floyds".

 

Eros et Thanatos.

Ce matin en me levant j’ai demandé « comment ça va ? » à la petite loutre, elle m’a répondu "wesh pépère". Etrange. Emission de vendredi soir plutôt intéressante, même si pas mal de trucs n’étaient pas carrés. Pas de Callaghan. Pas d’excuses. Fred Vilcocq était bien, quoiqu’un peu consensuel à mon goût. Notre entretien trop superficiel, trop convenu, pas assez percutant et pertinent. J’ai essayé de gratter sous le vernis pour voir ce qu’il y avait en dessous, mais le simple fait qu’il nous accorde un peu de temps est tout à son honneur. J’ai posé les questions que je voulais (pas vraiment comme avec le maire). Play-list relativement sommaire, préférant nous concentrer sur des sujets comme le Jazz, les cultures émergeantes, l’effervescence du tissu associatif régional, me proposant de postuler à la présidence d’une association de musiques amplifiées (très drôle). Il y a plein de choses que je sais. Certains savent que je sais, d’autres me connaissent et pensent que je ne dirais rien. Ils ont raison. Il est des pratiques que je n’admets pas. Je peux me regarder en face tous les matins sans avoir à rougir de quoi que ce soit. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Certains politiques couvrent ces méthodes. Nausée. Cette proposition est presque insultante. Entendu à la matinale, le retour des hippies en mode (Kenzo, Dior) mais surtout en musique avec Cocorosie et surtout Devendra Banhart, pas fan du gars mais je respecte le simple fait d’être hippie au Texas. Chapeau. A ne pas confondre "Hippie" et "Baba". Ces derniers n’étaient que des serpillières à patchoulis défoncés aux pets, alors que le hippie vient de "hip" qui est un terme de "jazz" et "Hipster" qui est la dénomination du blanc qui se sent dans la peau d’un noir, celui qui est en perpétuel décalage. Intéressant. Espérons que cette vague ne se trompe pas. Et du fond, souhaitons qu’ils ne gardent pas que la forme. Dressé ici une liste des personnes qui représentent tout ce que je déteste : Lou Douillon, Béatrice Schonberg, Shirel, Laure Delattre, le Morning café, Vincent Delerm, Stephane Guillon, Arno, Emilie, Laure et Maud de la Star Academy, Laurent Gerra, Ingrid Chauvin, Natacha Amal, Nathalie Marquay, Jean Pierre Pernaud, Véronique Genest, Jordy, Evelyne Thomas. Sophie Davant, Gwen (l’île de la tentation), Lara Fabian, Céline Dion, Maîtena Biraben, Flavie Flament, Carole Rousseau, Mimi Mathy, Severine Ferrer, Ophélie Winter, Mariah Carrey, Jennifer Lopez, Brtiney Spears, Lorie, Willy Denzey, Astrid Veillon, Daphné Rouiller, Mademoiselle Agnes, Paris Hilton, Nicole Richie, Veronica Loubrie, Clothilde Courreau, Elsa, Mylene Farmer, Agnes Soral, Marion Cotillard, Victoria Beckam, Hilary Duff, Kamel Ouali, Christine Devier-Joncour, Ariele Dombasle, Jessica Alba, Nicole Kidman, Jonathan Cerada, Patrick Fiori, Natacha St Pier, Loana, Caroline Barclay, Joan Collins, Sarah Marshall, Brigitte Nielsen, Emma de Caunes, Elsa Petaqui, Estelle Lefebure, Georges Chetochine, Isabelle Adjani, Nicole Coste, Christine Bravo, Elodie Gossuin, Sophie Favier, Sophie Marceau, Michelle Alliot Marie, Chantal Goya, Danielle Gilbert, Adeline Blondiau, Benedicte Delmas, Hélène Rolles, Carla Bruni, Virginie Efira, Julie Snyder, Vanessa Demouy, Mathilde Seigner. Et tellement d’autres (nationaux, régionaux et locaux….)

vendredi, septembre 23, 2005

 

Murderabilia ou l'art criminel.

"Psychopathe, nom: 1- Malade mental 2- Psychiatrie, Malade atteint de psychopathie. Psychopathie, nom féminin. Psychiatrie: Trouble de la personnalité se manifestant essentiellement par des comportements antisociaux (passages à l'acte) sans culpabilité apparente. L'origine des tueurs remonte à l'aube de l'évolution de l'homme. Ces hommes qui commettent d'effroyables meurtres, quelque fois en série, fascine d'abord le public car ils apparaissent la plus part du temps comme les citoyens les plus ordinaires qui soient. Par méthodes singulières, pour des mobiles variés, des meurtres crapuleux, le crime passionnel, vulnérable à de pathétiques drames de jalousie ou de l'amour contrarié, souvent avec un comportement affectif déséquilibré et comme un certain nombres de criminels, ils se conduisent comme s'ils cherchaient à se faire arrêter ou à cacher leur terrible secret meurtrier. Sans aucun remords ces tueurs pervers et cruels infligent à leurs victimes d'effroyables mutilations. La psychologie des tueurs reste un abîme, aucune explication simple et unique n'a pu être découverte afin de résoudre le mystère de l'esprit meurtrier. William Fyfe, tua durant 20 ans sans que personne ne se doute de rien. Seul des noms à faire frémir d'angoisse resteront marqué à l'histoire de l'humanité. Tel que John Christie (1953), John Wayne Gacy (1978), Théodore Bundy, le cannibale Jeffrey Dahmer, la machine à tuer Robert J. Long, Valéry Fabrikant (1992), Marc Lépine (1989) et malheureusement plusieurs autres. Le lien commun d'entre tous : le crime, le meurtre et le sang. En ce domaine, le cinéma d'horreur n'avait qu'à nous offrir la méthode la plus sadique utilisée pour personnaliser leurs tueurs. Des tueurs de la fiction du cinéma d'horreur, tous aussi populaires : Fuad Ramses, Matt Cordell, Horace Pinker, Dr. Hannibal Lecter ou Jerry Blake. Tous nés de l'imagination des scénaristes et réalisateurs. La catégorie de « film d'horreur avec tueur » est sans doute l'une des plus simple à écrire pour un scénariste, les cas authentiques abondent et inspirent bon nombres d’auteurs. L'un des plus vieux cas à influencer le monde du cinéma est celui de " Jack l'éventreur " qui conduisit à la réalisation du premier film de " Dr Jekyll et Mr.Hyde " tout comme le film " Le silence des agneaux, The Silence of the Lambs " qui fut aussi inspiré d'un tueur réel et du film « Amityville, la maison du diable » où Ronald Defeo, fut l'auteur du massacre de six membres de sa famille à Amityville, Long Island, New York en novembre 1974. Au début des années 2000, une nouvelle vague de film raconte l'histoire vécue (de leur vivant) des différents grand meurtriers américain. L'acteur Michael Reilly Burke interprète le rôle de Ted Bundy, dans le film titre, Ted Bundy, une réalisation de Matthew Bright, sortie le 13 septembre 2002. Le 21 juin 2002, le film " Dahmer " du réalisateur David Jacobson, sort sur grand écran aux États-Unis, Jeremy Renner incarne le rôle du cannibale, Jeffrey Dahmer. En août 2003, le film apparaît dans les vidéoclubs du Québec, Canada. Le film de Chuck Parello, In the Light of the Moon, alias " Ed Gein " paraît aux USA, le 4 mai 2001 et en format DVD aux Canada, le 18 avril 2002. Le rôle de Ed Gein revient à l'acteur Steve Railsback. Le film " The Crawl Space ", alias " Gacy " raconte l'histoire de la vie de John Wayne Gacy, Jr. Sa sortie fut directement en format DVD. John Wayne Gacy était un citoyen exemplaire, allant même jusqu'à visiter des enfants malades dans des hôpitaux. Mais il cachait un horrible secret... Les traces de jeunes hommes disparus menaient à la maison de Gacy. La nation en entier resta estomaquée lorsque furent dévoilés sous ses yeux les sordides détails de plus de 30 meurtres. Gacy est le tueur le plus prolifique de l'histoire des États-Unis. Ed Gein, le boucher : Le film, le massacre à la tronçonneuse en 1974 de Tobe Hooper s’inspire de l’histoire réelle d’un profanateur de tombes et tueur de femmes, de Plainfield, Wisconsin, dont les sinistres exploits en 1957, inspirèrent aussi le film psychose d’Hitchcock en 1960. En 1957, dans la petite ville tranquille de Plainfield, perdue au fin fond du Winsconsin, Ed Gein mène une vie ordinaire dans la ferme familiale. Mais la ferme est isolée, les parents d'Ed sont morts et les récoltes ont pourri depuis longtemps. Et les fantômes d'Ed le hantent. Traumatisé par la disparition de sa mère, qui l'a élevé à la bible et à la baguette, Ed commence à developper de bien curieux centres d'intérêts : la réincarnation, la réduction des têtes, le cannibalisme ou l'exploration de l'anatomie féminine. Bientôt, des corps de femmes fraîchement enterrés dans le cimetière de Plainfied commencent à disparaître. Tandis que la lampe à huile brûle la nuit dans l'atelier d'Ed Gein... Pour la petite ville, le cauchemar ne fait que commencer ! Il s'agit en fait de l'histoire vraie d'Ed Gein. Charles Manson En 1969, Sharon Tate, l'épouse du réalisateur Roman Polanski fut éventrée par Charles Manson. Parmi les victimes du massacre l'une avait comme prénom Rosemary. Par coïncidence un an auparavant Polanski réalisait Rosemary's Baby. Karla Homolka La Canadienne Karla Homolka a participé à des crimes horribles avec son ex-mari Paul Bernardo. Cette jeune femme a contribué au meurtre de sa soeur cadette, Tammy, âgée de 15 ans, en la donnant en cadeau de Noël à son ex-mari Paul Bernardo en 1990. Le couple a ensuite tournées sur vidéocassettes les viols et les meurtres de Leslie Mahaffy découpée en morceaux et coulés dans le ciment et de Kristen French. Une morbidité fortement maladive. Karla Homolka écoule les dernières années d'une peine d'emprisonnement pour les meurtres. Elle a laissé savoir qu'après sa libération, elle s'établira probablement à Montréal, Québec, Canada. Après 12 ans d'emprisonnement. Les policiers de l'Ontario et du Québec sont inquiets de la libération prochaine de Karla Homolka. Les deux corps policiers se sont rencontrés lundi à Joliette pour discuter de sa libération, prévue en juillet, après 12 années d'incarcération. La police du district de Niagara, où les meurtres ont été perpétrés, est inquiète quant à la sécurité de la population. Pour cette raison, des juristes tentent de faire encadrer sa libération, et un juge du Québec doit se prononcer à ce sujet. Elle a été libérée en juillet 2005. Elle serait en ce moment même dans la région de Montréal dans la province du Québec au Canada. Tueur du Maryland : Mercredi soir, le 3 octobre 2002 et Jeudi, le 4 octobre 2002. Trois hommes et deux femmes ont été tués en quelques heures dans cinq endroits différents dans le comté de Montgomery, au Maryland, en banlieue de Washington, USA. Les victimes sont apparemment choisies au hasard. Les policiers pensent avoir à faire à un tueur ou des tueurs très calculateurs. Jeudi soir, le 4 octobre 2002, une sixième victime. La même arme à feu aurait été utilisée pour au moins cinq des six meurtres. Samedi, le 6 octobre 2002 une femme a été blessée. Le tueur du Maryland qui sème la terreur depuis mercredi blesse une autre personne lundi, le 7 octobre 2002. Mardi, le 8 octobre 2002, le FBI, la CIA et les policiers du comté de Montgomery sont en état d'alerte. Jeudi, le 10 octobre, une neuvième victime. Le 7ème meurtre et aucun suspect n'a encore été arrêté. Vendredi, le 11 octobre encore un mort dans la banlieue de Washington à Massaponax, en Virginie. Les lieux du crime sont analysés par les experts de l'Agence fédérale (ATF). Le tireur a fait neuf victimes en neuf jours. Selon les policiers le tireur établie sa stratégie d'après leurs informations à la télé. Le tueur ne fait pas de victime durant les week-ends. Le tireur terrorise la région de Washington depuis maintenant deux semaines. Lundi, le 14 octobre une femme est tuée d'un coup de feu en Virginie. Mardi, le 15 octobre, le Pentagone offre une aide militaire. Mercredi, le 16 octobre, la sortie cinéma du thriller de Joel Schumacher, Phone Booth est repoussée en cause des actes du tueur du Maryland. Le film raconte l'histoire d'un tueur qui appelle ses victimes dans une cabine téléphonique pour ensuite les aviser qu'il se trouve dans sa mire pour les tirer à distance. Les profilers, de leur côté, observent que le tueur n’a pas le comportement habituel des tueurs en série. Par exemple, les victimes n’appartiennent à aucune catégorie de personnes en particulier et le tueur ne prend pas la peine de garder les cadavres ou une partie de leur corps. Un nouveau genre de tueur en série est traqué, mais échappe toujours aux policiers...Saviez vous que l’on pouvait acheter une mèche de cheveux de Charles Manson sur Internet ? Tous les ans, le marché des objets en rapport avec des criminels connus rapporte des sommes conséquentes aux sites de ventes aux enchères en ligne, et parfois aux criminels eux-mêmes lorsqu’ils sont encore vivants. De même, il satisfait la fascination morbide des fétichistes du meurtre. Faisant régulièrement l’objet de vives condamnations de la part des croisés de l’ordre moral aux états unis, la « murderabilia » pose néanmoins de véritables questions éthiques qui ont eu un écho en France avec le scandale provoqué par la publication du livre de Patrick Henry quelques mois après sa libération conditionnelle. Cette affaire est d’ailleurs à l’origine d’un article de la loi Perben, votée le 9 mars 2004, interdisant aux auteurs d’agressions sexuelles ou d’atteintes à la vie de publier tout ouvrage ou œuvre audiovisuelle qui porterait sur l’infraction commise. Un commerce florissant. Phénomène né à fin des années 90, le « murderabilia » est une mode tout droit venue des Etats-unis. Ce mot, forgé à partir de « memorabilia » et de « murder », désigne un marché florissant de collectionneurs qui achètent via Internet toutes sortes d’objets photos, vidéos, lettres, objets personnels, œuvres d’art etc…ayant appartenu ou ayant un rapport quelconque avec des tueurs en série ou des criminels connus. Des collectors qui vont des tableaux de John Wayne Gacy, serial killer américain de la région de Chicago exécuté en 1994, à la mèche de cheveux du célébrissime Charles Manson, circulent librement. Quand E-Bay a décidé il y a quelques années de retirer des ses ventes les objets faisant partie de la catégorie « murderabilia » face aux attaques des associations de défense des droits des victimes, des sites spécialisés ont pris le relais. Aux états unis, où le phénomène des Serial killers exerce une fascination de grande ampleur, les collectionneurs de ces objets comptent parmi leurs rangs des personnalités. On peut citer par exemple Jonathan Davis chanteur du groupe Korn, qui a fait scandale il y a quelques années en annonçant sa volonté de créer un musée consacré aux tueurs en série. De façon plus générale, aux états unis, le crime est devenu un thème émergent de l’art en général comme en témoigne le succès de l’artiste Joe Coleman qui a inventé l’outsider art et peint exclusivement des marginaux, notamment des criminels. Il compte parmi ses clients des acteurs aussi célèbres que Johnny Depp ou Leonardo di Caprio. Cet engouement morbide pose une question capitale : le meurtre peut il être source de profit ? En effet le murderabilia peut rapporter de fortes sommes. A titre d’exemple, alors qu’il était encore en prison John wayne Gacy avait amassé cent mille dollars de ses peintures, ce qui avait motivé la police à retarder la date de son execution. On peut aussi mentionner le cas, plus connu en France, du cannibale japonais Issei Sagawa, auteur du meurtre d’une étudiante néerlandaise à paris en 1981, qui vend désormais ses peintures de femmes nues via son site internet. Cela amène parfois des parents de victimes ou responsables d’associations à acheter des œuvres d’art réalisées pare des criminels dans le seul but de les détruire. Par exemple, en juin 1994, trois cent personnes se sont réunies dans l’illinois pour détruire publiquement vingt cinq peintures de John wayne Gacy. On peut néaNmoins se demander si ce commerce est immoral ? Est ce vraiment de l’art ? doit-on interdire une œuvre d’art sur le seul motif qu’elle a été réalisée par un criminel ? Le rôle de l’art n’est il pas de transformer la part sombre de l’homme afin de l’embellir ? Dans son livre « Humain trop humain » Nietzsche écrit : « L’art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables et dégoutantes.. ». Le débat sur la marchandisation du meurtre est loin d’être clos. En effet, l’art ne joue pas toujours un rôle de cure pour le criminel. Parfois, ce dernier s’en sert pour se complaire de façon narçissique dans le meurtre. C’est notamment le cas du serial killer américain Richard Ramirez, surnommé le « night stalker » adorateur de Satan qui a terrorisé l’Amérique dans les années 80 et attend aujourd’hui son exécution dans le couloir de la mort. Il dessinait des boucs, des couteaux maculés de sang, des diables cornus…On peut encore citer l’exemple du serial killer texan Jason Massey, exécuté en 2001, qui avait rempli son journal intime, qu’il avait baptisé « the slayer’s journal of death » de dessins montrant les meurtres qu’il rêvait. En France, le phénomène du murderabilia est quasi inexistant. Cependant, en 2002 la publication du livre de Patrick Henry, sur lequel il avait touché une avance de cent mille euros, provoqua une vive polémique sur la faculté des criminels à percevoir des droits d’auteur. Publié par Albin Michel, ce livre sortit le 12 novembre 2002 sous le titre avez-vous à le regretter ? alors qu’il devait s’appeler initialement « vous n’aurez pas à le regretter » Son auteur, alors en liberté conditionnelle, avait été arrêté en Espagne le 5octobre 2002 en possession de stupéfiants. Ce scandale fut à l’origine de rajout d’un amendement à la loi Perben, votée le 9 mars 2004. Cet article, adopté par l’Assemblée nationale le 23 janvier 2004, prévoit que les détenus condamnés pour des atteintes à la vie ou des crimes sexuels pourront se voir interdire de diffuser tout ouvrage ou œuvre audiovisuelle portant sur l’infraction commise ainsi que d’intervenir en public. Cette interdiction peut être prononcée soit dans le cadre d’une mise à l’épreuve assortissant la peine d’un sursis soit dans le cadre des mesures imposées lors d’une libération conditionnelle. Cependant, à l’issue du délai de mise à l’épreuve ou une fois que le détenu en liberté conditionnelle a purgé toute sa peine, l’interdiction est levée de facto. Cette mesure est d’une portée limitée, ne s’appliquant pas aux personnes en attente de jugement ou aux condamnés toujours incarcérés. Elle témoigne néanmoins d’une prise de conscience sur un phénomène nouveau en France. Mais au-delà du débat traditionnel sur les droits des victimes, le plus dangereux dans ce phénomène est le risque de banalisation du meurtre. Un bon criminel ne fait pas forcement un bon artiste. La plupart des criminels font même souvent de piètres artistes. Au vu de certains dessins réalisés par des tueurs en série et pourtant vendus sur Internet, cette conclusion semble incontestable. Ne serait il pas absurde de voir un jour le meurtre considéré comme partie intégrante de l’œuvre d’un artiste ? Ce serait aussi choquant que d’élever le crime au rang de discipline artistique".

jeudi, septembre 22, 2005

 

Quatre claques à venir...


 

Burzum ou en route vers le progrès (2)

A vous de juger : Les propos suivants n'engagent que son auteur. "La Véritable Vie De Varg Vikernes". "En 1986, sur la côte Ouest de la Norvège (dans la ville de Bergen), Christian Vikernes (qui fera changer son prénom en "Varg" pour montrer son rejet de la tradition Chrétienne) monte sous le pseudo de Count Grishnackh sa propre formation, "Uruk-Hai" (un terme inspiré de la mythologie du "Seigneur des Anneaux" de J.R.R. Tolkien). En 1990, Varg Vikernes abandonne "Uruk-Hai" pour rejoindre "Old Funeral". En 1991, Vikernes quitte "Old Funeral" pour monter "Burzum" (un autre terme emprunté à Tolkien, et qui signifie "ténèbres"). En 1992, Vikernes sort le premier album de Burzum (intitulé sobrement "Burzum"), sur le label d'Euronymous, Deathlike Silence Productions. Un chef-d'oeuvre d'ambiance malsaines, froides, glauques et sombres. Varg, très ambitieux et charismatique, veut rattraper le temps perdu et devenir le challenger d'Euronymous au poste de "grand gourou" du Black Metal et de l'underground Norvégien. Il décide alors de mener des actions d'éclats pour affirmer sa haine de la religion et son influence sur le milieu du Black Metal Norvégien. Le 6 Juin 1992, à 6 heures du matin, il part avec quelques complices de l’Inner Black Circle qui est un cercle de groupes considérés comme véritablement mauvais, véritablement anti-chrétiens, véritablement Black Metal, en opposition aux "traîtres" qui jouent du Death Metal. Ce rassemblement, constitué à la base de groupes comme Mayhem, Darkthrone, Thorns, Immortal ou Emperor sera connu sous le nom de "Inner Black Circle", les représentants du "vrai" Black Metal. Ils commencent même à envisager des actions (menaces, intimidations, ...) contre les groupes ne faisant pas partie de l'Inner Circle. Glenn Benton, leader de Deicide, recevra des menaces de morts émanant d'un groupe, Animal Militia, émanation Suédoise de l'Inner Circle et , munis de barils d'essence et de briquets, ils enflamment l'église de Fantoft, près de Bergen, qui brûle des fondations jusqu'au clocher. Il faut savoir qu'en Norvège, la plupart des églises sont d'anciens édifices, construits simplement en bois. Cette action "héroïque" se propage comme une traînée de poudre dans le milieu du Black Metal, et le 1er Août, c'est l'église de Revheim qui part en fumée, puis celle d'Holmenkollen deux semaines après, puis le 1er Septembre c'est au tour de celle d'Ormoya, et ainsi de suite durant des mois et des mois. Un pompier sera même tué en essayant de combattre les flammes qui détruisaient l'église de Sarpsborg. Mais Vikernes veut trop bien faire pour sa renommée, et il va jusqu'à donner une interview à un journaliste du Bergens Tidende (un quotidien local) en Janvier 1993, dans laquelle il se vante de connaître les auteurs des incendies d'église. Évidemment, la police ne tarde pas à retrouver sa trace (d'autant que les flyers pour son premier album présentaient des photos d'églises incendiées), et le met en garde à vue pour lui faire subir un interrogatoire en règle. Il sera toutefois relâché au mois de Mars, pour manque de preuves. Au mois de Mars, justement, Vikernes et Euronymous donnent ensemble une interview au magazine anglais "Kerrang!", dans laquelle ils expliquent ouvertement les activités de l'Inner Circle, et se définissent même comme faisant partie d'une organisation nommée "Satanic Terrorists". Évidemment, ils disent ne pas participer à toutes ces actions mais seulement en être tenu au courant. Les activités les moins reluisantes du Black Metal commencent alors à être connues de toute l'Europe, et Euronymous est obligé de fermer sa boutique Helvete. Il se reconçentre alors sur son projet musical, et recrute le chanteur Stian Occultus, puis le remplace par Attila (débauché du groupe Tormentor) pour assurer les parties vocales au sein de Mayhem à la place de Dead. Ils commencent alors les enregistrements du premier "full-lenght" album de Mayhem, "De Mysteriis Dom Sathanas", avec Varg Vikernes à la basse. Et c'est au mois d'Août que les problèmes sérieux commencent... Le matin du 11 Août 1993, Euronymous est retrouvé mort dans l'escalier de son immeuble, le corps transpercé de 23 coups de couteaux... Les soupçons se portent d'abord sur le milieu du Black Metal Suédois, grands rivaux des Norvégiens, mais après quatre jours d'enquête un peu plus poussée et surtout quelques dénonciations, la police arrête finalement Varg Vikernes et son complice Snorre (du groupe Thorn) le 17 Août. Les raisons de ce meurtre restent encore assez inexpliquées. Les relations entre Vikernes et Euronymous s'étaient détériorées depuis quelque temps, Euronymous devait de l'argent à Vikernes suite à la sortie des albums de Burzum, et Vikernes supportait sans doute mal que son collègue soit considéré comme le maître à penser de la scène Black à sa place. Varg enviait aussi Faust car il avait tué un homme, ce qui n'était pas (encore) son cas. Toujours est-il que, dans la nuit du 10 Août, il se rend chez Euronymous, sonne à son interphone, Euronymous lui ouvre la porte de son appartement en caleçon, et Vikernes lui donne un coup de couteau dans la poitrine. Euronymous, affolé, tente de s'enfuir, appelle à l'aide, sonne aux portes de ses voisins, mais Vikernes le poursuit sans relâche et le poignarde de nombreuses fois dans le dos jusqu'à ce qu'il s'effondre, mort, dans les escaliers de son immeuble. En 1994, à l'issue de son procès, Vikernes est condamné à 21 ans de prison pour meurtre avec préméditation, Snorre à 8 ans, et Faust, dont on retrouve la trace pour l'assassinat de l'homosexuel, passera 14 ans derrière les barreaux. C'est alors la débâcle dans le milieu du Black Metal, l'existence de l'Inner Circle est exposée au grand jour, et Samoth sera également condamné à 2 ans de prison pour les incendies d'églises. Vikernes n'a jamais montré le moindre remords pour le meurtre d'Euronymous, bien au contraire, l'accusant d'être un communiste, un homosexuel, et pire que tout, un "poseur" qui avait construit autour de lui une image qui ne le représentait pas réellement. Le milieu du Black se scinde alors en deux : les "pro-Grishnach", qui considèrent qu'effectivement Euronymous n'était pas un "vrai" anti-chrétien maléfique et méritait donc de mourir, et les "pro-Euronymous" qui attendent toujours la sortie de prison de Varg pour lui faire payer son crime... Pour rendre hommage à Euronymous, Attila et Necrobutcher terminent et sortent "De Mysteriis Dom Sathanas", alors que Misanthropy, le label de Vikernes, continue à sortir des enregistrements de Burzum réalisés avant son emprisonnement, comme "Det Som En Gang" ou "Hvis Lyset Tar Oss". Vikernes qui, depuis sa prison, se détache progressivement des idées satanistes pour se rallier à la cause d'Odin, le Dieu Nordique anti-chrétien. Il ira même très loin dans ces idées, puisqu'il rejoindra les philosophies racistes et nazis des Skinheads (les dernières photos de Varg en prison le montrent le crane rasé, portant une boucle de ceinture au logo des SS). Il écrit un recueil de pensées, "Vargsmal", dans lequel il explique sa vision "odiniste" du monde, et son admiration pour Staline et Hitler. Les connections entre le Black Metal et l'Extrême Droite nazie sont d'ailleurs bien plus nombreuses qu'il n'y paraît, mais une telle étude sortirait du cadre de cet historique. Ces aspects sont très bien détaillés notamment dans le livre "Lords Of Chaos" de Michael Moynihan et Didrik Soderlind, sorti en 1998". On croit rêver. Il faut savoir que ce cher monsieur est à ce jour multimillionnaire et gère sa fortune à travers sa cellule (doublant ses chiffres de ventes, ses courriers se vendant à prix d’or sur le net au même titre que la "murderabilia" (John Wayne Gacy et autres Ed Gein) dont je parlerais plus tard…
Bravo l’Europe avançe…

 

En route vers le progrès.

« L’influence diabolique dans la musique rock. Un des moyens du diable pour atteindre la jeunesse, nous dit la vierge Marie, est la musique moderne, la télévision et le cinéma. Le rock et même certaines musiques enfantines sont d’efficaces instruments pour s’infiltrer dans l’esprit d’une jeunesse perdue par les mœurs d’une société éprise par les séductions du plaisir. Marie, qui est elle-même une mère appelle les parents à rester vigilants sur ce qui intéresse leurs enfants en particulier sur la musique Rock qui, elle nous le dit très clairement, est « une musique satanique » A cet effet, la vierge Marie appelle tout père et toute mère à toujours consacrer du temps à combattre ce type de culture » « Dans les concerts de musique rock, on peut trouver de grandes quantités d’influences directes et indirectes qui mènent ceux qui prêtent l’oreille à la violence, à la haine, au laid et au mal. De plus, ces intonations destructives sont connues pour transmettre souvent des messages subliminaux, des messages qui poussent l’auditeur à s’affranchir de toute règle et code de morale déjà formée dans son esprit. Les jeunes adeptes de ces nouvelles musiques se laissent, avec une facilité accrue, attirer et influencer par ce « gant de soie blanche », et, en conséquence, se laissent séduire par l’attraction des drogues, le libertinage sexuel, le vol, le viol, la violence, l’autodestruction, le suicide, la haine contre la police, contre les parents et ce qui est infiniment plus grave contre Dieu. Un cadre de vie, qui, parfois sans que l’on s’en rende compte, en transforme les victimes en pions du Diable… » Chaque fois que vous chantez ces chansons, vous invoquez et vous louez sans le savoir Satan, Satan se moque de Dieu à travers vous… » « Nous sommes dans le « new age Satanismus » un age où le diable envoûte comme un nouveau merlin l’enchanteur, l’humanité mais plus particulièrement la jeunesse à travers les sons de cette musique » « Satan a réussi aujourd’hui à imposer son influence maléfique dans notre civilisation à travers un nouveau moyen, à travers une nouvelle arme, un nouvel instrument qui s’avère être on ne peut plus efficace et qui s’est montré à la fois un grand outil de communication, spécifiquement envers la jeunesse, un instrument utilisé pour attaquer et anéantir la religion chrétienne, Cela dit, la foi chrétienne n’est pas l’unique victime de cette néfaste musique (certaines figures de l’histoire comme Lénine, Platon, Eddy Manson, John Lennon (Don’t believe in Jesus) le frère aîné des Beatles et les condoms (préservatifs sexuels) jetés sur les saintes femmes sont des suppôts machiavéliques de Satan » [ J’ai coupé de nombreuses tirades ouvertement anti I.V.G et racistes].
Ces lignes sont extraites d’un livre signé Xavier Reyes Ayral que j’ai trouvé par erreur dans le studio d’enregistrement de la radio ARD. Je précise qu’il était dédicacé par l’auteur pour le directeur de la station.
Deux mois plus tard, j’étais remercié.

Bravo, la France avance.

mercredi, septembre 21, 2005

 

Actors for eternity

J’ai craqué pour la griffe Harcourt qui contribue selon le studio à "donner à chaque portrait une dimension mythologique." J’avais acheté un numéro de Magic avec Keren Ann et le gars de Bang gang pour la sortie d’un album en duo et j’ai remarqué la patte du studio et sa signature que l’on ne présente plus. Ca ne vous dit rien ? Sachez simplement que toutes les photos des Gabin, Romy et les autres étaient toutes signées Harcourt… Quelques infos sur le Studio "Grâce à un savoir-faire unique, à un travail de la lumière immédiatement reconnaissable, grâce à un rêve rendu palpable à travers des clichés, les stars, les acteurs économiques de notre société, les sportifs et les scientifiques, les écrivains et les artistes, les politiques comme les anonymes, bref, tous ces nouveaux héros contemporains peuvent, le temps d'une prise de vue, entrer dans la légende " Visiteurs d'un soir, acteurs pour l'éternité. " A la façon d'un cinéma ambulant et grâce à des équipes de tournage aguerries, l'événement Harcourt c'est de la performance et de l'élégance. Pionnier des séances de prise de vues démultipliées, dans un décor particulier, il valorise et rend unique une entreprise et ses invités. Mémoire de l'éphémère : Harcourt révèle la face cachée des êtres, les rend stars d'un film inoubliable. La réalisation de ces portraits argentiques témoignera de ce moment où la réalité rejoint le mythe. A l'heure du numérique, faire aussi vite, mais avec le luxe d'un savoir-faire artisanal et cinématographique L'esthétique reprend des procédés qui ont déjà largement façonné une sorte d'approbation, de sentiment général du Beau. La référence est double. Référence à la statuaire classique, d'abord, telle que nous l'ont léguée la Grèce et la Renaissance. Référence à l'esthétique cinématographique surtout, par la façon ici expressionniste, là narcissique, de mettre en scène et de cadrer les visages. Les techniques d'éclairage, de maquillage, de retouche, rappellent celles des films de légende et le travail hors du commun de grands chefs opérateurs tels qu'Henri Alekan. Ces portraits font naître, dans une harmonie intemporelle, à la fois l'essence intime du sujet et son esthétisme afin d'en révéler la quintessence. Harcourt va vers l'événement pour donner sens au sensationnel… L'acteur n'est plus saisi au repos comme disait R.Barthes, il vit à la couleur du temps présent dans le décor de son actualité. Harcourt devient le témoin de leur rôle et crée sa " photo-ciné-vérité ". Pendant le compte à rebours de l'instant d'actualité de la " représentation ", au cœur de l'intimité des stars, dans les coulisses ou derrière le rideau de scène, Harcourt suspend le vol du temps par une photographie où la lumière façonne l'acuité émotionnelle de leur force et parfois de leur doute. La personnalité ne sera ni piégée ni trahie, mais mythifiée La Cocotte minute SEB fête en 2003 son cinquantenaire. A cette occasion, le groupe SEB a fait appel au Studio Harcourt pour sa campagne de communication. Un objet au design intemporel aujourd’hui starifié sous les lumières de la célèbre Griffe. Le « mythe Johnny » a fait sa première apparition au cinéma dans « Les Diaboliques » de Clouzot. Après avoir notamment tourné sous la direction de Godard, de Costa-Gavras, de Laetitia Masson, il est aujourd’hui « L’Homme du Train », le dernier film de Patrice Leconte. Ludivine Sagnier est unanimement reconnue comme l’une des actrices les plus prometteuses et talentueuses de sa génération, après ses rôles remarqués dans les films de François Ozon dont le récent « 8 Femmes ». Elle a récemment joué sous la direction de Pascal Bonitzer et tourne avec Claude Miller. Le Studio Harcourt – qui entretient depuis 70 ans une relation passionnelle avec le Cinéma – est fier d’offrir à Johnny Hallyday comme à Ludivine Sagnier leur portrait à l’occasion du Prix Jean Gabin et Romy Schneider qui leur a été décerné cette année».Né en 1934, le Studio Harcourt puise certaines de ses racines et une partie de sa légende dans cette période de l’histoire. Le Studio fut créé en 1934 par les frères Lacroix, patrons de presse, Robert Ricci, fils de Nina Ricci et Cosette Harcourt. Installé à partir de 1938 dans un fastueux hôtel particulier de l'avenue d'Iéna, le Studio Harcourt devient rapidement le lieu de passage obligé de ce que le Tout-Paris compte de personnalités, écrivains(Jean Cocteau, Paul Valéry), artistes de variétés (Joséphine Baker, Yves Montand), comédiens(Jean Gabin, Brigitte Bardot, Edwige Feuillère), danseurs (Maurice Béjart), peintres(Salvador Dali), hommes politiques(Jacques Chirac, François Mitterrand), sportifs, compositeurs, etc. Tous viennent se faire photographier dans le Studio le mieux fréquenté de France, sinon d'Europe. Etre photographié par Harcourt est le gage de l'accès à un panthéon qui n'est pas sans rappeler celui de Félix Nadar, un siècle plus tôt. Le fonds Harcourt, aujourd'hui conservé par la Mission du Patrimoine Photographique, comporte environ 5 millions de négatifs représentant quelque 30 000 personnes dont 1 500 " personnalités ". Aujourd'hui, Harcourt continue à perpétuer, entre autres, la tradition du portrait Noir & Blanc.Mais si la maison Harcourt en 2003 persiste dans la grande tradition qui a fait son succès, elle n'en demeure pas moins, au fil du temps, malgré l'évolution des modes et des ambitions artistiques, tout à la fois ancrée dans la mémoire collective et profondément en phase avec l'actualité.Le Studio Harcourt investit aujourd'hui un nouveau lieu 10, rue Jean Goujon à Paris dans le 8ème. Avec cinq millions de négatifs représentant 300 000 personnes dont 1 500 célébrités, le fonds Harcourt constitue une impressionnante mémoire visuelle des visages de la France, anonymes comme personnalités qui ont marqué le XXe siècle. Le Studio Harcourt continue aujourd'hui de perpétuer sa propre tradition du portrait photographique, quasiment tel qu'il était pratiqué avenue de Iéna, studio dans lequel la société s'est installée quatre ans après sa création. Seule survivante de la tradition perdue du portrait de studio, l'image Harcourt est, avec les années, devenue un véritable standard ancré dans la mémoire collective. Le studio Harcourt a photographié Doc Gyneco dans la pose de Marat assassiné, en référence au tableau de David, et ce afin d'illustrer une pochette de disque. Ces photographies appartiennent à ce temps où l'on vouait un culte inconditionnel aux images, à cette époque où les acteurs de cinéma entretenaient le mystère auprès d'un public prêt à croire en leur légende. C'est l'époque mythique d'Harcourt qui perpétue, aujourd'hui encore, la tradition du portrait photographique de studio. Aujourd'hui, après des décennies chaotiques, le Studio a retrouvé un nouveau souffle. L'esthétique Harcourt continue d'exercer son pouvoir, répétant, tout en les renouvelant, des codes mis au point il y a maintenant plus de 70 ans. Et de se faire, à nouveau, le miroir du temps présent. Ce renouveau est notamment orchestré par Pierre Anthony Allard… Entre lui et Harcourt, c'est une longue histoire qui dure depuis plus de vingt ans, au cours desquels il est passé du statut de simple opérateur informatique à celui de directeur artistique. Partenaire, depuis 2002, d'Anne-Marie de Montcalm, l'actuelle propriétaire du Studio, il se donne pour objectif de faire revivre le nom Harcourt, en capitalisant sur l'image glamour du Studio et en l'ouvrant à de nouvelles pratiques, comme la couleur, l'utilisation d'un studio mobile et le travail commun avec des artistes contemporains. Harcourt élargit donc le champs de ses sujets et propose ses services à des marques : Cocotte-Minute Seb starisée, Doc Gyneco "maratisé", Barbie croqueuse de diamants… Keren Ann, Antoine Decaunes, Watcha et plusieurs posse.. Le Studio est souvent sollicité pour des commandes un peu particulières auxquelles il apporte - outre sa technique de l'éclairage - savoir-faire et créativité. "

 

Anton, Nicolas, Henri et les autres...


 

Requiem.

Y a pas à dire, Elvis Costello a vraiment trop la classe. Au premier temps de la danse, la valse devient requiem. Vu "supersize me". Vraiment les américains sont de pitoyables crétins. J’aime profondément le "American way of life" (j’adore le cinéma Américain, qui est pour moi la dernière machine à rêver, les Strokes viennent pas d’auvergne et les Ramones c’est pas les forbans) mais là ! Merde ! C’est pas possible…la junk food je ne la supporte plus. Ces jeunes Lot-et- garonnais qui sont exploités dans cette boite à con. Tous fiers d’arborer la casquette de "Krusty le clown", vous déblatèrent qu’ils sont d’"Open" ou de "close", vivent fast food, mangent fast food, dorment fast food….Tout ca pour devenir un jour, oh chimère !, managers de boites à con. Producteurs d’un esclavagisme légal prônant la merde en galette sorbitolisée. Non. Ce que je tente d’expliquer dans un post sur "damoon in da fuckin space" (où je ne cesse de contacter de la "brenda pétasse"-"britney nunuche"), c’est que les petits américains qui passent leurs journées à se bafrer devant les shows télé au lieu de bouger leurs gros culs ont aussi des rêves de gosses : ils rêvent de ressembler à Allen Iverson…Et vous croyez que ça lui fait une belle jambe à Allen Iverson d’être adoré par une petite boule écarlate reniflant la sueur, prénommée Kevin, Kentucky, 12 years old ? Qui ressemble plus à un ballon de basket qu’à Michael Jordan…Remarquez, il parait que la barbe ça amincit, mais à 12 c'est difficile. Patience. Je ne prétends pas être plus svelte que ces Messieurs ni vouloir ressembler à Scottie Pippen mais je ne suis pas obèse non plus. Certains passent leurs vies à chercher comment perdre du poids, moi, je fais tout pour en prendre…Encore un des nombreux paradoxes de la vie. Tiens, j’en suis arrivé à la conclusion que 1) la Science Fiction m’emmerdait profondément. 2) je ne supportais plus les comics. Au moins je ne ressemblerais jamais au vendeur de comics des Simpsons (voire à un certain F.V de Bordeaux) 3) Que j’étais un "kidulte" (stade régressif avant le mode "adulescent"). Mon kiff à moi c’est "artoys.com", c’est le palais de Tokyo, c’est Albator, Gun frontier et Great Mazinger…Je suis rassuré, je ne suis apparemment pas le seul : les Beastie Boys et Alain Chabat ont aussi fait leur coming out. Et aujourd’hui, je n’ai plus peur de le dire ! Je le dis haut et fort, à la face du monde : Je suis noir d’être fier !!et j'aime profondement Goldorak... Actuellement je vais de réunions en réunions sur divers dossiers en Gérontologie, point de vue politique, c’est la panique au sein du parti : because A.Montebourg + H.Emanuelli = AESD. Moi, ça me fait marrer. Niveau tissu associatif local, tous autant crétins. Pour ma part, je bosse sur le direct de "Lullaby" et "des brigades du son" sur le prochain Garorock, et c’est pas évident. Galère pour sécuriser un périmètre, compliqué pour caser le matos, rasoir d'affronter les dirigeants de la radio…Enfin, passées moultes palabres stériles, ça sera quand même sympa de proposer les concerts en direct aux gens qui n’ont pas pu venir. 2 jours de live. Ca me fatigue d'avance. Café en intraveineuse. Hier apéro avec Titi et Hafid, la "dream team" réunie. Putain, ça fait du bien de pouvoir boire des coups avec eux. Les terrasses se réduisent comme neige au soleil. Nos corps se cacheront bientôt sous des bouts de laines (merci Francis). Ca me fait penser que j’ai pas encore calé mon rendez vous avec le sieur Cabrel. Faut que je me sorte un peu les doigts. Quoi ? un tremplin pour le prochain Garo ? Ca me rappelle quelque chose…La programmation actuelle fait rêver…mais on sait très bien que le jour J : Ska p se tirera la bourre avec la ruda Salska (beuurk ! désolé pour vos pompes…). Trois mois avant, on peaufine le contrat avec les R.H.C.P et deux heures avant le concert on n’est même plus sûr que Jean Pascal va encore venir….Tiens quatre nouveaux DVD dans la série des director’s work (M.Gondry, S.Jonze et C.Cunningham), cette rentrée nous avons droit à quatre autres sorciers clippeurs : Marc Romanek (Eels,NiN), Stephane Sednaoui (RHCP), Jonathan Glazer et Anton Corbijn (Rahhhhh !!! Putain Anton !!!! Ton travail est beau à pleurer !!!!Je ne suis qu’une crotte !!!!Nirvana, Dépêche Mode). En tous les cas, à l’heure actuelle, si je ne sais pas qui je suis, je sais en revanche qui je ne suis pas et qui je ne souhaite pas être. La vie fait ce qu’elle veut. Avancer. Trouver l’équilibre sur la tranche. Ce n’est pas une ligne droite. C’est un slalom. C’est un combat. Bayonnette au canon. ! Au dernier temps de la danse, la valse devient requiem.
Il est beau ce mot…
Requiem…

 

Serpico

Février 1971. Lors d'une descente de police chez un trafiquant de drogue, l'inspecteur Serpico est grièvement blessé au visage. Alors que l'ambulance le conduit à l'hôpital, il se remémore son passé.11 ans plus tôt, Serpico entrait dans la police par vocation et avec une idée très précise de ce qu'il pensait être la mission d'un policier. Il avait rejoint le commissariat de la 82ème Rue, à New York. Mais très vite, il découvre que ses collègues ne savent pas résister à la tentation et que les pots-de-vin sont légion. Ecœuré par ces pratiques, il s'était fait muter à la criminelle et y avait constaté la même corruption…Dénonciation de la corruption dans les milieux policiers, Serpico repose sur une histoire vraie et des faits véridiques. La mise en scène classique et quasi-documentaire de Sidney Lumet s'efface modestement derrière son sujet, faisant du film un réquisitoire sobre mais sans appel. 8 ans plus tard, le réalisateur reprendra ce même thème à travers une autre œuvre majeure : "Le prince de New york". Le film fut tourné en grande partie dans les rues de New York. Comme Serpico avait l'habitude de vivre en sous-sol et de suivre des cours à l'Université, son appartement fut reconstitué au 5/7 Minetta Street, en plein Greenwich village, à quelques pas de la célèbre Avenue of the Americas. Cet endroit pittoresque et tranquille constitue un des lieux de tournage préférés des réalisateurs new-yorkais. Plusieurs scènes ont également été filmées au Caffe Reggio (au 119 MacDougal Street), un coffee-shop dont on a pu apprécier également les décors dans "Les nuits rouges de Harlem" et surtout "Next stop greenwich village". A noter enfin que Frank Serpico est un garçon originaire de Brooklyn. Aussi le voit-on lors des premières images franchissant le Williamsburg Bridge au volant de sa Dodge. Ce célèbre pont servit de décor quelques années plus tôt à une scène clé du film "La cité sans voiles". Formidable réquisitoire contre les milieux policiers corrompus, basé sur une histoire vraie et des faits véridiques, le film de Sidney Lumet avait offert un Golden Globe à Al Pacino - et fait exploser sa carrière d'acteur. Considéré comme culte par une bonne part des cinéphiles, ce film anthologique s'offre pourtant une sortie DVD en catimini, après une édition tout aussi peu médiatisée en janvier 2003… Un DVD très simple et épuré à l'extrême, techniquement réussi mais finalement assez décevant. On ne peut que regretter l'absence de suppléments… Pas même un petit commentaire audio, ou même une interview d'Al Pacino à se mettre sous la dent ! Rien qu'une bande-annonce - un bonus, qui avouons-le, n'a qu'un intérêt tout relatif. C'est donc avec un arrière-goût amer que l'on se tourne vers le long métrage… Plus de trente ans après, le film, sobre mais sans appel, avec sa mise en scène quasi-documentaire, reste toujours d'actualité. Mais là aussi, le résultat est plutôt mitigé. A l'heure du 5.1 et du DTS, la piste mono semble un peu dépassée… Petit conseil : une fois encore, évitez la VF, jamais synchrone et pas vraiment fidèle à l'ambiance du film. Côté visuel, en revanche, même si quelques taches et griffures subsistent, le rendu est plutôt agréable. La définition n'est pas toujours très nette, mais l'on peut remarquer un certain travail sur l'image, passablement rajeunie. C'est également la simplicité qui prime côté interactivité. Les menus sont pratiques mais très sobres, et les images qui défilent en fondu quasi aseptisées… Un chef d'œuvre enfermé dans un DVD classique, que l'on revoit donc avec une légère pointe de déception… A quand une édition collector et remasterisée ?”

mardi, septembre 20, 2005

 

Portrait d'un serial fucker

J’ai abordé à maintes reprises le problème du "relapse" et du "barebacking" dans "Lullaby". Avec notamment des psychologues, sociologues et politiques. J’aurais pu me fendre d’un post canon, fustigeant les "serial fuckers". Mais qui je suis, moi, pour donner des leçons de vie ? A suivre, des témoignages et articles sur le sujet : Point de vue : Choix de vie. Erik Rémès publie son troisième roman, "Serial Fucker", journal d’un "barebacker" aux Editions Blanche. L’ouvrage ne laissera pas insensibles les défenseurs de "la terrible liberté individuelle". Le roman est cynique, violent et extrémiste. Du Rémès comme on l’aime. "Si Je bande donc je suis" était le journal du sida, "Serial fucker"}est pour Rémès le "journal de l’après-sida et de l’après trithérapie". Fidèle à sa vérité, Rémès ne s’embarrasse d’aucun artifice " J’ai voulu témoigner du phénomène du bareback comme observateur mais aussi comme acteur ". La thématique, ambitieuse au regard des réactions de rejet, de haine et de violence qu’elle suscite, révèle pour Rémès " une crise existentielle actuelle, une perte de repères et une quête effrénée de la mort qui touche toute la société. Le "bareback" touche à la sexualité, à l’amour, à la mort, au respect de soi et des autres. Elle constitue donc une problématique essentielle pour la compréhension de la communauté gaie et des humains en général ". Après avoir évoqué en décembre 2000 le "No Kapote" dans la presse gaie, Rémès subit des attaques et des insultes d’une rare virulence. Certains vont même jusqu’à le traiter de criminel. Loin de le faire taire, le mépris le pousse à radicaliser sa position et à répondre aux sollicitations des médias généralistes. " {Le "bareback" correspond à ce qu’était la pédophilie dans les années 1970, le tabou ultime or le travail de l’écrivain consiste précisément à appuyer là où ça fait mal, à éclairer les phénomènes qui posent question car des extrêmes naît la vérité} ", témoigne-t-il. Rémès ne craint rien, sinon de ne pas vivre. Quand on lui parle de ses détracteurs, il répond, avec une légèreté malicieuse " la connerie humaine est insondable ". Et ses adversaires oublient un peu vite la légitimité qu’il possède pour affirmer une autre vérité, et témoigner d’une expérience qui dérange : " Serial Fucker est scandaleux car il va à l’encontre de l’hétéro-normativité des gays. C’est aussi un livre d’initiation métaphysique qui pose aussi la question de savoir ce que nous faisons sur terre. Il interroge chacun sur sa perception de la vie, de la mort et sur ses désirs d’avoir des pratiques à risque. Toute mon œuvre tourne autour du sexe et de l’amour parce qu’ils représentent les derniers espaces de liberté ". La liberté est d’ailleurs chez Rémès une valeur joliment définie : " agir en son âme et conscience indépendamment de tout désir et de toute peur ". "Serial Fucker" doit enfin être lu comme un livre sur le respect. Celui des faiblesses et des lâchetés, ou plus simplement celui du plaisir. Comment expliquer sinon cette démarche paradoxale, voire schizophrène entre le romancier barebaker et le journaliste essayiste qui va publier dans quelques mois le guide du "Safer Sex" ? Face à ceux qui n’assument pas leurs contradictions, Erik les revendique : " Le Guide du "safer sex gay" n’est pas une justification morale correspondant à un désir de me racheter. Je suis libre, j’écris pour poser des questions à la société. Ce n’est pas en refusant la folie qui est en soi que l’on trouve une réponse à sa propre existence ". La démarche plus qu’une provocation s’apparente à une victoire personnelle : " Il faut assumer d’être "barebacker". C’est un travail de libération personnelle. Assumer des pratiques sexuelles extrêmes dans un milieu aseptisé demande du courage, y compris vis-à-vis de son propre entourage. J’ai toujours témoigné à visage découvert, je n’ai jamais utilisé de pseudonymes. Ce souci de visibilité m’a libéré de la honte, cette injonction éducative et sociale dont il faut se défaire. La société est engoncée dans l’avilissement de ses désirs et d’elle-même. Malgré tout, je suis quelqu’un de moral. J’atteins une terrible liberté. J’ignore où elle va me mener. Je ne hais personne. Act Up est mort pour les pédés. Quelle importance s’ils me détestent ? ". Quelques semaines après la parution du roman, les attaques commencent. Le climat de censure s’y prête bien. Mais il est paradoxal de voir s’associer à la condamnation publique, des voix de militants de la lutte contre le sida. Jusqu’ici, ils n’avaient pourtant pas privilégié l’interdiction et la censure comme réponses politiques. Et ils ne sont pourtant pas les derniers à savoir que garantir sa prévention impose d’assumer sa sexualité. Alors au nom de quelle logique suffirait-il de désigner un coupable pour briser le cercle infernal des contaminations ? Baiser sans capote ne se pratiquerait-il pas, ou plus, à deux ? Pourquoi livrer Rémès à la vindicte populaire si ce n’est pour rappeler des méthodes de dénonciation condamnables et condamnées en leur temps et inciter ceux qui pensent qu’un bon séropo est un séropo mort à instituer un délit de contamination ? Ceux qui choisissent la position confortable d’adversaires de Rémès auraient-ils la prétention d’être parfaits et moralement irréprochables ? Combien sommes-nous à avoir la certitude de ne pas vouloir trahir après avoir été trahis ? Alors Messieurs, que celui qui n’a jamais "péché" lui jette la première capote… Avec respect. Hélène Delmotte.
Comment vivre ?
Face au soi-disant choix de vie qui consiste à vivre une sexualité "bareback", revendiqué par Erik Rémès, le problème n’est pas de pousser des cris d’orfraie, de le diaboliser. Il nous dit quelque chose de “la” sexualité et, à force de provocation, marché très couru depuis toujours, il nous oblige à réfléchir la prévention autrement qu’autrefois. Par exemple à tenter de faire une place au sujet, au lieu de se contenter de répéter inlassablement les mêmes messages d’informations, nécessaires mais bien insuffisants. Entre une prévention / information / injonction, qui ignore le fait que des milliers d’individus informés passent outre leur connaissance des risques, et des romans scandaleux qui dévoilent des réalités crues, une approche soucieuse des individus, mais la moins normalisatrice possible peut se faire jour. Il s’agit de permettre à chacun de faire les choix qui le concernent, ce qui suppose de mettre de côté les jugements moraux et autres anathèmes qui ne font que confirmer les déjà-convaincus dans leur croyance.
Erik Rémès, le héros Article paru dans ICI, vol. 6, n° 31, Montréal, Québec, 6 mai 2003.
Il faudrait remercier Erik Rémès pour son courage et l’opportunité qu’il nous donne. Il est avec Guillaume Dustan le premier et le seul observateur de la réalité du bareback. En écrivain scrupuleux et témoin de son temps, il rend compte dans ses livres de ce qu’il voit dans sa vie. Il nous informe. Il nous avise. Car ce qu’il dit n’est pas de la fiction. Le bareback existe. Il est partout. Chez les gais comme chez les hétéros. Aux États-Unis, en France, au Québec. Ce n’est pas un hasard si le taux de contamination par le vih a augmenté de 8% aux États-Unis dans les dernières années. Chez nous aussi, la tendance est à la hausse. Et ce n’est pas que dans la communauté gaie que ça se passe, loin de là ! En effet, selon les plus récentes données, la majorité des nouveaux cas de contamination se situe dans le groupe des jeunes femmes hétérosexuelles. Les organismes sida du Québec ne sont pas aussi audacieux qu’Act Up. Ils commencent à peine à parler du relapse - qui est un relâchement occasionel de la prévention - et ne considèrent toujours pas l’existence du bareback qui est un abandon volontaire du préservatif. Le nouveau directeur d’Action Séro Zéro est allé déclarer au Journal de Montréal que le bareback « reste un phénomène très marginal et underground ». C’est peut-être vrai, mais ce n’est pas une raison pour faire comme si ça n’existait pas. Bien des phénomènes qui commencent de façon « marginale et underground » finissent un beau jour par devenir énormes et par nous péter en pleine face. N’est-ce pas d’ailleurs le propre du sida ? On le croyait réservé à quelques « marginaux underground » autrefois, et regardons où on en est rendu aujourd’hui. Qu’est-ce qu’attend Action Séro Zéro pour tirer le signal d’alarme et ajuster son discours ? Combien d’années faudra-t-il encore ? Combien de personnes séropositives nouvellement infectées dans des circonstances troubles avant de parler sérieusement du bareback ? Pourquoi ne pas profiter de gens comme monsieur Rémès pour le faire ? Faut-il toujours tout sacrifier au politiquement correct ? Erik Rémès n’est pas la pour faire la promotion d’un genre de vie, pour prendre position contre ceci ou pour cela. Il raconte, c’est tout. Et il dit qu’il est bien placé pour parler puisqu’il vit lui-même de telles choses. Il ne dit à personne de faire comme lui. Il dit que ça existe. Grâce à lui, nous sommes avisés d’une nouvelle réalité. Si nous savons en tenir compte nous pourrons prendre des mesures pour corriger cette situation ou parer ses conséquences. Mais si nous faisons la sourde oreille, la situation va perdurer en silence et cette pratique ne manquera pas de se généraliser puisqu’elle n’est jamais évoquée, nullle part. Depuis la découverte du vih dans les années 80, tout a évolué dans le domaine du sida : le virus, les traitements, les soins, les effets secondaires, les mentalités, l’espérance de vie… Tout ! La seule chose qui n’a pas évolué, c’est le discours sur la prévention. Pas évolué d’un pouce ! On en est toujours aux mêmes vieilles peurs, aux mêmes vieux réflexes et aux mêmes vieux raisonnements. Ça ne se peut pas ! Les chiffres de la recrudescence des contaminations nous montrent que cette sorte de prévention est usée, qu’elle ne marche plus. Si tout a évolué dans le milieu du sida, il faut que la prévention évolue au même rythme. Peut-être serait-il temps d’aborder la question autrement, et d’arrêter de dire qu’on meurt encore du sida par exemple, puisque ce n’est plus tout à fait exact. Peut-être aussi serait-il temps d’arrêter d’associer la séropositivité à la « transmission de la mort » car ce n’est pas vrai non plus et les milliers de personnes vivant avec le vih au Québec en sont la preuve vivante depuis des années … Et puis, peut-être faudrait-il commencer à comprendre qu’après 20 ans d’épidémie, il y a des gens qui sont tannés du préservatif et qui ne sont tout simplement plus disposés à en mettre. Tout le monde n’a pas la même attitude face au risque. Aujourd’hui, certaines personnes préfèrent tout simplement avoir le vih une bonne fois pour toutes plutôt que de vivre en permanence dans la peur de l’attraper, d’autres enfin font confiance au développement de la science pour les garder en vie et diminuent leur niveau de vigilence. Ces attitudes peuvent nous choquer, nous surprendre, mais il ne sert à rien de les nier. Au contraire ! Pourquoi aucune mesure de prévention n’est-elle mise en place pour s’adresser particulièrement à ces gens-là et les encourager à rester safe ? Personnellement, je ne pratique pas le bareback et je n’ai aucune envie d’en faire la promotion. Mais je peux comprendre ceux qui en sont arrivés là, je peux m’imaginer facilement leurs raisons et je ne suis pas prêt à les lyncher sur la place publique. Si nous ne manifestons pas un peu plus d’ouverture, nous n’aurons jamais la force de relever les nouveaux défis de la prévention. La situation va perdurer en silence et cette pratique ne manquera pas de se généraliser puisqu’elle n’est jamais évoquée, nullle part. Erik Rémes doit être considéré comme un véritable héros pour avoir brisé la loi du silence et avoir accepté de s’offrir ainsi en pâture à la verdicte publique. Avec talent et diplomatie, il nous prouve qu’on peut aborder la question autrement, qu’il existe d’autres pistes de réflexion et que l’heure est à la renégociation de la protection dans les relations sexuelles. Au lieu de tout rejeter en bloc et de juger les autres, comme le font certains, mieux vaut regarder les choses en face, essayer de comprendre et de s’adapter. Si cela ne se fait pas dans un débat collectif, conscient, ouvert et à voix haute, cela se fera de toute façon en privé, dans l’anarchie et dans le noir des backrooms.
Serial fucker, journal d'un barebacker de Erik Rémès Article paru dans Le Point de vih + / printemps 2003 Dans la nuit du 13 au 14 avril 2003, les locaux des éditions Blanche, à Paris, ont été saccagés par des membres d’Act Up en réaction à la publication du nouveau roman de Erik Rémès : Serial Fucker, journal d’une barebacker. Des affiches où on pouvait lire "Les éditions Blanche veulent notre mort" et "Franck Spengler complice du sida" ont été placardées sur tous les murs. Une des personnes qui travaillait là a été prise à partie et il a fallu lui donner plusieurs jours d’arrêt pour se remettre. C’est dire la violence des réactions que peut provoquer ce livre. Dans ce troisième roman, comme dans les deux précédents, Erik Rémès s’est inventé un double autofictionnel qu’il appelle Berlin Tintin et que nous suivons au fil de ses aventures dans le milieu gai parisien. Berlin Tintin est séropositif et c’est l’occasion pour Erik Rémès de nous livrer ses réflexions sur la séropositivité tout en observant l’évolution des mouvements de lutte contre le vih-sida. Erik Rémès fait partie de ces auteurs de la nouvelle génération sida qui n’ont pas peur des mots et des idées. Tout comme Guillaume Dustan, il pratique le bareback et en parle ouvertement. Ce faisant, il s’oppose à la conception de la prévention qui impose l’usage du préservatif dans toutes les relations sexuelles et nous ouvre de nouvelles voies de réflexion. Dès le début du livre, Erik Rémès adopte un ton différent du discours habituel. Au lieu de se présenter en victime du vih, il cherche le côté positif de sa situation et affirme par exemple : "le sida m’a apporté la paix". Comme toute les personnes atteintes, il a d’abord reçu un choc dont il a dû se remettre, mais par la suite, il s’est aperçu que le sida a été une chance dans sa vie. Il vit la séropositivité comme une libération, surtout une libération sexuelle, et il nous explique pourquoi et comment. Erik Rémès conteste beaucoup l’approche habituelle de la prévention. Pour lui, "les années prévention correspondent à un discours morbide et culpabilisant", dans la mesure où on ne cesse de présenter les personnes séropositives comme des criminels en puissance et de les comparer à des "grenades sexuelles". Il n’accepte pas que les personnes séropositives soient désignées comme les seules responsables de la contamination, comme s’il s’agissait de coupables. Il rappelle que plusieurs personnes dans différents pays ont essayé de criminalisé la transmission du virus mais que, dans la majorité des cas, ces tentatives ont échoué, ce qui prouve que, sur un plan législatif, ce raisonnement ne tient pas. Erik Rémès rappelle avant tout que « chacun est responsable pour soi ». Il dit surtout qu’on ne peut pas imposer l’usage du préservatif dans tous les cas. Il comprend que deux personnes séronégatives n’en mettent pas et que deux personnes séropositives n’en mettent pas non plus. Il souligne qu’aujourd’hui encore la théorie de la surcontamination entre personnes séropositives n’a toujours pas été prouvée scientifiquement. À ses yeux, cela démontre qu’on impose encore trop souvent l’usage du préservatif de façon excessive, en agissant uniquement en fonction de nos peurs et en culpabilisant une fois de plus les personnes atteintes. Autre état des lieux. Le relâchement des attitudes face à la prévention montre bien que les gens n’associent plus forcément le VIH à la mort, ce qui est normal. Erik Rémès explique que "les pédés ont toujours baisé comme ils voulaient. Ils se sont toujours joués de la morale et des répressions. Ils ne supportent pas qu’on leur dise comment baiser et comment se comporter." Il faut donc inventer une nouvelle approche et un nouveau discours. Dans Serial fucker, Erik Rémès cite les résultats d’une récente enquête sur les clients des backrooms de Paris qui révèle "qu’un tiers des répondants déclare des relations anales non protégées. Ça monte à près de 40 % chez les moins de 25 ans". Visiblement, les comportements changent plus vite que les discours officiels et les chiffres montrent bien qu’il ne sert à rien de se fermer les yeux. Erik Rémès illustre magnifiquement que l’obsession qui consiste à chercher des coupables et à les punir n’a pas abouti aux résultats escomptés. Partant de là, Erik Rémès ouvre tout grand les portes du bareback, c’est-à-dire des relations sexuelles non protégées. Pour lui, il s’agit aussi de tenir compte de la liberté des personnes séropositives à disposer d’elles-mêmes, de leur corps et de leur sexualité. Il écrit par exemple : « Il suffit parfois d’aimer pour vouloir tout partager. Même son virus. Si certains veulent tout partager, même leur sida, c’est leur liberté. » Le barebacking désigne le culte des rapports non protégés, il signifie littéralement « chevauchée à cru ». À la différence du relapse, qui se présente plutôt comme un relâchement exceptionnel et d’une certaine manière involontaire, le bareback correspond à un choix revendiqué et assumé. Il peut inclure également le culte du sperme. Pour les barbackers, les préservatifs empêcheraient de bander. Ils seraient le symbole de la honte de soi et de la haine du sexe. Ce mouvement correspondrait également au ras-le-bol du safe-sex après vingt ans de prévention radicale. Il constitue ainsi une forme de retour au naturel et au plaisir sans contrainte. Pris à partie plusieurs fois par les associations et par certains individus, Erik Rémès a profité de Serial fucker pour publier sa position officielle face au bareback. « Je ne suis pas un prosélyte du barebacking. Mon combat se situe au niveau de la liberté et de la responsabilité individuelle. Je suis contre toute répression de la sexualité et des libertés individuelles, surtout par la culpabilité, la honte, la morale et la terreur. Le rôle de l’écrivain est aussi de mettre en garde, de poser des questions violentes. Face à l’irrationalité du sexe, il s’agit donc de ne pas avoir de position trop tranchée, mais de faire preuve de souplesse. [...] Chacun de nous développe sa propre stratégie pour se protéger, en référence à une histoire personnelle incontrôlable par n’importe quelle structure collective. Il n’y a pas de modèle puisque la sexualité est par définition une aventure personnelle, partagée avec d’autres le temps de l’action. La conjugaison temporelle de deux histoires autonomes. On peut faire ce que l’on veut, à la condition d’agir consciemment, de savoir pourquoi on le fait. Oui aux discours informatifs, non aux discours injonctifs et répressifs. C’est à cette totale conscience de nos actes, de notre liberté, du respect de soi et des autres qu’il faut tendre. » Qu’on soit d’accord ou pas avec lui, le grand mérite d’Erik Rémès est de lever le voile sur une pratique qui s’est généralisée depuis plusieurs années et dont personne ne parlerait s’il n’était pas là pour brasser la cage. Je me souviens d’un gars de la rue Laurier qui faisait du chat sur Internet en cherchant des relations sans condom. Il m’avait dit qu’il était séropositif et comme je m’étais étonné qu’il ne mette pas de préservatif, il m’avait répondu : « Mais dans quel monde tu vis ? On est à Montréal, ici ! »Je sais maintenant que le barebacking est partout autour de nous, facilité par l’anonymat des rencontres sur Internet, les backrooms dans les saunas et les petites annonces. Et ce n’est peut-être qu’un début. Le livre d’Erik Rémès m’a beaucoup appris et m’a fait réfléchir. Depuis la découverte du vih dans les années 80, tout a évolué : la recherche, le virus, les traitements, les mentalités. Tout ! Il n'y a que le discours sur la prévention qui n’a pas évolué d’un pouce. On en est toujours aux mêmes vieilles peurs, aux mêmes vieux réflexes et aux mêmes vieux raisonnements. Erik Rémès nous prouve qu’on peut aborder la question autrement, qu’il existe d’autres pistes de réflexion et que l’heure est à la renégociation de la protection dans les relations sexuelles. Au lieu de tout rejeter en bloc et de juger les autres, comme le font certains, mieux vaut regarder les choses en face, essayer de comprendre et de s’adapter. Si cela ne se fait pas dans un débat collectif, conscient, ouvert et à voix haute, cela se fera de toute façon en privé, dans l’anarchie et dans le noir des backrooms.
Erik Rémès à l'émission de Christiane Charrette Article paru dans RG, n° 249, 22e année, Montréal, Québec, juin 2003. L’accueil qui a été réservé à Erik Rémès, dimanche 27 avril, sur les ondes de Radio-Canada dans le cadre de l’émission Christiane Charrette en direct, n’était pas digne des participants réunis sur le plateau. Dès les premières minutes, Christianne Charrette s’est définie elle-même comme « une pauvre hétéro coincée » ce qui la plaçait d'emblée en adversaire de son invité, comme si elle prenait position contre lui. Ensuite, son attitude et ses questions trahissaient une étroitesse d’esprit étonnante, sa capacité de compréhension du monde semblait avoir atteint ses limites. Alors que Erik Rémès parlait de son amant en disant « mon mari », celle-ci lui a rétorqué : « Vous avez un mari ? Vous êtes sa femme ? » Ça sonnait mal. Méprisante envers toute la communauté gaie, Christiane Charrette avait donné le ton et on voyait bien que le respect ne serait pas au rendez-vous. Emporté par l'élan, même Yves Jacques s’est autorisé à se montrer grossier, insultant abondamment Erik Rémès à plusieurs reprises par la suite. « Vous êtes ridicule ! Vous êtes une espèce de ringard franchouillard. », « Retournez chez vous ! », lui a-t-il lancé, prétendant que Erik Rémès avait une « image dépassée de l’homosexualité ». Mais quand Yves Jacques a affirmé avec aplomb que « Ici, il n’y a pas de backroom », on s’est très vite rendu compte que c’était lui en fait le plus dépassé des deux. Yves Jacques est intervenu dès le début du débat en lançant toute une série d’inepties. Il a d’abord prétendu que « Ici, il n’y a pas de backroom. » Avant d’ajouter que les backrooms sont « la pire chose au monde » ce qui est une affirmation bien moralisatrice que tout le monde ne partage pas. Désolé de faire de la peine à monsieur Jacques, mais les backrooms existent à Montréal. Elles sont différentes de par le passé et dans des endroits différents, mais elles existent. On peut ne pas être d’accord avec tout ça, ne pas vouloir en faire la promotion, mais dire que ça n’existe pas, c’est mentir et c’est grave. Par ailleurs, ce n’est pas tant la question des backrooms qu’il faut considérer, mais celle du type de rencontres qui y sont associées. Et tout le monde sait que ce type de rencontre s’est beaucoup transféré sur Internet grâce aux sites, aux chats et aux services de petites annonces. Et ce n’est pas tout ! Les saunas, les raves parties, les lieux de rencontres anonymes et les parties privés favorisent également le bareback. Ainsi, au Québec comme ailleurs, le marché du sexe sans préservatif est fleurissant et c’est la seule chose à retenir. Yves Jacques est un ignorant et ça se voit. S’il se tenait un peu plus au courant de ce qui se passe dans sa communauté, il saurait que tout ce qu’a raconté Erik Rémès est vrai, que cela se passe aujourd’hui même et ici aussi. Et il l’aurait soutenu au lieu de l’agresser. Il suffit d’ouvrir les yeux au lieu de faire sa vierge offensée. Mais il est vrai que quand on a deux films au programme du Festival de Cannes et qu'on est sur un plateau pour faire la promotion de sa prochaine pièce de théâtre au TNM, on n'a pas forcément envie de se mettre à dos tout le grand public... Cette attitude est d’autant plus décevante qu’on était vraiment en droit de s’attendre à autre chose de la part du comédien. Alors qu’il aurait pu aider l’assistance à mieux comprendre le message de Erik Rémès, alors qu’il aurait pu jouer le rôle de modérateur et sensibiliser le public au problème du bareback, il a fait tout le contraire. J’avais honte pour lui. Honte de son attitude. Et de celle de tous les autres qui étaient là, rassurés dans leur modèle de pensée, ces soi-disant « artistes » et « penseurs » qui assistaient à ça sans rien dire. Mais ce n’est pas tout ! Au cours de cette merveilleuse et débilitante émission, Yves Jacques a eu le culot de déclarer que ce qui pourrait arriver de mieux, c’est « qu’on ne fasse plus de gay pride. » Là encore quel bel exemple d’intelligence et de soutien à la communauté. Est-ce que c’est la vision qu’il prône de l’homosexualité… un retour au placard et à une homosexualité invisible ? Ces déclarations sont d’autant plus étonnantes quand on se rappelle que le comédien a été choisi comme porte-parole officiel de l’organisme communautaire Gai écoute. Comment peut-il se balader en voiture en envoyant des tatas lors de la parade de la Fierté gaie et aller déclarer ensuite sur les ondes de Radio-Canada qu’il n’est pas en faveur de ce genre de manifestations ? Décidément, après les bourdes de Daniel Pinard, on peut dire que Gai écoute a bien du mal avec ses porte-parole... Pas facile de trouver un candidat qui n'ira pas s'illustrer d'une déclaration fracassante à un moment ou un autre ! Personnellement, je suis très choqué par l’attitude d’Yves Jacques, son manque de respect, sa vulgarité, son homophobie et sa xénophobie affichée. Plusieurs personnes autour de moi, même hétéros, se sont senties très mal à l’aise aussi. Je suis scandalisé qu’une personnalité gaie tienne de tels propos, qu’elle adopte un discours aussi catégorique sans souci de la diversité qui règne à l’intérieur de notre communauté. En coupant ainsi la parole de façon grossière et insistante, Yves Jacques espérait nous inciter au boycott de la pensée d’Erik Rémès, mais en bout de ligne, c’est peut-être le comédien lui-même qui risque de se faire boycotter. Erik Rémès est un artiste, un écrivain et un penseur. C’est Radio-Canada qui l’a invité, ce n’est pas lui qui a demandé à venir. La moindre des choses est de respecter un minimum sa démarche artistique et de l’écouter jusqu’au bout. Pratiquement la totalité des journalistes et des personnalités qui se sont adressées à Erik Rémès, qui l'ont accusé et lui ont demandé des comptes, n'avaient même pas lu le livre dont il est question. Jusqu'à quel point peut-on accepter une telle situation ? Quel sérieux cela donne-t-il de la presse au Québec ? Il y a beaucoup à apprendre de l' expérience d'Erik Rémès. Grâce à lui, on pourrait revoir certaines approches de la prévention et éviter peut-être de nouvelles contaminations. Mais personne n’a su se saisir de cette chance. Sans compter que si on ne voulait pas l’entendre, pourquoi être allé le chercher en France et avoir dépensé autant d’argent pour ça ? Radio-Canada lui a payé son voyage, tous ses frais, pour qu’il puisse venir s’exprimer ici et présenter ses idées. Et à quoi a-t-il eu droit ? Des insultes, du mépris, de la suspicion. Personne ne l’a laissé parler. Quel était le but dans tout ça ?
Chronique du bareback ordinaire Article paru dans Le Point (Montréal) - octobre 2003
En avril dernier, l’auteur Erik Rémès était venu à Montréal à l’occasion de la sortie de son roman Serial fucker. Certains se souviendront peut-être encore de cette pitoyable émission de télé pendant laquelle l’auteur avait été pris à partie par presque tous les invités réunis sur le plateau. Plusieurs avaient alors reproché à Erik Rémès de parler ouvertement du bareback alors que, soi-disant, ce genre de chose n’existe pas au Québec. Certains l’ont traité de criminel, d’autres de provocateur. Même le directeur de Séro-Zéro, qui avait été rejoint par la suite par le Journal de Montréal, avait prétendu qu’il s’agissait d’un phénomène marginal et s’était empressé de réduire à quasiment rien la portée du message de Rémès. Plusieurs mois ont maintenant passé. Mon ami Vincent est revenu de vacances, il est arrivé en ville, souriant, bronzé, magnifique, mais en même temps légèrement inquiet. « Est-ce que je peux te parler ? » me demanda-t-il. Je lui offris mon écoute et il me raconta qu’il avait traversé une drôle de période, me confiant qu’il s’était senti mal pendant plusieurs jours, la tête lourde, fiévreux, qu’il avait eu des douleurs à l’estomac, jusqu’à la nausée. Il voulait savoir si de tels symptômes pouvaient être le signe d’une récente infection au vih. Je le regardais, étonné. "Mais pourquoi cette question", lui répondis-je ? Il ne se fit pas prier pour me raconter la suite. Vincent vit en couple. Il a un chum. Ils sont ensemble depuis longtemps et il leur arrive parfois de recevoir un invité dans leur lit ou d’aller ensemble au sauna, mais ils le font ensemble et sans rien se cacher. Dans ces moments-là, la prudence est de mise, bien sûr, mais en dehors de ça, ils ont une relation exclusive et n’utilise pas le "condom". Comme tout un chacun, ils respectent le "safe sex". Du moins officiellement. Mais dans les faits, ce n’est pas toujours aussi simple. L’été dernier, Vincent s’est retrouvé seul pendant plusieurs semaines. Il en a profité. Il est beaucoup sorti. Il a beaucoup fêté. Il est parti se reposer à la campagne. Il a rencontré beaucoup de gars et il s’est donné à eux. Bilan : quatre pénétrations anales en l’espace de quelques jours, les quatre non protégées, les quatre jusqu’à l’éjaculation. Et voilà pourquoi mon ami Vincent s’inquiétait tout à coup. Mais que lui dire qu’il ne sache déjà ? Vincent n’est pas un innocent, c’est un garçon informé qui connaît la problématique et les risques du sida. Il n’était ni drogué ni soûl au moment d’agir, et il n’y a aucune explication à aller chercher de ce côté-là. Vincent est jeune, moins de trente ans, il appartient à la génération qui n’a jamais vu le sida de près et encore moins connu la mort. Néanmoins, il n’a aucune envie de se retrouver séropositif. Ses angoisses nous le montrent bien. Et il n’est pas fou, non plus. À chaque pénétration, il a pensé aux risques qu’il prenait, mais le désir a été le plus fort et il a fini par s’arranger avec sa conscience pour se donner l’autorisation du plaisir. À chaque pénétration, sa raison lui a envoyé le message que c’était correct et qu’il pouvait se permettre cette relation non-protégée. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, quand il a commencé à se sentir fatigué, que ses angoisses se sont manifestées. S’il n’avait pas connu cette fatigue, il n’aurait peut-être jamais réfléchi à ce qu’il venait de vivre et il continuerait encore sur la même lancée. Vincent n’a jamais eu aucun remords d’avoir fait ce qu’il a fait, ni après la 1ère fois, ni après la 2e, la 3e ou la 4e ! le fait qu’il ait recommencé en est la preuve. Seule la peur de la maladie, et l’impression d’en voir déjà les premiers symptômes, ont réussi à le sortir de sa léthargie pour le faire réfléchir. L’histoire de Vincent, c’est celle de bien des gars et de biens de filles autours de nous, gai ou hétéro, ça ne change rien, c’est la même histoire, celle qui nous fait toujours penser que « ce gars-là est correct », « cette fille-là est correcte », celle qui autorise à prendre tous les risques, malgré la réalité, malgré les mises en garde, malgré la peur, sans qu’on sache trop bien pourquoi, simplement parce qu’on pense que le sida, c’est toujours pour les autres, c’est un truc dont on parle à la télé mais qui n’arrive pas. Cette histoire, c’est l’histoire du bareback ordinaire à Montréal et au Québec, si ce n’est que personne ne veut appeler ça par son nom. Bien sûr, personne encore n’en a fait ici une philosophie, un mode de vie affirmé ou une provocation comme le fait Rémès, mais à part ça, aucune différence. Alors, cessons de nous fermer les yeux. Assez d’hypocrisie ! Le bareback existe. Il est là. Chez nous. Partout autour de nous. Il prend mille formes, s’adresse à mille personnes différentes et de mille façons différentes. Bien des gens se trouvent encore une bonne raison de ne pas mettre de "condom" avec un nouveau partenaire. Aujourd’hui, Vincent attend de faire son test de dépistage. Il est persuadé que tout va bien aller et que ses partenaires étaient "clean". On le lui souhaite

lundi, septembre 19, 2005

 

Nuits magiques

2 juillet 2000 : Traîtres à nos résolutions, on regarde TF1, mais sans les traditionnelles pizzas de match. Car ce soir, l’équipe de France rencontre l’Italie en finale de l’Euro 2000. Mon maillot à 399F, trop petit, faillit porter malheur à Zidane et aux siens. (Par Ghislain de Villoutreys paru dans les Inrockuptibles du 26 décembre 2000)
Dimanche 2 juillet 2000. 16h30. Magasin Décathlon de la Madeleine à Paris. Rayon des maillots de foot. Hollande, non merci. France, voilà. Merde, il ne reste que du « Small ». Evidemment, à trois heures du match. Remarque, il n’est pas si petit que ça ce small. De tout façon, il m’en faut un. Je ne vais pas aller sur les champs ce soir avec le maillot de l’équipe de France de rugby. La honte. Impossible. Je passe à la caisse avec une excitation palpable. 399F. « C’est pour le match de ce soir ? » me demande la caissière à qui j’ai envie de répondre, comme Bigard ? « Non, c’est pour essuyer mon plat à gratin, connasse. » « Moi, j’aime bien les italiens, faites votre code. Il est beau le grand défenseur aux cheveux longs.-Nesta ?- Non. Maldini ? »
Dimanche 2 juillet 20h00. 19h58. On est trois, debout devant TF1. Qu’un sang impur abreuve nos sillons. Ils se sont bien foutus de ma gueule quand je suis arrivé hyper moulé dans mon maillot. « T’es pas au Queen. » C’est parti, Thierry. On joue bien, c’est propre. Pressing à l’italienne. Zizou est magique. Henry aussi. Les italiens sont en confiance, ça se sent, ça va être chaud. Mi-temps. Shampoing au pro-rétinol actif parce que je le vaux bien. Pipi. Meilleures actions au ralenti. Puis analyse technicochimique. « Deschamps, il est pas encore mort. T’as vu le match qu’il fait ? - Normal, il prenait de la créatine en Italie. Il en prend encore en Angleterre. C’est en vente libre. – Arrête, il a pas besoin de ça. Il est champion du monde. – T’es fou, le staff et la fédé font hyper gaffe. Ils sont hyper contrôlés. – Ecoute, je connais un mec au pays basque qui est pote avec un médecin qui dit que Deschamps vient souvent voir un autre toubib qu’il connaît dans la région et qui n’est plus toubib. C’est pas pour venir bouffer de la piperade. » C’est parti, Jean Michel. Quarante cinq minutes pour faire la différence dans cette finale de l’euro 2000. « Et j’en profite pour saluer notre confrère, ami et gardien de but bien-aimé du variétés, Jacques Vendroux de France Inter, que nous avons aperçu à la mi-temps devant une bière batave. – Ah ça, pour la bière, ils sont forts les Orange. – Vous oubliez la bière belge, Thierry. – Ca, mon cher Jean Mimi, les goûts et les couleurs… »
Dimanche 2 juillet 2000. 21h13. Cinquante cinquième minute. Reprise de volée de Delvecchio. 1-0 pour l’Italie. MER-DEU. 1-0 contre les Italiens, c’est fini. Laisse tomber. Ils vont se mettre tous derrière, tirer les maillots et faire des fautes aux quarante mètres. Putain, ça rentre pas. Faut égaliser vite, sinon c’est mort. On s’en fout, on est champion du monde, c’est mieux que champions d’Europe. On s’en fout pas tant que ça quand même. Le temps défile et un silence pesant, angoissé, s’installe petit à petit entre nous. Trézéguet entre. Puis Wiltord. Et Pires.
Dimanche 2 juillet 2000. 21h43. Quatre vingt-cinquième minute. Toujours 1-0 pour l’Italie. LE TOURNANT DU MATCH. OK, j’ai compris, c’est de la faute à cette merde de maillot. A chaque fois que j’ai regardé une finale avec un maillot sur le dos, on a perdu. Contre les australiens en rugby l’année dernière. Et le P.S.G contre Barcelone en finale de C2 en 1997. 1-0, penalty de Ronaldo. Attends, c’était dans le même stade ! Rotterdam, comme ce soir ! C’est ça, c’est clair. Enlever un maillot taille Small, c’est pas si facile. Je le roule en boule et je vais le ranger dans mon casque de scooter pour ne pas l’oublier. Quand même. 399F.
Dimanche 2 juillet 2000. 21h50. Quatre vingt douzième minute. Arrêts de jeu. Le banc de touche italien est debout, sûr de lui, hilare. Déviation de la tête de Trézéguet. Tir croisé de Wiltord. 1-1. WAAAHHH ! JE TE L’AVAIS DIT, PUTAIN ! C’ETAIT A CAUSE DU MAILLOT ! WAAAHHH ! C’EST DE LA FOLIE ! ON VA LES NIQUER ! PUTAIN DE MERDE ! WAAAHHH !
Dimanche 2 juillet 2000.22h10. Cent troisième minute. Pirès déborde et centre en retrait pour Trézéguet qui marque d’une demi-volée magique sous la barre de Toldo. Trézéguet court vers nulle part et arrache son maillot. Copieur. On explose. On en revient pas. Quelle équipe de folie. Battre les Italiens comme ça. Après le Brésil. C’est presque trop pour nous, la génération des Saint Etienne/ Bayern et de Séville 82. Je pense aux larmes de Platini après la demi-finale perdue une fois de plus contre les allemands en 1986.
Dimanche 2 juillet 2000. 22h45. Je prends l’ascenseur et monte sur mon scooter. Il y a des gens partout. Je klaxonne comme un fou. Mon maillot bleu avec l’étoile au-dessus du coq me moule fièrement le torse.
Je fonce à 80 à l’heure rue du Quatre septembre. J’ai froid.
C’est trop bon.

vendredi, septembre 16, 2005

 

Hissez les drapeaux noirs

Si je suis militant politique et non sympathisant à l’heure actuelle, c’est parce que je voulais que la jeunesse retrouve la place qui lui est due au sein de la ville et plus loin, au cœur même de la société. Je constate que ce n’est malheureusement pas le cas et je dirais même plus : on en est très loin. La politique est faite pas des marquis qui ne savent même plus pourquoi ils ont été élus, et qui envisagent de très loin l’avenir de nos très chers concitoyens (tout en raflant l’indemnité au passage faut quand même pas déconner). Deux ans plus tard le constat est alarmant, j’ai beau donner mon avis dans des réunions insipides où tout le monde se regarde en chien de faïence parce que personne ne peut se blairer mais je pense que personne n’en a rien à branler. Et ma foi envers cette chère ville commence à décroître à vue d’œil. On ne s’investit plus par idéal mais plutôt pour cacher certains trucs, pour trouver du boulot aux gosses, pour agrandir son parking, payer moins d’impôts ou pour fidéliser une clientèle (à moins que ce ne soit les trois points ???). Passant plus de temps à se taper dessus et à régler de petites « guéguerres » intestines, ils en oublient le monde et la vie qui file entre leurs doigts. Mais quand vous serez morts, messieurs, que laisserez vous à vos fils ? Une ville boiteuse et incohérente ? De son image rebelle et novatrice, le socialisme n’a gardé qu’un anti-racisme de bon aloi, du politiquement correct à outrance et des idées convenues, policées, bcbg pour rentrer gratos aux soirées et aux concerts organisés par le service culturel. Dans les cocktails dînatoires, apéritifs et autres inaugurations on ne cesse de retrouver les mêmes piques assiettes en train de lorgner le buffet plutôt que d’assister aux réunions constructives sur l’avenir de la cité. Maman ? C’est qui le monsieur qui dormait à la réunion publique pour les élections ? Et bien c’est le monsieur de gauche qui est élu…On élit des gens pour faire des siestes ? Je veux faire ça plus grand !! Je serais politique ! Un point de plus….Comment voulez vous axer votre campagne sur le social quand le citoyen lambda se fait braquer sa caisse le lundi, à une contravention le mardi, se fait péter la vitre le mercredi, une autre contravention le jeudi pour que le vendredi il retrouve sa chère Clio les deux pneus crevés et les quatre enjoliveurs envolés. On envoie des médiateurs ? On envoie la police ? « Bonjour, le service mairie va vous répondre, veuillez ne pas quitter, merci » Aujourd’hui être élu, c’est peinard, je rentre gratos partout, je connais du monde, j’ai mes entrées un peu partout ce qui me permet de bouffer gratos pas mal de fois, de faire des « photocop » à volonté, on m’offre plein de trucs, j’ai la presse à l’œil, tout le monde me dit bonjour, je roupille quand je veux, je suis écouté, j’ai tous les permis de construire que je veux. Si j’ai du matos à transporter, je taxe un véhicule ou du personnel si c’est trop gros. J’vais pas m’emmerder ! Non plus ! S’il pleut, j’appelle quelqu’un pour amener ma fille à l’école. J’ai une bagnole de fonction et en plus je suis payé. Ma parole, des couilles en or. C’est bon, le pouvoir !!! Par contre, je sais plus si je suis pour le maire ou pour son parti, m’en rappelle plus…Quand à moi, le soir, je rêve de révolutions, de têtes qui tombent, d’anarchie et de recommencement (peut être pire) mais souvenez vous ! Qu’il est beau le mouvement de la jeunesse ! Celui qui déplace les atlas, qui vient à bout de toutes les armées, fait trembler les dictateurs, pour qu’un sang plus pur se profile à l’horizon. Prague et Tien an men n’ont pas levé la tête graçe à des quinquagénaires, merde ! Seulement quand la marchandise se dégrade, il faut soigner l’emballage… « Les buildings étaient des montagnes recouvertes de fenêtres éclairées et d’échelles d’incendie. Ils cachaient les étoiles. J’étais le nez en l’air à les regarder : Démentiel ! Personne ne peut construire et détruire des trucs aussi gros. Des gens criaient, il y a avait des voitures et de la musique partout et derrière tout ça il y avait un bourdonnement sourd comme le grondement d’un gros bestiau. Cette ville était infinie. Ca ne s’arrêtait et ne se taisait jamais. J’étais comme un pauvre pêcheur qui se réveille au paradis malgré tout». Un peu de civilité, de gentillesse dans un monde de merde, c’est tout ce qu’on peut espérer. Tout ce qu’on peut offrir. Un pays tout neuf, un nouveau départ, une autre vie, ton nom te fait chier depuis ta naissance ? Jette-le. Cette ville est aussi belle ce soir qu’elle l’était ce soir-là.
Sud Fatal : Je t’aime ! Putain, je t’aime !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Amen, mon pote….

jeudi, septembre 15, 2005

 

"Dansons sous les bombes".

"Patrick Eudeline donne des lectures publiques à Paris en compagnie de Dantec ou Houellebecq. Il tient un petit rôle dans le film de Virginie Despentes "Baise Moi". Il écrit toujours des textes à couper le souffle dans "Rock and Folk" ou "Nova Magazine". Dernier livre publié (après le mythique et introuvable "L'Aventure punk" écrit dans le feu de l'action) : "Ce siècle aura ta peau". Dernier disque sorti (après ceux d'"Asphalt Jungle", premier groupe punk français, et quelques expériences solos) : "Patrick Eudeline & Myriam", prétexte à l'époque à chronique et interview... Je ne cherche pas à définir ma musique, il arrive un moment, il faut l'espérer, où les influences sont assez intégrées pour faire ton propre truc. Donc je sais ce que j'aime, je sais d'où je viens, mais c'est tout. Donc définir la musique... C'est de la chanson, c'est du blues, ça doit faire partie de la culture rock'n'roll je suppose, même si ce n'est pas le but ou si le problème n'est pas là. Je veux dire, c'est pas le genre de questions que je me pose. Allez demander ça à Gustav Mahler, j'sais pas ce qu'il vous répondrait... Je fonctionne un peu comme un peintre : j'ai une image visuelle de ce que je veux faire, et après j'écris la musique ou les paroles jusqu'à ce que ça ressemble à ce que je veux faire, mais jamais je ne suis là sur une guitare à me dire "oh super, j'ai trouvé un riff, je vais faire un morceau". Non en fait c'est un tableau, quoi. J'ai une vision d'une chanson et maintenant je connais assez la musique pour savoir comment y arriver. Je me dis "bon ça sera une ballade rythm and blues romantique mais avec des violons à la Chostakovitch, ça parlera de telle ou telle chose", et voilà ça se passe comme ça. Tu vois, les musiciens de jazz ou de rock ils improvisent sur un instrument et le morceau naît comme ça. Moi jamais je ne travaille comme ça. Le titre "Julien" a une histoire derrière. Au tout début, au moment de la gestation, c'était un morceau qui parlait de Rikky Darling, le guitariste d'Asphalt Jungle, qui était un grand paranoïaque et tout, j'ai écris le texte de la chanson et j'ai eu peur qu'il le prenne mal. Bon les gens l'entendent comme ils veulent mais quand même c'est sur la vie après la mort, des choses comme ça quoi, on peut l'entendre comme ça tout au moins, et je ne voulais pas qu'il y voit une sorte de mauvais présage ou je ne sais pas, et donc j'ai changé, je l'ai appelé "Julien", ça m'est venu comme ça, et le soir même j'apprenais que Julien Regoli, qui était le guitariste d'"Angel Face" et qui a écrit un livre sur le rock français, était mort la même journée. Dans la nouveauté y a pas grand chose, je n'ai pas de nouveau trip, donc j'essaie d'approfondir ce qui m'intéresse vraiment ou de mûrir les techniques, puisque maintenant j'ai même du mal à écouter de la musique gratuitement, j'essaie de démonter la mécanique, des fois c'est même presque un problème parce que j'ai envie de retrouver le contenu émotionnel de mon adolescence, maintenant je sais trop comment c'est fait pour y arriver. Mais sinon j'ai une grande curiosité qui en ce moment n'est guère assouvie. Mais en même temps je crois que c'est une époque tellement horrible et nulle que ça en devient intéressant. Je suis de plus en plus millénariste, c'est à dire que je crois de plus en plus que c'est effectivement la fin des haricots, et donc j'assiste à ça. Des gens se réclamaient de "Asphalt jungle", tels les Coronados, c'est à eux de voir, pas à moi. C'est difficile à dire. Régulièrement il y a des groupes qui reprennent "Polly Magoo", je sais que j'ai influencé des gens, c'est assez flatteur parce que ce sont des gens que j'aime bien et que je respecte. Si je devais revivre un moment de ma vie ? Peut-être pas un moment particulier, mais tout recommencer pourquoi pas ? Mais je ne suis pas sûr d'avoir envie d'avoir vingt ans aujourd'hui. Je préfère les avoir eu quand je les ai eus. Même si à l'époque je considérais déjà qu'il était trop tard, puisque je suis d'une génération qui a toujours vécu la nostalgie, en fait. La vraie époque d'or c'était les sixties, j'étais trop jeune, le punk rock, je le sais bien, c'est né sur la nostalgie, le glitter, toutes ces choses qui étaient une volonté de relancer, de réactiver toute une beauté perdue, des choses qui s'étaient délitées, enlisées, donc j'ai toujours vécu dans la nostalgie du paradis perdu, c'est un peu le synonyme de ma génération... De toutes façons je suis assez conscient de la fuite du temps en général pour être prêt à revivre n'importe quoi rien que pour le plaisir de le revivre. Mes derniers coups de cœur ? je vais pas dire que j'ai flashé sur la partition de "Twin Peaks" ou que je regarde à la télé "X-Files" et "Les Contes de la Crypte", ça doit pas intéresser grand monde... Les dernières personnes marrantes à avoir émergé, c'étaient Courtney Love et Kurt Cobain, je les aimais bien, c'étaient des gens, je comprenais qui c'était quoi. Depuis non, y a pas grand monde qui m'ai fasciné vraiment. On vit une époque tellement terrible, je pense pas que ce soit une réflexion de vieux con ou de nostalgique...Je suis toujours autant en colère, on dit que ça se perd avec l'âge mais ça j'y crois pas. Disons que c'est pas la même colère, il y a plus d'humour, maintenant ça finit par m'amuser quoi. Quand on parle de la chanson réaliste, on oublie toujours qu'elle a été inventée stylistiquement et tout ça par les poètes décadents et les musiciens de l'école Debussy, Éric Satie, etc. Les gens qui ont influencé directement les créateurs du blues. D'ailleurs Jelly Roll Morton, tous ces gens là, quand ils ont codifié ce qui allait devenir le jazz, avec les accords, une certaine manière de jouer les septièmes, la blue note qui caractérise le blues et le jazz, c'étaient des musiciens de l'école impressionniste française. Donc pour moi ça va de paire. Et là j'ai parlé en théorie, mais en pratique ça va de soi, tous les gens qui m'intéressent, tu vois, quand on parle de dandysme, j'ai beaucoup plus de fascination pour les gens qui sont venus après Baudelaire que pour le comte d'Orsay ou Brummel, ou même Montesquieu, qui étaient des aristocrates qui avaient les moyens. Et Huysmans était plus intéressant que Des Esseintes, parce que Huyssmans était pauvre. L'élégance, le dandysme et ce genre de choses ne va qu'avec la misère, sinon c'est trop facile. J'ai un grand projet, je veux que ce soit en même temps un roman et un opéra, c'est la même histoire qui sera modulée dans un disque (comme pouvait l'être Berlin de Lou Reed, par exemple), un roman et éventuellement une mise en scène d'une manière paupériste au sens Bertold Brecht (il n'est pas question de faire Mayflower ou Starmania) et donc ce roman qui est pour ainsi dire fini, ou il va sortir en tant que tel ou il va être remanié pour s'intégrer dans ce genre d'histoires. Donc j'hésite encore un peu. Je sais qu'il y a eu des rock critics qui ont eu beaucoup d'influence sur moi, des gens comme Philippe Paringaux, Yves Adrien, Nick Kent, Jean-Jacques Schuhl au tout début des années soixante-dix, disons que c'était le mode d'emploi de ce que j'aimais, je crois qu'en France les mots sont importants, pas simplement à cause du piège de la langue, mais parce qu'on a besoin de ça, et donc écrire sur le rock je continuerai, plus ou moins, d'une manière ou d'une autre, mais je n'ai pas envie de trop me galvauder, d'écrire sur n'importe quoi, et comme il n'y a pas grand chose sur quoi s'exciter, ne pas faire des articles négatifs, décrire l'horreur de la situation aux pauvres générations affligées, ou refaire la biographie de Robert Johnson... Il y a plein de choses que je lisais quand j'avais quatorze ans, je ne comprenais rien, je me rappelle même mon premier numéro de "Rock and Folk", la moitié des artistes je ne les connaissais pas, la moitié des références je ne les connaissais pas, j'ai découvert Oscar Wilde à cause d'un article de Philippe Paringaux, qui comparait Keith Emerson, l'organiste bien oublié mais très élégant à l'époque, à Oscar Wilde. Il parlait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde, j'ai dit "qui c'est ça ?" et voilà. C'est ce que j'ai voulu faire, c'est tout simple, faire découvrir un univers et permettre de le conjuguer au présent. C'est ça le problème aujourd'hui, il n'y a aucune bonne ou mauvaise culture dominante. Dans les années quatre-vingt, tous les mouvements, le rockabilly, le ska, tout ce que tu voudras, même si ça valait pas tripette, même si c'était de la nostalgie mal exploitée la plupart du temps, ça avait le mérite d'exister. Maintenant, à part le syndrome rap, world music, qui est en général pathétique de médiocrité, indépendamment de tout critère de goût... Que dire aux gens pour conjuguer les choses au réel, je crois que la nostalgie c'est vain si ce n'est pas une manière de vivre son présent. Ca a toujours été comme ça, même s'il y a eu des époques de ma vie où je n'aurais pas vécu dans un environnement ou porté quelque chose sur moi de fabriqué ou construit après 1885, d'autres où c'étaient les années soixante, je suis le premier à avoir ce genre de maniaqueries et dandysme, mais ça a toujours été une manière de vivre l'époque. Il y a une règle importante en art : toutes les avant-gardes se sont construites sur la nostalgie d'un académisme. Debussy a révolutionné la musique en croyant faire revivre Rameau, la grande époque française, pareil pour les poètes symbolistes, même les surréalistes d'une certaine manière. J'ai toujours voulu faire découvrir des cultures, des formes... En 1977 j'étais halluciné quand je voyais des musiciens qui avaient été des anciens mods hurler contre le punk rock, alors que n'importe qui voyant un concert des "Sex Pistols" en 1976, s'il avait vu les "Who" en 1964 c'était la même chose. C'est une question aussi de sensibilité, de coeur. Debussy ou Keith Richards, ça me parait évident de voir que c'est les mêmes personnages, même si les époques ou les contextes sont différents. C'est un même romantisme. Il y a une grande tradition du romantisme, plus ou moins noir de préférence, qui passe par des formes complètement différentes. Et c'est là que tout peut se rejoindre, et d'évidence. Cette histoire d'innocence c'est très compliqué parce que la dernière fois où il y a eu une bascule exacte entre l'innocence et la connaissance, c'était justement le punk rock. Où les gens qui le faisaient avaient en même temps en général une certaine innocence, bon des fois même un peu trop, et une sorte de culture de base, vaguement années soixante en général, dont ils se réclamaient ou au moins utilisaient le même langage, tout en croyant faire quelque chose de vraiment nouveau, c'était assez confus dans leur tête, mais maintenant tout le monde est beaucoup trop conscient de ce qu'on fait, il y a tellement trop d'informations, tout le monde a accès à tout sans travail et il ne peut plus y avoir d'innocence. La technologie et les médias ont tué ça. Et c'est pour ça d'ailleurs que je ne crois plus qu'il puisse y avoir un mouvement issu du rock'n'roll fort et signifiant. Même si le problème est qu'on a rien trouvé d'aussi fort. L'histoire grunge, c'est la dernière fois où des gens ont essayé d'utiliser le rock'n'roll comme une culture révoltée, mais personne ne l'a vécu comme ça, parce que ce n'était pas possible. Malgré tout l'amour que j'ai pour les gens des années cinquante ou soixante, ils avaient quand même bien de la chance, parce que c'était beaucoup plus facile d'être Stevie Winwood en 1964, ou qui on voudra, que n'importe qui maintenant.
(Propos recueillis par Mich' & Alias le 22 janvier 1996, première parution dans "Presto!")

Un petit article sur le festival de Noisy le Sec dans "Best" d'août 1976 disait "Patrick Eudeline et son "Asphalt Jungle" de fortune firent passer en quelques minutes plus de vibrations que tous les groupes en dix heures de musique". Près de vingt ans plus tard le charme opère toujours. Le mec est possédé, hanté, magnétique. Mais s'il est habité par la grâce musicale, il l'est surtout par des cauchemars qu'il appelle pudiquement des rêves, des résurgences de malédictions lointaines, "Le même esprit du mal qui marche et rôde auprès de moi. Le blues tombe comme grêle et tombe sur ma vie". Oui, Monsieur chante le blues. J'oserai même dire qu'il le chantait déjà dans l'"Asphalt Jungle" le plus punk et dur. Autant que dans ses mémorables reprises de "I put a spell on you". C'était déjà et c'est toujours la nuit, le pavé, le manque, le mal, les visions. "Mais non, ça fait pas mal ! C'est juste cette douleur comme une amie oubliée, qui revient de nulle part, qui revient vous chercher..." Il l'a toujours chanté aussi dans ses articles et pas seulement dans "Best" où il est le seul à pouvoir vraiment célébrer le martyre de Stiv Bators, Johnny Thunders, Gene Vincent, Vince Taylor ou Rimbaud à la manière d'un enterrement jazz, mais dans Actuel où en 1980 il détectait les beatnicks sous la surface lisse des "jeunes gens modernes" (et combien la suite lui donna raison), ou dans "Zoulou" quand il interviewait le Mickey Rourke "Motorcycle Boy" de 1984 (si passionnant alors). Vous l'ignorez peut être mais la moitié au moins des gens qui pondent des textes en France depuis 1974, chansons ou critiques, font plus ou moins du Patrick Eudeline. Et vous le connaissez, même si vous croyez ne pas l'avoir lu ou écouté. Il habite le rock français aussi vrai qu'il est habité lui-même par le blues. Ou par "Johnny" qui nous fait penser tantôt à Thunders, tantôt au Favorite d' "Angel Heart", film blues-possession s'il en fut. Et soudain dans tout ça tombe Myriam, sa voix superbe, son demi-sourire. Pour elle, les voix d'outre-tombe s'appellent Damia, Frehel ou Piaf. Et quand on l'entend valser "Emmène moi", on se retrouve un moment dans un cabaret chez Fassbinder ou Schmid à écouter la Caven. Pas beaucoup plus optimiste qu'Eudeline ("Quand je ferme les yeux me monte comme un sanglot"), son "Grand Huit" est quand même la seule envolée à l'air libre de l'album, montant vertigineusement, suffoquant d'autant plus qu'on s'était habitué aux caves sombres et enfumées. C'est son numéro de bravoure, comme "Julien" est à mon avis celui d'Eudeline (je parle d'interprétation, puisque tous les textes sont de lui). Si vous aimez Tom Waits, Arno, Ingrid Caven, les fanfares tragiques ou les cabarets punks, le disque de Patrick Eudeline vous envoûtera durablement. (Alias, première parution dans "Presto!",1995). Un article sur le roman " Ce siècle aura ta peau". "Il n'est pas homme à rater sa fin de siècle à lui, fin de vingtième, une fin qu'il voit poudrée, séropositive, aux strips bon marché, mais combien sexy. Car si ce "beautiful loser" n'a plus aucune illusion et éventre sadiquement tous les mythes, notions, clichés et espérances, il lui reste une dernière chose à laquelle il ne sera jamais infidèle. Il ne s'agit pas du punk, même s'il a quasiment crée le mouvement en France avec son groupe "Asphalt Jungle" ou par ses articles, même s'il a voulu faire le point là-dessus il y a longtemps déjà en publiant "L'Aventure punk", même s'il en crève à petit feu de ne jamais avoir retrouvé depuis quelque chose d'à moitié aussi excitant. Non, parce que le punk "cela avait été de grands mots, à faire rêver sur les disques; mais au quotidien de petites choses guère glorieuses. Parce qu'il ne pouvait en être autrement, que la vie était ainsi. Un bricolage. Avec les moyens du bord". Pas non plus les gens qui l'ont vécu, "perdus au milieu d'un choix impossible : vieillir ainsi, s'enliser dans les pochettes ternies, ou laisser la came et les rêves façon cocagne show-biz vous foutre à la rue...". De toute façon, pour quelqu'un qui a connu le punk, "il est déjà trop tard pour faire un joli cadavre", et "même si on n'a jamais vu son heure venir, on sait que celle-ci est déjà passée". Eudeline ravage aussi toutes les idées que l'on peut se faire des lieux branchés, "bars à désœuvrés promis à une imminente rénovation bidon, au bidule cyber-house, avec de la musique qui danse sur des corps qui s'enfoncent, un faux décor de vieux Paris, avec zinc et piano désaccordé pour singer la fête", ou des squatts, "où une troupe colorée et bon enfant rejouait inlassablement la même pièce, avec occupations rituelles, musique bamboulesque et mamas généreuses", qui n'aboutissent qu'à "un foutu bordel, avec papiers gras, incendies de poubelles et tapages nocturnes, toute la théorie de vieux garçons qui s'oublient". Tout cela entraîné, récupéré, cautionné par les vieux gauchistes à écharpe rouge des années 70, traficotant dans la came et/ou la hi-fi : "de la façon dont le bonhomme avait su séduire, en quelques jours, son nouveau public... Se l'attacher de mille liens combinards impalpables, on ne pouvait que se dire que la politique le méritait effectivement et qu'il n'usurpait finalement rien". Eudeline ne sauve pas non plus l'amour, "deux petits egos en perdition qui s'étaient trouvés chacun, en ultime ressource, une proie à saigner...", ni le sexe, que l'on a rarement décrit avec cette lucidité, en faisant ressortir à la fois toute l'agressivité bestiale et tout l'ennui mortel. Il égratigne même Paris, trop changée pour qu'on lui pardonne, ou le rock, devenu "une amicale vétérante". Non, on ne la lui fait plus, il a déjà donné, c'est l'impasse. C'est pourquoi il ne peut pas se permettre l'humour qu'auraient mis à décrire ce monde certains jeunes auteurs brillants. Parce qu'il n'est pas un jeune auteur brillant, adulé à vingt ans parce qu'il parle bien et d'un ton léger de jeunes asociaux croustillants. Parce qu'Eudeline a réellement parié sa vie, sa peau, en se colletant à d'autres vies, d'autres rêves. Il est de ceux qui laissent des plumes et qui voient les autres disserter sur eux. Il est de ceux qui ont vu mourir junkies presque tous les amis mais ne pardonnent pas aux survivants de décrocher. De ceux qui n'ont peur de rien, sinon de grossir ou d'être un moins joli cadavre ambulant. Car tout ce qui reste à respecter se trouve dans la troisième phrase du livre : "l'esthétisme de la chose". La beauté du geste. La classe décatie du vrai marginal, qui peut dormir trois nuits de suite dans la même chemise à jabot. Le siècle aura peut-être sa peau, mais elle tombera avec panache, il sera l'ultime référence. Eudeline est superbe. Définitivement. Il a la classe d'une culture étonnante, d'une distanciation imprévue, d'un détachement qui est un désenchantement. La classe de dire "le Clash" et pas "les Clash" (contrairement aux traducteurs de l'infortuné Lester Bangs). La classe d'avoir fait un vrai roman en évitant de parler des uns ou des autres ostensiblement. On n'est pas dans Voici. La classe d'avoir évité de trop le bourrer de panoplie rock satanique. Bref, il a contourné de redoutables écueils. Pas celui d'une oeuvre tellement ancrée dans une époque donnée qu'elle en est forcément datée : dans quinze ou vingt ans d'ici, Nova Magazine ou Les Inrocks évoqueront-ils encore quelque chose pour quelqu'un ? Et qui se souviendra de Saint Bernard ? Mais dans quinze ou vingt ans, le siècle aura eu la peau du monde dont s'agit... C'est maintenant qu'il faut lire ce livre. La bande son existe, avec les paroles, les thèmes, les personnages, les situations. A ce "grand mal blanc du désarroi (...) foutrement trash et millénariste".
Alias (première parution dans "Presto !" en 1997)

 

J'aime pas les bisous.

Six novembre 1983, j’ai eu neuf ans hier. La vie coule comme de l’eau. J’ai six "Strange" et je ne vis que pour ça. Il fait froid. J’ai encore du mal à marcher à cause de l’accident de juillet mais la réeducation et le soutien de ma famille me font énormément de bien. En classe, les autres ne m’aiment pas trop, mais sur le bac à sable, les bandes m’acceptent tout de même moyennant quelques briques de lait fraise, que je négocie habilement contre une Bd dessinée par Jack Kirby. Ma maîtresse me sourie, je crois qu’elle m’aime bien. Je commence à jouer les crétins, la pilule passe souvent mieux. J’apprends qu’il vaut mieux ne rien dire quitte à passer pour un con que l’ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet. Ma mère me couve, sans doute un peu trop. Il fait bon. Samedi, j’irai dans une "bouquinerie", où parait-il on peut trouver des livres d’occasion pour trois fois rien. J’ai un peu d’argent. Mon meilleur copain m’apprend énormément de choses sur mon zizi. Je ne le crois qu’à moitié. Le doute s’installe. Vivement les vacances. Hier, Caroline m’a regardé. J’y ait pensé en me couchant. Je dors du coté gauche du lit. Le côté droit, c’est l’inconnu, j’y voit des ombres, toutes les chambres d’enfants sont hantés, c’est bien connu… Sur Antenne 2, "San ku kai" à été remplacé par "Candy", encore un truc de filles…Parait qu’une nouvelle chaîne va arriver, elle s’appelle "chaîne +" ou "canal +", un truc comme ça, mais papa dit que c’est des conneries et que s’il faut payer on s’en passera. Remarque, il à raison, j’ai déjà TF1, Antenne 2 et Fr3 gratuit, alors…Ca sert à rien. Lundi j’ai mangé chez des amis de mes parents, ils avaient un magnétoscope sur lequel on peut voir des cassettes de films, bientôt on pourra les enregistrer soit même, moi j’aimerai bien avoir les "Super Teddy" et les "Punky Brewster" en cassettes mais papa dit que c’est trop cher. Bon, il doit avoir sans doute raison. Vivement Noël, que le père Noël m’apporte des jouets. Ma famille viendra manger le soir et mes cousins dormiront à la maison. Je dormirais sans doute très peu pour pouvoir ouvrir les paquets le plus tôt possible. Et je vomirais, comme chaque année. Fred me dit qu’il existe pas, le père Noël, mais moi je le sais bien qu’il existe. Parfois, sous les draps je l’entends arriver…Mais j’ai quand même des doutes. Déjà à Paques, il y avait une étiquette "CODEC 17.50 F" sur les œufs en chocolat. La "cocotte de Paques" irait-elle faire ses courses chez "CODEC" ? Possible. Tiens, mon grand-pêre est mort. Je ne sais pas à quoi ça ressemble un mort. Je n’ai pas le droit d’aller à l’enterrement alors j’irai chez Madame Chamont. Bon. Je l’aime bien Madame Chamont, surtout Monsieur Chamont Ils sont vieux comme ma mamie et ils sont gentils, ils me font des croques-monsieur, m’achètent des "Strange" et me laissent regarder "Marie Pervenche" le soir sur TF1. J’ai de la chance. Maman et Papa se disputent souvent. Maman va partir quelques mois. Elle pleure. Papa est gentil, plus que d’habitude. Etrange. J’en profite. Un "Strange" de plus. Au journal d’Yves Mourousi, ils ont parlé des Américains, ils ont plein de chaînes, moi j’en ai trois ça me suffit. Maman m’a acheté Télé Poche, je le commence toujours par la fin, pour les histoires de "Boule et Bill". C’est ce jour là que j’ai entendu pour la première fois le mot divorce. J’ai rien compris alors j’ai hoché la tête. Elle m’a embrassé sur le front. Je m’essuie d’un revers de main. Je n’aime pas les bisous baveux. Il y a longtemps que je n’ai pas vu Maman sourire. Papa n’est pas là. Mercredi dernier, au catéchisme, j’ai dit un gros mot, alors j’ai dû aller me confesser. Il fallait que je dise tout au père Paul, je ne lui dirait que ce que je veux lui dire. "Bénissez moi mon père parce que j'ai péché, j’ai mangé trop de bonbons" (surtout ne pas lui dire que j’ai vu des dames avec des zizis dans la bouche !!!). En rentrant, une bonne odeur de poulet arrive à mes narines. A la radio une voix aux nouvelles dit que le P.S.G à encore perdu, mais moi je m’en fiche j’aime pas le football. Papa travaille cette nuit. Chouette ! Maman va me laisser regarder "la dernière séance" ! C’est "la créature du lagon noir" en relief, pas trouvé de lunettes 3d, tant pis, on fera comme si…Je me couche. Elle m’embrasse en me souhaitant bonne nuit. Demain c’est Mercredi. Je suis bien.

 

Pour les djeunz et les moins djeunz.

La Tatsunoko (Gatchaman) avait donné naissance dans les années 1970 à un animé du nom de "Cashern". Aujourd’hui, cet anime est un long métrage japonais en prise de vue réelle, avec une sortie D.V.D annoncée pour le 1er Décembre 2005. Le film est réalisé par Kazuaki Kiriya, et Cashern est interprété par Isea Yusuke. Le film bénéficie d’un très confortable budget de 5 milliards de yens (soit environ 40 millions d’euro). L’histoire est trés (trop ?) banale pour ne pas dire cousue de fils blancs, mais la qualité graphique est à pisser partout, j’en ai repris six fois ! Autre claque, la sortie prochaine de l’adaptation du manga culte (mon dieu que j’aime pas ce mot) "Devilman" de Go nagai (le créateur de Ufo robot "Goldorak" Grendizer) ici, niveau FX, c’est un peu plus figé mais le résultat reste tout de même incroyablement mieux que le tout ridicule Constantine (de bien triste mémoire). Pour les fans de Watanabe (Cowboy Bebop) sortie DVD de la première saison de "Samourai champloo". Moi qui n’étais pas gros fan de Bebop, je suis fou de ces trois adorables crétins. Après les antipubs qui taguaient les 4X3 sur les murs du métro parisien, après Zeus (et ses hurlements dans les facs) et Space Invader (et ses invasions picturales) voici les Dégonflés. (Article paru dans Libération) A vous de juger "Le nom s'imposait pour ce nouveau groupuscule parisien, spécialisé dans des opérations commandos d'un type inédit : le dégonflage de pneus des 4 x 4 vivant dans la capitale. "On ne les crève pas, on les vide seulement de leur air. Comme ça, pénalement, on ne risque presque rien", précise son porte-parole, qui préfère garder l'anonymat : "Je suis actuellement soumis à des travaux d'intérêt général, à cause de mes actions antipub." L'histoire part d'un constat simple, effectué par un groupe d'amis d'une vingtaine d'années. "On considère que le conducteur de 4 x 4 sait qu'il pollue deux fois plus que les autres véhicules, mais qu'il s'en fout. Et les politiques de la ville sont impuissantes à lutter, étant donné la force des lobbies automobiles." Ces anciens activistes du métro ont donc décidé de reprendre du service, sur le bitume. "On s'en prend directement au consommateur, mais on l'assume, poursuit leur représentant. Notre attitude va sans doute déclencher des réactions de haine. Mais nous recherchons avant tout le débat citoyen, le dialogue, pour rappeler qu'en ville le 4 x 4 est nocif." La première virée a eu lieu lundi soir, dans le VIe arrondissement. "On était cinq. Entre 22 heures et minuit, on a dégonflé six 4 x 4." Sur chaque véhicule, deux pneus sont manipulés. Le plus difficile restait de "trouver un moyen de ne pas déclencher l'alarme, qui sonne dès que le véhicule perd un peu de son équilibre". La parade : les adaptateurs de pompes à vélo. "Leurs grosses valves nous permettent de dégonfler les pneus en douceur. On installe la valve, on s'en va un quart d'heure, le temps que les pneus se dégonflent. Ensuite on récupère le matos et direction le prochain 4 x 4." Sur chaque voiture touchée, un petit tract est déposé, sans contact téléphonique, et signé : "A peu près n'importe qui avec un appareil respiratoire." Le groupe s'affirme "convaincu du succès futur de cette action. Pendant la prochaine action, le mois prochain, on fera un film à diffuser sur Internet. De toute façon, à part le thème de la propriété privée, on n'a jamais entendu d'argument négatif". Les Dégonflés veulent maintenir la pression. Et ils espèrent faire des petits dans les autres villes. " A suivre le "collectif Kolkoz", qui recherche tous vos films de vacances pour les retranscrires en images de synthèses. L’ennui et la platitude en 3d prennent une dimension arty-décalée très marrante. J’adhère (merci la matinale).

mercredi, septembre 14, 2005

 

Something rotten in the Palace of Punkz

Le mouvement punk existait à Paris bien avant l'explosion de Londres de 1976 : Dès 1972, dans Rock & Folk, Yves Adrien signait ses rubriques trash sous le pseudo Eve 'Sweet Punk' Adrien. Elles étaient inspirées des articles de Lester Bangs dans le magazine "US Creem" et de Nick Kent dans le N.M.E. Son style, subjectif, d'un parti-pris allant parfois jusqu'à la mauvaise foi, se caractérisait déjà par une réaction contre le mouvement hippie. Ses héros n'étaient pas le Grateful Dead ou Genesis mais les "Stooges" ou les "New-York Dolls". Parallèlement, Marc Zermati avait ouvert dans les halles l'Open market Puis Yves Adrien eut des disciples, comme Patrick Eudeline qui commençait alors comme Rock critic à Best ou Alain Pacadis avec sa chronique hebdo "White Flash" dans Lib . En 1973, les "New York Dolls" ravagèrent Paris avec deux concerts à l'Olympia et une party chez Serge Kruger qui dura 5 jours. Serge Kruger fait partie des branchés parisiens depuis plus de 40 ans, "tous légèrement déjantés, décolorés, fumeurs de joints". Plus tard ils rencontreront d'autres potes, comme Marc Zermati, Jean-Jacques de Castelbajac, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Marie Poiré. Serge a été l'un des rois de la nuit parisienne, en organisant des fêtes mémorables, dans ses divers appartements (celle donnée rue aux Ours pour les "New York Dolls" dura plusieurs jours !), ou ceux de la rue des Lombards ou de la rue Pierre Lescot, et aussi à "la Main bleue", où il était DJ. Les frères Breguet, qui donnaient des fêtes dans leur hôtel particulier du boulevard Lannes au cours desquelles curieusement, c'était la salle de bains la pièce la plus fréquentée... En 1975, Michel Esteban, de retour de New York, fonda 'Rock news' avec Lizzy Mercier, un magazine entièrement consacré au mouvement Punk qui commençait à sortir de l'underground, particulièrement en Angleterre et à New York, avec Patti Smith, Television, Richard Hell, etc. Sa boutique de tee-shirts, 'Harry Cover', rue des Halles, allait par la suite devenir le lieu de rendez-vous des premiers groupes punks parisiens, et sa cave un local de répétition. Pendant l'été 1975, grâce à Marc Zermati eut lieu le premier festival punk de Mont-de-Marsan, avec, entre autres, Eddie and the Hot Rods, et côté Français, Shakin’ Street, Kalfon rock chaud et Bijou. En 1976, Pierre Benain organisa le premier (et dernier) concert des Sex pistols à Paris, au Chalet du lac du bois de Vincennes. C'est à ce moment que l'explosion se produisit : 1977 fut véritablement l'année punk avec par exemple le festival du Palais des Glaces dans lequel on put voir Clash, les Damned, Jam, Generation X et pour lequel Yves Adrien sortit de son long exil de Verneuil où il n'écoutait plus que Sinatra. En même temps, on vit apparaître de nombreux groupes punk parisiens, dont certains étaient en gestation depuis déjà un bon moment : Stinky toyz, Asphalt jungle (le groupe de Patrick Eudeline), Metal urbain, Angel face, Loose heart... Ces groupes se produisirent dans le cadre d'un mini-festival au Théâtre Mouffetard. Cette année- là, il y eut des parties tous les soirs ou presque, certaines dans des endroits sordides, d'autres chez des enfants de milliardaires qui voulaient 'faire punk'. On eut même droit à la soirée punk de chez Régine ! Certaines parties duraient plusieurs jours, comme celle chez Martine qui était toujours accompagnée de son inséparable Nathalie, la 'Grande Gueule des Punks' au grand coeur. La plupart des premiers punks étaient très gentils, sensibles, doux, souvent timides, ce qui contrastait avec la violence de leur musique et de leurs textes. Ils carburaient au Fringanor (amphétamines), et à l'héroïne et mettaient un point d'honneur à ne pas fumer de joints (un truc de babas) 1977, en Jamaïque le groupe Culture célébrait 'le choc des deux Sept' (Two Sevens Clash) : ce fut aussi l'année de l'explosion du reggae et pendant quelque temps, il y eut une vraie solidarité entre les punks et les rastas, qui étaient aussi en révolte contre 'Babylone'. D'ailleurs, chez eux, les punks écoutaient beaucoup de reggae, en particulier Tapper Zukie et Dillinger. On pourra qualifier cette première vague de punks parisiens de 'mondaine et intello'. En effet, dans cette période 77-78, il y eut des fêtes pratiquement tous les soirs, et les punks, qui étaient alors à la mode, eurent souvent l'occasion de fréquenter des milieux friqués, comme le monde des galeries d'art, du showbiz et des night clubs, et la plupart jouèrent le jeu, ne cherchant pas la provoc à tout prix. Et quand la fête était finie, certains comme Capta, Pacadis, Henri Flesh, Edwige ou Fury, finissaient volontiers la nuit dans des boîtes gay/chic comme le Sept rue Ste Anne. En mars 1978, il y eut l'ouverture du Palace, et le sacre d'Edwige comme 'Reine des Punks', ce qui contribua encore plus à cette mondanisation, avec des journaux comme Façade. Ce qui contraste avec les vagues de punks qui ont suivi, qui étaient eux bien plus authentiques, avec des groupes comme Oberkampf ou La Souris Déglinguée. Le Sept d'abord le Pimm's, premier club gay de la rue Sainte Anne, puis le Sept en 1968. Le succès fut immédiat et dura pendant plus de 10 ans. et c'était là dit-on qu'on entendait la meilleure musique de Paris. Le Palace En 1977, c'est la vague disco et le succès des grandes boîtes comme le Studio 54 à New York ou la Main Bleue à Montreuil. théâtre du Faubourg Montmartre alors presque à l'abandon. Après d'importants travaux réalisés en un temps record, c'est l'ouverture le 1er mars 1978, avec un show de Grace Jones. Les serveurs sont habillés en rouge et or par Thierry Mugler. En plus d'être la discothèque la plus courue du moment, élevée au rang de phénomène sociologique, ce fut aussi un endroit où furent données de nombreuses fêtes (Kenzo, Karl Lagerfeld). En juillet 1979, ce fut l'ouverture du Palace de Cabourg. La nuit d'ouverture laissa un goût bizarre : l'impression d'être dans un rassemblement de zombies. Peut-être était-ce la poudre blanche qui encombrait les narines d'une grande partie des invités ? Il paraît qu'au petit matin, un père de famille local est venu chercher sa progéniture sur la plage transformée en lieu de débauche ! Le lendemain, quelques happy few dont Diane, Babsy et Christian Eudeline, passèrent la journée au Club 13 de Claude Lelouch près de Deauville. Etaient également là, à part l'équipe du Palace, Helmut Berger, ivre mort, avec Clio Goldsmith, et dans l'après-midi Serge G. et Jane B. Le Palace de Cabourg ne connut pas le succès attendu. En 1980, le Privilège, sous le Palace, plus élitiste. La Main bleue, A l'origine une boîte d'immigrés africains à Montreuil et qui est devenue en 1977 le rendez-vous du Tout Paris noctambule : spectacle surréaliste de toutes ces Rolls garées en pleine zone. Karl Lagerfeld y organisa une soirée Moratoire noir qui fit scandale à cause d'un spectacle de fist fucking. Serge Kruger y fut DJ, avec l'aide de Djamila. Les Bains douches, rue du Bourg l'Abbé. A connu plusieurs ouvertures et réouvertures, à partir de 1978 : ce fut pendant les 2/3 premières années un endroit glacial (on était alors en pleine cold wave) mais où il fallait être vu avec Coluche - Claude Challe - Philippe Starck – Steve Kruger et sa bande -des concerts : Suicide et Clint Eastwood. Le Broadway melody, rue de la Férronerie, qui était au départ vers 1973 un bar rétro dans une cave tenu par un couple gay, et qui est devenu par la suite le Broad, plus hard. L'aventure, avenue Victor Hugo, la boîte très Jet Set de la chanteuse Dani- L'Elysée matignon, où Gainsbourg et Polanski traînaient tous les soirs. Façade : Ce fut, sur le modèle d'’Andy Warhol’s interview " le premier magazine branché français. Sans objectifs de vente, ni même de calendrier de parution, Façade est devenu un objet culte dont les 13 numéros parus se recherchent, s'échangent, se revendent au coeur du marché parallèle de la "collectionnite" aigue. Tiré à 5 000 exemplaires, le lancement du n° 1 a lieu en juin 1976 à... Saint-Tropez. A Paris, le relais est assuré par Frédéric Mitterrand (via son temple, l'Olympic Entrepôt) et les créateurs de mode ("Pour le défilé lssey Miyake, les mannequins distribuaient directement le magazine du haut du podium ! On a ensuite rapidement eu Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld de notre côté."). Thierry Ardisson, qui immortalisa les nuits de la main bleue - Alain Pacadis Guy Cuevas le DJ du Sept - Jean-Baptiste MONDINO - Jean-Edern Hallier "Façade était au même titre que le Palace le reflet d'un Paris novo. Pas de censure, les punks côtoient les filles de bonnes familles, leurs mamans les nouveaux banlieusards, et les hommes aiment les femmes qui veulent être des hommes qui aiment les femmes. Karl Lagerfeld s'offre des pages de publicité pleine d'humour et nous offre des fêtes incroyables, Thierry Mugler impose son univers fantasmagorique, Edwige est à la fois la reine des punks, reine de la nuit, et cover girl. Entre deux shootings, Djemila nous donne un coup de punk et de funk à la Main Bleue, Paquita s'appelle Paquin, Maud s'appelle Molyneux et Fabrice Emaer fait du Palace un lieu de ralliement mythique. Au rayon déco, Philippe Starck annonce le fuselage, Philippe Morillon se met à l'aéro, Pierre et Gilles ont un déclic et Christian Louboutin fait ses premiers pas au sous-sol du Palace où figure la sublime et stupéfiante Eva Ionesco qui inspirera Jeremy Scott 20 ans plus tard. Alors que Kenzo et Irié donnent dans le pantone, Serge Kruger fait dans le monochrome et invente le slooghy, pendant que le ska et la new wave réhabilitent le look du début des années 60. Le recyclage est parti ! Grace Jones devient Goude, Nina Hagen est la nouvelle walkyrie, Elli est Jacno, Taxi Girl cherche le garçon, Kraftwerk sont des robots, et les B52's dansent sur la planète Claire. James Brown a un fils qui s'appelle James White, tout le monde avoue que le Freak c'est Chic et se pose la question: Are we not Men ? We are Devo ! Andy Warhol est à Paris, Alain Pacadis aussi, nous avons tous notre quart d'heure de gloire, ne serait-ce qu'en dernière page de Façade." L'Open market, rue des Lombards : Marc Zermati, qui a fondé le label Skydog. C'est là que Maurice G.Dantec est venu acheter ses premiers disques. Et bien sûr, le Gibus où passaient tous les groupes Punks. Les Stinky Toys avec Elli Medeiros et Jacno qui eurent plus de succès par la suite. Leur premier manager fut Dominique TARLE, ex-photographe des Stones. Asphalt Jungle : Patrick Eudeline - Ricky Darling - Patrice / Skunky - The Mental job - Henri-Jean - Alexis Quinlin. Metal Urbain : ils furent des précurseurs car parmi les premiers à utiliser des synthés et des boîtes à rythme en même temps que des instruments plus rock comme la guitare et la basse. Ils firent aussi carrière en Angleterre où ils enregistrèrent pour le label "Rough Trade".Henri Flesh : il fut au début du mouvement Punk le chanteur d'Angel Face (après Patrick Eudeline). Puis, il forma 1984 avec des membres de Looseheart. Se retrouvaient dans son appartement de la rue des Filles du Calvaire : Fury et son frère Philippe Jeantet - Pierre Nougaro - Florence - Coco Charnel (Pascal) - Caroline Gosos - Véronique (qui parlait avec l'accent d'Arletty) - les Bazooka – Metal urbain - les Stinky toyz – Asphalt jungle, ainsi que les Clash quand ils vinrent à Paris la première fois. Les Bazooka : Kiki Picasso - Loulou Picasso - Olivia Clavel - Lulu Larsen – Fury Le 'Commando graphique' Bazooka collabora à 'Libération' en 77-78, où ils firent scandale, et publièrent leur propre magazine, 'Un Regard Moderne'. Ils inventèrent le concept de « dictature graphique » et permirent un certain renouvellement des techniques utilisées par les auteurs de bandes dessinées (collage, « cut-up », etc.). Les publications du groupe (Bien dégagé sur les oreilles ; Activité sexuelle : normale !) déclenchent souvent des réactions virulentes, mais contribuent à la reconnaissance de l’« esthétique BD » dans d’autres domaines de la création. Les Frenchies : Paul Alessandrini leur consacra pages dans Rock n’folk en 1973 avant qu'ils n'enregistrent quoi que ce soit. Les Frenchies ont par la suite une époque accompagné Chrissie Hynde quand elle vivait à Paris, et avant qu'elle n'aille à Londres former les Pretenders. Bijou : Ils ont été labellisés "punk" à tort, mais ils faisaient partie de la mouvance. Leur reprise des Papillons noirs conduira Gainsbourg à refaire de la scène, avec Bijou d'abord, ponctuellement, puis en solo. Passant de la banlieue aux clubs branchés, les Bijou troquèrent rapidement le cuir pour le costume sombre des jeunes gens modernes. Il y eut un phénomène Bijou, fan-club et revue à l'appui. Dans sa quête du rock parfait, le trio est monté haut et s'est brûlé les ailes. Tiraillé par des influences divergentes, le groupe n'a pas résisté. Bijou mit les pouces en pleine gloire. Comme presque toujours, la frustration fut considérable. Gazoline, les guilty razors avec Tristan, Loose heart avec Pierre Godard qui forma ensuite Suicide Romeo, Painhead, Les lyonnais Marie et les garçons avec Patrick Vidal (le futur DJ House), Starshooter avec Kent, les Olivienstein et les Dogs de Rouen, Taxi girl. Avant cela, Yves Adrien avait été vendeur au mythique Open Market parisien, avait écrit sous les noms de Sweet Punk, Eve Punk ou Orphan, et ce depuis 1971, avec de constantes disparitions et réapparitions. La dernière apparition remontait précisément au 27 mars 1988, date de la mort de Julien Regoli, guitariste du groupe Angel Face. Yves Adrien était le frère d'armes de Julien Regoli, mais aussi d'Alain Pacadis, Alain Z.Kan, Daniel Darc ou Patrick Eudeline. Ils étaient jeunes et fiers, et formaient des Armées de la Nuit à l'élégance ruinée, dédaigneuses, frimeuses, déjantées et dont le sang était chargé de poudre. Overdose, suicide en prison, sida, disparition, foie éclaté, il y eut bien des fins violentes et les deux tiers des personnages de l'époque ne sont plus aujourd'hui que fantômes revenant hanter les survivants de groupes et magazines qui ne cessaient de s'échanger leurs protagonistes. "Dans nos vies il y avait tellement d'ennui, tellement d'ennui...et puis soudain il y eut une lumière qui s'est allumée et cette lumière c'était le punk (...) Dans la vie si t'es pas prêt à mourir pour une cause, quelle qu'elle soit, elle peut changer tous les jours ça n'a aucune importance, alors tu meurs vraiment, et d'une mort conne et lâche." (Daniel Darc.). " On sait que la vie est absurde, on sait tout ça. Le Dandysme c'est la seule manière de donner de la dignité à la vie. Il n'y a rien de plus vulgaire et de plus laid que le naturel, il faut y échapper à tout prix (...) Donc c'est la sophistication à l'extrême dans tout, les sentiments, les fringues (...) La forme d'un bouton de veste devient une quête initiatique". (Patrick Eudeline). Patrick Scarzello a parfois cohabité avec Eudeline à Paris mais vit plus souvent chez lui à Bordeaux, fait également rock-critic et musico, écrit sur Daniel Darc et Alain Z. Kan. Après avoir participé à des fanzines (On est pas des Sauvages...), des groupes, été disquaire, organisateur de concerts, chroniqueur à Sud-Ouest, Scarzello sort Les Armées de Verre Soufflé fin 1998 ou début 1999. Ses albums produits chez Msi. Donnez deux pages blanches à Patrick Scarzello, il y fera des allusions à PIL, Stranglers, Cramps, Gainsbourg, Cioran, Despentes, Ravel, Alain Z. Kan, Coronados, Four Roses, Eudeline, Darc, Orfan... ". Il fait venir Alain Z. Kan en concert à Bordeaux Le tout dans une écriture à la Patrick Eudeline/Yves Adrien très assumée. Et qu'il peut s'autoriser. Patrick Scarzello est l'envoyé spécial bordelais de tous ces "incurables, esprits libres et dandys de grands chemins inspirés. Véritable pillier des nuits parisiennes, Thierry Ardisson, aurait-il fourgué ses diableries en soldes fin de série ? L'animateur télé aux provocations sexe, drogue et tutoiement («La sodomie, ça te plaît ? La coke, t'as essayé ?»), l'inquisiteur émoustilleur des intimités du show-biz, l'afficheur du slogan «Toute vérité est bonne à dire» se serait acheté une conduite. Le nuitard fumant des pétards avec des partouzards ne serait plus qu'un pater familias rêvant de sa gentilhommière normande où l'attendent ses chevaux, sa descendance, son épouse. Info ? Intox ? Un peu des deux. Il y a la vie qui passe, la nuit qui lasse, l'argent qu'on amasse, et le cynisme qui fatigue, l'agressivité qui pèse sur l'estomac, le rentre-dedans qui fait boomerang. Marre de jouer les Méphisto, envie de pacifier son environnement. «Il passe beaucoup de temps à se réconcilier», explique un observateur. A cela s'ajoute ce besoin animal de toute bête de média (télé mais aussi pub, presse, édition) : bien sentir l'époque, et qu'elle ne vous ait pas dans le nez. Extrêmement daté années 80 (fric, frime, frasques), Ardisson a mis un bail pour se remettre au diapason de ces temps Tartuffe (vertu, compassion, contrition). Il a commencé par baisser la garde question animation d'émissions, s'est concentré sur la production. Il a vendu son magazine Entrevue, très trash, qui le mettait en porte-à-faux avec les décideurs de la télé épinglés avec délice. Sa dernière incursion dans la presse est significative du basculement de l'ancien héros des flambeurs : ça s'appelle J'économise et ça s'adresse aux rapiats de la consommation. Il s'est refait une virginité en faisant retraite sur le câble (Paris-Première). S'y est façonné une aura de respectabilité, via une quotidienne culturelle de bonne tenue (Rive droite, rive gauche). Y a également mis en scène l'effacement de son ego lors d'une balade sous les néons (Paris la nuit) où l'intermédiaire mettait sa curiosité hors champ. Au final, Ardisson revient dans la lumière d'une chaîne généraliste (F2) en arbitre des tendances («Tout le monde en parle» ), pas en Kenneth Starr des petits tas de secrets à paillettes. Lui qui réfute la distinction privé-public pour les puissants, qui regrette de ne pas avoir interrogé Mitterrand sur Mazarine, se met donc à l'heure tiède de «ce média très compassé». Avec tout ça, qu'en est-il des emblèmes de son personnage ? De cette signalétique, vestimentaire, idéologique qui marquait sa différence, validait son existence ? Postures ou impostures ? Le costume de clergyman est toujours noir. Il l'a dit souvent : ça mincit, il n'aime pas son physique, il a un gros cul. Le ton est moins rogue. Le sarcasme traîne un peu en chemin. La vacherie patiente en gare. Il semble avoir perdu ces façons de rejeter de guingois la fumée de ses Marlboro, en mâchouillant des «ouais» dubitatifs, très mec à la redresse. Au front, la perplexité des rides en réseau confirme son désabusement, sa perplexité devant la nature humaine. Mais sans excès. Là où il persiste et signe avec le plus de vigueur rusée, c'est en matière de convictions. Quand l'adorateur des Beatles parti faire hippie à Goa, l'ancien accro à l'héroïne prônant la légalisation du cannabis, le libertaire ferraillant pour un hédonisme individuel s'était déclaré royaliste et catholique, Paris en avait fait des gorges chaudes, flairant un marketing de dandy. Dix ans après, la paternité venue qui peut lui faire interroger ses origines, Ardisson confirme qu'il se sent plus proche du traditionalisme de la branche paternelle que du communisme de la filière maternelle. «Je me souviens de mon père en prière, à genoux devant son lit. ça marque», admet celui qui rechigne à évoquer une enfance solitaire, avec souvenirs empilés dans une caisse en bois qu'il trimbalait lors des fréquents déménagements de l'ingénieur des travaux publics. L'élève des Salésiens ne met pas les pieds dans les églises mais apprécie que son aînée aille au catéchisme. Il croit à la vie éternelle et «respecte» la Vierge Marie, admettant juste : «Bon, l'Immaculée Conception, je ne m'en mêle pas trop.» S'il est pour le préservatif, il est plus réservé quant à l'avortement. «Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps, mais personnellement...» Et cela «peine» celui qui réalisait des interviews-confessions en soutane quand on attaque Jean Paul II, «quand on dit qu'il sucre les fraises ou qu'il a un anus en plastique». A l'abord, son royalisme paraît bien tempéré, européen, moderne. Né un 6 janvier, jour des rois, Ardisson en pince pour une monarchie constitutionnelle qui ne serait pas sans afficher un lointain cousinage avec une Ve République par temps de cohabitation. Il célèbre la rupture de Juan Carlos avec le franquisme. Essaie de découpler tout ça d'avec Maurras et l'extrême droite. Précise que «Louis XVI n'était pas Hitler». Semble étonné que l'écrivain Gérard Guéguan l'ait accusé d'avoir «dérapé dans une flaque de sang bleu». Comprend mal qu'on n'adhère pas à un pouvoir héréditaire et génétique que sauverait son refus de l'absolutisme. Mais que répondre à ce légitimiste qui a l'outrecuidance de taper sur l'épaule du prétendant au trône, le citoyen Bourbon, en l'appelant par son petit nom (Louis) quand il est convenu de lui servir du «monseigneur» ? Catho-provo, sarcastico-aristo? Peut-être, au-delà des étiquetages qu'il sollicite, Ardisson est-il surtout un maniaco-dépressif devenu homme d'ordre pour endiguer ses pulsions destructrices (tentative de suicide, Cocaine, héroine). Celui qui aime à se présenter comme «ne respectant pas grand-chose mis à part les rois et les papes» vit dans un univers totalement ritualisé. Poche intérieure gauche de sa veste : la carte de crédit et la «médaille de la chapelle miraculeuse de la rue du Bac». Poche extérieure droite : les cigarettes. Poche extérieure gauche : le portable. Toujours à la même place. «Un médecin m'a dit : "De toute façon, vous resterez un addict." Maintenant, je me drogue à la normalité. Je suis devenu ultranormal.» A force, il a fini par réaliser ses rêves les plus standardisés. S'il n'a toujours pas passé son permis de conduire, il estime gagner 35000 € par mois. Il se serait bien vu écrivain, mais l'intendance ne lui aurait pas suffi. «J'avais envie de voyages en première classe, de chambres de palace.» Il admire l'imaginaire de Philip K. Dick, et le style de Paul Morand. Couleur de deuil. Quand Yves Mourousi pose la fesse sur le bureau présidentiel de Mitterrand, les analystes transforment «ce geste naturel, en quelque chose de prodigieux» s'étonne-t-il encore. Lui se lasse, fait deux ans de trop sur la Une rachetée par Bouygues. Un Bouygues qu'il a reçu chez lui. Comme un ami. L'homme du BTP s'arrête devant les photos du présentateur-star qui surchargent la déco intérieure. «Qui est ce vieillard à côté de vous?», demande-t-il. «C'est Karajan, président.» «Et celui-ci, c'est un militaire?» «C'est David Bowie, dans Furyo, président.», «aussi à l'aise avec les ministres qu'avec les gens de la rue», dit une de ses relations. On a vu chez lui des hommes de droite vautrés sur les tapis, des architectes mondains rouler des pétards, de jeunes toreros ne rien comprendre aux agissements de Coluche mimant la corrida, des «malfrats côtoyant des ministres», des chanteuses et des abbés. La fête perpétuelle, les délires et les excès, il ne dément ni ne confirme, concède juste: «J'ai horreur de l'impudeur justificatrice.» Renvoyant entre les lignes les dernières confessions d'un Johnny cocaïnomane: «On peut se livrer, si on n'a pas un album à vendre derrière.» C'est la vie par tous les bouts, et les disparitions qui la frangent., Coluche, le parrain de sa fille, le valet de chambre assassiné. Et Véronique, son épouse morte un soir d'été. Avec les vilains bruits que lui prête la rumeur à un taux usuraire. « on l'a sortie des toilettes des Bains-Douches victime d'une overdose,», lui répond maladie fulgurante, rappelle l'organisation d'un faux dîner au Fouquet's pour donner le change aux paparazzi, pour que l'ambulance arrive discrètement à la maison, et que sa femme y passe ses derniers instants. Passe sur la grande déprime qui a suivi la disparition, et la frime surjouée pour ne rien montrer à Sophie, sa fille. Il part avant la fin du siècle. Bonsoir. Daniel Darc, tout au long de sa vie, oscillera souvent entre la croix au cou et les déclarations en hébreu, comme entre l'influence divine et la magie noire, d'une déclaration fracassante à son contraire tout aussi péremptoire. Jamais l'expression "écorché vif" ne concernera mieux quiconque que cet éternel adolescent qui n'en finit pas d'être en crise. Sexuellement, bien sûr, il se revendique homosexuel avec la même fougue farouche qu'il emploie pour affirmer aimer les filles. Et de toutes façons, les deux sont vrais, notre héros saute sur tout ce qui bouge et emballe tout le monde de son charisme irrésistible, même et surtout celles et ceux qui le prennent pour une vraie tête à claques. Il dit tout naturellement "Je suis simplement tombé amoureux de garçons comme je suis tombé amoureux de filles, et ces garçons j'ai fait l'amour avec eux comme j'ai fait l'amour avec des filles, parce que je les aimais. La bisexualité n'a rien de choquant. Pourquoi se priver de la moitié du monde ?" Au lycée, il se lie avec un bel Afghan taciturne, Mirwaïs Ahmadzaï. Taxi-Girl, se forme autour de Mirwaïs à la guitare et Daniel devenu Darc au chant. Cadeau empoisonné : un bidouilleur aussi jeune qu'eux, au culot monstre et publicitaire dans l'âme, l'incroyable Alexis, sera leur manager, correspondant trait pour trait à ce qu'était alors Malcolm McLaren aux Sex Pistols. D'ailleurs nous sommes tout près des années punk et Daniel y croit encore, même quand la mode en arrive aux "garçons modernes". Le temps passant, il accusera les autres de le maintenir dans le soft et le clean, alors qu'il ne rêve que d'incarner le héros rock mythique, défoncé, bourré, ne tenant pas debout et crachant dans son micro. Un soir de 1979, le public lui semble rester hermétique à sa prestation scénique. Daniel entre alors dans la légende en se tailladant méthodiquement l'avant-bras, continuant de chanter en pissant le sang crânement. Il voulait forcer l'indifférence, c'est réussi. Mais dès lors une grosse partie de son public ne recherchera plus en lui que le scandale, la tendance macabre, le spectacle et la révolte que l'on aime tant vivre par procuration. Et commence cette longue histoire d'amour glauque avec des fans inconditionnels qui lui excuseront tout, disques ou concerts au talent sous-exploité, pourvu qu'il leur donne leur frisson d'autodestruction en direct. Et comme Daniel est timide, influençable, et surtout d'une sensibilité exacerbée, il ne cessera que rarement de se complaire dans ce rôle de beau héros incompris qui lui va si bien. Sur scène, en tous cas, parce qu'en studio se concoctent des disques bien propres. (Même si souvent la musique guillerette fait passer les morceaux pour de la variété gentille, alors que les paroles sont d'une noirceur et d'une violence rarement égalées; "Jardin Chinois", par exemple, est d'un abord charmant, mais en prêtant l'oreille on entend : "Je te tuerai, je te tuerai lentement, le temps est si long, pourquoi nous presser, ton corps est si doux à déchirer...."). En fait les disques, beaucoup trop léchés, gomment la spontanéité et l'émotion qui passaient dans les premières versions, non retenues, et qu'il faut rechercher dans les lives du groupe ou sur des rééditions posthumes, une fois le groupe devenu mythique. Une étape est franchie quand survient la collaboration avec les Stranglers pour le premier véritable album de Taxi-Girl et la tournée anglaise qui s'en suivit. Beaucoup de choses lient Daniel et J-J Burnel, tous deux passionnés d'occultisme, (l'album Seppuku, catalogue de vierges rouges, de sacrifices humains, de meurtres de la tribu Manson, etc...), d'arts martiaux, de samouraïs et de leur suicide rituel, le seppuku qui donnera son nom à l'album. Ils partagent goûts musicaux et littéraires et vouent le même respect à la dernière personne à avoir pratiqué le seppuku, l'écrivain japonais Mishima Yukio, qui avant de mourir rituellement avec son amant en 1970 avait écrit: "D'un coup puissant du bras, il plongea le couteau dans l'estomac. A l'instant où la lame tranchait dans les chairs, le disque éclatant du soleil qui montait explosa derrière ses paupières." Seppuku, l'album, c'est aussi l'apparition de Viviane Vog. C'est une chanson du disque, c'est aussi un pseudonyme que Daniel prendra longtemps à son compte, après l'avoir confié puis repris à un ami qui n'avait pas osé s'en servir. Puis Daniel finit par se faire peur, et à avoir peur de l'influence qu'il exerce sur autrui. Il va passer près de dix ans sans chanter un seul titre de Seppuku et évite même d'en parler en interview. Daniel doute. Sa face noire est parfois bien pesante et il cherche régulièrement à se réfugier dans l'amour, la religion, le constructif. De la même façon qu'il tente mille fois de décrocher de la drogue. "Vieux démons", encore une expression toute faite qu'on croirait inventée pour lui. D'hémorragie en hémorragie, le groupe finit exsangue. La drogue a tué Pierre Wolfsohn, le batteur. Le couple terrible Mirwaïs-Daniel reste seul en lice. En 1984, Les Enfants du rock leur consacrent une émission. Daniel et Mirwaïs y parlent plus qu'ils ne jouent, de Burroughs, de Rimbaud, de Jerry Rubin, de Dylan. Taxi-Girl se démarque par sa fébrilité. En 1985, quand Taxi-Girl donne ses derniers concerts, la décision de se séparer est déjà intervenue. Daniel est "Déjà parti". Pourtant rien ne change vraiment : ses concerts, même imparfaits, sonnent toujours infiniment plus que ses disques, même parfaits. Nijinski. S'il ne fait pas oublier les versions sauvages et brûlantes des concerts de, par exemple, 1990, il offre l'immense joie d'écouter Daniel, de le retrouver, d'avoir des textes, des émotions et certaines chansons qui donnent envie d'être passées tout le temps. Daniel y est aussi un peu plus serein sans se forcer, il semble s'accepter et s'y excuse une bonne fois pour toutes d'être comme il est : invivable. "Prenez-le comme il est" et surtout comme vous pouvez quand vous pouvez. Craignez surtout ses déclarations d'amour, il est probable qu'il prépare en même temps sa fuite par la fenêtre des chiottes. N'interrompez pas son débit, même s'il va deux mille fois trop vite, il n'y reviendrait pas. Il est déjà parti.

mardi, septembre 13, 2005

 

Sur l'air du "Kill the Kat"

Ca sent le poney ? Non ?
L’histoire n’est un éternel recommencement. J’en veux pour preuve, aujourd’hui la romance glavioteuse qui alimente tous les gossips aux quatre coins de cette très carissima perfide albion. Mike Rafherty, bellâtre au torse glabre et toxicomane notoire quitterait les "Temptatines", groupes serpillière avoisinant musicalement le plus mauvais morceau des Who et scéniquement le concert le plus pourri des Sex Pistols (période Sid Vicious "on my way to the toilets, I kill the cat") suite à des divergences artistiques (c’est moi le chef !) avec le reste du groupe. Il est donc de notoriété publique, que son addiction au crack engendrait depuis ces derniers temps, quelques soucis de logistique et de créativité au sein même du groupe allant jusqu’a annuler des tournées entières au Japon et en Angleterre. Guitariste au charisme d’huître, il est devenu sans que l’on comprenne pourquoi une véritable gravure de mode "prout-prout shalala por favor fist moi !" au point qu’il se susurre dans les milieux autorisés que Sir mongolito 1er ce cher Edi Slimane (l’ostréiculteur de la célèbre maison Dior) le capterait pour le prochain défilé. Bien sur, sa relation tumultueuse avec l’ex mannequin Tate Gross, n’a pas manqué de faire les choux gras de la presse "pipole". Cependant, cet été à St Tropez, c’est bel et bien seule que la jeune et triste anorexique se faisait ses 17 rails de coco dans une backroom du V.I.P room. Haleine vomiteuse, poumons nicotinés et thorax lacéré à coups d’ongles pré pubères, Mike erre dans les rues de Soho, à la recherche d’un caillou ou d’un fix à se mettre sous la dent avant de passer à table. Rien trouvé ? Le manque te charcute le bide, mon cher Mike ? Même plus la force de péter sa gueule à un fan ? Que cela ne tiennes, tu es une bonne vache laitière, tu fais vendre du papelard, ton producteur va te trouver ce qui te faut, mon chéri. La "fuckin’belle vie die before get old" ? me dites-vous ? Cela n’engage que vous. Quand l’ado attardé-subutex se fait légende. Rock’n roll attitude, Mike fait la mode ? Si se trimballer dépenaillé avec un chapelet autour du cou peut donner des idées à quelques crétins en mal d’identité alors va, effectivement, Mike fait la mode. Mais on est plus dans le catalogue de Toupargel que dans les couloirs bas nylonnés de chez Versace. Evaporé des "Temptatines", le dandy poivrot, s’offre un nouveau joujou pour redorer son blason de renard des poulaillers et regonfler son ego de male à p’tit cul, il est now dans les "Popocrumbles" !! Association industrielle de zombies hagards élevés en batterie. Nourris à la bonne Jen lain, éructant de ci de là et proférant quelques insanités contre la "fuckin’" société qui est méchante et qui accessoirement paye mal ou pas assez, que même ma meuf elle s’est barré je l’aime. On croit rêver. Soyons d’accord, je n’ai rien contre les toxicos, je ne fustige pas l’addiction à toute substance prohibée et j’ai beaucoup de compassion pour la malheureuse veine boursouflée, mais de là à l’élever en exemple !! L’œil se doit d’être vitreux, le doigt marron, la dent cariée et l’odeur d’aisselles prononcée. Showbiz "on s’fait la biz", trublions mes couilles du "fuckin" créatif ? Oui, du moins jusqu'à sa prochaine OD, en attendant un aller simple vers no future qui stigmatisera ces loppes paillassons en démiurges aux postures christiques, crucifiés sur l’autel de l’ultralibéralisme et des commerçants de chiffons bon marché. Ma p’tite dame, je vous emballe le tout pour l’éternité ? Et merde….On est en 2069, j’ai déjà entendu ça mille fois….Un jour faudra que l’on m’explique pourquoi ces ravissantes petites blondes platines, frêles créatures squelettiques, n’ont d’yeux que pour des tocards avinés à lèvres molles et aux regards de chèvres mortes… La putain de postérité ?

lundi, septembre 12, 2005

 

Norman Rockwell.


 

Les copains d'abord...

Le politiquement correct m’agace. Qu’est ce que ça peut bien lui foutre que je ne la mette pas cette putain de ceinture de sécurité ? c’est ma vie merde….Ma vie, couleur 2005, c’est "no smoking", "no drinking", "no fucking"…Cool, bienvenu dans un monde aseptisé "juste-fait-le" !! Au royaume des personnes de petites tailles (surtout pas des nains), les non-voyants (pas les aveugles) sont rois. Et les non-comprenant alors ? Je ne comprends plus ce monde dans lequel je vie. On ne sait plus quoi est quoi, les gens ont tellement peut d’être racistes qu’ils en deviennent ridicules "mes voisins c’est des…enfin vous voyez des…" "Des arabes ?" "Chuuut !! Non, je ne sais pas …enfin, je suis pas raciste, moi….je veux pas d’emmerdes…".Quelle connerie. "Quoi ? Non mais tu vas pas boire ça ? C’est bourré de sucre !" "Quoi ? Tu vas pas manger ça ? C’est plein de graisses !" "Ne met pas autant de sel !" "Attention à ton cœur !" "Fait gaffe à ton dos !" "C’est super dangereux !" "Téléphone pas ! Ça file les ondes dans ton cerveau". Et l’aspartame ? "C’est très sain, ça ne tue que les singes de laboratoires…" Les jeunes veulent tous être Zidane ou Mesrine, moi qui voulait être libraire pour lire des "Strange", je me sens venu de Platurne…Du crétin par milliers, de la poule prête à trouer s’apprête à cavaler sur les pistes enneigées, dégeulasser les cimes et revenir bronzés… "Gamin, la vie c'est une belle galette de merde et tu en manges une bonne tranche chaque jour" me dit un vieux avec qui je travaille. La star Academy a repris et avec elle sa cohorte de tristes sires (les bonbons bien au chaud au fond de leurs délicieuses combinaisons fluos) –merci Renaud- J’ai dix sept ans et tu ne peux pas comprendre. Endemol ? Rappelle moi de ne plus payer cette putain de redevance. On est tous sur des blogs alors qu’on ne parle même pas à son voisin de pallier. L’hiver se radicalise pendant que l’été fauche ses dernières victimes (quelques cheveux bleus sont à emporter caisse n°7). Un de plus (ou une de moins ?). La grippe à son vaccin, pas l’indifférence. Un voleur rentre dans une maison pour braquer de la hi-fi, il repart en laissant trois cadavres. J’ai trente ans. Je comprends.
Enfin, il reste le plaisir de lire le "loup des steppes" de Hermann Hesse et "le pire des mondes" de Ann Scott (Note : passer en radio la compilation de son ex-nana la djette hardcore Sextoy (décédée l’année dernière des suites d’une O.D). La joie de découvrir Norman Rockwell (je comprends maintenant les influences de bon nombre de dessinateurs de Frazetta en passant par Powell). Au baromètre de la cool attitude : Steve Mc Queen et Muhammad Ali "Fly like a butterfly, sting like a bee" se tirent la bourre. Rentrée littéraire moins "prout-prout" que d’habitude. Interviews promo de M.Houellebecq par T.Ardisson et de A.Nothomb par F.Beigbeder ont remplies leurs missions : j’ai craché pour leurs paroisses. Même ce crétin d’Alexandre Jardin se met à faire du trash, révélations familiales à l’appui. Penser à se renseigner sur cet écrivain héroinomane qui se tapait sa guenon ainsi que son chien. Lu dans l'express, l'historique du tableau de Théodore Géricault "le radeau de la Méduse" vraiment fascinante histoire, le visage des survivants exprime parfaitement l'horreur qui devait rêgner alors (scènes de cannibalismes, meurtres, complots, folie, le tout en trinquant à l'urine etc...) un vrai Koh lanta, quoi....
Entendu cette anecdote de Malesherbes "ce noble pendant la révolution, qui va se faire guillotiner, qui trébuche en montant à l'échafaud et qui dit au bourreau "C'est pas bon signe"...

 

Krumpin' : Battle zone.

La première fois que j’ai entendu parler de David Lachapelle c’était dans "The face" à propos d’une session photo où il shootait Giselle Bunchen (madame Di Caprio), les photos étaient scotchantes, dégoulinantes de kitch, saturées de couleurs purement jouissives, j’accrochais de suite, comme j’avais adhéré à Anton Corbjin ou Youri Lenquette en d’autres temps. Certains diront qu’il n’y a pas plus futile que la photographie elle est donc en cela furieusement indispensable….Ce photographe stylé barré et prisé par le tout Hollywood sort « Rize », un film sur une danse urbaine : « Le krumping ». Tout commence lorsque Thomas, dealer de crack, sort de prison. En guise de réinsertion, on lui propose d’animer un goûter d’anniversaire. Il se maquille en Clown, se rend à la fête avec son poste de radio et fait danser les petits sur les tubes du moment. "Tommy The Clown" est né et, c’est certain, il construira son avenir auprès des enfants. Nous sommes en 1992. Des émeutes secouent los Angeles après l’acquittement des policiers qui ont tabassé Rodney King devant l’objectif d’un vidéaste amateur. Certains, dont David LaChapelle, établissent un lien de cause à effet entre cette explosion de violence et la naissance d’une nouvelle danse, le krumping. Même hors de ce contexte, Tommy aurait malgré tout "dansé" sa liberté. Rize, le documentaire de LaChapelle, s’ouvre cependant sur le caractère social de ce phénomène artistique. Il commence à s’intéresser aux acteurs du krumping. Joignant le geste à la parole, le réalisateur file vers South Central (ghetto de Los Angeles). Il y découvre des enfants maquillés dans les rues. Des maquillages de clowns, d’autres tribaux. Il découvre la "Hip Hop Clown Academy" de Tommy, coincée entre deux boutiques abandonnées. Le "B.boying" [ou "breakdancing" danse Hip Hop au sol, lui aussi est né ici]. Il était non seulement le seul blanc, mais en plus le seul avec une caméra. Comme 95 % de la population des ghettos afro-américains, Tommy The Clown est fan des hits Hip Hop mais il ne connaît rien à la danse. L’étendue de la cité des Anges interdit tout rapprochement. D’un bloc à l’autre, on s’ignore. Tommy, lui, a le don d’embraser les foules et fait preuve d’une incroyable endurance. Ce sont les points forts de son style : le "clowning". Très vite, il crée des émules dans le quartier. La caméra de LaChapelle le suit, déambulant dans les rues sans jamais quitter son déguisement. Les couleurs de "Rize" sont saturées aux reflets bonbons, loin des images d’arrestations nocturnes véhiculées sur ce quartier. Les enfants forment des grappes joyeuses autour de lui, encouragés par leurs mères. Celles-ci voient en Tommy une alternative à la guerre des gangs qui dévaste Los Angeles, laissant derrière elle des milliers de morts. Le Clown prend en charge de plus en plus de jeunes. Mais, il n’y a pas de place pour tout le monde. C’est par le défi dans le cercle de danse qu’ils s’éliminent. Le clowning prend soudain une forme agressive. Les gamins découvrent la compétition. Quant à l’expression "let’s get krump", elle sort de nulle part. "Explosons nos corps, tente d’expliquer Dragon, un autre krumper du film, donnons le meilleur de nous-mêmes, lâchons la puissance du guerrier" C’est la vraie naissance du "krumping". Un groupe de jeunes dissidents troque ses costumes colorés pour des vêtements aux couleurs de l’armée. Ils affinent leur maquillage et deviennent porteurs d’un message : "Le krumping est notre art, il coule dans notre sang ! " La dimension religieuse apparaît. Cette nouvelle forme de « clowning » s’affirme par des gestes plus secs et frénétiques. Mais reste pacifique : le défi en danse plutôt que le règlement de compte. On organise des " battles" nocturnes et brûlantes où les danseurs tombent régulièrement en syncope. LaChapelle sublime cet instant dans un "playground" désaffecté puis sur la plage de Venice, au soleil couchant. Pour ces jeunes, les maquillages tribaux sont presque aussi importants que les mouvements. De longs plans séquences sur cette préparation opposent ainsi le krumping au "Hip Hop Bling-Bling" : celui des rappeurs aux chaînes en or, prônant l’illégalité et la femme objet. "Le krumping est très spirituel, souligne Miss Prissy, krumpeuse à l’abattage hallucinant, trop peut-être pour qu’Hollywood nous ai acceptés plus tôt". Les mouvements de bassin et de torse sont très rapides. LaChapelle ose le parallèle entre le krumping et les danses tribales africaines. Le krump éclaire Thomas sur ses origines, rien ne sera plus jamais pareil.

 

Moteur ! merde !!!

J’aime le cinéma de Mocky et je n’arrive pas à dire pourquoi. Je ne sais pas, peut-être parce qu’il n’en reste plus qu’un. Parce que j’aime bien les mecs comme lui, les grandes gueules qui disent ce qu’ils pensent quitte à bouffer de la vache enragé pendant des années…J’aime ces mecs intègres qui ont les ganaches burinés par les années et les silhouettes courbées par les coups dans les couilles que donne la société. J’aime Mocky parce qu’il gueule. J’aime Mocky pour son œil sur l’année 2000, j’aime le fait que tourner puisse être un geste compulsif, comme une petite branlette : le premier jet, la force pure du trait, de l’émotion, du « tout est dit ». J’aime Mocky parce qu’il est roublard et tout con que l’on est, si l’on perdure c’est que l’on est moins con qu’il n’y parait. J’aime Mocky parce qu’il s’intéresse, déteste et ose sur tout et surtout. J’aime Mocky parce que Arnold, Sylvester et Jean Claude sur la même affiche ça aurait été quand même fichtrement bien. J’aime Mocky quand il dit que 80 % des actrices sont des putes. J’aime Mocky parce qu’il fait partie de ces gens qui ont l’art de la phrase, de celles qui claquent, qui vous traînent en tête et parfois vous rendent indestructibles. J’aime Mocky parce qu’il à des couilles. J’aime Mocky parce qu’il est fait de sexe et de mort. J’aime Mocky et je t’emmerde.
Acteur, Scénariste :
Araignées de la nuit, Les (2002) Bête de miséricorde, La (2001) Glandeur, Le (2000) Candide madame Duff, La (2000) Tout est calme (2000) Vidange (1998) Robin des mers (1998) Mari de Léon, Le (1993) Ville à vendre (1992) Mocky story (1991) Il gèle en enfer (1990) Divine enfant (1989) Agent trouble (1987) Miraculé, Le (1987) Grandeur et décadence (1986) (TV) Machine à découdre, La (1986) Bridge, Le (1986) À mort l'arbitre (1984) Prénom Carmen (1983) Lettre d'un cinéaste: Le mystère Mocky (1983) (TV) "Route inconnue, La" (1983) TV Y a-t-il un Français dans la salle? (1982) Litan (1982) aka Cité des spectres verts, Piège à cons, Le (1979) Ibis rouge, L' (1975) Un linceul n'a pas de poches (1974) Ombre d'une chance, L' (1974) Sourire vertical, Le (1973) Albatros, L' (1971) Solo (1970/I) Compagnons de la marguerite, Les (1967) Un drôle de paroissien (1963) Snobs! (1962) Un couple (1960) Tête contre les murs, La (1959) Gorille vous salue bien, Le (1958) Rouge est mis, Le (1957) Comte de Monte-Cristo, Le (1955) Sbandati, Gli (1955) Grand pavois, Le (1954) Graziella (1954) Senso (1954) Maternité clandestine (1953) Vinti, I (1953) Éternel espoir (1952) Neige était sale, La (1952) Deux sous de violettes (1951) Bibi Fricotin (1951) Dieu a besoin des hommes (1950) Occupe-toi d'Amélie (1949) Au grand balcon (1949) Portrait d'un assassin (1949) Paradis des pilotes perdus, Le (1949) Orphée (1949) Une nuit de noces (1949) Casse-pieds, Les (1948) Cabane aux souvenirs, La (1947) Rêves d'amour (1947) Affaire du collier de la reine, L' (1946) Homme au chapeau rond, L' (1946) Vive la liberté (1946)
Réalisateur :
13 French Street (2005) Grabuge (2005) Touristes, oh yes! (2004) Furet, Le (2003) Araignées de la nuit, Les (2002) Bête de miséricorde, La (2001) Glandeur, Le (2000) Candide madame Duff, La (2000) Tout est calme (2000) Vidange (1998) Robin des mers (1998) Alliance cherche doigt (1997) Noir comme le souvenir (1995) Bonsoir (1994) ... aka Le visiteur du soir (France) Mari de Léon, Le (1993) Ville à vendre (1992) Dis-moi qui tu hais (1991) Méthode Barnol, La (1991) Mocky story (1991) Vérité qui tue, La (1991) Il gèle en enfer (1990) Divine enfant (1989) Une nuit à l'Assemblée Nationale (1988) Méliès 88: Gulliver (1988) (TV) Saisons du plaisir, Les (1988) Enduro party (1988) (TV) Agent trouble (1987) Miraculé, Le (1987) Nice Is Nice (1987) Machine à découdre, La (1986) Pactole, Le (1985) Drôle de festival (1985) (TV) À mort l'arbitre (1984) Lettre d'un cinéaste: Le mystère Mocky (1983) (TV) Y a-t-il un Français dans la salle? (1982) Litan (1982) aka Cité des spectres verts, La Piège à cons, Le (1979) Témoin, Le (1978) Roi des bricoleurs, Le (1977) Ibis rouge, L' (1975) Un linceul n'a pas de poches (1974) Ombre d'une chance, L' (1974) Chut! (1972) aka Mocky s'moque Albatros, L' (1971) Solo (1970) Étalon, L' (1970) Grande lessive (!), La (1968) Compagnons de la marguerite, Les (1967) Bourse et la vie, La (1966) Grande frousse, La (1964) Un drôle de paroissien (1963) Vierges, Les (1963)Snobs! (1962) Un couple (1960) Dragueurs, Les (1959)

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